La Halle Tony Garnier se cherche une nouvelle voie

Politique Culturelle | Ça va bouger du côté de la Halle Tony Garnier : la ville envisage d'en changer le mode de gestion à l'occasion du départ dans deux ans de son directeur, Thierry Téodori, et du renouvellement de la convention liant les deux parties à la fin de cette année. Comme pour la Salle Rameau, se pose aussi la question de l'intérêt de gros entrepreneurs du divertissement pour Lyon.

Sébastien Broquet | Mardi 17 avril 2018

Photo : © Halle Tony Garnier


À Lyon, point de Zénith, mais une Halle Tony Garnier devenue passage obligé des grosses tournées internationales dans l'agglomération. 115 représentations en 2017, pour 584 188 spectateurs payants et 5M€ de chiffre d'affaire : l'établissement public rapporte entre 200 000 et 400 000 euros chaque année à la Ville de Lyon, à laquelle les bénéfices sont reversés. Voilà un équipement culturel qui rapporte, ce qui n'est pas si courant... Et dont le directeur, Thierry Téodori, veille à respecter l'écosystème local en fermant ses portes en juillet et août, de manière à ne pas concurrencer les festivals (en premier lieu Nuits de Fourvière et Jazz à Vienne) ou en ouvrant ses portes au Festival Lumière. Du côté de la Ville, on parle même d'un « vaisseau amiral » chapeautant l'ensemble des salles du cru, du Kraspek Myzik au Transbordeur. Alors, tout va bien ? Oui, mais pas tout à fait, serait-on tenté de répondre.

Téodori sur le départ

Déjà, Thierry Téodori se prépare pour la retraite, dans deux ans. Se pose d'ores et déjà la question de sa succession, et remplacer celui qui est une figure incontestable et sans cesse consultée de la culture dans cette ville va nécessiter un minimum de réflexion et de doigté. Ensuite, la convention liant la ville et la Halle Tony Garnier arrive à son terme à la fin de l'année. Loïc Graber, l'adjoint à la culture, et Jean-Yves Sécheresse, élu mais aussi président de la Halle, ont donc décidé... de prendre le temps de réfléchir. Leur constat est simple : l'économie du spectacle et du divertissement est aujourd'hui en pleine mutation. Les artistes dont les tournées passent par la Halle sont pour beaucoup en fin de carrière, voire de vie (l'habitué Johnny Hallyday est décédé, comme David Bowie, Sardou met fin à sa carrière...) et les modes d'écoute des nouvelles stars (en musiques électroniques notamment) ne sont plus les mêmes, même si le hip-hop francophone pourrait prendre la place de la variété et offrir un renouvellement à cette salle historique.

Mastodontes en embuscade

Surtout, économiquement, l'arrivée de mastodontes du divertissement comme Live Nation et AEG chamboule les habitudes françaises. Lyon est jusqu'ici épargnée, le seul énorme acteur du secteur étant GL Events (qui gère l'Amphi 3000, Eurexpo ou encore La Sucrière), mais a pour particularité d'être aussi un local. Même le Parc OL de Jean-Michel Aulas a choisi de gérer sa programmation en interne, sans en déléguer la gestion (qui n'entre pas en concurrence avec la Halle, une tournée en stade n'étant pas construite comme en arena). Mais tous ces géants, de Live Nation à Lagardère, rêvent de mettre un pied à Lyon, bassin de population gigantesque pour les artistes de leur catalogue. Et le potentiel de la Halle, évidemment, les fait frémir avec sa jauge de 17 000 personnes, pourtant rarement exploitée à son maximum, Jean-Yves Sécheresse et Thierry Téodori préférant souvent réduire la voilure pour garder une visibilité (et une sécurité) correcte pour le spectateur.

