Le CCO lance un fablab solidaire

Bonne Idée | Le CCO élargit encore son champ de compétences et lance un fablab numérique et solidaire : inauguration ce jeudi.

Sébastien Broquet | Mardi 4 février 2020

Photo : © CCO


Définition : un fablab, c'est l'abréviation de "fabrication laboratory", soit un laboratoire de fabrication qui est ouvert au public et au sein duquel les différentes personnes intéressées trouveront à leur disposition des outils, numériques (imprimante 3D) ou non (fraiseuse), pour œuvrer à la création d'objets et de solutions. Du hacker à l'entrepreneur en passant par l'étudiant, plusieurs publics s'y croisent et, dans l'idée, mettent leurs compétences respectives à disposition pour œuvrer de manière collaborative. L'on construit le plus souvent en commun, au sein d'un fablab ; on crée, on détourne, on imprime en 3D... Il y a en cela une charte à respecter, définie par le MIT.

Action : le CCO, déjà attentif à la formation au numérique pour tous, crée son propre fablab et le dote d'une spécificité locale en l'orientant principalement vers les jeunes en rupture scolaire ou professionnelle ou défavorisés, afin de faire naître des vocations professionnelles ou artistiques. Apprendre, gratuitement, en cherchant l'innovation, en détournant et piratant les conventions pour mieux ré-inventer. Il va s'inscrire dans un réseau plus global intitulé madlab, soit « un fablab inclusif et solidaire », où les compétences acquises pourront être validées. Seront également valorisées « les technologies sous licence libre, de la récupération et du lowtech » nous explique l'équipe.

Éducation : le programme d'initiation débute dès ce mois-ci avec divers ateliers adaptés aux envies de chacun, et permettra d'aborder un large spectre allant de la modélisation en 3D en passant par les outils de soudure, la fabrication de circuits imprimés, la connaissance des systèmes d'exploitation, la législation et les licences informatiques, le firmware, le tout selon différents modules progressifs, le tout réparti en deux cursus pédagogiques.

Fondation : la Fondation Orange est partenaire de ce cursus qui mise, outre sur les compétences techniques, sur un fort ADN lié à la création artistique et s'inscrit pleinement dans le projet en cours d'élaboration du CCO La Rayonne, au Carré-de-Soie, où 23 structures de l'économie sociale et solidaire ou de la culture sont déjà actives dans le cadre d'un projet d'urbanisme transitoire géré par l'équipe du CCO.

Lancement du fablab solidaire
Au CCO La Rayonne le jeudi 6 février à 11h30

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Harout Mekhsian, nouveau directeur du CCO

Mercato | Après vingt ans à la direction du CCO à Villeurbanne, Fernanda Leite passe le flambeau à Harout Mekhsian. Entrepreneur de projets culturels, récent candidat à la reprise du Transbordeur, actuellement coordinateur du collectif pluridisciplinaire Cité Créative Coblod, il prendra ses fonctions le 2 novembre dans ce centre culturel œcuménique, installé désormais dans un quartier en rénovation, celui de l’Autre Soie.

Nadja Pobel | Mardi 11 mai 2021

Harout Mekhsian, nouveau directeur du CCO

Fernanda Leite, que gardez-vous de ces plus de vingt ans passés à la tête du CCO ? Fernanda Leite : C’est un lieu incroyable, plein de vie qui déborde et qui est devenu un lieu d’hospitalité, d’engagement. Le CCO est avant tout un lieu qui fabrique sa propre matière avec ceux qui le font. Le premier jour où je suis arrivée, j’ai entendu énormément de langues différentes ! Ça m’a marquée. C’est un haut-parleur des paroles de chacun pour qu’il soit entendu dans la cité. Il n’y a pas juste des spectateurs consommateurs. Chacun est une personne avec des mots à dire, des projets à porter et un lieu pour les exprimer. Pourquoi partez-vous ? Fernanda Leite : Parce qu’il faut savoir laisser la place ! Et ça me plaît de ne pas partir une fois que la porte est ouverte ! Ça fera du bien qu’il y ait une énergie nouvelle. Harout Mekhsian, qu’allez-vous faire de ce "haut-parleur" et quels sont les projet que vous portez pour ce lieu ? Harout Mekhsian : Ce qui m’intéresse, c'est comment ces lieux-là transforment des vies, des énergies. Dans le milieu cu

Continuer à lire

CCO : un nouvel été de festivités à la Rayonne

Villeurbanne | Le CCO relance une programmation estivale en extérieur pour faire rayonner un été culturel.

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 avril 2021

CCO : un nouvel été de festivités à la Rayonne

Le CCO remet le couvert de son Été à la Rayonne, en ouvrant une nouvelle fois le chantier de son nouvel équipement. L'an dernier, dans un contexte en tout point similaire, Un Été à la Rayonne avait attiré quelques 7000 spectateurs. Et entend bien faire aussi bien cette année avec une série de spectacles pluridisciplinaires, en coproduction avec une poignée de structures culturelles, locales, qui s'étaleront du 12 mai au 31 juillet, pour la programmation déjà connue – après un lancement du chantier ouvert le 8 mai, réservé aux professionnels de la profession. La chose s'ouvrira avec du théâtre réservé aux scolaires par La ville du chat obstiné. Et se porusuivra avec des ateliers (Coup d'éclat, samedi 22 mai). Du théâtre : Les sept jours de Simon Labrosse, les 28 et 29 mai et Mémoire Vive #1 et 2, le 19 juin et le 10 juillet, beaucoup de concerts dont l'ouverture aura lieu le 10 juin avec Mariani et Jan Wilhemn : Jazz à l'Est (11 juin), Ensembles à l'Est (17

Continuer à lire

L'Odyssée d'Obi

Afro Trap | Demandeur d'asile nigérian de 33 ans, dont dix d'une invraisemblable errance entre l'Afrique et l'Europe, Obinna Igwe a fini par se poser et s'apprête à lancer une carrière de musicien dont il n'avait jamais osé rêver. Épaulé en cela par Cédric de la Chapelle, l'homme qui avait découvert Slow Joe. Il a accepté de nous raconter son histoire.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 octobre 2020

