L'architecture du sacré selon Le Corbusier

ACTUS | Juste à côte de l’Arbresle, entre Lyon et Roanne, Le Corbusier a implanté, en 1960 et à la demande directe des Frères dominicains, un couvent dédié à la prière mais aussi à la recherche. Toujours utilisé par une poignée d’entre eux, ce temple de béton est ouvert à tous. Visite. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

Photo : Nadja Pobel


C'est un rectangle de béton posé en pleine nature, au bout d'une petite route qui monte légèrement. Le couvent de la Tourette n'est pas isolé du monde, mais semble le regarder vivre à ses pieds, du haut de son terrain en déclivité. Quand, à la fin des années 50, les frères dominicains font appel à Le Corbusier, ce dernier, agnostique mais fasciné par le sacré, a déjà livré, cinq ans plus tôt, la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (Haute-Saône).

Ici, dans le Lyonnais, il abandonne ses formes arrondies et reprend son modèle d'habitation : des formes géométriques et des lignes droites. Et une utilisation maximale de la lumière extérieure. Ainsi, dans les couloirs, il y a très peu d'éclairage. Á la place, des fenêtres, presque des fentes, guident le visiteur dans sa marche, même au plus sombre de la journée voire de la nuit. Au bout, pour amorcer un virage, des brise-soleil donnent le sens de la déambulation. De la même façon, les volées d'escaliers ne sont équipées que de toutes petites lampes coincées au bas des marches.

Cité radieuse

En plus de l'église, dotée d'un toit-terrasse accessible, deux types d'espaces aux formats et fonctions opposés se distinguent très nettement. Exigües et appelant à la solitude, les chambres sont l'antre personnelle des religieux. On peut aujourd'hui y dormir une nuit (pour 37€). Dans un rectangle d'1, 83 mètres par 5, 92, ces cellules sont équipées d'un lit (une place, cela va sans dire), un bureau, un placard, un lavabo et une loggia ombragée. En regard, de grandes pièces, distribuées par de larges couloirs qui dessinent une croix, invitent à la réunion (ou à la communion pour les croyants).

On trouve aussi des salles d'offices bien sûr, ainsi qu'un réfectoire où il est possible de manger (sur réservation), une bibliothèque et des salles de travail. Car les Frères ne vivent pas reclus, mais au contact du monde, travaillant bien souvent à l'extérieur du couvent. À chaque fois, des vitrages dits ondulatoires baignent ces espaces d'une luminosité sans cesse modelée par des baies vitrées de largeurs diverses et inspirées par la musique contemporaine de Xénakis.

In fine, tout religieux qu'il soit, cet édifice est une bonne entrée en matière dans l'œuvre du "Corbu" car, outre le béton et la lumière, on retrouve sa signature dans les pilotis qui soutiennent cette construction, les couleurs primaires de l'intérieur ou encore l'austérité et la neutralité des contours que l'on peut observer notamment dans ses unités d'habitation de Firminy ou Marseille.

Couvent de la Tourette d'Éveux (Rhône)
Visite guidée le dimanche à 14h30 et 15h30 ; 5€/7€ ; Possibilité d'y dormir pour 37€

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Un Kiefer remis d’aplomb

Art Contemporain | C’est rien moins qu’un événement artistique majeur au Couvent de la Tourette qui accueille l’artiste contemporain Anselm Kiefer. L’architecture du Corbusier donne paradoxalement à Kiefer un peu de légèreté...

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 27 septembre 2019

Un Kiefer remis d’aplomb

L’écraseur écrasé… Ainsi pourrait-on résumer de manière, on l’espère drolatique (façon cartoon), l’exposition du célèbre artiste d’origine allemande Anselm Kiefer, au Couvent de la Tourette. Car, si l’on aime (parfois, souvent) les œuvres de Kiefer, force est de constater aussi leur caractère écrasant : par leurs dimensions, par leur poids (Kiefer utilise beaucoup le plomb dans ses sculptures et ses peintures), par leurs connotations historiques tragiques, par leurs références culturelles innombrables… À la Tourette, Kiefer est lui-même écrasé par un autre poids lourd artistique : Le Corbusier et son architecture de lumière et de béton brut. Du coup, dans ces espaces si marqués par la signature radicale de l’architecte, même les œuvres les plus monumentales de Kiefer trouvent ici un certain équilibre, presque une… discrétion ! Dans l’église du couvent par exemple, la Résurrection de Kiefer (pièce produite pour l’exposition), ces immenses fleurs de béton courbant l’échine au milieu d

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Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ? Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c’est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l’affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l’aide-soignant où se confrontent la mère et l’épouse du

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Le théâtre est-il encore politique ?