« Nous sommes confrontés au fait de faire évoluer cette salle, sans trop faire bouger le paysage musical à Lyon » déclare M. Sécheresse. Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville, certains sont tentés par l'idée de privatiser et de confier la gestion du lieu à l'un de ces mastodontes (qui se sont tous déjà positionnés, selon M. Téodori) en échange d'une confortable rente mais sans aucun droit de regard sur l'utilisation du lieu. Quand on voit l'exemple de Rock en Seine à Paris, objet d'une luttre frontale entre AEG/Pigasse d'un côté et Live Nation de l'autre, on ne peut que s'inquiéter d'un tel avenir. D'autres élus ne veulent surtout pas risquer de chambouler cet écosystème lyonnais équilibré et œuvrant plutôt en bonne intelligence. D'où la prudence aujourd'hui, et le lancement avant toute décision d'une étude sous forme d'Assistance à Maîtrise d'Ouvrage pour définir au mieux toutes les possibilités : l'idée est de maîtriser pleinement le dossier, des éventuels travaux dans la salle à sa future forme juridique et à son mode de gestion adéquat, avant de prendre une décision la concernant, qui sera formalisée durant l'été 2018 et pourra donc aller « du très privé au très public ». En attendant, l'on devrait bientôt se réjouir de l'annonce du prochain passage de Queens of the Stone Age par la Halle.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La Halle Tony Garnier reprend vie avec la musique de Hans Zimmer

Concert | On ne l'attendait pas si tôt : la Halle Tony Garnier a pu réouvrir ses portes le mardi 21 septembre, à l'occasion d'un concert consacré aux reprises des thèmes (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 23 septembre 2021

La Halle Tony Garnier reprend vie avec la musique de Hans Zimmer

On ne l'attendait pas si tôt : la Halle Tony Garnier a pu réouvrir ses portes le mardi 21 septembre, à l'occasion d'un concert consacré aux reprises des thèmes de Hans Zimmer (non présent) par un orchestre dirigé par son collaborateur Gavin Greenaway. Qui marquait aussi le retour de la société de production lyonnaise Eldorado & co, elle aussi contrainte à l'arrêt depuis mars 2020. Si le public a répondu présent — 6000 personnes —, les divers contrôles à l'entrée ont provoqué un afflux de spectacteurs à la dernière minute ; et le début du concert s'en est ressenti : peu d'ambiance à l'arrivée des musiciens, deux premiers morceaux passés un peu inaperçus alors que les retardataires s'installaient. Le show a ensuite pu prendre toute sa mesure : thèmes célèbres réarrangés pour la scène, tel The Dark Night. Et puis, d'un coup, s'insèrent des vidéos grand format de Zimmer lui-même, commentant les morceaux, saluant le public en version enregistrée, confortablement installé dans son studio, conversant avec Ron Howard avant

Continuer à lire

Thierry Pilat, nouveau directeur de la Halle Tony Garnier

Mercato | Pour succéder à l'historique Thierry Téodori, qui prendra sa retraite en juin prochain, c'est Thierry Pilat qui a été choisi par la nouvelle municipalité. Le Lyonnais, qui était jusqu'ici directeur du Fil — la SMAC de Saint-Étienne —, fait son retour sur sa terre natale en prenant en main l'avenir de la Halle Tony Garnier, dans un contexte difficile nourrissant plusieurs questions.

Sébastien Broquet | Jeudi 21 janvier 2021

Thierry Pilat, nouveau directeur de la Halle Tony Garnier

Elle aura pris son temps, la nouvelle municipalité, pour acter le choix de son candidat. Ou du moins multiplié les étapes. Il faut dire que l'enjeu est de taille : cette Halle Tony Garnier est régulièrement revendiquée comme étant le naviral amiral de la flotte des salles de l'agglomération lyonnaise. Et, bonus, elle rapporte de l'argent à la Ville. Entre 200 000€ et 400 000€ par an, selon les années. Bon, bien sûr, beaucoup moins en 2020 : et cette crise sanitaire qui a plombé les finances et vidé la salle de ses concerts et salons divers, a en plus sérieusement questionné le modèle, déjà interrogé préalablement par l'évolution du secteur du divertissement (la précédente équipe municipale se posait presque les mêmes questions il y a deux ans) : quid de la concurrence de l'Arena ? Quand reprendront les grosses tourn

Continuer à lire

La Halle Tony Garnier ne sera pas cédée aux ogres du divertissement

Patrimoine | Grégory Doucet l'a confirmé : la Halle Tony Garnier restera dans le giron de la Ville de Lyon. Une nouvelle direction est en cours de recrutement.