L'Odyssée d'Obi

« J'ai grandi au Nigeria, à Abakliki ». Ainsi Obinna Igwe, dit "Obi", commence-t-il, assez logiquement pense-t-on, le récit d'une vie qui l'a mené jusqu'à Lyon. Mais, dans la seconde, il se raccroche à ses premiers mots et nous fait comprendre en une phrase ce qui porte les hommes et les femmes qui traversent les continents et les mers pour un peu d'espoir : « en fait je n'ai pas grandi au Nigéria, j'y ai survécu, c'est après que j'ai grandi ». Il a pourtant déjà 23 ans lorsqu'il quitte son pays. Sa vie est une histoire comme on en entend rarement, peut-être parce qu'on oublie un peu facilement de prêter l'oreille. C'est celle de milliers de migrants dont certains ne voient pas la fin du voyage. S'il est possible de survivre — et encore — dans le pays le plus peuplé d'Afrique — 203 millions d'habitants, 24 villes de plus d'1 million d'habitants —, la vie y est une chimère, la violence endémique, et l'école accessible à ceux qui ont un peu d'argent, à ceci près que personne n'en a. « Là-bas, il n'y a aucun espoir d'avenir, aucun rêve n'est possible » raconte Obi qui a perdu son père à l'âge de dix ans. L'espoir ne peut

Continuer à lire

Bon ap' les petits : "La Chouette en toque"

Animation | Un programme de courts-métrages animés pour les touts-petits.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

Bon ap' les petits :

On ne présente plus la Chouette du cinéma, introductrice ailée de courts-métrages animés pour les touts-petits livrant régulièrement le fruit de ses découvertes assemblées dans des programmes thématiques. Forcément plus appétissant que les précédents, celui-ci est voué à l’alimentation, qu’il décline en revisitant divers contes. De la belle ouvrage, laissant globalement songeur toutefois lorsque le Petit Poussin Roux obtient de sa mère un œuf pour faire un gâteau (genre : « j’peux manger mon frère ? ») et s’achève sur une version allégée en sucres de la chanson Dame Tartine (parce que mangez-bougez, les dents, toussa…) Si on se met à retoucher les chants traditionnels pour la bonne cause, Au clair de la Lune risque de ne pas faire long feu… La Chouette en toque ★★★☆☆ Un film d'animation de Arnaud Demuynck, Célia Tocco, Célia Tisserant, Frits Standaert & Pascale Hecquet (Bel-Fr, 0h52)…

Continuer à lire

Boomrang : prime à la jeunesse

Bar associatif | Boomrang a pris ses quartiers dans un ancien immeuble de la Guillotière : Mathilda et Ambrine, respectivement ex-programmatrice et barmaid du Cartel, ont deux ans pour faire du lieu un temple du dynamisme culturel lyonnais avec comme credo : « lorsque tu sors du bar, t’as envie d’y retourner ! ».

Léa Zaïdat | Lundi 28 septembre 2020

Boomrang : prime à la jeunesse

« On existe, on est là, on est hyperactifs et on a aussi notre parole dans le paysage culturel et politique » Mathilda Saccoccio et Ambrine Ayeb viennent de lancer Boomrang et ont de l'ambition pour leur bar festif, ouvert de 18h à minuit. Ici, elles veulent imaginer ce qu'elles appellent « la fête de demain, bienveillante avec les femmes, la communauté LGBT+, écologique, hors club ». Elles veulent repenser la « façon de consommer la fête ». Et réfléchir aussi, autour de tables rondes : ce jeudi, les curieux sont invités à débattre rap et féminisme. Comme auparavant au Cartel qui occupait ces murs avec un concept très proche, des ateliers sont organisés (cinéma le mercredi, yoga, rap pour les 12-15 ans…) Au prix de deux euros d'adhésion par an, le bar vous est ouvert. Vous pouvez travailler grâce au Wifi, boire un verre et profiter de toutes les activités. Une nouvelle exposition sera proposée tous les premiers jeudis du mois avec des artistes issus de la jeunesse lyonnaise, comme les photographies exposées en

Continuer à lire

Hommage à Michel Piccoli

Cinéma | Michel Piccoli fut l’incarnation parfaite de l’homme d’âge mûr de la fin des années 1960 à l’aube du XXIe siècle ; l’alter ego des plus grands cinéastes (...)

Vincent Raymond | Vendredi 11 septembre 2020

Hommage à Michel Piccoli

Michel Piccoli fut l’incarnation parfaite de l’homme d’âge mûr de la fin des années 1960 à l’aube du XXIe siècle ; l’alter ego des plus grands cinéastes autant qu’une conscience politique et morale. 2020 porte son deuil mais les salles du GRAC le célèbrent tout septembre à travers quatre films dissemblables mais, en définitive, complémentaires pour dessiner son portrait chinois : grave et intérieur dans Le Mépris, quadra en pleine sortie de route existentielle dans Les Choses de la vie, néo-primitif laissant libre court à son animalité dans Themroc, électron libre et fantasque d’une grande famille dans Milou en Mai… De quoi profiter encore de son rire, de ses sourcils et de ses rouflaquettes sur grand écran.

Continuer à lire

Oui, Transfer

Indie Rock | Pour sa troisième édition, le festival Transfer, qui prend désormais ses aises sur trois jours, continue de creuser le sens du mot "exigence" et l'intrépidité esthétique de la production indé. S'affirmant comme un événement de plus en plus enthousiasmant d'édition en édition. Sélection forcément subjective, mais pas que, des incontournables de l'événement.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Oui, Transfer

Jacco Gardner Avec Cabinet of Curiosities (2013), Jacco Gardner en avait éveillé pas mal, de curiosités. Un intérêt et un talent confirmés ensuite sur Hypnophobia (2015) qui avait achevé de placer le jeune homme sur le trône du psychédélisme rétro néerlandais – un concept en soi. Sur ce trône, Jacco aurait pû écraser quelques lauriers de son royal séant. Oh nee ! C'était mal le connaître. Car c'est en apesanteur et dans une veine rétro-futuriste – où le terme futuriste résonnerait plus fort – que nous est réapparu le koning de la pop prétendument vintage avec Somnium. Et en mode exclusivement instrumental – ce qui dans le domaine de la pop, fut-elle indé, équivaut à une forme de suicide dont les trompe-la-mort comme Gardner se rient allègrement. Un voyage fascinant dont il nous fait revivre la magie en concert avec un live en quadriphon

Continuer à lire

Oiseau de modeste augure : "Les Ritournelles de la Chouette"

Animation - Dès 4 ans | de Anaïs Sorrentino, Célia Tisserant, Célia Tocco, Frits Standaert, Jérémie Mazurek & Arnaud Demuynck (Fr-Bel, 48mn)

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Oiseau de modeste augure :

On ne compte plus les apparitions de la Chouette du cinéma, oiseau bavard qui, une fois l’an, vient délivrer sa cargaison de films d’animation au jeune public. Des histoires inspirées de contes traditionnels ou d’historiettes folkloriques réarrangées par Arnaud Demuynck et son aréopage de graphistes et animateurs. Au menu de cette sélection, cinq variations autour de vertus ô combien essentielles et pourtant mises à mal par notre monde contemporain : modestie, frugalité, humilité. Si la qualité et la diversité plastique des films demeurent admirables, on regrette la monotonie des structures narratives : il ne s’agit en effet que de contes-randonnées — y compris la reprise de la chanson finale de Line Renaud, Où vas-tu Basile —, procédant par répétition et accumulation. Cela n’empêche pas de saluer la qualité poétique de deux films, La Tortue d’or et L’Humble Tailleur de pierre, ni de trouver l’ensemble diablement chouette.