Essai | Puisque dans le terme "théâtre politique", "politique" ne sert plus qu’à faire joli, l’universitaire Olivier Neveux redonne du sens aux mots. Dans son ouvrage «Contre le théâtre politique» paru mi-avril, il dresse un diagnostic de l’état de la création actuelle, réhabilite la notion "d’alternative" loin du macronisme qu’il fustige et fait place au spectateur.

Nadja Pobel | Mardi 23 avril 2019

Le théâtre est-il encore politique ?

Où encore lit-on ces vérités sans que ce ne soit un bon mot ou une manière d’accrocher la lumière ? « Pour le spectacle vivant, elle [la présidence de François Hollande] fut juste nulle. "Nulle" signifiant inexistante ». « Telle serait la conclusion de ce mandat. Ils n’avaient pas d’idées ». Emmanuel Macron « a, triste mécanique, la sensibilité artistique de son milieu », soit celle de son simili ministre de la Culture Jean-Marc Dumontet, dont le festival Paroles Citoyennes est dynamité en ouverture d’ouvrage. Jamais pourtant Olivier Neveux ne se contente de distribuer des coups. Ce serait si vain. Bien au contraire, il n’a de cesse de tisser, lesté de ses très nombreuses lectures, pièces vues et heures d’enseignement, un lien entre ce qui peut se voir sur scène et la façon dont les tutelles le permettent ou l’empêchent. Que voit-on sous le vernis idéologique ? Qu’il faut défendre une « Cause » (de facto inattaquable), que les récits de vie sont encore le plus court chemin pour y parvenir. Jamais didactique (interrogeant même le sens de ce mot employé à tout-va, CQFD), il témoigne d’abord d

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Entre la mère et le pire de famille : "Jusqu’à la garde"

Le Film de la Semaine | Drame familial anxiogène, au réalisme brut et à l’interprétation terrifiante de vérisme, le premier long-métrage de Xavier Legrand offre à Denis Ménochet un rôle de monstre ordinaire le faisant voisiner avec le Nicholson de Shining au rayon des pères perturbés.

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Entre la mère et le pire de famille :

L’an dernier, il fallait en remontrer au jury de la Mostra pour se distinguer sur la Lagune : la sélection vénitienne était en effet aussi éclectique qu’éclatante, comptant notamment Three Billboards…, Mother!, The Shape of Water, Downsizing et L’Insulte. Face à une telle concurrence, qui aurait misé sur le premier long-métrage de Xavier Legrand ? Qui aurait imaginé qu’il figurerait doublement au palmarès, meilleur réalisateur et meilleur premier film ? Au moins le public de son court-métrage Avant que de tout perdre, prologue de ce film résonant aussi fort qu’un uppercut. Jusqu’à la garde s’ouvre dans l’intranquillité d’une audience de séparation entre les époux Besson. Elle, frêle, craintive mais décidée de s’éloigner de lui, massif, menaçant au regard lourd. Entre eux, la garde de leurs enfants. Une fille bientôt majeure et un fils, revendiqué par chacun… Legrand, comme son nom l’indique Xavier Legrand réussit à prolong

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Lee Ufan x Le Corbusier = pierre papier ciseaux

Art Contemporain | Après Versailles en 2014, l'artiste coréen Lee Ufan se confronte au Couvent de La Tourette et dialogue avec l'architecture de béton du Corbusier. Un dialogue tout en poésie, contrepoints et délicatesse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 octobre 2017

