Loïc Graber : l'inconnu

Portrait | Nouvel adjoint en charge de la Culture de la Ville de Lyon, Loïc Graber est le nom que l'on n'attendait pas pour ce poste. Dans un milieu culturel qui ne le connaissait que peu, il commence à se faire un nom.

Sébastien Broquet | Mardi 10 octobre 2017

Photo : © Anne Bouillot


Son nom a surgi à nos oreilles lors d'une soirée, le 13 juillet dernier : sa nomination venait d'être actée dans les salons de l'Hôtel de Ville, Loïc Graber serait le prochain adjoint à la Culture de Georges Képénékian, le nouvel édile de Lyon. Avant l'officialisation, nous avions tenté de sonder ceux qui font la culture ici : la plupart ne connaissaient pas son nom. Un directeur de festival nous chuchota que vu les autres idées qui circulaient, « ce serait plutôt une bonne chose. » Les jours suivants, une question se faufila dans les conversations : pourquoi lui, cet élu du 7e si discret, que personne ne semblait avoir croisé jusque-là dans une salle de spectacle ?

Il faut dire que dans son arrondissement, pour émerger sur la culture, c'est le parcours du combattant : Myriam Picot, la maire, est elle-même en charge de cette délégation à la Métropole et fût pressentie pour le poste. Comme Jean-Yves Sécheresse, passionné, qui est resté à la Sécurité. Et Romain Blachier, qui a en charge la culture de l'arrondissement, est omniprésent sur les réseaux sociaux comme dans les salles de concerts. Mais c'est bien Loïc Graber qui s'est emparé d'un fauteuil si important dans cette vivace cité. Tout sauf un hasard.

« Lors de la Marche des Fiertés, je défilais à côté de Georges Képénékian. On savait que les choses allaient évoluer après la nomination de Gérard Collomb à l'Intérieur, et de manière très informelle, je lui ai demandé en blaguant s'il avait trouvé la personne idéale. Il m'a dit non, pas encore. Quelques jours plus tard, il m'a appelé pour me dire qu'il pensait à moi » explique Loïc Graber, dans son bureau de l'Hôtel de Ville, affairé à gérer sa première crise à peine arrivé : celle des contrats aidés supprimés par le gouvernement.

« Lors de la rentrée culturelle à la piscine du Rhône, beaucoup d'associations sont venues me voir. J'ai demandé dès août un tour des 200 structures que l'on accompagne, y compris des MJC, pour avoir une photographie de la situation. Combien de contrats aidés ? Une centaine de temps-plein sur la Ville de Lyon à ce jour. Dans un second temps, nous allons voir combien de structures sont en danger immédiat. En fonction de ça, on verra comment intervenir. »

Dans le milieu associatif, sa réputation de bosseur le précède, et l'ancien adjoint à la Démocratie participative, qui ne réclamait rien d'autre que rebaptiser sa délégation « Démocratie citoyenne », n'a pas tardé à la mettre en pratique à son nouveau poste.

Sur la scène du Nombril du Monde...

« Quand ma nomination a été rendue publique, beaucoup de gens se sont demandés qui j'étais. Pourtant, la culture, ça me parle : pendant quinze ans, j'étais responsable de projets dans un bureau d'études : Médiéval AFDP, qui existe toujours, spécialisé dans le tourisme culturel et la mise en valeur du patrimoine et notamment des bâtiments désaffectés pour des projets pérennes. On travaillait souvent avec des collectivités, en amont des projets. J'ai touché à tout pendant ces quinze ans : à l'histoire de l'art, au patrimoine, à l'urbanisme, à la scénographie… Ces compétences, acquises entre 2000 et l'été 2014, me sont aujourd'hui très utiles. » Ce ne sont pas les seules : Loïc Graber, côté culture, est plutôt de ceux qui pratiquent en amateur, un peu moins les cocktails de première.