Continuer à lire

Un deal est un deal : "Undercover - Une histoire vraie"

Thriller | de Yann Demange (É-U, 1h51) avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Un deal est un deal :

1984. Ricky, 14 ans, et son père font un commerce plus ou moins légal d’armes à feu auprès des gangs tenant le marché du crack dans les squats de Détroit. Flairant l’aubaine, le FBI transforme jeune Ricky en dealer pour infiltrer le réseau. Sans lui laisser vraiment le choix… On ne peut plus explicite et programmatique, le titre français met l’accent sur l’authenticité des faits davantage que sur la figure de Ricky. Pourtant, c’est bien cet ado à moustachette la colonne vertébrale de l’histoire, la mouche sur le hameçon lancé par un FBI avide de faire des grosses prises, mais peu soucieux du devenir de l’appât après coup(s). Mais ne divulgâchons pas la fin… Si l’on a l’habitude des histoires de gangs et de mafia survitaminées par Scorsese et ses épigones, celle-ci semblera plus calme : Undercover ne superlative rien. C’en est même parfois troublant, puisque les séquences de nouba avec les caïds, les descentes de flics ou certaines scènes de tension familiale semblent sous-dramatisées ; en tout cas moins épileptiquement montées qu’à l’ordinaire. Une façon

Continuer à lire

Le CCO en mutation

Politique Culturelle | C'est pour 2023, mais le CCO s'apprête bel et bien à déménager et se dirige vers le quartier de la Soie, où il va investir en partie ce qui est encore une friche où se tenait aupraravant l'ancien IUFM des Brosses. Dès septembre, une occupation temporaire des lieux sera effective, portée par 22 projets sélectionnés en attendant le début des travaux.

Sébastien Broquet | Mardi 15 mai 2018

Le CCO en mutation

Plus de cinquante années après son installation rue Georges Courteline à Villeurbanne, en 1963 exactement, où il a marqué et le quartier, et la vie culturelle de la métropole par ses nombreux concerts, le CCO s'apprête à déménager pour investir un grand site en reconversion à La Soie. Là, les missions (concerts, résidences artistiques, art numérique, citoyenneté) vont trouver un antre à leur mesure et la nouvelle édition du festival Mémoire Vive, se déroulant cette année dans le parc adjacent de la Soie, d'une surface de 1, 2 hectares (lire en page 14) le démontre déjà. Le site de L'Autre Soie dans son ensemble s'étend lui sur 3, 5 hectares et sera « préparé avec le GIE Est Habitat : un grand projet de solidarité urbaine à la croisée entre habitat, culture et économie sociale et solidaire. » Une jauge doublée pour les concerts Là, au sein de cette friche urbaine, la culture sera moteur. Et la salle de concert verra sa capacité doubler, dotée désormais d'une jauge de 1000 personnes qui côtoiera des studios pour des résidence de création, un centre culturel, un studio numérique, un fablab mais aussi, voisins du Centre Culturel Œcuménique, une résid

Continuer à lire

La pause s’impose : "7 Minuti"

Social | de Michele Placido (It-Fr-Sui, 1h28) avec Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

La pause s’impose :

Dilemme pour un groupe de délégués du personnel, qui doit statuer sur l’abandon de sept minutes de pause déjeuner en échange du sauvetage de son usine. Tel est le marché pervers proposé par leur future actionnaire majoritaire. La division s’installe parmi les salariés et salariées… Mettons au crédit de Michele Placido l’idée de transposer ce fait social survenu à Yssingeaux en Italie puisque le capitalisme n’a pas de frontière, et la pertinence d’en faire un huis clos : cette situation d’un choix cornélien — face à un marché de dupes ! — renvoie à 12 hommes en colère. Les similitudes s’arrêtent là. Du fait de sérieux problèmes d’écriture, dont de grotesques effets de suspense théâtraux destinés à différer la divulgation de la fameuse mesure (on se croirait dans Le Prénom) ; à cause également de quelques personnages féminins au-delà de la caricature et d’une mise en scène contemplative là où du vif aurait été nécessaire, on s’agace au lieu de compatir. Un grand sujet potentiel, qui sans doute eût été plus à sa place sur les planches, devien

Continuer à lire

Les 5 expos à voir en avril

Sélection | Avec le printemps arrivent cinq expositions placées sous le signe du voyage, qu'il soit exploration intérieure ou à travers le monde, migration forcée ou échange fructueux, et même parfois tout à la fois.

Lisa Dumoulin | Mercredi 4 avril 2018

Les 5 expos à voir en avril

Laho, Serpentine Illustratrice protéiforme, Laho dessine, créé des affiches et des céramiques, édite des objets en papier ou en tissu… Ses dessins ultra colorés proposent une plongée onirique dans des univers peuplés de créatures transgenres. Pour cette exposition Serpentine, elle évoque un mouvement ondulé, un chemin sinueux, où l’on glisse d'un songe à l'autre, guidé par les traces du reptile, l'œil grand ouvert. À la galerie Superposition du 19 avril au 24 mai Giuliana Racco, Little Interpreters Artiste canadienne d’origine italienne, Giuliana Racco étudie les méthodes d’apprentissage des langues destinées à des apprenants allophones, plus particulièrement réfugiés et migrants. Elle mène des enquêtes, réalise des vidéos ou créé des manuels de langue. Cette première exposition personnelle en France représente la troisième étape de son projet, et a été l’occasion d’accompagner des groupes d’apprenants en langue française sur le territoire.

Continuer à lire

L’âme, nasse fantôme : "A Ghost Story"

Le Film de la Semaine | Comme attaché à la maison où il a vécu ses derniers jours terrestres, le fantôme d’un homme attend quelque chose sans trop savoir quoi, imperméable au temps qui passe. Un Paranormal (in)activity dépouillé et sublimé, à l’intersection entre Gus van Sant et Stanley Kubrick.

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

L’âme, nasse fantôme :

Un homme et une femme paraissent filer le plus parfait amour dans leur belle maison. La mort brutale du premier change la donne, et pousse la seconde à quitter les lieux. Pourtant, le fantôme de l’homme persiste à hanter leur demeure commune, dans l’attente d’un hypothétique contact… Sur le papier, A Ghost Story tient de la chimère. Irréductible à un genre, irrespectueux des codes, ce film fantastique ET sentimental à l’ascétisme radical semble s’ingénier à se saborder : minimalisme assumé, refus des effets spéciaux attendus, recours à une représentation du fantôme plus que désuète, car usée jusqu’à la trame et risible — le vieux drap troué de deux orifices pour les yeux ! —, occultation totale du comédien principal pendant plus d’une heure (Casey Affleck, pourtant dernier récipiendaire de l’Oscar), quasi mutisme des personnages… Et pourtant. À force de clichés détournés, d’extrémisme narratif et de paris insensés, David Lowery atteint une étrangeté poétique fascinante.

