Le Croiseur ouvert, mais sans le sou

Scène Découverte | Passablement dans la panade financière depuis 2015, Le Croiseur s’octroie une nouvelle vie grâce à sa reprise par Romain Blachier. Celui qui est parallèlement élu à la mairie du 7e nous explique ce nouvel épisode de la Scène Découverte danse.

Nadja Pobel | Mardi 26 septembre 2017

Photo : © DR


En 2015, la DRAC retire ses subventions (37 000€ par an), puis la région ne se positionne plus vraiment.... Comment regardez-vous alors cette situation qui se dégrade ?
Romain Blachier : C'est très particulier, car j'apprends le retrait de la DRAC alors que je fête mon anniversaire au Croiseur, que j'avais loué pour l'occasion le 23 juillet 2015. On pensait avec le directeur Didier Vignali que le dialogue allait reprendre. J'ai tout fait en ce sens mais ça s'est très mal passé. La Région, qui donnait 25 000€/an, ne donne plus que la moitié. On ne sait pas quelle sera la suite, d'autant que je ne suis pas toujours très tendre avec la vice-présidente à la Culture dans mes éditos de Lyon Mag. À un moment, Laurent Wauquiez a fait une offensive sur toutes les petites salles : comme ça, personne ne s'est révolté, c'est plus simple que s'il enlève Nuits sonores ou Jazz à Vienne. Florence Verney-Carron n'était même pas au courant. Bref, Didier, en mars, vient me voir en me disant qu'il doit dissoudre l'association présidée par Christian Jeulin (NdlR : également directeur commercial du Petit Bulletin) en me demandant si je veux reprendre l'affaire.

Comment ça se met en place ?
Je monte une association dont je suis président. Je dois emprunter 5000€ qu'aucune banque ne veut me prêter, étant donné les faillites précédentes. La Ville de Lyon est au bord de retirer sa subvention (50 000€/an), car elle estime que les critères danse sur lesquels la salle est conventionnée sont discutables. Didier a la bonne idée de proposer à la compagnie de danse Désoblique, jusque-là implantée à Oullins, de venir ici. Ce qui est chose faite. L'école est en place et fait un peu de diffusion aussi. Ça nous permet de rentrer à nouveau dans le cahier des charges danse de la DRAC.

L'école de la Scène sur Saône créée en 1997, deux ans avant Le Croiseur, est toujours dans les murs ?
Oui et c'était compliqué au printemps de se lancer dans un crowdfunding, précisément pour ne pas effrayer les futurs élèves. Du coup, on décide de séparer l'activité de l'école de théâtre – dont Didier Vignali reste directeur – de l'activité de la salle. On continue bien sûr à être une école de théâtre (cf. Vincent Dedienne en page 14, passé par là), on est désormais aussi une école de danse et on continue à organiser des soirées. On va essayer d'ouvrir à des compagnies plus extérieures au lieu, car souvent ça fonctionnait en autarcie avec les spectacles de ceux qui avait été formés là. On s'est aussi entouré volontairement d'une personne qui ne vient pas de la culture mais de l'événementiel, Julien Mathon, et de Bastien Thibaudat de la péniche Le Fargo.

Comment ça fonctionne maintenant financièrement ?
L'ancienne association avait 80 000€ de dettes qui se sont effacées avec sa dissolution et la mise en liquidation du théâtre. Mais pour l'instant, je n'ai pas d'argent. J'attends le deuxième versement de la Ville, qu'elle s'est engagée à faire. Je rencontre les salariés un par un. On se débrouille avec les intermittents, mais je ne sais pas comment je paye les deux salariés. On veut sortir d'un modèle qui ne repose que sur la subvention : on bénéficie du loyer de Désoblique, de celui de la Scène sur Saône. Mais il faut qu'on génère de la valeur ajoutée, donc on fait de l'événement avec Réso dans la semaine. Il y a eu une soirée électro le 23 septembre. Mais trop de gens avaient tendance à se servir sur la bête jusque-là. Des collectifs venaient en donnant trois clopinettes au Croiseur et dégageaient de la marge sans que le lieu en bénéficie...

