Gel des contrats aidés : la culture fortement impactée

Politique | Le gouvernement a annoncé le gel des contrats aidés, jugés « coûteux et peu efficaces. » Dans le milieu de la culture, cette mesure prise en période estivale sans aucune discussion avec les acteurs concernés passe mal. Le point.

Julie Hainaut | Mardi 12 septembre 2017

Photo : © DR


« Mon contrat devait être renouvelé le 14 septembre. Le 22 août, j'ai reçu un email de Pôle Emploi m'indiquant que celui-ci était gelé : une décision rapide, sans préavis, sans alternative. C'est frustrant et injuste. Je vais être inscrite au chômage : qu'on m'explique où se trouve l'économie que souhaite réaliser le gouvernement ! »

s'indigne Nicole Corbi, désormais ex-chargée de médiation culturelle chez Spacejunk. Son directeur, Jérôme Catz, est tout aussi désemparé :

« Cela fait 14 ans que notre association existe. La majorité des CAE que l'on a eus ont été transformés en CDI. Les deux ans du CAE, c'est le temps qu'il faut à une structure comme la nôtre pour arriver à pérenniser un poste. Je suis remonté. L'avenir de l'association est incertain. »

La culture est durement impactée : la plupart des associations et compagnies émergentes fonctionnent avec des contrats aidés. Même son de cloche à l'Espace 44.

« Les contrats de nos cinq employés se finissent d'ici la fin de l'année. Le 1er janvier, on se retrouvera seuls, avec 35 spectacles à assurer. On supprime ou réduit les subventions, on gèle les contrats aidés : la mort assurée. Notre rôle est d'ouvrir notre théâtre à des compagnies émergentes. On ne pourra plus le faire »

proteste le directeur, André Sanfratello. Aux Clochards Célestes, le théâtre vient de se voir refuser une première embauche en CAE d'une personne pour l'accueil et la billetterie.

« C'est soudain, nous avons fait passer les entretiens en mai, tout était calé. Nous avons néanmoins décidé d'engager la personne recrutée, sur nos fonds propres, nous n'avons pas le choix. La décision du gouvernement est brutale, rapide, et menace par ricochet les autres postes »

s'insurge Lancelot Rétif, l'administrateur.

Au Kraspek Myzik, l'administratrice ne sera pas reconduite et le régisseur prévu ne sera pas embauché. « On ne lâche rien, on n'annule aucune date, on va se débrouiller » résiste Franck Guscioni. Chez Arts en Scène, les deux CAE prévus ont été annulés.

« Nous avons gardé un emploi sur les deux, en CDD de trois mois et nous nous sommes répartis le reste du travail. Nous sommes en sous-effectif. C'est difficile pour ceux qui se voient refuser un CAE, mais aussi pour ceux qui restent dans la structure, cette décision engendre une dégradation des conditions et de la qualité de travail »

explique le directeur Éric Zobel. D'autres structures ont eu plus de flair, comme Mediatone.

« On a senti le truc venir. Apprenant que les crédits étaient en chute libre, on a décidé de faire les renouvellements de nos trois contrats d'avenir en juin. On s'y serait pris aujourd'hui, on n'aurait pas pu ! »

assure le coordinateur Jérome Laupies.

Combattre ensemble

Un collectif apolitique s'est créé : le Mouvement de Lutte contre le Gel des Emplois Aidés, qui a lancé une pétition, organise des tables rondes (le 15 septembre à l'Aquarium), cherche des réponses… En vain.

« Nous sommes seuls, laissés dans la nature, nous n'avons aucun interlocuteur. Pôle Emploi n'a aucune visibilité. Nous avons contacté la Ville, mais nous avons l'impression que l'intérêt des Lyonnais passe après celui des politiques »

lance un membre du collectif souhaitant rester anonyme. Du côté de la Ville, on assure que des rendez-vous ont été pris.

