Dominique Lawalrée, un minimaliste à découvrir au festival Superspectives

Minimalisme | Le festival de musique contemporaine Superspectives consacre toute une soirée au compositeur belge Dominique Lawalrée. Une figure clandestine de la musique minimaliste au charme artistique aussi discret qu’irrésistible.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 9 juin 2021

Photo : Dominique et Sabine Lawalrée © DR + pochette du disque "First Meeting"


Quel est le point commun entre la Belgique, Led Zeppelin et la liturgie dominicaine ? Dominique Lawalrée. Né en 1954, le compositeur belge a sorti une trentaine de disques singuliers, traversé une crise mystique en 1994, tout en sortant coup sur coup en 2014 et 2015 un ouvrage fouillé et admiratif sur les Beatles, puis un autre sur Led Zeppelin ! Une carrière tout sauf monocorde donc, même si, à l'écoute de certaines de ses quelque cinq cents œuvres (pour piano, orgue, synthétiseur, orchestre à cordes ou musique de chambre), ressort son goût pour le minimalisme et la musique répétitive. Erik Satie, Brian Eno, Morton Feldman, John Cage, Messiaen sont parmi ses influences les plus importantes.

Dans Taciturne, journal écrit en 1984-85, Dominique Lawalrée se qualifie lui-même de… « gros plein de sons » ! « Morton Feldman a dit que si l'on ouvrait le ventre de Stockhausen on y trouverait quelque part John Cage. Si l'on ouvrait le mien on y trouverait non seulement Stockhausen, Feldman et Cage, mais encore des dizaines d'autres musiciens… Je dois donc maigrir, condition sine qua non à l'épuration de mon style. » Et le corps musical de Lawalrée a bel et bien fondu dans des morceaux parfois réduits à quelques notes de piano ou discrètes variations et distorsion de notes d'accordéon.

Une musique capiteuse

À la découverte aléatoire de morceaux de Lawalrée, on tombe peu à peu sous le charme de sa musique souvent réduite à l'os qui instille à nos oreilles, avec discrétion mais résolution, ici un brin de mélancolie, là un rire de synthé, plus loin une soudaine envolée de piano à la Philip Glass… Sans compter aussi le charme du personnage lui-même que l'on peut voir sur la pochette de la compilation First Meeting (2017), coupe au bol debout devant une improbable tapisserie des années 1970. À cette époque, on aurait snobé aussi bien John Lennon que Pierre Boulez, pour préférer prendre une bière avec Lawalrée à Bruxelles. C'est d'ailleurs un peu ce que fait le festival Superspectives en consacrant à ce singulier compositeur toute une soirée de sa programmation, connue pour être curieuse et défricheuse. « Sa sœur Sabine Lawalrée a accepté de tenir ce concert avec sa fille chanteuse, et ensemble nous avons établi un programme sur mesure » nous précise François Mardirossian, co-directeur du festival avec Camille Rhonat. « Des œuvres jamais jouées et plus qu'inconnues côtoieront des œuvres enregistrées qui ont fait beaucoup pour la reconnaissance de Dominique (dans certains cercles musicaux choisis, mais pour rappel, Dominique Lawalrée a été invité à New York et suscitait l'admiration d'artistes tels que Gavin Bryars ou Brian Eno). »

« La beauté me bouleverse quand elle est calme » écrit encore Lawalrée dans son journal Taciturne, où l'idée de sincérité tient lieu de cap éthique et esthétique. Balayant tout le spectre de la musique populaire et savante, la musique clandestine de Lawalrée a quelque chose de capiteux qui donne de la joie aux oreilles sans crier gare.

Dominique Lawalrée, Le choix du titre est un faux problème
À la Maison de Lorette le mercredi 26 juin
Dans le cadre du festival Superspectives qui se déroule du 18 juin au 11 juillet


Dominique Lawalrée, bio express

1954 : Naissance à Auderghem en Belgique

1976 : Crée le label Éditions Walrus pour diffuser sa musique à travers un grand nombre d'albums solos (Infinitudes, Le choix du titre est un faux problème, Brins d'herbe…)

De 1977 à 1992 : Enseigne dans différents établissements scolaires et universitaires catholiques en Belgique. Il y prône notamment l'écoute sans a priori de tous les genres musicaux

1985 : Compose la Symphonie de l'espoir

1994 : Après une crise mystique, sa musique prend une forme liturgique et sacrée

2014 : Publication de The Beatles, un guide pour les écouter (éditions Camion Blanc)

2019 : Meurt à Ottignies à 64 ans


Dominique Lawalrée

"First Meeting"
Maison de Lorette 42 de la montée Saint Barthélémy Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Dominique Lawalrée

"Le choix du titre est un faux problème"
Maison de Lorette 42 de la montée Saint Barthélémy Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un non-festival pour Superspectives

Musique Contemporaine | À peine embarqué dans sa deuxième édition que paf !, le coronavirus oblige le festival de musique contemporaine Superspectives à revoir ses plans et son programme, sous la forme, du 27 juin au 11 juillet, d'un non festival qui ressemble quand même sacrément à un oui festival. On démêle tout ça.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 juin 2020

Un non-festival pour Superspectives

C'est qu'il faut en avoir de l'imagination ces temps-ci, quand on tient une petite entreprise de lives musicaux, fut-elle ponctuelle. Car alors que théâtres et cinémas rouvrent dans une ambiance mi-exaltée, mi-chien de faïence (allez donc reconnaître avec un masque le cinéphile immunisé ou le théâtreux asymptomatique du quidam infecté (et inversement)). Mais comme dans la culture l'imagination, montée à l'huile de coude, c'est pas ça qui manque eh bien on continue de s'adapter. Exemple : après (ou plutôt pendant) Jazz à Vienne et son "édition limitée", voici le non-festival Superspectives. Festival de musique contemporaine tout ce qu'il y a de plus classique, si l'on peut dire, face à la super perspective d'une cinglante annulation de cette deuxième édition seulement, c'est donc bien un non événement, pourtant bien riche, qui s'annonce à La Maison de Lorette, propriété des Œuvres Pontificales Missionnaires qui abrita Pauline Jaricot (en passe d'être béatifiée, c'est dire si l'été sera chaud) et s'est mué en lieu d'ouverture au monde. La chose a débuté comme prévu le 27

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