Continuer à lire

Vu de l'intérieur

Théâtre | C'était il y a tout juste deux ans. Un siècle en réalité. Attentats. Bataclan. État d'urgence. Il n'en parvient que des balbutiements sur un poste de radio, (...)

Nadja Pobel | Mardi 14 novembre 2017

Vu de l'intérieur

C'était il y a tout juste deux ans. Un siècle en réalité. Attentats. Bataclan. État d'urgence. Il n'en parvient que des balbutiements sur un poste de radio, quelques intonations d'un président qui semble ne pas avoir existé, François Hollande. De tout cet enfer, il ne reste donc que cela : un couple plongé dans les volutes de cigarettes, adossé à un canapé bien propre. Pourtant, tout se fissure à l'intérieur, au point plus tard que l'un et l'autre s'opposent sur l'utilité des caméras de surveillance dans la copropriété, ou que s’égrenne la liste des petites contraintes du quotidien façon Benjamin Biolay et son Brandt rhapsodie. En interstice, Meissoune Majri et Audric Chapus (qui a initié ce projet à la sortie de cette grande école d'acteurs qu'est l'ESACT de Liège), composent avec Irène Berruyer des séquences tantôt réalistes (heureuses "reconstitutions" de ces interviews télé politique volontairement anxiogènes) et plus fantaisistes (une sorte de prince machiavélique distillant le mal façon Richard III, micro-lumière qu'on dirait emprunté à la mise en scène de Thomas Ostermeier, mais les artistes nous ont co

Continuer à lire

"Gold" : mauvaise pioche

ECRANS | de Stephen Gaghan (É-U, 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Héritier poissard d’une famille de chercheurs d’or, Kenny Wells joue son va-tout en s’associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie. Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fée vantant l’obstination malgré les embûches : plus l’on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte “prenne” chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n’est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d’un fissapapa ruiné n’a rien d’exaltant. L’interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n’écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film :

Continuer à lire

Le soliloque vire au polar

Théâtre de la Croix-Rousse | Pour sa deuxième création de la saison, Jean Lacornerie change radicalement de genre et confie à Elizabeth Macocco le soin délicat d'incarner une vieille femme vigoureuse. Réjouissante petite forme.

Nadja Pobel | Mardi 14 février 2017

Le soliloque vire au polar

On l'avait laissé en novembre avec un Opéra de quat'sous pimpant et peuplé de marionnettes, revoici Jean Lacornerie dans un autre endroit du théâtre qu'il dirige depuis 2010, le studio, très peu usité ces dernières années. Entre deux murs, il y fait déambuler Faila, 93 ans, en proie à un agresseur qu'elle est parvenue à berner en l'enfermant dans une pièce de son appartement. Il va geindre, baragouiner sans que jamais ne nous parviennent directement ses mots. Écrit par l'auteur argentin contemporain Federico Jeanmaire, ce texte qui n'avait rien de théâtral se révèle être une formidable matière à jeu, tant ce soliloque vire au polar. Qui est derrière cette porte en train de s'acharner sur la poignée ? Quel âge a-t-il ? Quels sont ses liens avec la victime ? Peu à peu, se dévoile une histoire qui reflète tout autant la réalité de la lutte des classes sociales (il est pauvre, elle est bourgeoise) que la psychologie d'une femme rapidement devenue orpheline après que sa mère, entichée d'un pilo

Continuer à lire

"Tous en scène" : Music-animal

ECRANS | de Garth Jennings (E-U, 1h48) avec les voix (vo/vf) de Matthew McConaughey/Patrick Bruel, Reese Witherspoon/Jenifer Bartoli, Scarlett Johansson/Élodie Martelet…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Pour sauver son théâtre d’une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu’il a réuni une troupe de talents hors du commun… Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l’été dernier succède ici une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel — l’engouement autour des télé-crochets musicaux — ne le laissait craindre. L’absence de clins d’œil à outrance, d’un trop-plein de parodies ou d’allusions à des demi-stars vaguement dans l’air du temps contribue à la réussite de l’ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés. Même les voix françaises font preuve d’une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n’y a pas de quoi être étonné : un fi

Continuer à lire

Du mouvement pour les salles de spectacles

Lieux de Culture | Ça bouge du côté des salles de l'agglomération : le CCO s'apprête à déménager tout en insufflant de la créativité à un projet d'envergure, le Razzle repousse son ouverture et le 6e Continent cherche des solutions pour éviter la tourmente.

Sébastien Broquet | Mardi 10 janvier 2017

Du mouvement pour les salles de spectacles

Le Razzle L'ouverture était prévue le week-end du 20 janvier, un nouveau festival, Transfer, devait s'y dérouler en partie en février et une large part de la programmation était déjà établie : l'on attendait avec impatience de vous en conter plus sur ce lieu qui risque fort de prendre rapidement une place prépondérante dans la vie nocturne (un restaurant de nuit est également prévu sur le bateau) et culturelle de la ville, nombre d'activistes et collectifs locaux ayant déjà été contactés, mais malheureusement, la nouvelle est tombée il y a quelques jours par le biais d'un post sur leur page Facebook : le Razzle repousse son ouverture à une date ultérieure. « Malgré les efforts importants déployés par nos équipes et nos nombreux soutiens, nous faisons face à plusieurs imprévus techniques qui nous empêchent de maintenir l’inauguration aux dates annoncées. Nous sommes évidemment très déçus et nous faisons le maximum pour vous accueillir à bord du Razzle le plus rapidement possible. » est-il communiqué. Certains concerts sont en cours de relocalisation dans d'autres salles de la v

Continuer à lire

"Neruda" : Attrape-moi si tu peux !

Le Film de la Semaine | D’un authentique épisode de la vie clandestine du poète chilien Pablo Neruda, Pablo Larrain tire un dys-biopic tenant de la farce, du polar politique et du western. Une palpitante mise en abyme de la création artistique célébrant la supériorité de tout artiste sur le commun des politiques.

