Cinéma : le coq se rebiffe

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Photo : © DR


Au moment où le très discret groupe CGR vient d'annoncer le rachat du circuit Cap'Cinéma — et annonce avoir dépassé en nombre d'établissements sur le territoire national le réseau Pathé-Gaumont —, la firme au coq le défie sur le terrain de l'innovation technique. Pour contrer le système ICE (Immersive Cinema Experience) lancé lors de la sortie de Valérian, Pathé fait donc coup double en métropole lyonnaise.

En ouvrant pour commencer dans son complexe du Carré de Soie une salle équipée de la technologie 4DX, un système proposant une “expérience” sensorielle et immersive au spectateur, grâce notamment à des fauteuils sur vérins et des effets de soufflerie interagissant avec le film. Réservée aux blockbusters (Justice League essuie les plâtres) et à une centaine de privilégiés par séance, cette attraction devrait consolider la position de leader régional du cinéma vaudais, par ailleurs doté d'un écran Imax. Avec déjà plus d'un million de billets vendus depuis le début 2017, le Pathé Carré de Soie concentre à lui seul quasiment 20% de la fréquentation métropolitaine.

Le site de Vaise ne sera pas en reste : dès le mercredi 13 décembre, à l'occasion de la sortie de Star Wars - Les Derniers Jedi, le complexe du 9e arrondissement ouvrira après deux mois de réfection totale sa salle 1 équipée de la technologie Dolby Cinéma — la 4e en Europe. Un dispositif annoncé comme étant le summum de l'innovation et du réalisme dans la restitution du son comme de l'image, auquel s'ajoute le confort : des fauteuils inclinables sont ici prévus pour envelopper les spectateurs. L'enveloppe budgétaire des travaux n'est en revanche, pour le moment pas connue, ni le surcoût éventuel du billet pour le spectateur.

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Feyzin : le musicien Alexandre Rochon nommé directeur de l'Épicerie Moderne

Mercato | François Jolivet s'en va, Alexandre Rochon arrive : l'Épicerie Moderne vient de changer de tête.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 juillet 2021

Feyzin : le musicien Alexandre Rochon nommé directeur de l'Épicerie Moderne

Pour ceux qui ont suivi de près l'essor de la scène clermontoise entre la deuxième moitié de la décennie 2000 et du début de la suivante, le nouveau directeur de l'Épicerie Moderne n'est certainement pas un inconnu. En 2006, Alexandre Rochon avait fondé avec un collectif d'artistes le label artisanal et indépendant Kütü Folk spécialisé dans le revival folk (St. Augustine, Leopold Skin...). Un label sur lequel on retrouvait logiquement son propre groupe The Delano Orchestra, drôle de vaisseau aux frontières du folk et du post-rock avec lequel il publia pas moins de cinq albums et multiplia les collaborations, discographique comme sur le Babel de Jean-Louis Murat, ou scénique avec la conception musicale de l'adaptation du cycle de Marie de l'auteur belge Jean-Philippe Toussaint (M.M.M.M). En parallèle, également vidéaste, le Clermontois a beaucoup œuvré à la réalisation de

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Mathieu Diez, directeur de Lyon BD : « il est temps pour moi de me redéfinir »

Mercato | À la tête du festival Lyon BD depuis sa création en 2006, Mathieu Diez annonce son départ pour de nouveaux horizons… Il laisse une enviable place vacante pour une institution culturelle riche de projets, solidement amarrée dans le paysage lyonnais, contribuant à son rayonnement international et produisant un festival réputé, à l’édition 2021 prometteuse…

Vincent Raymond | Mardi 13 avril 2021

Mathieu Diez, directeur de Lyon BD : « il est temps pour moi de me redéfinir »

Nous sommes à trois mois de la prochaine édition du Lyon BD Festival. Alors que les annulations de manifestations pleuvent, le festival est-il bien maintenu ? Mathieu Diez : Il est maintenu et confirmé aux 11-12-13 juin pour le cœur de la manifestation. Tous les partenaires du festival sont à nos côtés parce qu'on pense qu’il y a un espace raisonnable et de bonnes chances. Bien sûr, cela tient à la réouverture des lieux culturels à la mi-juin (et donc de l’Hôtel de Ville, qui n'est pas vraiment un lieu culturel mais il faut qu'il puisse nous accueillir, de concert avec les institutions culturelles), ce qui est assez crédible. Et si elle s’accompagnait de contraintes fortes, on a montré qu'on savait faire lors de la Saison d’automne l’an dernier — notamment le concert Acid Arab. On saura faire, autant pour pour le week-end que durant tout le mois de juin. Parce que ce ne sera pas un “mini“ Lyon BD : on a quand même un programme important. Même si on doit supprimer les stands éditeurs, intenables pour des raisons sanitaires, le festival se tiendra sur 60 lieux dans la ville, ave

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Collège Truffaut : en 2022, la rentrée sera très classe…

Urbanisme | Presqu’une décennie après sa désaffection, le Collège Truffaut (Lyon 1er) attaque la seconde grande phase des travaux qui lui permettra d’enfin rouvrir ses portes. Et d'élargir le spectre de ses visiteurs en changeant d’affectation : en 2022, le vénérable bâtiment accueillira notamment une crèche, des logements étudiants, un hostel et un prometteur pôle piloté par Lyon BD Organisation, le Collège graphique…

Vincent Raymond | Lundi 22 mars 2021

Collège Truffaut : en 2022, la rentrée sera très classe…

C’est la fin d’une histoire, ou plutôt d’une parenthèse, et le début d’une autre qui se profilent au Collège Truffaut. D’abord école de filles et de garçons à son ouverture en 1887, puis collège jusqu’à sa désaffection en novembre 2013, l’imposant édifice aura ensuite occupé bien des conversations et des esprits : la question de sa reconversion cristallisant les différences de visions politiques, urbanistiques et sociales entre les élus de la mairie du 1er arrondissement, de la mairie centrale et de la Métropole — propriétaire du site. Occupé, le Collège l'aura d’ailleurs été durant cette longue phase, de façon temporaire à plusieurs reprises : dès décembre 2013 par un collectif citoyen pour reloger des familles à la rue (l’affaire avait valu à la maire du 1er d’alors, Nathalie Perrin-Gilbert qui avait participé au mouvement, d’être placée en garde à vue) ; puis en mai 2016 par des opposants à la Loi Travail ayant laissé de leur passage force slogans tagués.

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Lyon : trois anciens adjoints à la Culture réagissent à la baisse de la subvention de l'Opéra

Patrice Béghain, Georges Képénékian et Loïc Graber | Les trois prédécesseurs de Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture, se prononcent sur l'annonce qui secoue le monde culturel lyonnais depuis quelques heures : la baisse de 500 000€ de la subvention municipale à l'Opéra de Lyon, somme réaffectée à d'autres projets et lieux culturels tels que la CinéFabrique. Magnéto.