Quelles seront les orientation du lieu à l'avenir ?
Danse et théâtre. Et vu mon profil, on va d'autant plus être surveillé pour voir si on respecte les critères de la Ville. Au début, Georges Képénékian était hostile à ce que je reprenne ce lieu par peur d'un mélange des genres – alors que je suis bénévole. Mais là ça va. J'ai eu très vite le soutien de Myriam Picot. David Kimelfeld a aussi donné son accord. Et Loïc Graber, issu du 7e comme moi, a je pense une sensibilité pour ce lieu. Mais je ne suis pas sûr que le milieu politique et notamment les gens de mon camp le voient très bien. Cette aventure interroge la place laissée à l'émergence : c'est très difficile à Lyon. Au Croiseur, nous avons le rôle d'offrir une possibilité de départ à des jeunes compagnie de danse et de théâtre.

opération leetchi : https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-le-croiseur

Le Croiseur

Salle créée en 1999, d'une jauge de 97 places sur une surface totale de 1100 m².

Appartient au réseau des Scènes Découvertes (fléchée danse) depuis 2005 avec un financement Ville/Région/État. La DRAC s'est retirée en 2015.

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Le Croiseur est sauvé

ACTUS | C'est officiel : Le Croiseur, scène du 7e arrondissement, est provisoirement sauvé des turpitudes, financières surtout, qui l'ont mis en danger (...)

Sébastien Broquet | Lundi 11 septembre 2017

Le Croiseur est sauvé

C'est officiel : Le Croiseur, scène du 7e arrondissement, est provisoirement sauvé des turpitudes, financières surtout, qui l'ont mis en danger ces derniers mois. Le projet de reprise initié à titre personnel par Romain Blachier a été validé ce lundi 11 septembre comme il l'indique sur son blog : « C’est avec honneur et responsabilité que je viens enfin de recevoir l’ordonnance par laquelle le juge commissaire autorise la vente des actifs du Croiseur. J’ai signé aussi le bail qui engage mon association dans cette nouvelle aventure. » L'élu à la Culture de l'arrondissement sera bénévole, et maintiendra les spécificités danse et théâtre du lieu, mais l'ouvrira aussi vers d'autres perspectives.

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Gel des contrats aidés : la culture fortement impactée

Politique | Le gouvernement a annoncé le gel des contrats aidés, jugés « coûteux et peu efficaces. » Dans le milieu de la culture, cette mesure prise en période estivale sans aucune discussion avec les acteurs concernés passe mal. Le point.

Julie Hainaut | Mardi 12 septembre 2017

Gel des contrats aidés : la culture fortement impactée

« Mon contrat devait être renouvelé le 14 septembre. Le 22 août, j’ai reçu un email de Pôle Emploi m’indiquant que celui-ci était gelé : une décision rapide, sans préavis, sans alternative. C’est frustrant et injuste. Je vais être inscrite au chômage : qu’on m’explique où se trouve l’économie que souhaite réaliser le gouvernement ! » s’indigne Nicole Corbi, désormais ex-chargée de médiation culturelle chez Spacejunk. Son directeur, Jérôme Catz, est tout aussi désemparé : « Cela fait 14 ans que notre association existe. La majorité des CAE que l’on a eus ont été transformés en CDI. Les deux ans du CAE, c’est le temps qu’il faut à une structure comme la nôtre pour arriver à pérenniser un poste. Je suis remonté. L’avenir de l’association est incertain. » La culture est durement impactée : la plupart des associations et compagnies émergentes fonctionnent avec des contrats aidés. Même son de cloche à l’Espace 44. « Les contrats de nos cinq employés se finissent d’ici la fin de l’année. Le 1er janvier, on s

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Le 6e Continent dans une impasse

Politique Culturelle | Confrontée aux baisses de subventions, l'équipe de 6e Continent menée par son emblématique directeur Mohamed Sidrine tente de trouver des solutions. La mairie est à l'écoute, mais souhaite un projet revu et corrigé.