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

1948. Immense figure populaire, poète encensé, Pablo Neruda est aussi un député communiste s’opposant avec vigueur au président Videla. Lequel profite des tensions entre les grands blocs internationaux pour justifier son arrestation. Mais Neruda, pareil à une anguille, échappe à la traque menée par l’inspecteur Óscar Peluchonneau. Et s’il ne parvient pas à quitter le pays, il va jusqu’à instaurer à distance un dialogue taquin avec son obstiné poursuivant… En préambule à son film, Larrain aurait pu reprendre le mot de Boris Vian, à propos de L’Écume des jours : « Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l’autre ». Car si Neruda ne respecte pas “l’Histoire” stricto sensu ; si rien n’est authentique dans ce film, rien n’est réellement inexact. Tansformer en acte artistique un biopic d’artiste lui donne sa saveur, sa beauté et pour tout dire son véritable sens. En effet, raconter l’alpha et l’oméga d’une carrière ne présente, à part pour les indécrottables fans, qu’un intérêt médiocre : c’est ce qui différencie, parm

Continuer à lire

"Ma vie de courgette" : gratin d’amour sauce résilience

Le film | Avec ce portrait d’une marmaille cabossée par la vie retrouvant foi en elle-même et en son avenir, Claude Barras se risque sur des sentiers très escarpés qu’il parcourt avec une délicatesse infinie. Un premier long-métrage d’animation en stop motion vif et lumineux ; un chef-d’œuvre.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Que vous soyez un enfant de 5 ou de 105 ans, accordez sans tarder un peu plus d’une heure de votre vie à cette grande œuvre ; elle vous ouvrira davantage que des perspectives : des mondes nouveaux. Ma vie de courgette est de ces miracles qui redonnent confiance dans le cinéma, qui prouvent sans conteste que tout sujet, y compris le plus sensible, est susceptible d’être présenté à un jeune public, sans qu’il faille abêtir les mots ni affadir le propos. « Tout est affaire de décor » écrivait Aragon en d’autres circonstances, ce film l’illustre en traitant successivement d’abandon, d’alcoolisme et de mort parentaux, des maltraitances enfantines, d’énurésie, d’éveil à l’amour et à la sexualité… un catalogue de tabous à faire pâlir le moindre professionnel de l’enfance. Des thématiques lourdes, attaquées de front sans ingénuité falote ni brutalité, amenées par le fil éraillé de l’existence des petits héros du film : Courgette et ses amis vivent dans un foyer, où ils tentent de guérir de leurs traumatismes passés. Où on les entoure de l’amour et l’attention dont ils ont été frustrés.

Continuer à lire

Reprise : coeurs brûlés, rallumés

ECRANS | Tourné dans la foulée immédiate de L’Ange bleu (1930), qui révéla Marlene Dietrich et cimenta son fructueux couple avec le cinéaste Josef von Sternberg, Cœurs (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Reprise : coeurs brûlés, rallumés

Tourné dans la foulée immédiate de L’Ange bleu (1930), qui révéla Marlene Dietrich et cimenta son fructueux couple avec le cinéaste Josef von Sternberg, Cœurs brûlés semble en prendre son contrepied. Tournée à Hollywood et non plus dans les studios allemands de l'UFA, cette production affiche dès son titre original Morocco — moins lyrique qu’en français — ce dépaysement exotique dont l’époque, fascinée par le folklore colonial, raffolait. Campée par Marlene, Amy Jolly ne provoque pas la perte d’un homme, mais se trouve partagée entre deux soupirants classiques : l’un richissime, lui offrant la sécurité matérielle ; l’autre, un fringant légionnaire, lui promettant l’ivresse d’une passion amoureuse (et ses aléas). En lieu et place du barbon Emil Jannings, le jeune premier Gary Cooper lui donne la réplique : immense, sanglé dans son uniforme ajusté, il joue de la prunelle céruléenne, de la pose héroïque et du sourire enjôleur comme personne. Malgré ce luxe de différences — d’oppositions, même — Cœurs brûlés apparaît par instants comme la conséquence de

Continuer à lire

Jacco Gardner : l'insomaniaque

MUSIQUES | Second album et concert lyonnais en deux ans pour le jeune Hollandais planant Jacco Gardner, la nostalgie musicale toujours chevillée à l'âme mais explorant d'autres territoires du spectre, pour ne pas dire du fantôme psychédélique. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

Jacco Gardner : l'insomaniaque

L'hypnophobie, qui donne son titre au tout récent Hypnophobia de Jacco Gardner, démiurge maniaque faisant tout lui-même, fait référence à la peur de s'endormir (ou d'être hypnotisé, ce qui revient à peu près exactement au même). L'hypnophobique ne craint pas le réveil mais la perte de conscience qu'induit l'endormissement. Autrement dit, il y a là quelque part, la crainte d'un lâcher prise dont on ne reviendrait pas. On reste donc bien en terrain furieusement psychédélique, puisque s'il est des expériences dont beaucoup ne sont pas revenus, soit parce qu'ils n'ont pas pu, soit parce qu'ils n'ont pas voulu, ce sont bien les expériences psychédéliques. Lors d'un précédent article consacré au jeune batave obsédé par les sixties, nous faisions ainsi référence à la figure tutélaire de Syd Barrett, jamais redescendu de son arbre à LSD, pas plus qu'il n'est sorti de sa cage à folie. Étrange titre donc de la part d'un jeune gars qui n'a que le rêve, l'expérience de décorporation et le voyage mental dans le temps pour moteurs. Claust

Continuer à lire

Avec Alexandre Roccoli, la danse va au charbon

SCENES | Avec Empty Picture, Alexandre Roccoli propose aux spectateurs du Toboggan une descente dans une mine avec des lumières, une bande-son et des mouvements (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 février 2015

Avec Alexandre Roccoli, la danse va au charbon

Avec Empty Picture, Alexandre Roccoli propose aux spectateurs du Toboggan une descente dans une mine avec des lumières, une bande-son et des mouvements battant la cadence lourde et hypnotique de concasseurs à percussion. «Dans cette pièce, précise le chorégraphe, je me suis demandé comment un corps de mineur arrive dans une mine à seize ans et comment il finit à quarante-six ans... Comment ses capacités de résistance se mettent en place et comment ses gestes ont été conditionnés par certains outils.» Cette plongée dans les entrailles de la terre est aussi une plongée dans le passé, dans la mémoire des corps ouvriers et de leur solidarité. Elle est interprétée sur scène par deux danseurs de krump, danse de rage et de colère née dans les années 1990 dans les quartiers déshérités et traversés d'émeutes de Los Angeles (et immortalisée par le photographe David Lachapelle dans Rize). L'écriture d'Alexandre Roccoli, toujours très inspirée depuis ses débuts par la transe et ses expériences du clubbing à Berlin, évoque par bribes des récits de vie de mineurs collectés lors d'entretiens. Comme beaucoup des pièces du chorégraphe (formé auprès de

Continuer à lire

Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

Continuer à lire

Insomniaque - Soirées du 12 au 18 novembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : l'after du film "Eden" au Sucre, Boombass et DJ Pone au Logo et JanJelinek et Raymond IV au Croiseur. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 11 novembre 2014

