A Ferney, sur les traces de Voltaire

ACTUS | Située à la frontière de la Suisse et la France, la ville de Ferney accueillit Voltaire durant les vingt dernières années de sa vie. Le philosophe des Lumières devint le bienfaiteur de la commune et y construisit un luxueux château, que l'on peut aujourd'hui visiter. Valentine Martin

Valentine Martin | Mardi 7 avril 2015

On pourrait s'y tromper : la grande bâtisse blanche ressemble plus à une maison bourgeoise qu'à un véritable château. Mais il n'en est rien.

En 1754, frappé par l'interdiction d'approcher la capitale française, Voltaire choisit de s'installer près de Genève, précisément à la frontière de la Suisse et de la France, une idée plutôt pratique pour échapper à l'administration royale. C'est en 1758 qu'il investit Ferney, en faisant raser un ancien bâtiment pour y établir sa demeure. Les travaux durent jusqu'en 1766.

Le château, modeste, austère à première vue, bénéficie à l'intérieur de tout le confort moderne de l'époque (comme un poêle et une salle de bain). Implanté dans un parc à l'anglaise de huit hectares où la nature reprend ses droits, le logis de Voltaire possède aussi un jardin à la française, assez classique, et une terrasse. Le philosophe fait aussi construire un théâtre de 300 places, juste à côté du château, où il enchante ses hôtes en reprenant ses rôles préférés.

C'est une période faste où le maître des lieux reçoit toute la bourgeoisie de l'époque qui fait le tour d'Europe. Ferney est en effet situé idéalement entre l'Europe du nord et l'Italie. C'est ici que Voltaire écrit ses œuvres les plus importantes (Candide, le Traité sur la tolérance et le Dictionnaire philosophique) et qu'il prend part à de nombreuses affaires (Calas, La Barre), s'indignant contre l'injustice et retournant l'opinion publique de son côté.

Penseur et urbaniste

Peu à peu Voltaire transforme même la cité. «Un repaire de 40 sauvages est devenu une petite ville opulente habitée par 1 200 personnes utiles» écrira-t-il dans une de ses nombreuses lettres, en 1777. Il insuffle à Ferney un peu de vie et beaucoup d'argent, se faisant même urbaniste quand il draine les marécages, plante des arbres, fait construire une centaine d'habitations.

Il intervient aussi dans l'économie, en introduisant le secteur de l'horlogerie et de la soierie. À la mort du penseur, les habitants reconnaissants dresseront une statue à son effigie et rallongeront le nom de la ville : ce sera désormais Ferney-Voltaire.

Près de deux siècles plus tard, le château est toujours debout et, devenu propriété de l'état, est administré par le Centre des monuments nationaux. Classé monument historique, il a reçu en 2012 le label Maison des illustres.

Château de Ferney-Voltaire (Ain)
Du mar au dim de 10h à 18h jusqu'au dim 20 septembre (parc jusqu'au 8 novembre), avant fermeture pour rénovation ; 5, 50

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Depuis 1999, ce lieu est propriété de l’État et administré par le Centre des monuments nationaux de France, étant même classé Monuments historiques. Il fallait bien tous ces macarons décernés par le ministère de la Culture pour dire à quel point ce château est un passage incontournable de l’histoire littéraire de ce pays. Et même sociale. Fervent défenseur des nobles causes (les affaires Calas, Sirven), Voltaire s’est battu contre l’affranchissement des serfs jurassiens et l’octroi de franchises sur cette terre du pays de Gex où il vit dès 1758, à 64 ans. C’est dans ce château, dont les premières traces remontent à 1312, qu’il réunit ce que la société des Lumières compte de personnages hauts placés (hommes d’affaires, écrivains, artistes). En permanence, une cinquantaine d’invités peuvent être hébergés par l'écrivain, notamment dans les pièces des deux ailes ajoutées à chaque côté du bâtiment après cinq ans de travaux. Ferney ou la destinée Si c’est en ce lieu que Voltaire a notamment rédigé son immense correspondance, son Dictionnaire philosophique et quelques contes (Candide, L’Ingénu), il se prête aussi volontiers à des activi

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