Au début du millénaire, alors qu'il étudie à Lyon 2, ce grand lecteur de polars intègre une troupe de théâtre qui s'installe vite dans les locaux de ce qui est aujourd'hui le 6e Continent. Là, se mêlent théâtre, danse et musique, et le futur élu se retrouve à participer trois éditions de suite au défilé de la Biennale de la Danse, dès 2000 : « ça m'a donné le goût de l'aventure humaine, des dynamiques collectives. Et celui de l'associatif : comment se démerder avec peu. »

Il chante ensuite, dans une chorale de la Maison des Rancy : « j'avais besoin de faire ressortir des émotions qui étaient au fond de moi à ce moment-là. Je regrette de ne plus avoir le temps : j'aimerais vraiment faire du gospel aujourd'hui. » On le retrouve aussi déclamant des sketches de Thierry Buenafuente, sur la scène du café-théâtre le Nombril du Monde : « ça apprend à ne pas avoir trop d'ego ! Et à poser sa voix. Utile en politique. »

Pourtant, c'est une toute autre voie que Loïc Graber aurait pu emprunter : après son Bac, un stage à la Cour des Loges le convainc d'aller faire l'école hôtelière à Thonon-les-Bains. « J'ai eu un coup de foudre pour ces métiers, le contact humain que ça impliquait. J'étais en gestion hôtelière, du coup on me reproche souvent aujourd'hui de ne pas savoir faire la cuisine... » S'ensuit une rencontre capitale, avec Alain Michel qu'il rejoint au sein de l'association humanitaire Équilibre, où il restera dix mois.

...Et Radio Meuh dans les enceintes

L'autre rencontre importante, c'est Gérard Collomb : « il ne laisse pas indifférent non plus : leurs visions à tous les deux, humanitaire pour l'un, politique pour l'autre, c'est fort. Quand Gérard Collomb m'a proposé de le rejoindre, je n'ai pas hésité une seule seconde. » Le gamin grandi dans le quartier de Point du Jour du 5e arrondissement, aimé et choyé par des parents psychiatres dans la fonction publique, qui lui ont inculqué le goût de la parole comme celui de la culture, a fait du chemin.

Celui qui découvrait la politique en 2008 en militant au PS pour Ségolène Royal a depuis suivi le vent lyonnais, rejoignant les rangs d'En Marche ! : « le mandat de François Hollande a été un mandat de clarification au sein du PS. Il y avait deux groupes, qui se sont confrontés à l'Assemblée comme au niveau local dans les sections. La bascule s'est faite : d'un côté une ligne plus centriste, de l'autre une ligne de plus en plus à gauche au PS. Ce qui m'a séduit chez Macron, c'est le rajeunissement des pratiques, comme des hommes et des femmes. Écouter les citoyens, utiliser des méthodes numériques, je m'y suis retrouvé. »

Par contre, les séries politiques à la House of Cards, très peu pour lui. Son conjoint a bien essayé de le convertir à Borgen, en vain : « Peut-être plus tard, pas pendant que je suis dans ce milieu. Mais je suis consommateur de séries, beaucoup, que je regarde tard le soir ! » Surtout, c'est un amateur de bandes dessinées, de science-fiction en particulier : Druillet et la bande de Métal Hurlant, Valérian... « J'adore Original Watts qui fait un travail de fond et de réédition. C'est une approche patrimoniale mais contemporaine, c'est intéressant. Et je vais évidemment suivre de près le Lyon BD Festival et tout faire pour que ça perdure ! »

S'il délaisse les jeux vidéos qu'il laisse volontiers à deux de ses trois frères, le lecteur de DOA confesse écouter Radio Meuh dans son bureau de l'Hôtel de Ville, et se passionner pour les musiques électroniques depuis que son père lui a offert ses premiers vinyles : les albums de Jean-Michel Jarre. « Je suis un fidèle de Nuits sonores. C'était une réponse à un besoin. Je suis venu aux musiques électroniques comme Kavinsky après avoir d'abord écouté Tricky, Portishead. Cesaria Evora a aussi été un moment important dans ma vie, j'ai pu la rencontrer : même une heure avec elle, ça m'a influencé. Sa simplicité, son humilité. Respect. » L'humilité, un mots qui revient souvent dans la bouche de Loïc Graber. « Je fais un boulot de fond. Je ne suis pas du genre à m'afficher ! »