Insomniaque - Soirées du 12 au 18 novembre

13.11 Lyon Techno Generators Jamais le dernier pour exalter le dynamisme de la scène techno/house/you name it locale, Le Sucre ne pouvait rester insensible à la sortie du nouveau film de Mia Hansen-Løve, Eden, biopic "truffaldien" d'un laissé-pour-compte de la French Touch. Dans la foulée de son avant-première au Comoedia, il recevra ainsi quatre DJs qui, tandis que tous les regards se braquaient sur Versailles, posèrent les fondations de la place forte qu'est devenue Lyon depuis : Rocco, St Jean, Manoo et Patrice Moore. Entrée gratuite pour les spectateurs du film – et payable en francs pour les autres ? 13.11 La 69e Puisqu'on parle de pionniers de l'électro à la française, sachez qu'en parallèle de l'after Eden se produira au Logo un authentique artisan de la French Touch : Boombass, frère de Sinclair (on choisit pas sa famille) et moi

Continuer à lire

Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

Continuer à lire

Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le SIDA commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la Une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empê

Continuer à lire

Le petit Syd

MUSIQUES | Très tôt barré dans les late 60's triomphantes, gonflées de psychédélisme et gonflées tout court, nourri de ces disques révolutionnaires qui ont changé la face de la pop, le néerlandais Jacco Gardner apparaît tout autant comme le fantôme d'une époque révolue que comme son descendant prodigue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 janvier 2014

Le petit Syd

On sait qu'une fois que Syd Barrett eut fermé la porte de sa chambre, plus rien ne fut jamais comme avant. Cerveau grillé, âme abductée, corps camisolé dans un bad trip éternel, inspiration évaporée. Si seulement quelqu’un lui avait ouvert cette porte derrière laquelle il s’était condamné. C'est arrivé quarante ans plus tard, en la personne du Néerlandais Jacco Gardner, réapparu en lieu et place de l'Anglais cramé avec son album Cabinet of Curiosities. Comme après une aventure digne des frères Grimm, quête "cantique" et initiatique de plusieurs années passées à composer ce coup de maître. Le type avoue s’être perdu dans le temps, du jour où il a écouté Barrett – qui aura donc été ironiquement son fournisseur de champignon magique – avant de se boulotter tout ce que les 60’s ont produit de meilleur. En chemin, il aurait croisé tous les génies qui ont fait de l'année 1967 l'année zéro de la pop, le point de départ d'un ruban de Moebius qui toujours ramènerait, en guise de morale, aux mêmes chefs-d’œuvre : Barrett donc (See Emily Play), Floyd (Piper at the Gates of Dawn), Beatl

Continuer à lire

Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

Continuer à lire

Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

Continuer à lire

Goodbye Morocco

ECRANS | De Nadir Moknèche (Fr-Maroc, 1h40) avec Lubna Azabal, Rasha Bukvic…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Goodbye Morocco

L’idée de départ est belle : emmener le cinéma du Maghreb vers les rivages, qu’il fréquente peu, du cinéma de genre et plus précisément du film noir. Il y a donc un cadavre qu’il faut faire disparaître et un adultère. Même l’idée, attendue, de l’exil est rapportée à l’horizon d’un destin auquel on ne peut échapper. Classique mais plutôt bien filmé, Goodbye Morocco échoue pourtant dans son objectif, la faute à un scénario extrêmement mal construit, où les allers-retours temporels et la multiplication des enjeux (l’homosexualité du personnage de Grégory Gadebois, la grève des ouvriers sur le chantier, la découverte d’un ex voto par des conservateurs de musée) ne créent que de la confusion dans le récit. Le film est écrasé par cette écriture beaucoup trop visible, notamment quand il faut dénouer des intrigues — on rit quand un flic libère un des personnages simplement parce qu’il «est propriétaire d’un cinéma». Comme si Moknèche avait confondu gravité et complexité, se perdant lui-même dans son puzzle. Christophe Chabert

Continuer à lire

Des rencontres en pleine tempête

ECRANS | En pleine polémique sur le cinéma français, le festival Drôle d’endroit pour des rencontres, consacré justement au cinéma hexagonal, va prendre une tonalité particulière cette année. Surtout qu’il a choisi d’inviter des francs-tireurs, sinon de grosses gâchettes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Des rencontres en pleine tempête

L’exil fiscal de Depardieu, la charge de Vincent Maraval contre les acteurs trop payés, les ripostes vantant la santé artistique de la production, la contre-riposte estimant qu’en France, on produit trop de films et qu’en plus, on les produit mal… Période trouble pour le cinéma français. Aux Alizés de Bron, on ne pouvait pas se douter que Drôle d’endroit pour des rencontres tomberait au milieu de ces controverses en série. Du coup, voilà que ce festival consacré au cinéma français se retrouve à jouer les vitrines d’un état des lieux complexifié par la question de la distribution des films. Un exemple : Aujourd’hui, le troisième film d’Alain Gomis, n’a pas trouvé de salle pour l’accueillir à Lyon. Du coup, le festival lui offre sa première projection le samedi 26 janvier en présence du réalisateur. Aujourd’hui fait partie de ces films tournés en dehors des clous, au budget serré mais avec une totale liberté créative. Exactement comme La Fille de nulle part (présenté le 24 janvier), le dernier Jean-Claude Brisseau, autoproduit en vidéo dans l’appartement du cinéaste avec lui-même dans le rôle principal. Que des auteurs (qu’on aime ou pas, car Brisseau n’

Continuer à lire

Paperboy

ECRANS | De Lee Daniels (ÉU, 1h48) avec Nicole Kidman, Zac Efron, Matthew McConaughey…

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paperboy

Le mirage continue autour de Lee Daniels : après les louanges déversées sur ce navet putassier et obscène qu’était Precious, le voilà sélectionné à Cannes pour un film encore pire, Paperboy. Daniels a désormais un style : en tant qu’auteur, il raconte à peu près n’importe comment ses histoires, passant d’un point de vue à un autre, ne choisissant jamais un angle pour traiter les sujets qu’il brasse, en général plein de bonne conscience (ici : racisme, peine de mort, identité sexuelle). En tant que cinéaste, c’est la fête puisque l’image, déjà enlaidie par l’utilisation de filtres glauques pour faire vintage, est triturée avec d’incompréhensibles surimpressions, ralentis et anamorphoses, avant d’être baignée dans de la musique rétro. En tant qu’homme, Daniels aimerait provoquer (il faut voir Nicole Kidman se livrer à de pathétiques simagrées sexuelles pour mesurer l’étendue des dégâts), émouvoir (on n’a jamais vu mort d’un personnage aussi peu touchante à l’écran) et pousser à l’indignation. Mais le seul souvenir que laisse Paperboy, c’est celle d’un typ