Lee Ufan x Le Corbusier = pierre papier ciseaux

Tenant une conférence de presse improvisée au Couvent de La Tourette, Lee Ufan (né en 1936 en Corée du Sud) insiste à plusieurs reprises sur l'ébranlement qu'a provoqué chez lui l'architecture du Corbusier... « Ce n'est pas un endroit qui met en avant la beauté. Au contraire, Le Corbusier refuse la beauté et la chaleur avec son utilisation du béton brut. J'ai dû lutter longtemps contre cela. » Que faire (comme dirait Lénine), à l'intérieur d'un bâtiment qui, pour le moins, ne vous caresse pas dans le sens du poil, voire vous griffe la peau et les yeux ? Lee Ufan a pris l'option artistique « de souligner et d'occuper les interstices, de faire voir des choses peu ou pas vues. » Et aussi de jouer de déplacements de sens ou de contrepoints quasi musicaux : la fragilité du papier japon contre la robustesse du couvent, des éléments « primitifs » (des pierres trouvées dans la campagne environnante) contre les matériaux

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Et de la gare, rejoindre la verdure

Patrimoine | Une gare, c'est un point de départ. Une promesse. Voici trois destinations vers lesquelles prendre un billet.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Et de la gare, rejoindre la verdure

Lac de Villerest (Loire) Envie d'aller se baigner ou se balader le long de la Loire ? Hop, direction le lac de Villerest. 1h18 (au plus court) de TER entre Perrache et Roanne, puis un bus (le n°10) durant vingt minutes et vous voilà, sans voiture, sur cette plage aménagée comprenant des activités nautiques, une baignade surveillée l'été et des aires de jeux : elle est particulièrement prisée par les familles. Autre possibilité de cette journée : entrer dans le village qui comprend une chapelle (Saint-Sulpice) fondée au IXe siècle par les moines de Cluny et achevée au XIe. Elle a été édifiée sur l'emplacement d'une villa gallo-romaine. Un amusant musée de l'Heure et du Feu raconte l'histoire du feu, de la préhistoire à nos jours. Sur le chemin du retour, passez prendre une praluline chez Pralus : la famille de confiseurs-pâtissiers est roannaise et, à prix équivalent, mieux vaut acheter la célèbre brioche ici que rue de Brest ou à la Croix-Rousse... Circuit court ! La Dombes et Châtillon-sur-Chalaronne (Ain) Il vous faut seulement 38 minutes et 8, 40€ pour rallier

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Genet, acteur politique

SCENES | Spécialiste du théâtre politique et militant, Olivier Neveux, professeur à l'ENS, se penche sur le cas Jean Genet dans un concis et implacable ouvrage où il (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Genet, acteur politique

Spécialiste du théâtre politique et militant, Olivier Neveux, professeur à l'ENS, se penche sur le cas Jean Genet dans un concis et implacable ouvrage où il revient spécifiquement sur l’œuvre théâtrale de l'auteur (aux éd. Ides et Calandes), certes très connue et jouée (Les Bonnes, Les Nègres), parfois lissée aussi. Il éclaire ces textes par leur noirceur, cette "irréconciliation" qui les tend, et par la sorte de rage qui les sous-tend. Ce Jean Genet est aussi plus globalement une ode au théâtre et au spectateur rendu par un de ses plus sagaces observateurs. Olivier Neveux À la librairie Terre des Livres le samedi 26 novembre à 15h

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Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

Hors des sentiers battus | Parcourez ces chemins de traverse en suivant de sobres hashtags ; et découvrez des artistes singuliers, parfois exposés dans des lieux inattendus : un couvent, un théâtre ou un hôpital psychiatrique...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

#Effacement « Dans l’acte de peindre, il y aura comme dans l’acte d’écrire, une série de soustractions, de gommages. La nécessité de nettoyer la toile... la nécessité de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de prendre. » affirmait le philosophe Gilles Deleuze. Depuis ses débuts, l'artiste lyonnais Jean-Luc Blanchet répond parfaitement à cette conception de la peinture : il crée par effacement, par soustraction de matière, par libération d'images fantômes sous-jacentes à nos représentations habituelles... Il présente dans sa galerie deux nouvelles séries : des "ectoplasmes" d’œuvres d'art connues (signées Rembrandt, Warhol, Manet...) et des photographies effacées à l'acétone. À noter : Après Jean-Luc Blanchet, la galerie Domi Nostrae présentera des œuvres récentes d'un autre artiste lyonnais aimant lui-aussi les fantômes et l'évanescence, Christian Lhopital (du 5 novembre au 17

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Le couvent de la Tourette, sacrément moderne

Patrimoine | Religion et modernité ne sont pas incompatibles. Les Frères Dominicains en ont apporté la preuve en demandant à un architecte renommé de construire le couvent de la Tourette : Le Corbusier. Grâce à lui, le moderne a renoué avec le sacré.