Romain Blachier, adjoint à la Culture et au Numérique à Lyon 7e et membre de la commission culture d'Emmanuel Macron, a alerté la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et son directeur de cabinet Marc Schwartz :

« Je pense qu'il s'agit avant tout d'une méconnaissance du dossier. Il n'y a que dix conseillers par ministre, ils n'ont pas une vision à 360 degrés. La fin du contrat aidé dans l'industrie ou l'entreprise n'est pas forcément une bêtise. Dans la culture, c'est différent, je ne suis pas pour leur suppression brutale, les plus petites structures vont pâtir de cette décision. Mais malheureusement, ils sont souvent détournés. Il ne faut pas que le CAE soit un moyen de subvention déguisé : est-ce normal que, pendant vingt ans, une compagnie n'embauche que des CAE sans jamais les intégrer en CDI au bout de deux ans ? Ne devrait-on pas créer un contrat moins hypocrite, changer la forme ? »

À ce jour, le flou reste total : tant sur les chiffres – les contrats aidés, tout secteur confondus, devraient passer de 459 000 à 310 000 cette année, une baisse qui devrait se prolonger en 2018 –, que sur les secteurs préservés – le handicap, l'urgence sanitaire et sociale pour le moment. Le milieu de la culture, déjà très précaire, va probablement voir le nombre d'intermittents et de services civiques augmenter considérablement, précarisant encore un peu plus le secteur.

« On nous a décapité, des centaines de structures vont disparaître, au moins autant de personnes vont se retrouver au chômage, et on ne nous donne aucune solution »

conclut André Sanfratello.


Contrats aidés : kesako ?

Ils existent depuis plus de trente ans et se sont succédés au fil des années sous différents noms (TUC, CES, CEV…) avec toujours un même but : lutter contre le chômage en facilitant l'insertion des personnes rencontrant des difficultés d'accès à l'emploi, dans les secteurs marchands et non marchands. Aujourd'hui, ils se dénomment CUI (Contrat Unique d'Insertion, dont les CAE, propres au secteur non marchand), emplois d'avenir, ou contrats d'insertion par l'activité économique. Ce type de contrat permet à l'employeur de bénéficier « d'aides, sous forme de subventions à l'embauche, d'exonérations de certaines cotisations sociales ou d'aides à la formation » précise la Dares (Département des statistiques du ministère du travail).

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La tropical family de Caetano Veloso et ses fils

Nuits de Fourvière | En compagnie de ses trois fils Moreno, Zeca et Tom, l'immense songwriter brésilien Caetano Veloso, 75 ans, offre un spectacle collégial et familial qui promet d'être un sommet de joie et de mélancolie mêlées, à venir écouter religieusement comme l'indique un titre qui prône le recueillement : Ofertorio.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 juillet 2018

La tropical family de Caetano Veloso et ses fils

En général, quand le New York Times dit quelque chose – enfin, l'écrit –, on l'écoute. Or s'agissant de Caetano Veloso, co-inventeur de la MPB (música popular brasileira, soit la pop brésilienne) et peut-être surtout avec son ami Gilberto Gil et quelques compères bien inspirés (Gal Costa, Os Mutantes, Jorge Ben...) de ce tropicalisme qui révolutionna la musique brésilienne en lui donnant des atours pop, psychédéliques et surtout, révolutionnaires – chose peu anodine à l'époque –, le Times, donc, déclare que l'auteur d'Irene est « l'un des plus grands songwriters du siècle ». Il ne dut pas être le seul et à vrai dire, bien malin qui pourrait dire le contraire face au génie, extraordinairement prolifique, de celui qui a su allier, notamment à une époque, les années 60, où

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Le Croiseur ouvert, mais sans le sou

Scène Découverte | Passablement dans la panade financière depuis 2015, Le Croiseur s’octroie une nouvelle vie grâce à sa reprise par Romain Blachier. Celui qui est parallèlement élu à la mairie du 7e nous explique ce nouvel épisode de la Scène Découverte danse.

Nadja Pobel | Mardi 26 septembre 2017

Le Croiseur ouvert, mais sans le sou

En 2015, la DRAC retire ses subventions (37 000€ par an), puis la région ne se positionne plus vraiment.... Comment regardez-vous alors cette situation qui se dégrade ? Romain Blachier : C'est très particulier, car j'apprends le retrait de la DRAC alors que je fête mon anniversaire au Croiseur, que j'avais loué pour l'occasion le 23 juillet 2015. On pensait avec le directeur Didier Vignali que le dialogue allait reprendre. J'ai tout fait en ce sens mais ça s'est très mal passé. La Région, qui donnait 25 000€/an, ne donne plus que la moitié. On ne sait pas quelle sera la suite, d'autant que je ne suis pas toujours très tendre avec la vice-présidente à la Culture dans mes éditos de Lyon Mag. À un moment, Laurent Wauquiez a fait une offensive sur toutes les petites salles : comme ça, personne ne s'est révolté, c'est plus simple que s'il enlève Nuits sonores ou Jazz à Vienne. Florence Verney-Carron n'était même pas au courant. Bref, Didier, en mars, vient me voir en me disant qu'il doit dissoudre l'association présidée par Christian Jeulin (NdlR : également directeur commercial du