Vincent Raymond | Vendredi 5 mars 2021

Lyon : trois anciens adjoints à la Culture réagissent à la baisse de la subvention de l'Opéra

Patrice Béghain, adjoint à la Culture (2001-2008) de Gérard Collomb : Je n’ai jamais eu l’habitude de juger publiquement les décisions de mes prédécesseurs ou de mes successeurs, que ce fût quand j’étais DRAC ou adjoint. Georges Képénékian, adjoint à la Culture (2008-2017) de Gérard Collomb : Nathalie Perrin-Gilbert dit que ce n’est pas une punition. Mais c’est quand même une punition chez elle : elle a eu une telle hargne pendant toutes ces années au sujet du rapport que l’on avait fait sur les frais de Serge Dorny, malgré la mise au point que j’avais essayé de gérer — en reconnaissant qu’il y avait bien eu des anomalies, j’ai travaillé avec Serge Dorny. Mais elle a quelque chose de vengeur. Loïc Graber, adjoint à la Culture de Georges Képénékian (2017-2018) et Gérard Collomb (2018-2020) : Il y a des problèmes de forme et de fond dans cette annonce. Le premier problème, de forme, c’est la précipitation : la Ville, membre de droit de l’Opéra, ne dit rien en décembre lorsque le budget est voté ; et quelques jours avant le conseil

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Collège Maurice-Scève : dernière visite avant expulsion

Squat | Après deux ans d’occupation de l’ancien collège Maurice-Scève, la Métropole et la Préfecture organisent l’évacuation des lieux et le relogement d’une partie des habitants. Entre soulagement et inquiétude, le collectif de soutien aux jeunes s’organise sans savoir quand ils devront partir ni où ils iront.

Sarah Fouassier | Mercredi 21 octobre 2020

Collège Maurice-Scève : dernière visite avant expulsion

« Y’a rien de propre et on ne sait pas quand on va devoir partir. » En ce mardi 13 octobre, les inquiétudes des habitants du collège Maurice-Scève sont immenses. Après deux ans d’occupation du lieu, ils vont devoir partir. Pour aller où ? Dans des logements temporaires trouvés par la Métropole et la Préfecture pour certains, dans un squat et dans la rue pour d’autres. Quand ? Pas de date précise, mais bientôt. L’évacuation demandée par la Métropole, coordonnée par la Préfecture, aura bien lieu avant le début de la trêve hivernale. Pour les membres du collectif Collège Sans Frontières Maurice-Scève, composé essentiellement d'habitants du quartier, l’évacuation est un soulagement, mais aussi une source d’inquiétudes notamment pour Sébastien, prof de maths à la tête du collectif : « on ne sait pas quand et dans quelles conditions aura lieu l’expulsion et si tout le monde sera relogé, c’est une grande source de stress pour eux. » Eux, ce sont 311 jeunes hommes originaires de pays d’Afrique de l’Ouest, dont 60 sont en attente de reconnaissance de leur minori

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L'Odyssée d'Obi

Afro Trap | Demandeur d'asile nigérian de 33 ans, dont dix d'une invraisemblable errance entre l'Afrique et l'Europe, Obinna Igwe a fini par se poser et s'apprête à lancer une carrière de musicien dont il n'avait jamais osé rêver. Épaulé en cela par Cédric de la Chapelle, l'homme qui avait découvert Slow Joe. Il a accepté de nous raconter son histoire.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 octobre 2020

L'Odyssée d'Obi

« J'ai grandi au Nigeria, à Abakliki ». Ainsi Obinna Igwe, dit "Obi", commence-t-il, assez logiquement pense-t-on, le récit d'une vie qui l'a mené jusqu'à Lyon. Mais, dans la seconde, il se raccroche à ses premiers mots et nous fait comprendre en une phrase ce qui porte les hommes et les femmes qui traversent les continents et les mers pour un peu d'espoir : « en fait je n'ai pas grandi au Nigéria, j'y ai survécu, c'est après que j'ai grandi ». Il a pourtant déjà 23 ans lorsqu'il quitte son pays. Sa vie est une histoire comme on en entend rarement, peut-être parce qu'on oublie un peu facilement de prêter l'oreille. C'est celle de milliers de migrants dont certains ne voient pas la fin du voyage. S'il est possible de survivre — et encore — dans le pays le plus peuplé d'Afrique — 203 millions d'habitants, 24 villes de plus d'1 million d'habitants —, la vie y est une chimère, la violence endémique, et l'école accessible à ceux qui ont un peu d'argent, à ceci près que personne n'en a. « Là-bas, il n'y a aucun espoir d'avenir, aucun rêve n'est possible » raconte Obi qui a perdu son père à l'âge de dix ans. L'espoir ne peut

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Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Le Film de la Quinzaine | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Sur le plateau du film consacré la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC — yeux qui lui cuiront lorsqu’il le visionnera —, Lux Æterna, n’est pas un long-métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de “ridelles“ virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et

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Alexis Guillaume : « Lyon est une terre de lumière pour le cinéma »

Pathé Grand Lyon | S'il a pris ses fonctions dans un contexte particulier, le nouveau directeur du Pathé Grand Lyon aborde la rentrée avec un optimisme raisonnable : septembre s’annonce riche en films et la fin de l’année prometteuse en “locomotives“.

Vincent Raymond | Vendredi 11 septembre 2020

Alexis Guillaume : « Lyon est une terre de lumière pour le cinéma »

Vous arrivez durant une période singulière qui conjugue crise sanitaire inédite et changement de tous les directeurs de site. Vous avez le goût des défis… Alexis Guillaume : C’est aussi un moment où il faut se réinventer, se souder les uns les autres. Mais ce n’est pas ce qui m’apparaît comme le plus compliqué : j’ai le privilège de succéder à Thierry Rocourt, qui menait déjà un excellent travail avec les équipes. Et j’ai rencontré ici des gens formidables qui ont envie de cinéma et de promouvoir les films. Lyon est une ville emblématique pour Pathé ; c’est aussi une terre de lumière pour le cinéma. Je suis évidemment très heureux d’y arriver, même si j’ai vécu de très belles années à Aix et Marseille. Comment s’est déroulée la roouverture du 22 juin et l’été qui a suivi ? Les chiffres indiquent à Lyon une diminution globale de la fréquentation d’environ 67% par rapport à 2019. Le pire pour un cinéma, c’est d’être fermé. Cette date du 22 juin était donc très importante pour nous : il fallait absolument réamorcer la machine, que les enseignes soient allumées ; être disp

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Fatale carapate : "J’irai mourir dans les Carpates" d'Antoine de Maximy

Comédie | Une mise en abyme pas dénuée d'intérêt signée Antoine de Maximy, aventurier star de la télévision où il anime "J’irai dormir chez vous".