Sébastien Broquet | Mardi 6 octobre 2020

La Halle Tony Garnier ne sera pas cédée aux ogres du divertissement

Aucune surprise : c'était annoncé dès la campagne électorale, et Nathalie Perrin-Gilbert l'avait répété dans nos colonnes en juin dernier : pas question de céder la Halle Tony Garnier au privé. Ce lieu emblématique de la ville, considéré par son toujours président Jean-Yves Sécheresse comme le « navire amiral des musiques actuelles à Lyon », restera donc bien dans le giron municipal comme l'a annoncé Grégory Doucet lors du conseil municipal du lundi 28 septembre. C'était l'un des dossiers très chauds pointés par son adjointe à la Culture et le maire savait qu'il ne fallait pas tergiverser plus longtemps : ce dossier traîne depuis de longs mois et Thierry Téodori, son directeur historique, avait déjà repoussé son départ à la retraite pour assurer la transition. Le calendrier est fixé : l'annonce pour le recrutement d'une nouvelle directrice ou directeur sera publiée dans quelques jours dans la presse nationale. Le choix sera fait au plus tard début décembre pour une

Continuer à lire

La Halle Tony Garnier a 100 ans

MUSIQUES | C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 2 octobre 2014

La Halle Tony Garnier a 100 ans

C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse halle qui porte aujourd'hui son nom, censée abriter abattoirs et marché aux bestiaux. La Première Guerre mondiale en décida temporairement autrement. Réquisitionnée, elle  casernes et usine d'armement avant de retrouver sa fonction. Devenu à terme une salle de spectacles, l'endroit fête donc ses cent ans. Et c'est nous qui sommes bien contents. Déjà parce que la Halle en profitera, comme vous le savez, pour "investir" toutes les salles qui comptent à Lyon (Breton au Marché Gare le 21 novembre, Deltron 3030 au Transbordeur le 27, Owen Pallett à l’Épicerie Moderne le 6 décembre...). Mais aussi parce que la fête se prolongera en 2015 avec l'accueil de belles pointures parmi lesquelles le duo blues-rock The Black Keys (7 mars), les vieilles gloires du nu-metal System of a Down (14 mars, date unique en France qu'on espère plus calme que celle de 2005), Ennio Morricone (18

Continuer à lire

Les Queens of the Stone Age à Lyon

MUSIQUES | Attention, événement : Josh Homme et ses Queens of the Stone Age (autrement dit l'un des groupes de rock les plus influents du XXIe siècle) se produiront à (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 14 juin 2013

Les Queens of the Stone Age à Lyon

Attention, événement : Josh Homme et ses Queens of the Stone Age (autrement dit l'un des groupes de rock les plus influents du XXIe siècle) se produiront à la Halle Tony Garnier le 12 novembre prochain. Mise en vente des places le 21 juin - ça c'est de la Fête de la musique - à 10h. Soyez au taquet, il n'y en aura pas pour tout le monde.

Continuer à lire

Métal hurlant

MUSIQUES | Musique / Parfois, entre la positive attitude de Lorie et les «coin-coin» de Brian Placebo, la Halle Tony Garnier se purge un peu les écoutilles en (...)

| Mercredi 13 décembre 2006

Métal hurlant

Musique / Parfois, entre la positive attitude de Lorie et les «coin-coin» de Brian Placebo, la Halle Tony Garnier se purge un peu les écoutilles en programmant du metal. Cette semaine, ce sont les monuments Trust et Tool qui viennent, coup sur coup, rappeler le temps où la Halle résonnait de cris de cochons. En plein n'importe quoi pré-présidentielles, les papys de Trust ont jugé utile de venir rebrailler un bon coup leur Anti-social. Et montrer que 26 ans plus tard, il y a toujours une ou deux raisons de perdre son sang froid. Mais si l'énergie et les convictions sont toujours là, les motivations ont changé : moins de coups de pompe dans le cul de la maréchaussée, davantage d'incitation au vote (tout le monde vieillit). Leur live, Soulagez-vous dans les urnes, s'il sonne parfois comme du Johnny, n'en agite pas moins la menace du Sarkoland, une sorte de Disneyland où le petit Nicolas serait à la fois un Mickey et complètement Dingo. Dans un autre genre, Tool a contribué depuis 1990 à polir le metal. Une touche de rock progressif à la King Crimson, un doigt (devinez lequel) de Pearl Jam, il n'en faut pas plus à Maynard James Kennan & Co pour scotcher des wagons de fans à leur metal

Continuer à lire