Repères

1974 : Naissance à Lyon à l'Hôpital de la Croix-Rousse

2000 : Entre à Médiéval AFDP

2008 : Milite au PS à l'occasion de la campagne de Ségolène Royal

2014 : Quitte son emploi à Médiéval AFDP et devient directeur de campagne de Myriam Picot, avant de la suivre à la mairie du 7e

2017 : Nommé adjoint à la Culture de la Ville de Lyon

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Lyon : trois anciens adjoints à la Culture réagissent à la baisse de la subvention de l'Opéra

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Vincent Raymond | Vendredi 5 mars 2021

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Avant l’effondrement Loïc Graber : Quand j’ai pris mon mandat en 2017, je l’ai dit à plusieurs acteurs culturels : j’espère qu’on n’aura jamais à vivre un nouveau Bataclan. Je pensais alors à un attentat terroriste, susceptible d’entraîner une disparition du public des salles. Au quotidien, en tant qu’adjoint, on voit les budgets, les bilans des lieux : on sait ce qu’ils ont en réserve. Et je me disais, si jamais on doit surmonter quinze jours ou un mois de fermeture — je pensais ça à l’époque —, concrètement, ça va être très complexe. Les salles n’ont pas de réserve suffisante pour tenir plusieurs semaines sans public ! Impact dans… Florence Verney-Carron : Je prend conscience de la crise très tôt, puisque dès début mars on a les premières annulations — notamment Quais du Polar le 13 mars. On se rend compte avec Laurent Wauquiez qu’il faut fai

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Avez-vous choisi votre adjoint ou adjointe à la Culture ? Georges Képénékian : Non. Vraiment, non. Ce n’est pas une bonne manière d’aborder une élection. Se préparer et avoir en tête comme je l’ai fait les cent premiers jours avec les grandes décisions à prendre, oui. Distribuer des postes tant que l’on n’est pas en place, ce n’est pas très bien vis-à-vis des électeurs. Je n’ai pas cette forme d’arrogance. On verra dimanche soir quels messages nous envoient les Lyonnais. Quelle composition sera pressentie pour ce conseil municipal. Quels seront les enjeux. Pour aucun des postes, je n’ai choisi ; et j’aime bien avoir cette liberté jusqu’au 28 juin au soir. Si vous êtes élu, vous allez arrivez au pouvoir face à un secteur culturel que vous connaissez très bien — puisque vous avez été vous-même adjoint à la Culture — et qui connaît une crise sans précédent. Vous avez annoncé un plan d'urgence de 10M€. GK : J’ai mené un travail que David Kimelfeld m'a commandé sur le déconfinement. On a fait un rapport en deux étapes : la première jusqu’à juin, et une seconde tranche que j’avais bien anticipé, qui couvrirait

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La décision était prise depuis jeudi dernier : c'est bien Loïc Graber qui est nommé adjoint à la culture de la Ville de Lyon, prenant ainsi la succession à ce poste emblématique du tout nouveau maire fraîchement élu cette semaine, Georges Képénékian. Sa promotion dans le rang des adjoints (de 21e et bon dernier, à 7e) le laissait augurer dès lundi soir. Après avoir sondé plusieurs possibilités, dont celle de nommer un transfuge venu de la droite (Emmanuel Hamelin a été souvent cité, ce qui inquiétait le petit monde de la culture lyonnaise) ou le respecté Jean-Yves Sécheresse, c'est donc l'ancien adjoint à la démocratie participative, élu dans le 7e arrondissement, qui hérite de la fonction, un peu par surprise : il n'a que peu œuvré jusque-là dans ce domaine. Le 7e est décidément pourvoyeur d'élus à la culture : la maire Myriam Picot est elle-même en charge de la culture à la Métropole, et Romain Blachier reste l'adjoint à la culture de l'arrondissement.

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