Vincent Raymond | Mercredi 16 septembre 2020

Fatale carapate :

En tournage dans les Carpates de son émission J’irai dormir chez vous, Antoine de Maximy est victime d’un accident mais son corps n’est pas retrouvé. Flairant quelque chose de suspect, sa monteuse entreprend de reconstituer son parcours à l’aide des cassettes rescapées… L’idée de cette vraie-fausse disparition aurait-elle germé chez Maximy pour se démarquer de la funeste destinée de Philippe de Dieuleveult, son devancier globe-trotteur télévisuel lui aussi tout de rouge vêtu ? Elle débouche en tout cas sur un film ambivalent. D’un côté, un intéressant objet conceptuel sur la sémiologie de l’image (et sur ce que son contenu, authentique ou fictionnalisé, révèle) racontant via un faux film-footage la construction d’une émission grâce au montage autant que les coulisses d’une prod télé lambda. De l’autre, une comédie sentimentalo-policière un brin laborieuse pour envelopper cette mise en abym

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Protéger, ou servir ? : "Police" d'Anne Fontaine

Thriller | Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ?

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Protéger, ou servir ? :

Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre le fait qu’elles livrent leur ressenti et contribuent à bien les individualiser au sein d’un corps où chacun se fond dans un collectif réputé d’un bloc, ces séquences ressemblent à une sorte d’enquête, où les témoignages se recoupen

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Musiques actuelles : légende d'automne

Covid-19 | Sans aucune visibilité quant à leur conditions d'ouverture pour la rentrée, les diffuseurs de musiques actuelles, pour la plupart désœuvrés, oscillent entre optimisme mesuré, méthode coué et pessimisme radical, y compris à long terme. Un tableau guère réjouissant.

Stéphane Duchêne | Vendredi 10 juillet 2020

Musiques actuelles : légende d'automne

Pour savoir ce que les amateurs de musiques dites actuelles auront à se mettre sous la dent en cette ère pré-"post-Covid", on pourrait se contenter de jeter un œil aux agendas des différentes salles, où l'on trouve ça et là quelques dates (Épicerie Moderne, Transbordeur), parfois beaucoup (Radiant). Problème, ces agendas, en grande partie constitués de reports du printemps, sont pour Cyrille Bonin qui gère le Transbordeur : « un cache-misère ». Un trompe-l'œil même. Car si les discours et les réalités varient en fonction des modèles économiques et d'accueil, une réalité semble inéluctable, qu'énonce Benjamin Petit, coordinateur du Marché Gare : « rouvrir les salles dans les conditions de mesures sanitaires actuelles, c'est inenvisageable. Point. » Alors chacun bricole un peu. Le Ninkasi a maintenu son festival — en plein air du 5 au 13 septembre — et promet quelques concerts de groupes

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Malle du transport : "L’Aventure des Marguerite" avec Clovis Cornillac

Comédie | 1942. Le père de Marguerite a disparu à la guerre et l’adolescente se languit de son retour. 2019. Margot, sosie de la précédente, doit passer trois jours avec le nouveau copain de sa mère qu’elle trouve lourd. À cause d’une malle magique, les deux jeunes filles vont se substituer l’une l’autre…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Malle du transport :

Comme une étrange impression de se retrouver devant un J’aime Lire mis en images… Pas si loin, en fait, puisque cette comédie fantastique d’aventures est adaptée d’un roman jeunesse signé Vincent Cuvellier. Si le travail visuel est propre, rythmé par le va-et-vient permanent entre les deux époques, la partie 1942 se révèle beaucoup plus riche en rebondissements épiques que le segment contemporain — Marguerite s’adaptant très (trop) vite à l’univers de science-fiction XXIe siècle. Les scénaristes ne se sont pas non plus beaucoup trop préoccupés des inévitables questions de paradoxes temporels, pourtant le sel de ces histoires ainsi que des ressorts dramatiques de premier choix. On ignore quel destin attend ce film d’ambiance automnale un 14 juillet en salles, il fera certainement un meilleur score une après-midi de novembre agrémenté d’un chocolat chaud sur le canapé… L'Aventure des Marguerite Un film de Pierre Coré (Fr, 1h26) avec Alice Pol, Clovis Cornillac, Lila Gueneau…

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Elle fut la première : "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché"

Documentaire | Première femme-réalisatrice de l’histoire du cinéma, Alice Guy-Blaché a joué un rôle essentiel dans le devenir cet art naissant : un documentaire édifiant, malgré une forme un peu galvaudée. (Un article signé Anna Soloviova)

Vincent Raymond | Jeudi 25 juin 2020

Elle fut la première :

Née en 1873, Alice Guy-Blaché commence à travailler comme sténographe avec Léon Gaumont, l’un des producteurs de l’aube du cinéma. Elle est l'autrice de la première fiction cinématographique, La Fée aux choux (1896), avant de superviser une grande partie de la production Gaumont. Envoyée en 1907 aux États-Unis, elle y crée sa propre maison de production qui connait un essor important, avant de s’effondrer. S’appuyant sur un travail d’enquête minutieux, ce documentaire met en avant les qualités de l’œuvre cinématographique de cette pionnière longtemps passée sous silence, soulignant sa grande maitrise technique, son progressisme moral (féminisme, inclusion des acteurs noirs), ou encore son mantra à l’adresse des acteurs : « be Natural ». Porté par la voix-off de Jodie Foster, actrice et réalisatrice dont l’engagement et le talent en font une manière d'héritière d’Alice Guy

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Une surprise de taille : "D'égal à égal - Auf Augenhöhe"

ECRANS | Orphelin vivant en foyer, Michael découvre par hasard un mot de la main de sa mère révélant l’identité de son père. Son enthousiasme est vite douché lorsqu’il rencontre ce Tom qu’il idéalisait, puisque celui-ci s’avère de petite taille. Pourtant Tom, est peut-être la grande personne faite pour lui…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Une surprise de taille :

De l’apprentissage de la tolérance et de la différence chez les pré-ados, ou comment comprendre les autres pour s’accepter soi-même à l’aube de profondes métamorphoses. Tel est en substance le message véhiculé par ce film empli de leçons de vie à destination du jeune public — l’âge du protagoniste, 8-10 ans. Il semble remplir son office puisque la cible visée lui décerne force prix : le dernier en date le fut au festival Voir ensemble de Grenoble. Comparée à la démarche de Franck Gastambide, l’un des seuls réalisateurs en France à faire appel régulièrement à des comédiens de petite taille et pratiquant ce que l’on pourrait qualifier une “inclusion par le second degré“, l’approche D’égal à égal paraîtra plutôt lisse et gentille. Et l’on pourra regretter que le film manque d’esprit corrosif ; il renvoie toutefois les spectateurs à cette attitude protectrice dont ils inondent trop souvent les personnes en situation de handicap afin de satisfaire leur bonne conscience ; surjouant la bienveillance et oubliant d’agir… naturellement. Reste que le plus per