Sébastien Broquet | Mardi 7 mars 2017

Le 6e Continent dans une impasse

C'est un lieu emblématique et fondamental pour la culture comme pour la diversité, dans le 7e arrondissement de Lyon, qui est actif depuis 2004 dans des locaux ayant autrefois hébergé le mythique collectif Frigo. C'est encore un festival depuis bientôt 19 ans et une première édition au Pez Ner à Villeurbanne, maintenant installé du côté de Gerland, depuis 2002. Mais l'association 6e Continent est aujourd'hui dans une impasse. Les comptes sont au plus bas : le budget de l'association autofinancée à 80% est dans le rouge, depuis que la Région mais aussi l'État se sont désengagés. Comme nous l'expliquions ici, la Région a retiré ses 15 000€ annuels, subvention versée pour le fonctionnement de la salle. Et a diminué son apport au festival de 5000€, accordant désormais 10 000€ à l'événement qui se tiendra du 1er au 3 juin, où sont d'ores et déjà programmés

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Le Croiseur s'en va-t-en guerre

SCENES | Actu / En 1997, Didier Vignali et un collectif de gens du spectacle ont fondé à Lyon une école d’acteurs La Scène sur Saône, avec le parrainage de Jean-Pierre (...)

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Le Croiseur s'en va-t-en guerre

Actu / En 1997, Didier Vignali et un collectif de gens du spectacle ont fondé à Lyon une école d’acteurs La Scène sur Saône, avec le parrainage de Jean-Pierre Bacri et d’Agnès Jaoui. En 2000, au centre de formation s’est ajouté une salle de spectacle pluri-disciplinaires de 200 mètres carrés, le Croiseur, basé à Gerland, dans une ancienne friche industrielle. Depuis, le Croiseur accueille des spectacles de théâtre et de danse et des jeunes artistes ou d’autres, plus confirmés, viennent y présenter leurs dernières créations. En 2008, le Croiseur a également accueilli une quinzaine de compagnies pendant la biennale off de la Danse. Mais depuis quelques mois, Didier Vignali tire la sonnette d’alarme. Le Croiseur, en déficit chronique, risque de mettre la clé sous la porte. Actuellement, le financement Ville de Lyon et DRAC se monte à 65 000 euros, une somme qui, selon lui, «ne permet même pas de payer les loyers». Ce que Didier Vignali demande aujourd’hui, c’est un réel engagement de la Région Rhône-Alpes qui ne propose qu’une aide financière de 7000 euros : «nous voulons bien entendre que la Ville et la DRAC ne peuvent pas nous donner plus mais pas que la Région nous demand

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Ça passe ou ça casse

CONNAITRE | Le Croiseur ne passera pas l'été si le public n'est pas au rendez-vous ce week-end. "Home suite home" est l'opération de la dernière chance pour sauver ce lieu de création et de diffusion artistique. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 mai 2009

Ça passe ou ça casse

Il y a urgence à aller voir ce qui se fabrique dans les murs du Croiseur. Ce lieu, créé en 2000, remplit une double mission de formation et de diffusion. Niché dans une friche industrielle à Gerland, cette école-salle de spectacle a été mise sur pied par Didier Vignali avec l'appui de ses acolytes Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui afin de proposer aux jeunes créateurs un endroit unique où ils peuvent travailler et montrer leur production au public. Mais le bateau prend l'eau. Depuis un an, et des prises de bec avec la Région quant à la formation, les crédits sont bloqués. Ajoutez à cela la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) qui a traîné des pieds pour reconduire l'accord triennal des scènes découvertes lyonnaises ; il manque beaucoup d'argent dans la trésorerie du Croiseur. «Ces tergiversations ont été catastrophiques», selon Didier Vignali. La DRAC Rhône-Alpes a contraint les scènes découvertes à subir une année de transition. Les contrats arrivaient à échéance en décembre dernier et auraient dû être reconduits pour 2009, 2010 et 2011. 2009 est en fait une année suspendue au terme de laquelle les cartes seront redistribuées car un appel à candidature est lan

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