Maïté Revy | Mercredi 6 juillet 2016

Le couvent de la Tourette, sacrément moderne

C'est près d'Éveux-sur-l'Arbresle, au milieu d'une étendue de verdure, que s'est implantée une touche d'art contemporain, en béton armé. Entièrement conceptualisé par Le Corbusier, le couvent Sainte-Marie de la Tourette a été construit entre 1956 et 1959, sur un projet élaboré dès 1953 sous l'impulsion du révérend père Couturier. Les dominicains avaient déjà joué un rôle majeur dans la modernisation architecturale religieuse avec le lancement la revue L'art sacré en 1969 ; le choix d'un architecte comme Le Corbusier, représentant du mouvement moderne, n'était pas une surprise. Rectangle de béton, lignes géométriques et droites : finies les formes arrondies, les éclairages multiples, et place à l'utilisation optimale de la lumière naturelle, l'une des signatures de Le Corbusier. Pas étonnant de retrouver des puits de lumière naturelle plus ou moins grands (très peu d'éclairage dans les couloirs, escaliers équipés de toutes petites lampes), sculptant l'espace, les volumes et faisant de cette lumière un matériau à part entière, l'un des points majeurs qui fait la particularité de ce lieu de culte. L'édifice, classé au titre des monuments historiques dep

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Le Corbusier à Firminy, une candidature bétonnée

Patrimoine mondial de l'UNESCO | Passionnant parcours au cœur de l’architecture du XXe siècle, le site Le Corbusier de Firminy, le plus important d'Europe du maître franco-suisse, est en passe d'être inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO avec seize autres réalisations. Description des enjeux de cette candidature.

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Le Corbusier à Firminy, une candidature bétonnée

Le 18 juillet au plus tard, à l'issue d'un vote à main levée, Firminy se rangera peut-être aux côtés de Rome, Grenade, New York ou Jérusalem dans la liste des villes abritant un site culturel classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO. En Rhône-Alpes, la cité rejoindrait le site historique de Lyon, la Grotte Chauvet (et le Puy-en-Velay, compris dans le Chemin de Saint-Jacques-de Compostelle). Le sort en sera décidé à Istanbul, lors de la 40e session du Comité de cette prestigieuse émanation de l'ONU. Retoqué en 2011, le dossier a cette fois-ci de très fortes chances d'être accepté. Si comme la première fois, Firminy ne se présente pas seule devant les jurés, elle a su s'entourer d'un allié de choc : la ville de Chandigarh qui abrite la plus grande étendue réalisée au monde par Le Corbusier. Et, comme le relève Marc Petit, maire communiste de Firminy, « puisque l'UNESCO considère qu'aujourd'hui trop de biens culturels sont situés dans les pays occidentaux, la venue de l'Inde est un atout de taille ». Jusque-là, cette ville se heurtait au gouvernement indien craignant les règles strictes de protection que nécessitent les ouvrages classés. Autre avancée :

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Rhône-Alpes en huit sites incontournables

ACTUS | Avant que la région n'en compte douze, zoom sur les lieux les plus emblématiques de chacun des huit départements de Rhône-Alpes, qu’ils soient inscrits ou classés aux monuments historiques. À voir et à revoir.

Nadja Pobel | Mardi 7 juillet 2015

Rhône-Alpes en huit sites incontournables

Ain – Édifice de Brou Sacré "Monument préféré des français" en 2014 par l’émission télé du même nom, le Monastère royal de Brou est furieusement tendance. Situé à Bourg-en-Bresse, à même pas une heure de Lyon, ce chef-d’œuvre gothique du XVIe siècle qui attire les foules est en fait un mausolée princier accueillant trois tombeaux. Car le monastère est né d'une belle histoire d'amour : il fut mis en chantier par Marguerite d'Autriche, inconsolable après la mort de son mari le duc de Savoie. Incroyablement bien conservé, il renferme aujourd'hui un important musée de sculpture flamande du XVIe. Sa succession de trois (!) cloîtres prolonge le plaisir de la découverte. Valentine Martin Ardèche – La Caverne du Pont-d'Arc Depuis le 25 avril, la reconstitution de la grotte Chauvet invite à découvrir un exceptionnel trésor ancestral : mille dessins rupestres, dont 425 animaux – notamment des

