(Ne pas) faire son cirque

Cirque | Alors que va s'ouvrir le somptueux festival UtoPistes (du 31 mai au 9 juin), le cirque souffre sévèrement d'espaces de travail en amateur, en apprentissage ou en professionnel, au point que l'école de cirque envisage sérieusement de quitter Lyon. État des lieux.

Nadja Pobel | Mardi 22 mai 2018

Photo : © DR


Durant le festival UtoPistes, le mardi 5 juin de 17h à 19h, place des Célestins, aura lieu un "entraînement sauvage", le premier d'une petite série selon le manifeste d'une centaine de professionnels qui après avoir alerté sur le manque de lieux pour répéter et créer, le prouve. Ainsi pour s'entraîner sur son agrès - le trampoline - Mathurin Bolze doit trouver un créneau sur la pause de midi à l'école de cirque. Le temps de monter et démonter son matériel est plus long que son moment de pratique ! Alors, « il loue un jour ou deux de plateau dans les lieux qui l'accueillent en diffusion, précise Marion Floras, coordinatrice artistique de sa compagnie mpta et co-organisatrice d'UtoPistes, heureusement on tourne beaucoup ! » Et de noter que c'est encore plus compliqué pour les circassiens de l'aérien dont l'outil nécessite des accroches. Est alors évoqué ce vieux serpent de mer : une cité des arts du cirque pour réunir la recherche et les créations des pros, la formation professionnelle et la pratique amateur dans un même lieu pérenne.

Plusieurs sites ont été envisagés : la Fouragère mais l'effondrement de la balme a tout fait capoter, puis le quartier Sergent Blandan dans sa phase 2 mais, comme le précise Loïc Graber, adjoint à la culture de Georges Képénékian, «l'appel d'offre précisait que les acquéreurs des lots devaient être autonomes, or là il fallait des moyens publics de fonctionnement et, par ailleurs, le bâtiment n'avait pas, in fine, la hauteur voulue. » Pas de délais fixés pour l'instant, ni même encore de site où possiblement amarrer : « mais si demain une des 58 communes de la Métropole veut accueillir ce pôle nous l'accompagnerons en investissement, comme nous l'avons fait avec Grrrnd Zero à Vaulx-en-Velin » dit-il. Pour le fonctionnement, « rien n'est fléché ».

Exercice d'équilibrisme

En attendant, il y a urgence pour l'école de cirque. Logée dans les locaux de la MJC de Ménival (5e arrondissement), elle est menacée de perdre son agrément. Il y a bien eu un investissement (800 000€) de la ville pour une mise aux normes PMR, mais cela ne modifie en rien la qualité d'accueil de ce cours préparatoire aux grandes écoles, un des huit que compte la France pour qu'en deux ans, les étudiants puissent entrer dans l'élite.

Sur la promo sortante de douze, quatre ont été acceptés au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne (le Graal en France), un à Montréal. Et d'autres sont en attente de résultats ! Le niveau est incontestablement celui de l'excellence, comme en témoigne aussi la masse de 210 dossiers de candidatures reçus pour la rentrée de septembre, dont plus de la moitié proviennent de l'étranger, parfois des États-Unis ou de l'Australie. Problème : l'agrément délivré par la fédération française des écoles de cirques est remis en cause, car ce lieu n'a pas la place pour accueillir la pratique de la roue Cyr, le vélo aérien ou le trapèze.

Alors pour éviter un tel gâchis, Nadège Cunin, directrice de l'école, n'attend plus et commence à chercher hors de Lyon pour« aller là où il y a un désir d'investir dans le cirque. J'ai repéré des lieux où il y a de l'argent, des trains, et où les artistes, parallèlement à l'activité de l'école, pourraient venir s'entraîner. » Car outre les particularités d'une école de ce type qui nécessite un espace particulier et une sécurisation idoine, celle-ci manque aussi d'une bibliothèque, une salle des profs, une salle de cours pour travailler l'anatomie ou l'histoire du cirque : « être artiste ne consiste pas seulement à maîtriser les saltos ! » souligne Nadège Cunin.

Ce cruel manque de structures mène par exemple les Circa, invités aux Nuits de Fourvière, à ne s'entraîner qu'à l'école de cirque ! Le Pôle National de la Cascade situé à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), qui vient de fêter ses dix ans, a une liste de demandes de presque deux ans pour venir travailler...

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La Cité Internationale des Arts du Cirque devrait voir le jour à Vénissieux

Cirque | L’un des grands projets culturels des prochaines années sur le territoire métropolitain, la Cité Internationale des Arts du Cirque portée par la compagnie MPTA et l’école de cirque de Lyon, devrait, selon toute vraisemblance, s’implanter à Vénissieux — et non à Saint-Genis-Laval comme prévu initialement. Explications.