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"Police" au Comœdia

Avant-Première | Trente-cinq ans après le film homonyme de Pialat, Anne Fontaine signe un nouveau Police centré sur trois membres d’une brigade parisienne confrontés à (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Trente-cinq ans après le film homonyme de Pialat, Anne Fontaine signe un nouveau Police centré sur trois membres d’une brigade parisienne confrontés à une mission déroutante les soumettant à un cas de conscience. Adapté d’un roman d’Hugo Boris, et interprété par Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois, ce film à la construction complexe ne sortira que le 1er avril. Mais vous pourrez le découvrir en présence de la cinéaste lors de cette avant-première. Police Au Comœdia ​le jeudi 12 mars à 20h

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Piers Faccini : « assumer un aspect hybride dans mon travail »

Folk | En mini-tournée quelques mois après la sortie de son dernier EP, quatrième volet de la collection folk "Hear my Voice" édité par son label, Piers Faccini passe une fois encore par le Temple Lanterne pour un concert acoustique. L'occasion pour lui de nous entretenir de cette collection, de son label et plus largement, de sa vision de l'indépendance artistique et économique à l'ère de la dématérialisation de la musique. Où il est question de musiques traditionnelles, des Cévennes, d'amour de l'artisanat et d'acoustique.

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 février 2020

Piers Faccini : « assumer un aspect hybride dans mon travail »

Quel est la genèse de Hear my Voice, cette collection d'EP dont vous venez de livrer vous-même le quatrième volet sur votre propre label Beating Drum ? Piers Faccini : Quand j'ai voulu créer Beating Drum, c'était d'abord un choix d'émancipation artistique absolue sur mes propres projets et puis je me suis dit que si je croisais au hasard de mes collaborations, des gens intéressants, des projets ou des artistes qui évoluent sous le radar et n'ont pas une grande visibilité, Beating Drum pouvait avoir vocation à les aide à faire un premier pas sinon vers la notoriété du moins vers leur public. Et plutôt que de faire un album – ce qui est un investissement important parce qu'on peut travailler deux ans sur un disque qui aura une fenêtre d'une dizaine de jours pour accrocher les médias, la radio – j'ai pensé à créer une collection regroupant ces artistes dans une certaine esthétique et sous un format d'EP 4-titres. Nous en avions sorti trois

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Le Nord, le Sud, et le reste… : "L'Etat Sauvage"

Western | 1861. Alors que la Guerre de Sécession fait rage, les Français sont sommés par l’Empereur de rester neutres. Pour Edmond et les siens qui vivent dans le Sud, la situation devient intenable. Ils décident donc de rentrer au pays, mais doivent pour ce faire traverser un vaste espace sauvage.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Le Nord, le Sud, et le reste… :

Ontologiquement lié à la geste légendaire d’un territoire conquis (asservi ?) par des immigrants, le western, genre labouré dans tous les sens, n’a cependant cessé d’évoluer grâce à des regards extérieurs, inattendus voire “défendus“ : la vision opératique de Leone lui redonna un sens épique, La Flèche brisée (1950) modifia la perception manichéenne des Indiens, l’ascèse de Kelly Reichardt (entre autres) pour La Dernière Piste (2011) développa sa dimension métaphysique. Hybridé, modernisé, tarantinisé, le western n’en demeure pas moins empli d’angles morts historiques ; une aubaine pour les auteurs de tous horizons : après Audiard ou Iñárritu, David Perrault s’y engouffre ici avec bonheur. Son approche est réjouissante car elle se trouve “à cheval“ — si l’on ose — entre les deux cultures européenne et américaine, et voit s’affronter spécificités et paradoxes propres à chacune (attitude vis-à-vis des Noirs affranchis ou non, des femmes…).

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Décharge parentale : "10 jours sans maman"

Comédie | Excédée par la forfanterie paternaliste qu’il manifeste au logis, l’épouse du DRH d’une grande surface s’octroie dix jours de vacances seule ; charge au mari de s’occuper de la maison et des trois enfants, en plus de son travail. Bien sûr, ça ne va pas bien se passer, du moins au début…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Décharge parentale :

L’une des plaies du cinéma contemporain (et tout particulièrement de la comédie française) s’appelle la bande-annonce. Consistant en un concentré de film surmonté façon clip épileptique, ce produit formaté gâche plus les effets et/ou l’histoire qu’il n’éveille la curiosité. Promesse de prévisibilité catastrophique, celle de 10 jours sans maman est l’exemple du parfait repoussoir. Sauf que… Loin d’être un chef-d’œuvre de raffinement, d’intelligence ni d’esthétique (on baigne quand même dans l’uniforme lumière fromage blanc téléfilm), le nouveau Ludovic Bernard (L’Ascension) n’est pas si épouvantable que cela. Même avec Franck Dubosc, c’est dire ! D’abord, il tient son pari d’aborder la question de la méconnaissance de la charge mentale ménagère par le biais de la comédie, il s’attaque à ce tabou existant encore autour de la question de l’apparition des règles chez les adolescentes, et en bonus ironise sur les grotesques méthodes des grosses boîtes, mixte de lean management sauvage et d’injonction à être joyeusement corporate sous la houlette de

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Peines à voir : "Des hommes"

Documentaire | Après trois ans d'attente, les cinéastes ont obtenu de pouvoir filmer le quotidien des personnes incarcérées à la prison des Baumettes de Marseille — établissement tristement réputé pour sa vétusté et ses conditions d'accueil indignes. Images et paroles de condamnés…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Peines à voir :

C’est à un étrange parloir que Jean-Robert Viallet & Alice Odiot nous convient, cheminant dans des travées décrépites, ouvrant les portes de cellules surchargées d’un autre âge, assistant à des entretiens entre le personnel pénitentiaire et des détenus parfois psychologiquement dérangés voire à des auditions/procès à distance (!)… Il y a ce qu’on voit, et puis ce que l’on comprend de la violence crue ordinaire que le confinement provoque : ces règlements de comptes imposés par la loi du plus fort, souvent fatals et déclenchés par une œillade mauvaise, un malentendu ou le remboursement d’un “service“. Quand la privation de liberté se transforme en déshumanisation et condamnation à mort putative. La galerie de portrait de Des hommes rappelle le tragi-comique de Ni juge, ni soumise de Libon & Hinant ou le chaud et froid de Délits Flagrants de Depardon ; ce hiatus permanent entre la Loi d’un côté et des justiciables à côté de la plaque, de la société… Bien sûr, certains avouent avoir compris le sens de la peine qu’

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En fin de conte : "Le Prince Oublié"

Le Film de la Semaine | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre Princess Bride et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

En fin de conte :

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un Prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du “réel“ et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de son œuvre depuis le matriciel La Classe américaine ; au point qu’Hazanavicius semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117

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Elles, un point c'est tout

Théâtre | Ce n'est pas pour paraître dans l'air du temps mais bien parce que sans délibérément placer les femmes en avant, elles sont encore absentes des programmations de théâtre qu'Amélie Casasole fait place aux "Jeunes créatrices" dans un temps fort cette semaine.

