Lyon : un Tour de France dans le rétro

#Velotaf | Ce 12 septembre le Tour s'arrête à Lyon pour la 17e fois seulement (en 107 éditions). Retour sur l'Histoire de la Grande Boucle à Lyon, riche, malgré tout, de quelques grands moments.

Stéphane Duchêne | Jeudi 10 septembre 2020

Photo : © DR


1903-1904 : Maurice Garin, à jamais le premier

Lyon est la première ville étape de l'Histoire du Tour. Y triomphe le premier vainqueur d'une course bientôt mythique : Maurice Garin. C'est la préhistoire de la Grande Boucle (six étapes pouvant excéder les 450 km, sur des vélos de facteur, dopé à la vinasse). Celle qui sépare Montgeron de Lyon en fait 467. Maurice Garin et son compagnon d'échappée Émile Pagie font le choix gagnant de ne pas s'arrêter au ravitaillement dans une auberge de la Nièvre. Pagie chutant à 200m de la ligne après 18h de course (ce qu'on appelle communément la poisse) Garin l'emporte à Lyon. Il gagnera le Tour. L'année suivante il regagne à Lyon et le général d'un Tour devenu fou où les spectateurs attaquent les adversaires de leurs favoris. Garin et quelques autres seront d'ailleurs rayés des tablettes de cette édition.

La fin des 1900's : des années pas folles

De 1907 à 1910, le tracé du Tour est immuable et réserve peu de suspens (il longe les frontières et fait un crochet à Lyon). Solide coureur, Marcel Cadolle l'emporte en 1907 quelques jours avant de s'exploser le genou. Il est alors en tête du général mais sa carrière est terminée. En 1908 et 1909, François Faber entame une collection d'étapes lyonnaises et de victoires au général (en 1909) qu'Octave Lapize, son ennemi juré, tue dans l'œuf l'année suivante, remportant l'étape et le Tour. En 1915, c'est la vie que Faber perd dans les tranchées du Nord. Le Tour, lui, abandonne Lyon dès 1911 pendant 37 ans.

L'Après-guerre et les années 50 : le gone et l'Homme-Cheval

Il faut attendre 1947 et le premier Tour de l'Après-Guerre pour revoir Lyon sur la carte. C'est Lucien Teisseire, futur vainqueur du Dauphiné, en 1953 et spécialiste des classiques plein de jus, qui l'emporte. Parmi les vainqueurs des 50's on retient, en 1950, le Suisse Ferdi Kubler, "L'Homme-Cheval", vainqueur du général au palmarès en forme de mangeoire (maillot vert 1954, champion du Monde 1951 deux Liège-Bastogne-Liège, deux Flèche wallone, trois Tours de Suisse) et le gone Jean Forestier, en 1954, sprinter efficace (Paris-Roubaix 1955, Tour des Flandres 1956, maillot vert 1957, deux Tours de Romandie). Georges Meunier, en 1953, et le poursuiteur espagnol Miguel Bover, en 1956, complètent le tableau.

Les années 60 : sur les épaules de géants

Dans les swinging 60's, le Tour ne passe que deux fois à Lyon mais renoue avec les vainqueurs de prestige. Le premier : Jacques Anquetil en 1962, au terme d'un contre-la-montre de 68 km au départ de Bourgoin. "La Caravelle", au plus fort de sa domination l'emporte, prend le maillot jaune au Belge Planckaert et une option sur la victoire finale. C'est son troisième Tour, il en gagnera deux autres. Trois ans plus tard, Rik Van Looy, le Belge aux 371 victoires pro (37 étapes de grands Tours !). "L'Empereur d'Herentals" remporte à Lyon sa deuxième étape sur le Tour 1965 en réglant une échappée de quatre coureurs. Il faudra attendre 26 ans pour revoir le Tour à Lyon.

1991, Lyon, capitale du Tour et puis... plus rien

1991, c'est un peu le Tour de Lyon puisque la capitale des Gaules et son agglomération (on ne dit pas encore "métropole") accueillent non pas une étape mais le prologue, une étape Lyon-Lyon et un contre-la-montre par équipes Bron-Chassieu le lendemain, et un départ de Villeurbanne, le troisième jour. C'est le pistard Thierry Marie qui inaugure ce Tour marquant le début de la prise d'otage par Miguel "Robocop" Indurain, de la course (et du suspense) pendant cinq trèèès longues éditions. Marie, Monsieur Prologue, invincible dans l'exercice (près de 15 prologues de courses à étapes), remporte en sifflotant ce mini contre-la-montre à la Tête d'Or. Quelques jours plus tard, il bat, en chantant cette fois, le record de la plus longue échappée en solitaire de l'Histoire sur ses terres normandes – 234 km où il comptera jusqu'à 45 minutes d'avance sur un peloton catatonique. Comme on dit à Lyon : « Merci Marie » !

Lors de la première véritable étape, dans les rues de Lyon, la France du cyclisme découvre un drôle de type : Djamolidine Abdoujaparov (lire zoom ci-contre), Ouzbek élevé à la rude école soviétique, tête de tueur à gages, cuisses épaisses comme Robert Chapatte et une façon étrange (et dangereuse) de secouer son vélo comme un prunier au moment du sprint. Méthode efficace puisque le Tachkent Express pose une option sur le maillot vert du classement par points, conquis en finissant le Tour... à pied. Dans l'arrivée finale, en tête, il s'est emplâtré dans un support publicitaire.

Le XXIe siècle : braquage à l'Italienne

2003 : Youpi ! Le Tour est de retour à Lyon après douze ans de disette, mais pour l'une de ces étapes d'échauffement où le téléspectateur attend la montagne en ronflant, bercé par l'accent de Saône-et-Loire de Bernard Thévenet et les cris d'orfraie de Thierry Adam, avant un sprint final de sept secondes. Bingo : après plus de cinq heures d'ennui — une diagonale tracée à la règle entre Nevers et Lyon — Alessandro Pettachi gagne sa quatrième étape sur les six déjà courues (Zzzz). Dix ans plus tard, la course, partie de Saint-Pourçain-sur-Sioule, est plus animée : 18 km dans la ville entre Tassin et Gerland, deux ascensions (La Duchère et la Croix-Rousse) et un beau numéro de Julien Simon abandonnant ses compagnons d'échappée. En tête dans Lyon durant 15 km, le Français est rattrapé sous la flamme rouge du dernier kilomètre. Une fois encore, on joue la chose au sprint, et une fois encore un Italien, Matteo Trentin, l'emporte. Miseria ciclisti !

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