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Le Croiseur est sauvé

ACTUS | C'est officiel : Le Croiseur, scène du 7e arrondissement, est provisoirement sauvé des turpitudes, financières surtout, qui l'ont mis en danger (...)

Sébastien Broquet | Lundi 11 septembre 2017

Le Croiseur est sauvé

C'est officiel : Le Croiseur, scène du 7e arrondissement, est provisoirement sauvé des turpitudes, financières surtout, qui l'ont mis en danger ces derniers mois. Le projet de reprise initié à titre personnel par Romain Blachier a été validé ce lundi 11 septembre comme il l'indique sur son blog : « C’est avec honneur et responsabilité que je viens enfin de recevoir l’ordonnance par laquelle le juge commissaire autorise la vente des actifs du Croiseur. J’ai signé aussi le bail qui engage mon association dans cette nouvelle aventure. » L'élu à la Culture de l'arrondissement sera bénévole, et maintiendra les spécificités danse et théâtre du lieu, mais l'ouvrira aussi vers d'autres perspectives.

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Le 6e Continent dans une impasse

Politique Culturelle | Confrontée aux baisses de subventions, l'équipe de 6e Continent menée par son emblématique directeur Mohamed Sidrine tente de trouver des solutions. La mairie est à l'écoute, mais souhaite un projet revu et corrigé.

Sébastien Broquet | Mardi 7 mars 2017

Le 6e Continent dans une impasse

C'est un lieu emblématique et fondamental pour la culture comme pour la diversité, dans le 7e arrondissement de Lyon, qui est actif depuis 2004 dans des locaux ayant autrefois hébergé le mythique collectif Frigo. C'est encore un festival depuis bientôt 19 ans et une première édition au Pez Ner à Villeurbanne, maintenant installé du côté de Gerland, depuis 2002. Mais l'association 6e Continent est aujourd'hui dans une impasse. Les comptes sont au plus bas : le budget de l'association autofinancée à 80% est dans le rouge, depuis que la Région mais aussi l'État se sont désengagés. Comme nous l'expliquions ici, la Région a retiré ses 15 000€ annuels, subvention versée pour le fonctionnement de la salle. Et a diminué son apport au festival de 5000€, accordant désormais 10 000€ à l'événement qui se tiendra du 1er au 3 juin, où sont d'ores et déjà programmés

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Valeria Bruni-Tedeschi survole "Folles de Joie"

ECRANS | de Paolo Virzì (It, 1h56) avec Valeria Bruni-Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Bob Messini…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Valeria Bruni-Tedeschi survole

Atypique cavale que celle de Beatrice et Donatella : bien que pensionnaires de la Villa Biondi — une institution dévolue aux femmes atteintes de troubles psychiques —, ces deux fugueuses n’ont rien en commun. Aristo mythomane et extravertie, qui plus est joueuse compulsive, la première a été placée là par son entourage pour que sa gênante présence disparaisse des portraits de famille ; quant à la seconde, pauvre fille paumée accusée d’infanticide, elle rêve de revoir son fils. Ensemble, elle forment équipage, jouant les Thelma et Louise à travers l’Italie. Plus qu’explicite, la référence au film de Ridley Scott fait même l’objet d’une citation visuelle appuyée lorsque les deux complices se retrouvent par hasard à bord d’une décapotable. L’un des fugaces moments de liberté et de bonheur de ce film portant un regard sensible sur ce que l’on nomme par commodité la “folie” — un terme générique confortable recouvrant bien des situations, représentée ordinairement par des poncifs affligeants. Paolo Virzì montre que Beatrice et Donatella sont avant tout des victimes exprimant dans