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L’utopie Firminy

CONNAITRE | À une heure de Lyon se trouve l’ensemble le plus vaste jamais imaginé par Le Corbusier... qui mourut trois mois après la pose de la première de pierre de l’unité d’habitation. Bienvenue à Firminy ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 29 avril 2014

L’utopie Firminy

Un stade, une maison de la culture, une église (achevée en 2006), une piscine et une unité d’habitation, la cinquième que Le Corbier réalise après Marseille, Rezé-les-Nantes, Berlin et Briey-en-forêt : voilà les éléments qui constituent ce quartier de Firminy-Vert, honoré d'un Grand prix d’urbanisme en 1961. Une aventure architecturale et sociétale qui n'aurait jamais vu le jour sans le maire Eugène Claudius-Petit qui, au sortir de sa charge de ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme (autrement dit, du logement), voulut poursuivre sa quête de salubrité sur ses terres d’élections - à l'époque plus d’un logement sur deux ne comporte qu’une seule pièce. En prenant en main, dès 1953, cette commune charbonneuse du sud-ouest de Saint-Etienne, il s’appuie sur la Charte d’Athènes, préconisant de construire 88% de surface dédiée aux loisirs pour 12% d’habitation. Installés dans un espace vaste, ces équipements fonctionnent toujours aujourd'hui, à commencer par la maison de la culture, construite à l’image du Couvent de la Tourette, avec les pans de verre ondulatoires de Iannis Xenakis, adossée au stade et centre névralgique de cet ensemble. C’est de là que partent les vis

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Nouvelles boutures des Poirier

ARTS | Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 16 octobre 2013

Nouvelles boutures des Poirier

Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra là que logique. Anne et Patrick Poirier ont en effet connu leur heure de gloire dans les années 1970 (expositions à Beaubourg, à Kassel, au MOMA de New York...) et ont été, depuis, un peu oubliés. Se définissant eux-mêmes comme architectes ou archéologues autant que plasticiens, ils explorent dans leurs œuvres la fragilité de l'existence humaine, de la mémoire, de l'histoire... Et usent d'autant de mediums différents que l'exige le questionnement qu'ils déploient dans leurs travaux.   Sensibles au couvent conçu par Le Corbusier, à la «peau des murs» et aux jeux de lumière, ils y présentent notamment d'émouvants bas-reliefs en papier Japon, empreintes fragiles des aspérités du béton et des menus accidents parsemant les cloisons. Ils y déploient aussi une très grande maquette d'une utopie nommée Amnesia, «sorte de grand bunker construit dans un imme

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Firminy-Vert – 1965

CONNAITRE | C’est le plus grand ensemble réalisé par Le Corbusier visible en France : une unité d’habitation, un stade, une maison de la culture et une église étonannte (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Firminy-Vert – 1965

C’est le plus grand ensemble réalisé par Le Corbusier visible en France : une unité d’habitation, un stade, une maison de la culture et une église étonannte (terminée en 2006). Et même une piscine imaginée par son assistant, André Wogenscky. Le Corbusier ne verra pas la fin des travaux. Il meurt dans son «cabanon» de Roquebrune Cap-Martin le 27 août 1965, trois mois après avoir posé la première du dernier ouvrage de sa série de cinq unités d’habitation (après Marseille, Rezé-les-Nantes, Berlin et Briey-en-forêt). Une «place de village» trône au sommet du bâtiment ainsi qu’une école (fermée en 1998 mais encore en l’état). Les couloirs sont des «rues» dans lesquelles les enfants font du vélo ! Impressionnant de l’extérieur, il faut absolument faire la visite guidée pour mesurer l’innovation que constituaient les 414 appartements conçus pour 1800 habitants dans ce gigantesque ensemble qui voulait relier le corps et l’esprit. TER arrêt Firminy (1h20 de Lyon)

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Couvent de la Tourette – Éveux - 1960

CONNAITRE | Descendre à la gare de l’Arbresle et poursuivre à pied durant une bonne demi-heure au milieu des vallons des Côteaux du lyonnais. C’est dans ce coin de (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Couvent de la Tourette – Éveux - 1960

