Sol FM : « Nous sommes une radio éminemment culturelle »

SOL FM | Partie prenante dès les débuts, puis directrice de Sol FM, la radio rock aux 17 000 auditeurs quotidiens, Marie Rudeaux revient sur cette aventure intrinsèquement liée à la scène locale et à un certain militantisme.

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Photo : © David Strickler


Dans quel contexte est née Sol FM, en 1982 ?
Marie Rudeaux : C'était le tout début des radios dites libres. Elle a été créée par un groupe de copains, avec l'idée d'en faire un média alternatif : tout le monde était alors militant (contre l'extrême-droite, etc). Sol FM s'est exclusivement vouée au rock en 1986. On ne changeait pas vraiment de projet, mais il fallait structurer les choses pour continuer à avancer. Nous étions installés à Oullins, c'était une façon de dire que ça pouvait se faire depuis n'importe où. On a déménagé, encore à Oullins, car on a trouvé des locaux de 800 m².

Une chose m'énerve : on nous présente toujours comme une radio musicale. Bien sûr, on diffuse de la musique ; mais on est une radio éminemment culturelle. Parfois, on me dit que c'est dur à l'écoute, Sol FM ; mais la playlist c'est 40% de premiers albums ! Et nous venons d'obtenir du CSA d'appartenir à la future radio numérique terrestre : ça nous ouvrira une couverture géographique plus grande, de Villefranche à Vienne ; pour l'instant nous sommes diffusés dans un périmètre de 30 km autour de Lyon.

En 1991, dès le début de la Ferarock (Fédération des radios associatives de rock), vous intégrez ce réseau qui compte aujourd'hui vingt stations en France.
On a fait la Ferarock, car on s'est dit très tôt qu'unis nous serions plus forts. Très vite est née l'idée d'avoir des actions communes et de compiler nos classements respectifs pour faire une photographie de la musique alternative et mieux servir notre cause commune : la défense des artistes émergents ou indépendants. C'est un vrai militantisme et c'est notre culture.

Comment avez-vous fait évoluer votre ligne éditoriale au fil de ces années ?
Nous avons déjà presque trois générations d'animateurs à la radio ! Quand on a attaqué, il y avait très peu de salles et beaucoup moins de groupes ou, en tout cas, le mode de diffusion de ces musiques alternatives était assez compliqué car il y avait peu de moyens (des cassettes ou des vinyles qui coûtaient chers). L'avènement du CD a fait exploser le nombre de groupes, les lieux se sont structurés. Et la qualité technique de ces groupes a évolué — ce qui ne veut pas dire la créativité. On ne reçoit plus de bande où les musiciens découvrent leur instrument en direct. On a toujours choisi de privilégier la créativité.

Et justement, la créativité s'est-elle développée avec la multiplication des lieux et la technicité améliorée ?
Vous m'entraînez sur un sujet en débat chez nous. Les vieux de la radio, et j'en fais partie, sont très attachés à cette notion de rugosité qui est liée intrinsèquement au rock'n'roll. C'est une musique de luttes et de revendications. On a parfois à faire aujourd'hui à des musiciens très jeunes que l'on trouve très formatés, où marketing et création se confondent.

Quel est votre rapport à la scène locale ?
On y est très attaché et elle est énorme. C'est notre marque de fabrique de dire « commençons par chez nous. » Nous connaissons les groupes dès leur premier concert, donc nous n'avons pas une programmation en aveugle.

Je viens de faire les comptes : en 2016, on a programmé de façon significative 220 artistes qui viennent de la région ! Comme nous travaillons à l'échelle d'un territoire, c'est plus facile de les identifier. Malgré la crise du disque, nous continuons à recevoir 300 disques par mois, mais en plus on en reçoit 600 en format numérique. On est noyé dans des sons.

C'est aussi l'un des attraits de la Ferarock : chacun repère des choses diffusées ailleurs. Récemment, il y avait un partenaire sur Chromb. Un artiste comme ça ne serait pas diffusé aisément sur une platine du sud de la France si ce n'était pas identifié. Il y a un travail de repérage. À l'inverse, je n'aurai pas diffusé Julien Gasc si mes camarades du sud ne m'avaient pas alerté.

Le Clacson a été contraint de fermer il y a presque trois ans. Il était aussi à Oullins. Avez-vous envie de reprendre ce projet ?
La radio s'est créée en même temps que la MJC d'Oullins, nous étions potes et on a mutualisé nos forces dès le départ en mélangeant nos équipes avant que les deux structures ne soient professionnelles. Ça a très bien fonctionné pendant trente ans, mais la MJC a sabordé la salle et on souhaiterait que la Ville d'Oullins nous laisse la possibilité de produire des concerts dans cette salle municipale. C'est pas gagné. On a déposé une requête officiellement. Notre dernier rendez-vous avec la mairie date de ce matin (NdlR : jeudi 8 décembre) et je pense qu'ils sont un peu mal à l'aise car ils ont une convention les liant à la MJC, qui a la jouissance de la salle. C'est la plus vieille salle de rock de l'agglomération et c'est un crève-cœur que cette histoire n'existe plus.

Sol FM
100.7 FM

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