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Gil & Veloso : amicalement vôtre

MUSIQUES | «Deux amis, un siècle de musique», c'est ainsi qu'est baptisée la tournée qui réunit Caetano Veloso et Gilberto Gil. Et qui les verra monter sur scène avec (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juillet 2015

Gil & Veloso : amicalement vôtre

«Deux amis, un siècle de musique», c'est ainsi qu'est baptisée la tournée qui réunit Caetano Veloso et Gilberto Gil. Et qui les verra monter sur scène avec chacun une guitare et un répertoire immense. Caetano & Gil se sont un peu les Brett Butler et Danny Wilde de la musique brésilienne, aux trajectoires individuelles marquées mais dont le destin restera irrémédiablement lié pour l'Histoire, l'esprit indissociable malgré les désaccords et les différences. Nés la même année, en 1942, et tous deux grandis à Salvador de Bahia, l'un est blanc issu d'un milieu modeste, l'autre noir et fils de médecin, les deux sont très engagés politiquement mais quand Gil est nommé ministre de Lula (premier président de gauche depuis leurs propres tribulations tropicalistes), Veloso est dubitatif avant de se raviser. Leurs caractères aussi sont rigoureusement opposés – Veloso est un hyperactif et bon vivant, Gil un gros dormeur (et c'est lui qui sera ministre) et quasiment maître zen – mais ils se complètent comme se complétaient Lennon et Macca et se sont trouvés comme on trouve l'amour, chacun vouant à l'autre une admiration sans bornes et jamais envieuse.

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Jazz à Vienne - Du 26 juin au 11 juillet à Vienne (38)

MUSIQUES | Entre éternels retours et renouvellement forcenés des talents, Jazz à Vienne continue pour sa 35e édition de puiser aux sources du jazz tout en se posant en laboratoire de la musique de demain. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Jazz à Vienne - Du 26 juin au 11 juillet à Vienne (38)

On pourrait dire cela de chacune des éditions de Jazz à Vienne, mais c'est particulièrement vrai pour celle-ci : elle marque un retour aux sources, et même plusieurs. D'abord avec une ouverture en forme d'hommage et de déclaration d'amour à la ville-mère du jazz, La Nouvelle Orléans. Où l'on croisera entre autres Dee Dee Bridgewater, mais aussi la fascinante Leyla McCalla, et dont le point d'orgue sera la présence, peu commune, du pianiste, chanteur, auteur-compositeur et surtout producteur de R'n'B originel Allen Toussaint. Comme chaque année, c'est un retour aux sources en chaîne qui s'opère derrière. Retour un peu permanent avec l'éternel comeback de figures comme George Benson ou Didier Lockwood, mais aussi de genres oubliés, avec le légendaire Golden Gate Quartet, qui prêche le gospel depuis 80 ans, et Gilberto Gil et Caetano Veloso, ce couple inspiré qui mit le feux aux poudres de la musique brésilienne (et de la musique tout court) à la fin des années 60 pour accoucher d'un mouvement qu'on appela tropicalisme. Dans le genre all-stars, ne pas manquer n

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Gil & Veloso : une histoire du tropicalisme

MUSIQUES | Réunis pour une tournée commune très attendue qui passe par Vienne, Caetano Veloso et Gilberto Gil ont initié, à la fin des années 60 et en amont de leurs immenses carrières internationales, l'une des grandes révolutions musicales et culturelles du Brésil : le tropicalisme. Un mouvement contestataire contesté qui a durablement marqué les esprits en libérant, parfois contre leur gré, les consciences brésiliennes. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juillet 2015

Gil & Veloso : une histoire du tropicalisme

Trop radicales ou trop avant-gardistes, il est des épiphanies dont on ne mesure pas immédiatement la portée. On connaît par cœur l'histoire de l'électrification de Bob Dylan qui, un soir de 1965 au festival de Newport, en dépit de l'incrédulité qu'elle suscita, changea à jamais la face du rock. C'est à peu près au même phénomène qu'ont assisté les Brésiliens en 1967, lorsque sur la scène de TV Record, Gilberto Gil, Caetano Veloso et Os Mutantes ont fait exploser ce qui était alors le canon de la musique brésilienne, à savoir la bossa nova, laissant l'acoustique et les costumes bien mis au placard au profit d'une pop à tête chercheuse arborant cheveux longs et idées pas plus courtes. Vite conspués pour cette rupture radicale avec l'ordre culturel établi, Veloso et Gil, hippies poussés dans le chaudron culturel bahianais, ne font pourtant rien d'autre qu'actualiser les principes édictés par le concept de «cannibalisme culturel» d'Oswaldo Andrade qui, en 1928, prônait la nécessité pour le Brésil d'absorber la culture internationale.