Nadja Pobel | Mardi 28 janvier 2020

Elles, un point c'est tout

La directrice du Théâtre de Villefranche rappelle en préambule les chiffres de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) dans son programme : 52% des élèves des écoles de l'enseignement supérieur en spectacle vivant sont des femmes. Or, dans les scènes subventionnées, il n'y a que 24% d'autrices et 29% de metteuses en scène. Le temps de quelques jours, elle a donc décidé que ce sera 100%. Avec en préambule la présence de Lucie Rébéré et Julie Rosselo-Rochet associées, via leur compagnie La Maison, au théâtre depuis l'an dernier. Cette dernière présente son texte Part-Dieu, chant de gare datant de 2016 et un chouia didactique, puis Sarrazine, créé l'an dernier, qui repose sur une séduisante idée : faire croiser le destin d'Albertine Sarrazin, femme libre insoumise puis emprisonnée, morte prématurée à 29 ans dans les années 60, et l'histoire de la comédienne Nelly P

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Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Adoration | Dernière pierre ajoutée à son édifice ardennais, Adoration est le plus sauvage et solaire des éléments de la trilogie de Fabrice du Welz. Avant de s’attaquer à son nouveau projet, Inexorable, le fidèle d’Hallucinations Collectives livre quelques “adorables“ secrets…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte de mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une form

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Ardennes que pourra : "Adoration"

Le Film de la Semaine | « Mes jeunes années (…) / Courent dans les sentiers / Pleins d'oiseaux et de fleurs » chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice Du Welz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Ardennes que pourra :

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? — hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur !

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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Au Pathé Carré de Soie : écran laser !

Cinéma | Cadeau de Noël avant l’heure pour les spectateurs du Pathé Carré de Soie. En plus de la rénovation des salles 1 et 9 (les plus grandes du site vaudais), l’IMAX s’est refait une jeunesse. Au laser.

Vincent Raymond | Mercredi 18 décembre 2019

Au Pathé Carré de Soie : écran laser !

Un écran de taille inchangée mais “silver“ pour mieux réfléchir l’image, un son 12.1 enveloppant en lieu et place du 5.1 classique ; une image laser 4K d’une netteté et d’une précision comparables aux projections offertes dans les salles Dolby… Bienvenue dans nouvelle la salle IMAX du Carré de Soie ! Trois mois de faramineux travaux auront été nécessaires pour doter le multiplex Pathé de la dernière génération d’appareil de projection développée par les Canadiens d’IMAX Corporation. Un temps indispensable pour reconfigurer jusqu’au gradinage de la salle, dont la capacité passe de 480 siège à 280 fauteuils grand confort inclinables, mais aussi pour installer le précieux module de commande en cabine à l’aide… d’une grue et d’une ouverture pratiquée spécialement dans le toit du cinéma ! On évoque un investissement global de 1, 6M€. Mais la salle est prête pour la sortie du nouvel opus de Star Wars : L’Ascension de Skywalker — il n’y a donc pas que les Jedis qui s’équipent de lasers. Rester premier Cette montée en gamme devrait contribuer à renforcer l’attractivité du Pathé Carré de

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L'impertinent monsieur Luchini

One-Man-Show | Fabrice Luchini revient à Lyon début janvier avec son spectacle Des écrivains parlent d’argent, au Radiant-Bellevue.

Elliott Aubin | Mardi 17 décembre 2019

L'impertinent monsieur Luchini

Le titre de ce spectacle aurait pu être "mon rapport à l’argent", car c’est bien de cela dont il s’agit. Certes Luchini convoque plusieurs penseurs de l’économie ou écrivains, avec la verve qu’on lui connaît, mais le public assiste en réalité à un véritable one-man-show. Quand il entre sur scène, presque intimidé, la voix est discrète et le regard fuyant. Une table, une chaise et un porte-manteau pour décor. Peu à peu, de confidences en confessions, comme sur un divan, Luchini se livre sur sa vieille obsession. Tout débute en 2008 au moment de la crise des subprimes, alors terrorisé à l’idée de perdre ses économies et par les discours des experts en économie qui se succèdent sur les plateaux télé, Luchini n’a plus d’autre choix que de se familiariser avec le monde de la finance. Au fil de son récit, il va mêler des moments de folie et d’érudition, jusqu’au bouquet final, terminant le spectacle épuisé, à bout de souffle… autant que Johnny au Parc des Princes en 93. Évidemment il ne s’agit pas de déceler ce qui est de l’ordre du vrai ou du faux, ni de savoir

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Les sœurs cachées : "La Vie invisible d'Euridice Gusmao"

Drame | Rio de Janeiro, 1950. Les sœurs Gusmao ne se quittent jamais. Jusqu’au jour où Euridice part avec un marin de fortune mais revient au bercail où son père la répudie en lui interdisant de revoir sa sœur Guida qui rêve de devenir concertiste. Des années durant, elles se frôleront sans se voir…

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Les sœurs cachées :

Il semble appartenir à un passé révolu, subit l’infamante qualification de sous-genre… Pourtant, le mélo n’a rien perdu de sa vigueur ; au contraire bénéficie-t-il d’un regain d’intérêt de la part des cinéastes, trouvant sans doute dans l’inéluctable fatalité de son dénouement une pureté proche de la tragédie antique, et une manière de résistance à l’insupportable mièvrerie du happy end. Au reste, n’est-il pas plus aisé d’obtenir l’empathie du public en sacrifiant ses personnages ? Karim Aïnouz ne se prive pas de le faire dans cet habile tire-larmes qui joue avec les nerfs en multipliant les occasions manquées de retrouvailles entre Euridice et Guida, entre frôlements fortuits et croisements entravés. Balayant 70 ans de vie brésilienne, il opère un sacré raccourci dans le récit de la condition féminine de ce pays qui, aujourd’hui, semble oublier l’un des deux termes de sa devise Ordre et Progrès — indice, ce n’est pas l’Ordre. La régression sociétale actuelle renvoie directement au contexte du début du film, c’est-à-dire au patriarcat bas du front inféodé à la morale, soumis à la peur de l’opinion p

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Que de promesses ! : "Le Meilleur reste à venir"

Comédie dramatique | Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Que de promesses ! :

Le succès du Prénom (2012) — leur précédente coréalisation — a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants — c’est-à-dire à leurs travers — à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache & Toledano, Delaporte & La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicomorphes de leur B.O., les séquences tendresse de leurs protagonistes, les personnages secondaires prétextes inutiles ou mal exploités. Interchangeable et dispensable. Le Meilleur re

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Maman est au ciel : "Proxima"

Drame | Sélectionnée pour une mission d’un an à bord de l’ISS, la spationaute Sarah Loreau s’entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d’être mère. Et anticiper la séparation d’avec sa fille Stella s’avère compliqué…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Maman est au ciel :