Descendre à la gare de l’Arbresle et poursuivre à pied durant une bonne demi-heure au milieu des vallons des Côteaux du lyonnais. C’est dans ce coin de verdure que le visiteur pourra s’aventurer au couvent de la Tourette et, pourquoi pas, y passer une nuit en «cellule» (35€ avec le petit-déjeuner). Ces "cellules" (dotée d’un bureau, d'un lavabo, d'un balcon et d'un lit simple) invitent au silence et au calme. Quand les frères Dominicains font appel à Le Corbusier en 1953, ils recherchent ce savant dosage entre espace collectif et individuel. Puis, en Mai 68, de nombreux frères désertent le lieu. Aujourd'hui, onze frères habitent au couvent et parlent avec passion du "Corbu", comment ils le nomment. Des expositions sont régulièrement organisées, l’église ouvrira après rénovation début 2013. Rien ici ne ressemble à un sanctuaire, mais tout invite au partage le plus impromptu comme avec des touristes architectes argentins qui passent par là lors d’un voyage d’études sur les traces de Le Corbusier. TER arrêt L’Arbresle (à 40 minutes de Lyon) + 30 minutes de marche

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Archi vivante

CONNAITRE | À Lyon ou aux portes de la ville, cinq sites majeurs de l'architecture moderne, regroupés sous la mention Utopies réalisées, s'offrent au visiteur curieux. En route pour une découverte estivale des quartiers des États-Unis, des Gratte-ciel, des Étoiles, du couvent de la Tourette et de la cité Le Corbusier de Firminy. Des lieux sont toujours habités (logement social ou édifice religieux). Car ce qui a prévalu à leur construction vaut toujours : mieux vivre ensemble.

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Archi vivante

Mieux vivre ensemble. Tant pis si l'expression a des airs de tarte à la crème resservie à chaque élection. Au début du vingtième siècle, les ouvriers vivent dans des logements insalubres et la France a l’un des plus forts taux de mortalité au monde. Soucieux de la santé de leurs administrés et surtout des moins aisés, des maires téméraires comme Lazare Goujon à Villeurbanne et Édouard Herriot à Lyon font alors fait appel à des architectes inventifs pour que tous vivent mieux ensemble. En 1934, les Gratte-ciel (Villeurbanne) et le quartier des États-Unis (actuellement dans le 8e arrondissement de Lyon) sont inaugurés. À Lyon, Tony Garnier a travaillé sur l'espace intérieur et extérieur et construit des îlots entourés de verdure. À Villeurbanne, l'ensemble dessiné par Morice Leroux et Robert Giroud est plus imposant, mais l'accent est également mis sur la praticité des immeubles : où que l'on soit logé, il est possible d'accéder à un commerce du rez-de-chaussée sans mettre le nez dehors, se protégeant ainsi du froid. Et surtout, audace rare : la construction du règlement urbain (réseaux d'assainissement, de gaz, d'électricité) se fait en même temps que les immeu

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Rien que pour vos cheveux

ECRANS | Dennis Dugan Sony Pictures Home Entertainment

Christophe Chabert | Vendredi 20 février 2009

Rien que pour vos cheveux

Que fallait-il pour qu’un réalisateur aussi anodin que Dennis Dugan et un acteur aussi enlisé dans les contre-performances qu’Adam Sandler se transcendent pour ce qui reste l’une des comédies les plus drôles de l’an dernier ? Et bien un producteur de la trempe de Judd Apatow, tout simplement ! Sous la férule du nouveau king de la comédie US, cette histoire improbable de super agent du Mossad désertant le conflit israélo-palestinien pour devenir coiffeur à New York atteint des sommets de loufoqueries irrévérencieuses. Notamment grâce à une foi kamikaze dans le potentiel comique de ce Zohan, super héros ultra-sexué, accomplissant la moindre besogne avec une incroyable passion, au gré d’un décalage dépassant les clichés racistes pour mieux s’en moquer avec un second degré littéralement destructeur. Dans le rôle principal, Adam Sandler, qu’il tabasse une centaine d’hommes de main, clame son amour pour Mariah Carey, tringle des vieilles dames à la chaîne ou joue au foot avec un chat, livre une performance absolument mémorable, fonce tête baissée dans un registre censé engendrer la consternation. Loin d’être un renoncement, Zohan est pour lui une renaissance comique flamboyante. FC

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