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Les soirées du 10 au 16 juin

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le vernissage de l'expo Mawil au Goethe-Institut, Scratcha DVA à La Marquise et la résidence LYL au Croiseur. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 juin 2015

Les soirées du 10 au 16 juin

10.06 Tournoi de ping-pong auteurs-public Quand il ne raconte pas par procuration sa jeunesse à l'ombre du mur de Berlin (Kinderland, chez Gallimard, pavé de 300 pages aussi captivant dans sa description de l'insouciance enfantine que dans ce qu'il raconte en filigrane de la RDA), le dessinateur Mawil joue les selectors. Ce sera le cas trois jours avant le coup d'envoi du festival, dans le cadre du vernissage de l'expo que lui consacre (ainsi qu'à sa compatriote Barbara Yelin) le Goethe-Institut. Un événement d'autant plus intrigant qu'il fera suite à un tournoi de ping-pong à la mode est-allemande que nous comptons bien remporter.

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Le Circuit Nuits Sonores 2015 en trois étapes

MUSIQUES | Trois étapes du Circuit Nuits Sonores à ne pas manquer : Warm Soda au Marché Gare, Blawan au Petit Salon et Somaticae au Sonic. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

Le Circuit Nuits Sonores 2015 en trois étapes

Étape 7 La musique à guitares n'ayant quasiment pas droit de cité dans la programmation "officielle" de Nuits Sonores cette année, c'est (notamment) du côté du Marché Gare qu'il faudra zoner pour se faire un fix d'électricité. Á l'affiche : le blues à seize chevaux-vapeur d'Harold Martinez, le post-punk du troisième type (et à effets secondaires) de I Love UFO et, surtout, le garage à moustaches et frisottis 70's de Warm Soda – emmené par l'ex Bare Wires Matthew Melton, proche du regretté Jay Reatard. Et Maria Rockmore, la plus rock'n'roll des selectas à chromosomes XX – aucun rapport avec le bon Jamie.

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive sur les écrans dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre, donnaient à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones — référence sans doute au bouquin de Russell Banks — traîne dans les ruines industrielles de Detroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère — la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men — se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre e

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

ACTUS | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Jazz à Vienne 2015 : la programmation

Après un premier vrai-faux départ sous forme d'Extra Night avec Pharrell Williams, c'est en mode pas moins happy que va débuter cette année Jazz à Vienne le 26 juin avec un week-end aux accents carnavalesques de la Nouvelle Orléans : de la légendaire figure locale Allen Toussaint au Dirty Dozen Brass Band et à la fascinante et prometteuse Leyla McCalla. En passant, on serait tenté de dire "bien sûr", par Dee Dee Bridgewater qui, après avoir gratifié Vienne de tout le spectre esthétique de la black music, revient en compagnie du New Orleans Jazz Orchestra. Et puisqu'on en est à parler des habitués du festival – ceux dont on a l'impression qu'ils sont là même quand ils ne le sont pas, comme Jean-Jacques Milteau, Éric Bibb, Didier Lockwood ou Éric Truffaz – on ne peut faire l'économie d'un Marcus Miller qui, en compagnie de l'ONL, dirigé pour l'occasion par Damon Gupton, retourne aux sources musicales et géographiques du jazz – un projet au départ discographique baptisé Afrodeezia et première in

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Un coin de paradis perdu

MUSIQUES | «C'est sans doute là le plus grand accomplissement de Perc, bien qu'il se défende de tout volontarisme : d'avoir rendu à un genre devenu un simple palliatif (...)