À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d’inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d’une mission — on n’a d’ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne —, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c’est autant à la symbolique “ombilicale” de l’arrachement — le terme revient d’ailleurs dans le vocabulaire astronautique — avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l’enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que Proxima renvoie. Surtout pour Stella dont la mère vise Mars et le père travaille sur… Vénus. En plus de sa distribution internationale, pour une fois logique du fait du sujet et du contexte, Alice Winocour élargit les horizons en confiant la bande originale à

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Cinq doigts de génie : "J'ai perdu mon corps"

Animation | Une main séparée de son corps entreprend de le retrouver. À partir de cet argument de conte noir, Jérémy Clapin confectionne une fable animée sentimentale fantastique, ode sensorielle pétrie de nostalgie et d’élégance graphique. Un bijou qui fera date.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Cinq doigts de génie :

Sectionnée à la suite d’un malencontreux accident, la main du jeune Naoufel part à la recherche de son corps. Se dévoilent au fur et à mesure de ses pérégrinations, leur passé commun et les circonstances de leur séparation. Une histoire de rupture(s), de mort et aussi d’amour(s)… Proclamons-le sans ambages : J’ai perdu mon corps mérite de connaître le même succès que Ma vie de courgette. Il n’est pas anodin que ce premier long-métrage ait ainsi emballé des jurys aussi différents que ceux de Cannes et d’Annecy : mêlant ses lignes narratives et temporelles distinctes, il tisse une étoffe singulière à la suavité accentuée par son essence graphique, ainsi que son ambiance gothico-surréaliste. Clapin fait ici entendre clair et fort cette voix si particulière qui rendait ses courts-métrages fantastiques fascinants de proximité et de poésie. L’on pourrait croire qu’un membre autonome susciterait

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Marc du Pontavice : « Il faut prendre des risques et suivre très loin ses convictions »

J’ai perdu mon corps | Seul contre tous (ou presque), le patron de Xilam a voulu et porté ce projet atypique, s’inscrivant dans le sillage des grands producteurs indépendants voyant au-delà du tiroir-caisse, l'œuvre en devenir dans le projet cinématographique. Un exemple et un avertissement pragmatique à l’adresse des circuits traditionnels, décidément trop formatés…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Marc du Pontavice : « Il faut prendre des risques et suivre très loin ses convictions »

En 2015, lors de la présentation du pitch du film au Cartoon Movie de Lyon, vous confiiez qu’il s’agissait d’un projet difficile à monter… Marc du Pontavice : On savait qu’on allait affronter vents et tempêtes pour le faire. Et ça a été pire : en-dehors du soutien des Régions et d’un peu d’argent que le CNC nous a accordés au titre des nouvelles technologies, on n’a rien eu. On a donc dû y aller tout seuls ! C’est un film qui a été financé à 50% sur les fonds propres de Xilam. Il y a peu, Coppola disait à Lyon que plus personne n’était aventureux dans le cinéma, à part les indépendants… C’est un bon exemple ! Très modestement, je suis heureux de me mettre dans les traces de Monsieur Coppola, qui est un exemple d’aventurier du cinéma. Parfois, si l’on veut repousser des frontières, renouveler l’offre du cinéma avec des programmes qui ne sont pas fabriqués pour rentrer dans le système, il faut effectivement être aventureux ; prendre des risques et suivre très très loin ses convictions. Dans notre métier, en animation, c’est particulièrement compliqué parce que c’est aus

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Jérémy Clapin : « j’ai dû détruire le roman pour construire le film »

J’ai perdu mon corps | Avant de remporter le Grand Prix de la Semaine de la Critique (une première pour un film d’animation) et le Cristal à Annecy, le premier long-métrage de Jérémy Clapin a connu une lente maturation en dialogue et confiance avec son producteur ainsi que l’auteur du roman (et coscénariste) Guillaume Laurant.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Jérémy Clapin : « j’ai dû détruire le roman pour construire le film »

Comment le livre dont est inspiré J’ai perdu mon corps, Happy Hand, vous est-il tombé entre les mains ? Il semble vous avoir été destiné… Jérémy Clapin : On le doit à mon producteur, Marc du Pontavice. Il a demandé à me rencontrer en 2011 après avoir vu mes courts-métrages : dans tous mes films, il y a un élément fantastique qui vient interroger la réalité. Cette intrusion du fantastique me permet d’aborder des thèmes plus délicats à aborder frontalement, d'éclairer certaines zones d’ombre. Ce n’est pas un fantastique gratuit juste parce qu’il est spectaculaire ; il parle d’autre chose que du sujet lui-même. Comme dans le réalisme magique dans la littérature sud-américaine ? Oui : la combinaison des deux crée une autre réalité qu’on accepte en tant que telle. Et ces éléments fantastiques et réels sont séparés, chacun appartenant à leur monde, ils fabriquent une autre réalité. Mais c’est très présent aussi dans la littérature asiatique, japonaise, notamment chez Murakami, où le fantastique n’est pas sur-appuyé : il arrive comme un élément naturaliste,

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Pensée commune : "Alice et le maire" avec Fabrice Luchini

Comédie dramatique | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Pensée commune :

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau, maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimannn, pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le Maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues — mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Pariser insiste, c’est la nécessité pour le responsable politique d’être animé par une inspiration, un souffle ; de disposer d’un socle philosophique et d’un ou une sparring partner int

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Alice et le Maire au Toboggan

Avant-Première | Ksss ksss ! On ne compte plus les salles de la métropole donnant l’impression de se payer le maire de Lyon par écran interposé à l’occasion d’avant-premières (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Alice et le Maire au Toboggan

Ksss ksss ! On ne compte plus les salles de la métropole donnant l’impression de se payer le maire de Lyon par écran interposé à l’occasion d’avant-premières de l’excellent film de Nicolas Pariser, Alice et le Maire. Pourtant, il s’agit plus d’un film sur la politique que sur l’édile de la capitale des Gaules. Prochaine séance à l’occasion de la rentrée du Ciné-Toboggan, à une heure peu habituelle, mais suivie par le verre de l’amitié. Alice et le Maire Au Toboggan ​le jeudi 26 septembre à 14h

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Du plomb à la patte : "Le Dindon"

Comédie | Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Du plomb à la patte :

Transposer une pièce de Feydau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à “actualiser“ ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide), mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposition laborieuse et le troisième d’un dénouement mollasson. Dommage, car le générique vitaminé laisser espérer mieux. Le Dindon Un film de Jalil Lespert (Fr, 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

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Fin de Quinzaine au Zola

Avant-premières | Comme chaque année, la Quinzaine des Réalisateurs prend ses quartiers de (presque) automne dans quelques salles de France choisies, et notamment au Zola (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Fin de Quinzaine au Zola

Comme chaque année, la Quinzaine des Réalisateurs prend ses quartiers de (presque) automne dans quelques salles de France choisies, et notamment au Zola pour une série d’avant-premières. Dernière salve cette semaine avec du lourd au programme. Dimanche 22 septembre, deux films : Lillian de Andreas Horvath à 18h et le prometteur The Lighthouse de Robert Eggers à 20h30. Enfin, mardi 24 à 20h30, le nouveau film de Nicolas Pariser, Alice et le Maire, reflet politique dans l’œil d’or de la philosophie, accessoirement tourné à Lyon et primé à Cannes. Quinzaine des Réalisateurs Au Zola jusqu'au mardi 24 septembre

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Constituante tuée dans l’œuf : "Nous le peuple"

ECRANS | 2018. À l’occasion du projet de réforme constitutionnelle, trois groupes travaillent ensemble, échangeant par vidéo. Les uns sont en prison, d’autres dans un lycée ; les troisièmes sont issues d’une association de mères de familles en banlieue parisienne. Que naîtra de leurs débats ?

