Patrick Picot : « Je préfère parler d'une évolution plutôt que d'une révolution » 

École Bloo | En février dernier, les fondateurs de l’école lyonnaise de photographie Bloo en confiaient la direction à Patrick Picot. Le voici aux commandes, prêt à fixer de nouveaux objectifs.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Photo : © DR


Changement de direction pour Bloo, l'école de photographie et d'image contemporaine fondée en 2009 par Gilles Verneret et Julien Guinand. L'ancien pédagogue de projets d'arts appliqués Patrick Picot a repris la barre. Son ambition : transmettre. Parce qu'après tout, comme dirait Serge Daney (l'une de ses références) « l'image est ce qui naît d'une rencontre avec l'autre ». Ici plus particulièrement, d'une rencontre avec une équipe d'intervenants, de photographes, prêts à guider les élèves sur le chemin de la vie professionnelle, mais pas seulement.

La formation initiale du bachelor européen, en deux ans, ne change pas. Patrick Picot préfère « parler d'une évolution plutôt que d'une révolution », mais il faut quand même avouer que l'école ose une sacrée mutation en abordant désormais la photo culinaire. Une première pour une école de photographie : normal que ce soit la ville des frères Lumière et de Paul Bocuse qui célèbre cette union.

D'autres secteurs seront également explorés : « nous resterons dans la tradition, notamment avec les photos argentiques, mais il s'agira de développer l'image dans tous les autres secteurs ! Les films, l'animation, la mode, et les smartphones. »

Pour les amateurs aussi

Déjà proposés auparavant, les cours du soir et les week-ends d'ateliers ouverts au public vont être renforcés avec des thématiques diversifiées. Le 28 avril, l'école Bloo organise ainsi une rencontre avec des influenceurs pour apprendre aux curieux et aux professionnels comment gérer et utiliser Instagram à bon escient.

Quant aux propriétaires d'un superbe appareil photo désireux de mieux le maîtriser, ou aux fans de noir et blanc, un atelier argentique leur permettra de tirer leur propres photos grâce à du matériel mis à disposition — ce n'est pas si compliqué. Comme disait Anne Geddes, « le plus difficile dans la photographie est de rester simple. » Rester simple oui, mais tout en étant créatif. Et pour cela, pourquoi ne pas prendre un peu de hauteur : avec un atelier sur la photo par drone, lors d'un week-end d'initiation dans le Vercors, par exemple... Un peu à la façon des frères Boulade. Qui sait. Cela serait surement l'occasion de voler de nos propres ailes, un appareil photo à la main, et de voir la vie en Bloo.

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Fluorescences La galerie Pallade accueille la toute première exposition personnelle de la jeune peintre Claire Vaudey. Et c'est une très belle découverte ! Ses intérieurs imaginaires à la gouache, vides de toute présence humaine mais chargés d'éléments divers (fleurs, tissus, boîtes, bâtons...), vibrent de couleurs osées (des roses et des verts comme on en voit rarement) et fluorescentes. L'artiste y joue de subtils glissements entre le vivant et le décoratif, l'abstraction et le réalisme, la platitude et la profondeur, le rythme plastique et la musique, la peinture et ses doubles... Claire Vaudey À la Galerie Anne-Marie et Roland Pallade ​jusqu'au 7 mars Souffle On retient son souffle à la galerie Besson qui consacre à ce thème une exposition collective réunissant une quinzaine d'artistes. Un souffle qui peut être celui d'une brise marine dans les photographies de Gilles Verneret, le trajet léger de nuages ou de fumées dans les images de Julien Guinand, un mouvement érotique féminin pein

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On a déjà évoqué les sympathiques Causeries du 3e, ce cycle de rendez-vous initié par Bernard Chardère et Patrick Picot, qui prend place dans la salle Eugène-Brouillard de la mairie du 3e arrondissement de Lyon. Conjuguant à chacune de ses soirées une rencontre avec une figure (pour ne pas dire une mémoire) du monde culturel et les tintinnabulements des verres de l’amitié — avec modération, bien entendu —, ce moment convivial accueille le 1er février un homme que les amateurs des scènes lyonnaises connaissent au moins de nom : Michel Bataillon. Homme de l’ombre très actif aux côtés de Roger Planchon à l’époque du TNP (de 1972 à 2002), ce fin germaniste à la voix forte travailla à la conception des programmes de ce haut lieu villeurbannais. Témoin autant qu’artisan de la question de la décentralisation, il s’est fait le mémorialiste de cette “aventure théâtrale”, dont il a tiré avec le regretté Jean-Jacq