Benjamin Mialot | Mardi 20 janvier 2015

Un coin de paradis perdu

«C'est sans doute là le plus grand accomplissement de Perc, bien qu'il se défende de tout volontarisme : d'avoir rendu à un genre devenu un simple palliatif sa puissance contestataire» écrivions-nous l'automne dernier en conclusion d'un article consacré au label Perc Trax. Quand on le questionne sur ses accointances avec cette institution londonienne de la techno – il a publié un maxi chez elle tandis que Perc et les siens jouent comme à domicile dans les soirées In Paradisum – Mondkopf ne dit pas autre chose, vantant les mérites d'un label qui a su lui rendre goût à une musique en mal «de messages, bien que je ne sois pas forcément pour la musique à message, disons d'esthétiques fortes». Si bien qu'avant de céder aux sirènes hurlantes du blast beat, il avait envisagé son disque à manipuler avec une extrême précaution comme un retour aux origines industrielles de la musique qui rythme ses DJ sets. Cette tendance à forer les tripes à la recherche de troubles à raffiner en histoires sonores, le reste du roster d'In Paradisum la partage : des épopées sur fond de crissements, râles d'outre-tombe et rythmes galériens de Somaticae, qui rivalisent de

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L'âme et le cœur

MUSIQUES | World-Jazz-Soul / Premier grand rendez-vous de cette rentrée : l'immense Caetano Veloso sera à l'Auditorium dans une petite quinzaine de jours (le 7 (...)

| Mercredi 3 octobre 2007

L'âme et le cœur

World-Jazz-Soul / Premier grand rendez-vous de cette rentrée : l'immense Caetano Veloso sera à l'Auditorium dans une petite quinzaine de jours (le 7 octobre). Un des pères du tropicalisme brésilien n'a pas choisi comme son collègue Gilberto Gil les lambris de la République mais continue son intense activisme musical (dernier album en date : Cé). Dans le même auditorium, une autre légende en octobre : Chick Corea, pionnier du jazz fusion, s'y produira avec le joueur de banjo (moins à la mode que le Ukulele) Belá Fleck. Pour finir ce trimestre de musique pas classique, l'Auditorium invitera Anouar Brahem et son oud à se joindre au saxophoniste John Surman et au contrebassiste Dave Holland le 14 décembre : autant dire un trait d'union parfait entre jazz et musiques du monde. Pour ceux qui n'en peuvent mais d'attendre la sortie de son prochain film, Emir Kusturica viendra avec son No Smoking Orchestra sur la scène du Transbordeur faire un peu de «Unza, unza» le 27 octobre. Ailleurs, le Radiant poursuit son ouverture à la musique avec une invitation lancée au groupe de jazz manouche Samarabalouf (le 1er décembre) et une autre à la guitariste à la voix puissante de contralto Ilene Barnes

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Increvable Veloso

MUSIQUES | Musique / À 65 ans, Caetano Veloso, un des pères fondateurs du tropicalisme brésilien, mais aussi un des héritiers les plus fidèles de Joao Gilberto, prolonge sa tournée sans fin et sa discographie pléthorique. Proximo acordão : l'Auditorium. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 octobre 2007

Increvable Veloso

Écrire sur Caetano Veloso donne le tournis. Écouter sa musique aussi, mais pour d'autres raisons. La longévité (65 ans, dont 40 à ne faire que de la musique) et la productivité (une cinquantaine d'albums, dont la majorité sont des compositions originales) de Veloso laissent rêveur ; mais son enthousiasme et sa capacité à bousculer sans arrêt l'image que le public peut se faire de lui sont encore plus impressionnantes. Il n'y a qu'à se souvenir de cette interview accordée au début de l'année à Libération où il exprimait sa ferveur face à sa (re)découverte des Pixies, chez qui il retrouvait le goût de la concision et l'urgence de son maître Joao Gilberto. Du rock à la bossa nova, de l'Amérique au Brésil, Caetano Veloso est un globe-trotter au sens le plus premier du terme, tout en étant aussi un véritable pionnier. Veloso, c'est pour beaucoup le père du Tropicalisme, ce mouvement musical, culturel et révolutionnaire qui, en 1968, fit trembler le Brésil au point d'envoyer ses principaux activistes dans les geôles de la dictature militaire. Veloso, Gilberto Gil, Tom Zé, Gal Costa et Os Mutantes ont eu l'audace de mêler à leur culture (samba et bossa nova) tout ce que le monde comptait

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