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Constituante tuée dans l’œuf :

On peut légitimement entrer à reculons dans ce film, redoutant une confiscation de la parole par des médiateurs socio-cu ou le téléguidage par un quelconque sous-bureau d’un vague Ministère de la Cohésion de la Ville et de la Participation participative. Et puis non : l’association agréée d’éducation populaire Les Lucioles du Doc à l’initiative de ces ateliers reste discrète, stimulant les réflexions. Quant aux intervenants, ils sont loin d’être des figurants ou déconnectés de la “chose constitutionnelle“ — ce texte commun, fédérateur et garant des valeurs nationales. Leur voix est patiemment recueillie, soupesée, et naturellement des propositions plus vastes qu’une somme de revendications individuelles se forment au sein de cette agora virtuelle. Hélas, la réussite de ce processus démocratique (entérinant la viabilité d’une démarche participative) va se fracasser contre l’institution et la morgue du gouvernement. Car malgré l’écoute d’élus de l’opposition, la commission en charge du dossier va d’abord ignorer, puis rejeter les contributions citoyennes… avant que l’ensemble du projet soit ajourné dans la foulée du mouvement d

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Fabrice Luchini vient présenter "Alice et le Maire"

Avant-Première | « Toutes ressemblances etc. » N’empêche. Le film de Nicolas Pariser est attendu à Lyon — où il a été tourné — comme le 8 décembre par les touristes : (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Fabrice Luchini vient présenter

« Toutes ressemblances etc. » N’empêche. Le film de Nicolas Pariser est attendu à Lyon — où il a été tourné — comme le 8 décembre par les touristes : avec une avidité gourmande. Cette série d’avant-premières en présence du réalisateur et des comédiens Anaïs Demoustier et Fabrice Luchini permettra sans doute de lever toute ambiguïté : Alice et le Maire ne parle pas de Bruno Le Maire. Trois séances sont proposées pour vous faire une idée, avant la sortie nationale prévue le 2 octobre. Alice et le Maire Au Pathé Bellecour le ardi 17 septembre à 20h30, au Comœdia à 20h45 et au Lumière Terreaux à 21h

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Pierre Jolivet : « mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Victor et Célia | Aux Rencontres d’Avignon, puis à celles de Gérardmer, Pierre Jolivet a présenté son nouveau couple de cinéma, Victor et Célia. Deux jeunes gens d’aujourd’hui combatifs, épris l’un de l’autre autant que de leur liberté. Il en a aussi profité pour parler de l’état de la production hexagonale à l’heure de Netflix…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Pierre Jolivet : « mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Est-il plus difficile de faire un film ou d’ouvrir un salon de coiffure ? Pierre Jolivet : Je ne sais pas… Il y a de l’entrepreneuriat dans les deux. Faire un film, c’est aussi monter une petite entreprise de plusieurs millions en deux-trois ans. Je n’ai jamais ouvert un salon de coiffure ! À la différence des deux petits coiffeurs qui m’ont inspiré le film. Au départ, j’étais allé me faire couper les cheveux dans un petit salon du XVe, là où j’habite. Ils étaient stressés parce que j’étais leur premier client, et ils m’ont raconté leur histoire. Qu’ils ne dormaient plus, qu’ils s’étaient endettés, qu’ils souffraient et étaient exaltés en même temps par la liberté qu’ils avaient. C'est ce mélange, cette vibration très particulière du passage à l’acte que j’ai essayé d’attraper. La thématique des petites entreprises vous tient à cœur… Celle des chômeurs aussi, beaucoup…J’ai grandi dans une banlieue populaire où il y avait plein de petites entreprises qui ont maintenant disparu. Si nous sommes ce que nous faisons, les artisans sont ce qu’ils fabriquent de leur

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Et si on passait au salon ? : "Victor et Célia"

Comédie | De Pierre Jolivet (Fr, 1h31) avec Arthur Dupont, Alice Belaïdi, Bruno Bénabar…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Et si on passait au salon ? :

Même si l’affaire n’est pas bouclée à 100%, c’est sûr : Victor et Ben vont ouvrir le salon de coiffure de leurs rêves. Hélas, Ben meurt brutalement et Victor part en quête de l’associé ou associée idéale. Tout le dirige vers Célia, son ancienne *partenaire* de l’école de coiffure. Il reste encore à la convaincre… De l’entreprise à l’artisanat, Pierre Jolivet se sera penché sur toutes les formes de sociétés ou de commerces à périmètre humain. Car justement, ce sont les transactions entre les individus qui l’intéressent, davantage que les affaires de négoce génératrices de profit. Le cinéaste excelle dans la description de ces entraves susceptible de contrarier l’épanouissement personnel, qu’il s’agisse d’obstacles administratifs, de fâcheux, de fatalité voire d’une romance — ce dernier point (également connu sous le dicton “no zob in job“) étant à nuancer : on ne divulgâchera rien en sous-entendant que Victor et Célia vont être tendrement de mèche. C’est d’ailleurs leur relation amoureuse un brin contrariée par leurs scrupules mutuels (elle est en couple, lui trop

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Luchini, édition très limitée : "Le Mystère Henri Pick"

Comédie | De Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Luchini, édition très limitée :

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin — rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur —, on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot et la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple

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Isadora Duncan, corsetée

Théâtre | Dans un travail pointilleux, Silvano Voltolina rend hommage à la danseuse Isadora Duncan. Mais ID +/- s'avère souvent lourd à déployer.

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Isadora Duncan, corsetée

Depuis six ans, au sein de la compagnie SPINA qu'il a co-créée, Silvano Voltolina, membre dès 1995 de la Societas Raffaello Sanzio auprès de Romeo Castellucci, travaille tant le théâtre que les arts visuels. Il le fait toujours au profit d'un récit, celui sur Marx, celui issu du Songe de Strindberg (Indra) et désormais un autre composé d'après les éléments biographiques de la danseuse du début du XXe siècle, Isadora Duncan. Sur le plateau, c'est la fille qu'elle a été qui prend la parole sous les traits de l'actrice Nanyadji Ka-Gara (formée à l'école supérieure de Bordeaux), déterminante dans la conception du spectacle. D'emblée, elle a littéralement « perdu la tête » enserrée des objets métalliques. Au gré d'accessoires ingénieux et même de vidéos qu'elle réalise en direct, elle déroule ce destin chaotique et créatif : inventer une danse dénuée de son académisme et se frayer un chemin personnel dans une vie modeste où

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Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

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Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

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Bourdieu déminé aux Clochards Célestes

Théâtre | Tous jeunes et déjà primés pour un travail remarquable, les membres de la compagnie Courir à la catastrophe s'attaquent à la somme bourdieusienne La Misère du monde. Courez-y !