Continuer à lire

Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

Continuer à lire

Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !». C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans sa Floride natale pour enquêter sur un condamné à mort, ou encore dans le génial Mud

Continuer à lire

Magic Mike

ECRANS | Au seuil d’une retraite annoncée, Steven Soderbergh met le turbo et enchaîne les films marquant un réel accomplissement artistique, transcendant les genres et les sujets — ici, la chronique d’une poignée de strip-teaseurs en Floride — par une alliance parfaite entre réalisme et stylisation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 16 août 2012

Magic Mike

Début juillet, Piégée (Haywire) avait confirmé la santé actuelle de Steven Soderbergh, à la fois prolifique (un film tous les quatre mois en moyenne) et d’une grande liberté face aux matériaux pourtant mineurs qu’on lui refourguait. Dans ce thriller d’espionnage au féminin, il prenait à contre-pied tous les codes et les figures de style canonisés par la franchise Jason Bourne en laissant l’espace et le temps aux scènes d’action pour se déployer dans un réalisme scrupuleux et pourtant totalement cinégénique. Piégée, c’est la rencontre parfaite entre un réalisme documentaire (Gina Carano, l’héroïne, était une authentique championne d’arts martiaux) et une stylisation constante dont Soderbergh assure la maîtrise à tous les niveaux, à la fois chef-opérateur et monteur de ses films. Cet accomplissement, déjà en germe dans The Informant ou Contagion, et dont le brouillon raté était les deux volets du

Continuer à lire

Oiseaux Jazz

MUSIQUES | Qui dit été dit festivals, qui dit festivals dit jazz, qui dit jazz dit Jazz à Vienne, point de rencontre annuel de la grande migration des jazzeux du monde entier. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 juin 2012

Oiseaux Jazz

Avec l'été et l'avènement des festivals, on assiste chaque année à une migration qui pourrait nous rappeler celle de certains volatiles sensibles au climat (oies, grues, etc...). Chaque été, à la même période, c'est la grande transhumance des jazzmen, irrésistiblement attirés par la qualité du climat français, et ici, rhonalpin, et la qualité de ses sites antico-historico-touristiques. Parmi ceux-ci, le théâtre antique de Vienne n'est pas le moins prisé. Or, la notoriété et le talent de ces drôles d'oiseaux aux cris étranges, trompettistes, saxophonistes, chanteurs, pianistes, guitaristes, n'est pas sans attirer de concert toute une foule d'amateurs qui, elle aussi opère une migration vers ce lieu de rassemblement, comme le fauve attiré par la pause réhydratation d'un troupeau de flamands roses. Cette année, à Vienne, les oiseaux sont encore une fois loin de se cacher pour mourir même si une partie d'entre-eux n'est pas de prime jeunesse. Mais ce sont eux qui ont construit la légende du jazz et par là d'un festival qui n'a de jazz que la raison sociale, car toutes les espèces de m

Continuer à lire

Time out

ECRANS | Dans cette fable politique où le temps remplace l’argent, mais où la lutte des classes est toujours à l’ordre du jour, Andrew Niccol semble avoir oublié de remplacer les clichés par du cinéma. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 18 novembre 2011

Time out

Un bon film d’anticipation parle toujours du temps présent. Andrew Niccol, qui jusque-là avait mené un parcours sans faute, de Gattaca au scénario du Truman show en passant par Lord of war, démontre avec Time out que les mauvais films d’anticipation aussi… Pas besoin d’avoir lu Indignez-vous de Stéphane Hessel et Qu’ils s’en aillent tous de Jean-Luc Mélenchon pour saisir de quelle réalité nous parle le cinéaste derrière sa métaphore. Nous sommes dans un futur proche (en attestent les décors, reproduction à peine outrée des quartiers pauvres et des centres d’affaires d’aujourd’hui) où chaque individu, arrivé à son vingt-cinquième anniversaire, ne vieillira plus. Argument houellebecquien (le culte de la jeunesse comme ultime valeur de nos sociétés consuméristes) qui s’accompagne d’un bémol de taille : passée l’année de crédit offerte, il faudra gagner du temps au sens le plus littéral de l’expression, celui-ci étant devenu l’unité monétaire du pays. Mais cela ne change rien à l’affaire sociale : les riches vivent éternellement à un rythme de sénateur, les pauvres triment toute la journée et courent comme des lapins pour ne pas

Continuer à lire

Habemus Papam

ECRANS | Nanni Moretti invente une fiction où la fonction (papale) réveille le vague à l’âme d’un cardinal qui se rêvait comédien. Ce n’est pas une farce mais une belle comédie douce-amère avec un Michel Piccoli formidable d’évanescence. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

Habemus Papam

Habemus papam débute par une collision de cérémoniaux. Il y a celui qui précède l’élection d’un nouveau pape, lui-même décomposé en plusieurs petits rituels : le défilé des cardinaux en habits se poursuit par une séance de vote où chacun d’entre eux hésite sur le nom qu’il va inscrire, puis tremble à l’idée que son voisin le désigne. Là où l’on imaginait Nanni Moretti fidèle à lui-même, sacrifiant sa mise en scène sur l’autel du sarcasme, c’est l’inverse qui se produit : on a rarement vu réalisation aussi appliquée de la part du cinéaste de Journal intime, et son humour sert pour une fois la crédibilité de la situation. Si ironie il y a, elle se fait à l’encontre de l’hystérie journalistique qui fait rage à l’extérieur du Vatican, où les télés font le pied de grue en commentant l’absence d’événement — car l’élection s’éternise. Déjà, Moretti pose le principe du film : un va-et-vient entre ce qui (ne) se passe (pas) dans les murs — urbi — et la vie qui se répand anarchiquement au-dehors — orbi. Quand Moretti, psychanalyste dans la fiction, viendra à la rescousse du nouveau Pape, submergé par la tâche qui lui incombe et incapable de l’affronter, on pense qu’il va introduire cette

Continuer à lire

La Défense Lincoln

ECRANS | De Brad Furman (ÉU, 1h58) avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei…

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

La Défense Lincoln

Cette adaptation du roman de Michael Connelly est plutôt une bonne surprise. Le réalisateur parvient à capter le stress urbain sans abuser d’affèteries esthétisantes et en creusant l’isolement de son héros. À ce titre, il convient de souligner l’excellente performance de Matthew McConaughey (décidément à son aise dans les rôles d’avocat), et la bonne tenue globale de l’ensemble du casting. Sur une trame des moins originales (c’est là où le bât blesse), Brad Furman a compris, à l’inverse de bon nombre de ses petits camarades hollywoodiens, que l’une des plus pertinentes façons de contrer l’efficacité télévisuelle en matière de drame policier est de jouer sur l’atmosphère ou la caractérisation des personnages. Ce qui fait de La Défense Lincoln un divertissement carrément honorable. FC