Nadja Pobel | Mercredi 24 mars 2021

La Cité Internationale des Arts du Cirque devrait voir le jour à Vénissieux

Le constat est ancien et cruel pour les circassiens de la région : il n’y a pas assez de lieux d’entraînement et de pratique. La France, de manière globale, en manque. Seule La Grainerie à Toulouse répond à cette demande. Un espace d’entraînement dans La Chapelle de La Cascade (en Ardèche), seul Pôle National de Cirque en Auvergne-Rhône-Alpes, est bien prévu — mais les travaux n’ont pas encore commencé. Pire, le confinement a accentué ces besoins car ces artistes sont aussi des athlètes qui ont besoin d’entretenir leurs corps. Le récent festival Circa qui s'est déroulé à Auch à l’automne a vu se multiplier les blessures : les artistes n'ont pu suffisamment s’exercer en amont. Julie Tavert, acrobate formée à Lyon puis passée par le Graal qu’est le CNAC (Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne) dit n’avoir pas du tout su où aller lors des six premiers mois de la crise sanitaire. L'école de cirque de Lyon implantée dans l’enceinte de la MJC Ménival est elle trop à l’étroit et jongle a

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L'utopie entre en piste

Cirque | Il y a les feuillets dessinés de Bonnefrite qui irradient de rouge et jaune le métro et la ville. Et il y a bien sûr des spectacles pour prouver avec cette 4e édition du festival UtoPistes que le nouveau cirque a une santé de fer.

Nadja Pobel | Mardi 22 mai 2018

L'utopie entre en piste

Onze spectacles, des travaux d'élèves de l'école du cirque (en fin de festival), une ouverture sur la place des Célestins avec Mathurin Bolze (dont la compagnie mpta est à l'initiative du festival), Karim Messaoudi... De la magie (Dans la peau... à la Croix-Rousse, Les Limbes aux Célestins), une conférence par un des pères du nouveau cirque, Johann Le Guillerm (Le Pas grand chose aux Célestins), des clowns (Ouïe au TNG-Ateliers) ou du travail beaucoup plus théâtralisé (Ningunpalabra aux Célestins) par des argentins voltigeurs qui seront aussi à l'affiche du Terabak de Kyiv à Fourvière en juillet.... Parmi ce must, deux créations infiniment différentes et qui étonnent. Dans Santa Madera Stefan Klinsman et Juan Ignacio Tula sont époustouflants de virtuosité mais pas seulement. Avec la roue Cyr, ils fouillent le tréfonds de l'âme sur une piste de terre qu'ils malmènent jusqu'au vertige. Comment, avec ce seul agrès presque enfantin, mais qui requiert un immense professionnalisme pour être manié à ce niveau, parviennent-ils à générer autant d'émotions ? Les corps semble

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L'École de Cirque se dévoile

Cirque | Attraper le C21 à Perrache... et à peine dix minutes plus tard, vous voici à l'École de Cirque de Lyon qui, outre le fait de former des jeunes, accueille chaque année quelques spectacles de ce qui fait la crème de cette discipline. Tour d'horizon avant la présentation de saison le 8 septembre.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

L'École de Cirque se dévoile

Ils sont douze élèves (huit garçons, quatre filles) à faire leur entrée en deuxième et dernière année de formation. Ils se sont extirpés de la pile de 190 dossiers reçus à l'École de Cirque de Lyon qui, tous les deux ans, reçoit une nouvelle promotion triée sur le volet. Au terme de la saison, ils partiront sur les routes faire ce métier infiniment technique et toujours plus artistique. Beaucoup d'entre eux réussiront certainement à intégrer une des quatre écoles supérieures dédiées à cette discipline en France. Ou celle de Montréal, ou encore de Bruxelles... En juin, alors qu'ils n'étaient qu'à mi-parcours de leur apprentissage, ils présentaient une série de numéros formidablement aboutis. Dans cette salle de l'école, où les gradins sont si proches du plateau, la difficulté de leur exercice était incroyablement tangible. C'est dans ce cadre qu'ils vont encore progresser avant de montrer les 19 et 20 mai leur nouveau savoir-faire sous la houlette du metteur en scène Johan Lescop, qui fut déjà celui de Six pieds sur terre, et le regard extérieur de Yann Frisch sur ce délicat ovni qu'est Le Syndrome de Cass

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Entretien | À la tête de l'École de cirque de Lyon, labellisée Scène découverte par la Ville, Nadège Cunin revient sur la professionnalisation de cet art encore tout neuf institutionnellement, de plus en plus présent dans les grandes salles.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

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Comment sont structurées les formations au cirque en France ? Nadège Cunin : Il y a trois écoles supérieures. Le CNAC de Chalons-en-Champagne, l'Académie Fratellini et le Lido à Toulouse qui sont en cours de labellisation par le ministère de la Culture, et une dizaine d'écoles préparatoires à ces trois-là dont la nôtre, financée par la Région (Ndlr : la subvention a été maintenue cette année) et la DRAC. Douze places sont ouvertes tous les deux ans et cette année nous avons battu le record de dossiers reçus : 180. Comment s'explique cet engouement ? Le cirque est tout juste en train de se structurer au niveau de l’enseignement, comme la danse l'a fait il y a une vingtaine d'années. Il y a eu la création d'un bac cirque (en 2012), comme il y a des bac théâtre. Dans l'Académie de Lyon, il est au lycée Doisneau de Vaulx-en-Velin où l'on intervient avec les Subsistances. Les élèves se "professionnalisent" de plus en plus tôt, c'est un peu dommage pour ceux qui pensent à ce métier à 20-22 ans, mais il y a une telle exigence aujourd'hui pour être professionnel du cirque... Un j