Nadja Pobel | Mercredi 13 février 2019

Bourdieu déminé aux Clochards Célestes

Ils ont tout récemment reçu les prix conjoints du jury et du public du Théâtre 13 parisien, ils seront présents bientôt au renommé festival Théâtre en Mai à Dijon. Ces récompenses ne sont pas volées, car En réalités, créé en juin, a la modestie des premiers travaux (sans esbroufe, fabriqué avec des bouts de ficelle) et l'ambition de ceux qui montent sur scène avec un réel propos à défendre (ce n'est pas si courant). Ici, les six acolytes issus du Conservatoire d'Art Dramatique parisien du 5e arrondissement ou de l'ENSATT, comme la metteuse en scène Alice Vannier, alternent les séquences d'entretiens analytiques des sociologues à leurs débats de professionnels quant à l'organisation de ce livre piloté par Pierre Bourdieu et paru en 1993. Ces intermèdes, qui pourraient être un peu plus nombreux, se révèlent jubilatoires (l'auto-dérision du sociologue sur sa fonction) et très pertinent car ils permettent d'appréhender une réflexion en train de s'élaborer : celle d'articuler politiquement ce qui émane des témoignages. Oui, les couches populaires ont quelque chose à enseigner aux dirigeants.

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SMAC : les musiques actuelles voient triple

ACTUS | En décembre dernier, trois salles de l'agglomération lyonnaise, L'Épicerie Moderne, le Périscope et le Marché Gare ont obtenu de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) le statut de SMAC (Scène de Musiques Actuelles), une première dans le Rhône – et une bonne nouvelle – qui s'inscrit dans la suite logique de la S2M, projet collectif de préfiguration lancé il y a quatre ans.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 janvier 2019

SMAC : les musiques actuelles voient triple

«C'est un peu notre cadeau de Noël », s'enthousiasme François Jolivet, directeur de l'Épicerie Moderne de Feyzin, au sujet d'une décision qui a été annoncée à la veille du 25 décembre. Celle de la labellisation SMAC de trois salles de l'agglomération par la DRAC : l'Épicerie Moderne donc, mais aussi à Lyon le Marché Gare et le Périscope. Cela fait donc trois SMAC d'un coup dans un département, le Rhône, qui n'en comptait jusque-là aucune. La fin d'une anomalie en quelque sorte que Benjamin Petit, administrateur et programmateur du Marché Gare, tempère néanmoins : « le modèle originel du dispositif était surtout dédié à des territoires bénéficiant de très peu d'offre culturelle. On ne s'est intéressé aux grandes villes que dans un second temps, ce modèle ne pouvant alors pas correspondre à un territoire comme Lyon ». « La particularité d'un département comme le Rhône, c'est la diversité des acteurs et il n'y a pas trop de trois SMAC pour tenter de répondre par leur singularité et leur complémentarité aux attentes et au besoin du secteur. On n'oublie d'ailleurs pas

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Un moi dénoyauté

Moi de la Danse | Le jeune collectif lyonnais ÈS ouvre cette semaine le festival Moi de la Danse aux Subsistances, avec une création prometteuse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 janvier 2019

Un moi dénoyauté

Depuis quatre ans, le festival Moi de la Danse explore la notion d’identité à travers le corps et le mouvement. Le sujet dansant s’y révèle être souvent une singularité plurielle : divisé en lui-même, multiple en ses ressources physiques et expressives, et toujours en rapport dialectique avec les autres… Le Collectif ÈS, né en 2011, s’empare de cette question à partir d’une approche originale : chacun des trois danseurs qui le composent creuse son sillon personnel, ses impulsions propres, et c’est à travers ce processus même que des liens se créent, se découvrent, se tissent avec les autres. 1ère mondiale est ainsi composée de trois soli d’Émilie Szikora, Sidonie Duret et Jérémy Martinez. Despacito Cette création au titre ironique se donne aussi pour but de revisiter les fondamentaux de la danse à partir de trois pistes de travail inattendues : le solo de John Travolta dans Saturday Night Fever, la célèbre pièce Messe pour le temps présent

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Best Of aux Subsistances

SCENES | C'est une des très bonnes habitudes de l'automne que ce festival Best Of des Subsistances. Du 15 novembre au 1er décembre, il s'agit de (re)voir ce qui (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 novembre 2018

Best Of aux Subsistances

C'est une des très bonnes habitudes de l'automne que ce festival Best Of des Subsistances. Du 15 novembre au 1er décembre, il s'agit de (re)voir ce qui s'est inventé ici à commencer par The Recoil of worlds de la chorégraphe Tânia Carvalho et la tendre mélancolie déjantée de Steven Cohen, régulièrement présent depuis 2004 et qui présente un inédit à Lyon, hommage à son compagnon disparu. Suivront Jeanne Mordoj et ce qu'on laisse derrière soi (L'Errance est humaine) et David Bobée, directeur du CDN de Rouen, qui avait créé ici son Warm, 45 minutes de performance acrobatique en pleine chaleur (45° !) avec Béatrice Dalle en conteuse de poème.

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L’esprit simple : "Heureux comme Lazzaro"

Le Film de la Semaine | Exploité par des paysans eux-mêmes asservis, le brave et candide Lazzaro fait tout pour aider son prochain, bloc de grâce dans un monde de disgrâce. Un conte philosophico-métaphysique à l’ancienne qui a valu à Alice Rohrwacher le Prix du scénario Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

L’esprit simple :

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus en servage, hors du monde, par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazzaro. Valet de ferme innocent et bienheureux, sa bonté naïve rivalise avec l’étrangeté de ses dons… Heureux comme Lazzaro s’inscrit dans la tradition d’un certain cinéma italien brut et rêche des années 1960-1970. En dépeignant de manière documentarisante l’âpreté d’un quotidien rural du début du XXe siècle (dont on découvrira, avec effarement, qu’il se situe en fait à la fin du même siècle), Rohrwacher ressuscite l’indigence austère des ambiances paysannes façon L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi ou Padre Padrone des Taviani. Elle s’en démarque en teintant son réalisme de magie : Lazzaro, tel une créature surnaturelle issue de Théorème ou d’un autre fantasme pasolinien, provoque des miracles. Sa seule existence s’avère d’ailleurs prodigieuse : il semble imperméable au temps qui passe ainsi qu’à la mort — son prénom l’y prédestinait.

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