Continuer à lire

Tous les soleils

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr, 1h30) avec Stefano Accorsi, Clotilde Courau, Anouk Aimée…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

Tous les soleils

Si Nanni Moretti voyait Tous les soleils, peut-être qu'il casserait la gueule à Philippe Claudel. Non pas pour avoir fait un énième mauvais film français (encore que), mais pour y orchestrer la victoire d'une bobocratie dépourvue de toute authentique résistance morale envers l'époque. Entre les petits problèmes d'un prof, veuf et immigré italien peinant à retrouver l'amour et voir grandir sa fille et son frère anarchiste filmé comme un sympathique bouffon fan de soap, Claudel a choisi son film. Il préfère la comédie balourde, le sentimentalisme niais, l'existentialisme petit bourgeois, pour tourner en dérision et annihiler le moindre rempart idéologique à notre décadence, ici entre autres incarnée par Berlusconi. Le pire, c'est qu'il en est très fier. Jérôme Dittmar

Continuer à lire

Un bain de multitude

ARTS | Expo / Allan McCollum nous plonge parmi 1200 prénoms et un dispositif artistique glacial au premier abord. On pourra y jouer à «Où est Charlie ?» et y réfléchir à ce qu'est une singularité dans une société de masse aujourd'hui. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 décembre 2010

Un bain de multitude

«Il n'est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude», écrit Baudelaire dans "Les Foules". Eh bien, à la Salle de bains justement, il l'est, exceptionnellement, donné à tous. Sur l'ensemble des cimaises du centre d'art et sur plusieurs tables foisonnent 1200 petits tableaux. Chacun représente, écrit en blanc sur fond noir, un prénom américain, faisant partie des 600 prénoms féminins et 600 masculins les plus usités aux Etats-Unis. Dans un premier temps, cette installation d'Allan McCollum intitulée «Each and every one of you» (2004) est un peu funèbre, froide et envahissante, on se noie parmi cette «vaste et terrifiante âme collective», selon ses propres mots. Comme dans d'autres œuvres, McCollum joue ici d'une dialectique subtile entre la production à très grande échelle et la singularité de l'objet, la masse et l'individu, l'industrie et l'art ou l'artisanat. «The Shape Project», par exemple, est un work in progress susceptible de créer 31 milliards de formes à partir d'une matrice commune, toutes différant les unes des autres par un petit détail. On voit alors les enjeux artistiques et philosophiques du travail de McCollum s'inscrivant dans la lignée de Wharol, du minima

Continuer à lire

Jean-Paul Dubois

CONNAITRE | Les Accommodements raisonnables (L’Olivier)

Aurélien Martinez | Lundi 15 septembre 2008

Jean-Paul Dubois

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que le héros du nouveau roman de Jean-Paul Dubois est un quinquagénaire toulousain prénommé Paul, et que sa relation avec sa femme (Anna, comme il se doit) bat sérieusement de l’aile. La déprime d'Anna, ainsi que le lien étouffant qui l’unit à son père poussent Paul à accepter un poste à Hollywood où, en tant que «Script Doctor», on lui demande de rafistoler un scénario bidon pour un film dont tout le monde se fout, y compris son producteur. Alors qu’il erre comme une âme en peine dans les soirées débauchées et les studios de cinéma de la cité des anges, Paul croise l’envoûtante Selma, une jeune femme complètement défoncée qui a la particularité d’être le sosie (le double, la réincarnation ?) d’Anna. Ecartelé entre une femme qui a intégré un hôpital psychiatrique et son clone, une maîtresse de trente ans plus jeune, qui se retrouve en clinique suite à une overdose, Paul tente tant bien que mal de poursuivre sa mission, tout en gérant les appels loufoques et débridés d’un père habité par le démon de midi alors qu’il vient de fêter ses 70 ans et d’enterrer son frère… Brillant, drôle, décalé, le style de Jean-Paul Dubois fait encore une fois mouch

Continuer à lire

Tu peux garder un secret

ECRANS | d’Alexandre Arcady (Fr, 1h45) avec Juliette Arnaud, Pierre Arditi, Laurence Boccolini…

Christophe Chabert | Mercredi 30 avril 2008

Tu peux garder un secret

Ceux qui ont vu Disco pensaient être tombés sur le pire film de la saison. Eh non, le voilà ! Ce vaudeville faussement moderne, où tous les acteurs jouent «comédie» chacune de leurs piètres répliques ruinant toute possibilité d’identification aux personnages, illustre une morale du XIXe siècle véhiculée par des cadres d’agence de com’ dont les problèmes se limitent au cul et à l’avancement professionnel, le tout dans la plus décomplexée des misogynies ; un cocktail effarant. Mais ce n’est rien par rapport au vrai scandale du film : son obsession vertigineuse du placement de produits publicitaires, atteignant ici des degrés inédits. Ainsi, quand Michael Youn fait une apparition en livreur de pizzas Speed Rabbit, une question s’impose : la guest-star permet-elle le financement du film, et la marque paye-t-elle le cachet de la guest-star ? CC

Continuer à lire

Ouvrez les guillemots

MUSIQUES | Musique / Arrachée à même leurs rêveries et retranscrite avec une passionnante ambition orchestrale, la pop de Guillemots dessine le portrait d'un groupe entre chic mélomane et promenade bucolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 février 2007

Ouvrez les guillemots

C'est quoi un guillemot ? Un oiseau capable de plonger sous l'eau pour attraper ses proies et qui peut se lancer de hautes falaises alors que son plumage n'est pas pleinement constitué. Métaphoriquement donc, le guillemot serait à la fois à l'aise dans les airs comme dans les profondeurs aquatiques. On n'imagine pas les membres de Guillemots avoir choisi ce nom au hasard d'un brainstorming interminable avec un dico dans la pogne. Car cette brève explication ornithologique décrit mieux qu'aucune autre leur musique. Chaque chanson de Guillemots est un vol majestueux au-dessus d'un nid de musique pop, qui rappelle (en moins spectaculaire tout de même) les magistrales élévations de Flotation toy warning, il y a deux ans. Car ce quatuor anglais possède une réelle générosité pour habiller ses morceaux des atours les plus séduisants, comme en témoigne l'ouverture de l'album, semblable à ces levers de rideaux à l'ancienne dans les cinémas d'exclusivité : un orchestre à cordes introduit pendant une bonne minute un morceau par ailleurs totalement épuré, aérien, onirique, chanté avec les tripes par le leader Fyfe Dangerfield. Plus tard, sur Come away with me, Through the window pane et If the

Continuer à lire