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Nadja Pobel | Mercredi 4 mai 2016

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Voici venir la 3e édition du festival UtoPistes (du 2 au 11 juin) aux Célestins, TNG, Toboggan, Maison de la Danse et Subsistances. Et in situ, à l’air libre, gratuitement. Mathurin Bolze et sa compagnie mpta (les mains, les pieds et la tête aussi) proposera la recréation de Fenêtres et sa suite dédoublée, Barons perchés (également au programme des Nuits de Fourvière). C’est aussi durant ces dix jours que la nouvelle icône de la performance parlée, Sébastien Barrier, viendra pour sept heures consacrées au vin naturel (Savoir enfin qui nous buvons, complet) et cette fable souvent émouvante sur la perte, Chuncky Charcoal. Le grand retour du maitre James Thierré — qui promet, avec La Grenouille avait raison, de revenir a plus d’épure que pour son très raté Tabac rouge — n’éclipsera pas le talent de jeunes acrobates tels Justine Bertillot et Frédéric Vernier (Noos, voir photo) ou les jongleurs de Petit Travers (Nuit) à destination du jeune public. À vous de piocher parmi ces trente représentations.

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Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

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Sens Interdits C’est LE festival. Celui qui tous les deux ans nous transmet les récits du monde, de ses déchirures et de ses espoirs, sur un plateau. Cette année, quinze spectacles venus de quatorze pays permettront d’explorer notre mémoire commune, le long du fil rouge de l’exclusion, qu'il soit question des migrants avec Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu ou du Chili traumatisé par Pinochet avec Acceso par le réalisateur Pablo Larraín (No). Les rescapés du Rwanda se feront aussi entendre dans Hate Radio grâce au Suisse Milo Rau et la fidèle Tatiana Frolova reviendra pour la troisième fois avec un spectacle documentaire qui mènera chez elle, au fin fond d’une Russie endolorie. Mais si les thèmes abordés à Sens Interdits sont durs, jamais ce festival n’est mortifère. Il est, au contraire, depuis trois éditions, la preuve que le théâtre contemporain est d’une vitalité inouïe. Du 20 au 28 octobre aux Célestins et dans la Métropole

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Jean-Emmanuel Denave | Samedi 22 juin 2013

Cirque engagé

Pour la deuxième année consécutive, les Célestins donnent carte blanche à Mathurin Bolze, fondateur de la compagnie Les Mains, les Pieds et la Tête Aussi pour programmer l'éclectique festival utoPistes. Le talentueux circassien lyonnais résume ainsi sa contribution : «Quatre soirées, en plusieurs lieux d’intérieur et de plein air, des pièces de cirque incontournables, des créations dédiées au festival, et jusqu’au bout quelques surprises, tel est le programme composé par la compagnie Mpta». Mathurin Bolze créera en effet une courte pièce avec la collaboration, notamment, du non moins talentueux Yoann Bourgeois (auteur de L’Art de la fugue et du superbe Wu Wei, présenté cette saison à la Maison de la Danse). Mais la grande curiosité de cette édition vient d’Australie avec la compagnie Acrobat. Ses fondateurs, les quadragénaires Jo-Ann Lancaster et Simon Yates, ont mis en scène, après un voyage à Cuba, l’étonnant Propaganda en 2010. Dans une grande économie de moyens scéniques et vêtus souvent de simples sous-vêtements peu glamours, ces deux activistes nourris des œuvres de Marx,

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Dorotée Aznar | Mardi 10 mai 2011

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Le festival UtoPistes est évidemment l'occasion, pour ceux qui ne les connaissent pas encore, de découvrir Mathurin Bolze et sa compagnie les Mains les Pieds et la Tête Aussi. Mais UtoPistes est également une invitation faite à différents artistes de présenter au public le cirque contemporain dans sa diversité. Dès l'ouverture, le ton est donné avec le spectacle Transports exceptionnels ou la rencontre brute entre l'homme et la machine lors d'un duo mettant en scène un danseur, Philippe Priasso, et... une pelleteuse. Car l'idée de ce festival, c'est de surprendre, d'inviter aussi les spectateurs à appréhender différemment un lieu culturel, en leur proposant des déambulations en extérieur, des spectacles dans un parking, sur les façades du théâtre, en les “embarquant“ à l'intérieur de l'édifice... UtoPistes sera l'occasion de rencontres inédites et alléchantes, comme celle entre l'acrobate/ danseur Jean-Baptiste André et l'auteur Fabrice Melquiot qui, avec S'enfuir, tentent de comprendre comment communiquent un acrobate et un écrivain, quand ils parlent «à la fois dans leur langue et dans la langue de l'autre». Au-delà des (nombreux) spectacles, deux conf

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