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Infatigable Bernard Chardère ! Créateur de la revue Positif en 1952, sauveteur de l’Institut Lumière dont il fut le premier directeur en 1982, le bouillonnant cinéphile a ajouté une ligne à son imposant CV. En compagnie du consultant Patrick Picot, il a lancé ce printemps un nouveau rendez-vous culturel. Des conférences sur le 7e art… “améliorées” : « J’ose à peine le dire, confie-t-il malicieux, mais l’idée est d’abord née de l’envie d’organiser des pots avec des camarades partageant la culture des ciné-clubs ; de nous réunir autour de notre passion plutôt que d’attendre de voir nos noms figurer à la page des disparitions ! ». De réunion conviviale entre passionnés à discussion cinéphile structurée en présence d’invités, il n’y avait qu’un pas que le maire du 3e arrondissement, Thierry Philip, a permis de franchir en mettant à disposition la salle Eugène-Brouillard. « Impressionnante » pour les hôtes de ces Causeries, elle se fait intime et chaleureuse lorsque Olivier Barrot y évoque la mémoire de son ami historien Raymond Chirat, ou quand Philippe Roger « étonne » l’auditoire en dissertant sur la musique chez Gr

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Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 février 2012

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«Je n'éprouve pas d'intérêt à accumuler les prises de vue et je crois que je n'ai pas de fascination particulière pour l'image en générale... Je procède par soustraction et il m'arrive de ne garder, parfois à mon grand désespoir, à peine plus de deux ou trois photographies par an», déclare Julien Guinand dans sa belle monographie publiée aux éditions Deux cent cinq. Au sein même de chacune de ses images, il y a aussi soustraction, un «moins 1» qui ouvre discrètement une brèche, déchire la totalité, fêle l'insupportable fascination... Des lévriers effilés pris de profil sur un champ de course ont des attitudes à la fois fières et burlesques, de grandes nappes blanches accrochées à un étendage dans une cour pourraient constituer une œuvre d'art minimaliste parfaite n'était ce sac plastique boursouflé au pied d'un buisson en arrière plan... Il y a toujours un accroc prosaïque, un «punctum», un accident qui empêche l'image de s'enrouler sur elle-même, dans le narcissisme forclos de sa propre beauté miroitante... Splash Atteindre ainsi à une quasi perfection formelle et zen (philosophie très influente sur le photographe) tout en laissant soudain et comme pa

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«La photographie, une lucarne sur le réel»

ARTS | Entretien / La biennale «Lyon Septembre de la photographie» se penche sur les États-Unis à travers une vingtaine d'expositions. Entretien avec Gilles Verneret, fondateur et directeur artistique de la manifestation. Propos recueillis par JED

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Petit Bulletin : Comment se présente cette nouvelle édition de Lyon Septembre de la Photographie ?Gilles Verneret : C'est la 6e édition et c'est sans doute celle qui aura été dotée du plus faible budget. D'où une réduction de l'équipe et du nombre de lieux d'exposition : nous sommes passés d'une quarantaine à vingt-quatre. La moitié d'entre eux accueillent les choix du commissariat du festival (essentiellement de la photographie documentaire américaine), l'autre moitié exposent une grande diversité de photographes choisis par les galeries, les musées ou les centres d'art en question. Que signifie son titre «US Today After» ?Le comité artistique du festival a choisi de parler des États-Unis après Katrina, le 11 Septembre et l'ère Bush, et depuis l'arrivée d'Obama au pouvoir. «Us» c'est aussi nous le public, les artistes, et notre rapport à ce pays. Que verra-t-on comme type(s) de photographie cette année ?La photographie, selon moi, est une lucarne qui parle du réel, ici en l'occurrence de celui des États-Unis d'aujourd'hui. Depuis plusieurs années, je défends la photographie documentaire, pas toujours très «vendeuse», qu'on retrouvera beau

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Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Le temps de la photo

Certains s'y emploient avec des tomates, Julien Guinand, lui, réalise des concentrés de temps. Cela s'appelle aussi des photographies, même si la peinture hante ses images. Temps concassé, broyé à la manière de pigments, puis lissé en lumières étales tirant vers le gris et en couleurs mates comme celles du silence. Suspens, stase, apnée. En une dizaine de grands formats, Guinand aimante notre regard sur des choses qui a priori ne nous passionnent guère : un moteur de voiture sur une chaîne de montage, des tireurs à la carabine dans leur stand, un poulain anesthésié couché dans un renfoncement sombre... Mais la densité de ses images anesthésie justement le regard, envoûte, méduse. Du lierre envahit un coin de forêt et ce paysage devient un monochrome vert enveloppant, un espace fantomatique où l'on prend plaisir à se perdre. Même si la mort rôde parmi les feuillages, tout comme elle rôde dans les autres photographies où le temps, en quelque sorte, meurt (temps mort disent les sportifs). Le poulain s'endort. Les tireurs s'évadent dans un lieu mental dont ils détiennent seuls le secret. La mort ou le vide aiguisent ici la vie, la sculptent, la mettent sous tension, la pétrifient et

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