Extinction Rebellion : les trottinettes en ligne de mire

Désobéissance Civile | La bataille fait rage au cœur de la capitale des Gaules : Extinction Rebellion espère débarrasser l’espace public des trottinettes électriques. Né à Londres en 2018 et importé en France, ce mouvement écologique et social veut lutter contre l’effondrement écologiste et le réchauffement climatique grâce à la désobéissance civile.

Léa Zaïdat | Mardi 8 septembre 2020

Mercredi 2 septembre, 5h30. Nous avions pris contact avec Extinction Rebellion via l'application de messagerie sécurisée Signal, pour convenir du rendez-vous. Un de ses membres accueille les journalistes cours Lafayette et nous briefe : consignes en matière de photographie, objectif de la démonstration du jour… Il nous explique qu'une action de neutralisation des trottinettes électriques a eu lieu la veille. Contrairement à l'événement auquel nous assistons, cette dernière n'était pas publique « en raison du risque juridique plus élevé ».

Nous nous dirigeons vers un lieu tenu secret jusque-là : la place de l'Hôtel de Ville. Arrivés en terrain “hostile”, nous retrouvons une petite dizaine de militants de tous âges. Certains sont partis chercher les trottinettes électriques destinées à être entassées sur la place. D'autres entreprennent de recouvrir les barrières devant la maison commune de pancartes. Plusieurs slogans s'affichent, destinés à interpeller les passants qui ne tarderont pas à affluer en allant au travail : « trottis c'est fini ! », « vos batteries lithium nous mènent au funérarium »…

Rapidement, un policier vient vers le groupe et après une discussion cordiale, autorise les partisans d'Extinction Rebellion à prendre les photos dont ils ont besoin pour témoigner de leur coup d'éclat, sous condition de dégager le plancher ensuite. Avec la présence de seulement sept trottinettes sur la place, l'espace public est tristement désert. Une militante d'un certain âge ironise même : « c'est bon signe si on n'a pas trouvé beaucoup de trottinettes, c'est qu'il n'y en a plus ! ». Malgré tout, l'équipe semble satisfaite. L'objectif : mettre fin aux contrats de Dott et Tier avec la Ville. Le lendemain, dans un café du 3e arrondissement, nous retrouvons deux représentants du mouvement désirant rester anonymes — et discrets sur leur vie professionnelle.

Loin des yeux, près des GAFAM

Le lien entre les combats écologiques et la justice sociale est au cœur de leur lutte contre l'impact des trottinettes électriques. Extinction Rebellion souligne l'hypocrisie des élus locaux et des dirigeants des plateformes de trottinettes électriques partagées. Et dénonce le chantage à l'emploi opéré par ces derniers. Les juicers, chargés de recharger les trottinettes, sont en effet embauchés en tant qu'auto-entrepreneurs ou intérimaires. Ces statuts précaires ne leur permettent pas de bénéficier de certains acquis sociaux. De plus, l'enjeu dépasse nos frontières expliquent-ils : « il y a l'impact avant que la trottinette arrive, et après lorsqu'elle repart ». Dominique* explique que l'extraction du lithium, le recyclage et le traitement des déchets sont réalisés à l'étranger. La trottinette n'a pourtant aucun avantage écologique : elle a une durée de vie d'environ trois mois (selon une étude BCG) et consomme autant qu'une voiture, soit 200 grammes de CO2 par kilomètre. Cette pratique du greenwashing par les entreprises, qui consiste à se donner une image de responsabilité écologique trompeuse par le biais du marketing ou de la communication, est renforcée selon eux par l'attitude des élus locaux.

Les actions de sensibilisation ne suffisant pas à faire plier les entreprises et les pouvoirs locaux, les militants neutralisent désormais les trottinettes. S'ils assurent ne pas mettre les usagers en danger, ils concèdent que cela réduit drastiquement la durée de vie de ces engins : « on aimerait ne pas avoir à en arriver là. C'est une des seules choses qu'on pouvait faire » nous disent Morgan et Dominique. D'après ces derniers, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) sont les grands gagnants de l'ouverture de ce nouveau marché : la collecte et la revente des données privées, ce « nouvel or noir », participerait ainsi à la surveillance de masse déclarent-ils. Les entreprises concernées ont adopté en réponse une stratégie de décrédibilisation visant à accuser Extinction Rebellion de refuser le dialogue. « Ils ont beaucoup à gagner en reverdissant leur image, à potentiellement nous coopter. Malheureusement, on n'aura jamais un rapport de force égale avec ces entreprises ».

Un mouvement à l'épreuve de l'urgence climatique

Le collectif se veut exemplaire dans son fonctionnement interne : inclusion maximale, prise en compte des situations individuelles, holacratie, amélioration de la diversité des profils ou encore remise en question… Ce fut le cas lorsque les QR codes des trottinettes étaient encore détruits au marqueur. « On s'est rendus compte qu'au final ça ne servait pas l'objectif. Ce sont les juicers qui prennent de l'acétone et enlèvent l'encre ». L'action était indolore pour les entreprises. Grâce à une étude plus poussée du fonctionnement des engins, les rebelles sabotent désormais les batteries, les systèmes de GPS ou les parties électriques. Cette exemplarité va de pair avec leur maîtrise de la communication. La notion de “rapport de force” revient régulièrement, la préférence du terme “neutralisation” à celui de “destruction” et “apartisan” plutôt que “apolitique”, le contournement du mot anticapitaliste, et surtout l'idée ne pas blâmer qui que ce soit, excepté les élus et les grands dirigeants.

Reste la question des solutions. Extinction Rebellion évoque quelques pistes comme le municipalisme libertaire et les assemblées citoyennes. Concernant la convention citoyenne pour le climat, Morgan la qualifie de « solution incomplète, insatisfaisante ». Ils souhaitent redonner « le pouvoir au peuple par le peuple » mais ne savent pas encore comment y parvenir : « personne n'en sait rien, on essayera seulement de faire au mieux ». Et Extinction Rebellion n'envisage pas de présenter des candidats à des élections. « Qui croit encore que ceux qui sont nos élus nous représentent ? » nous dit l'un des militants. Le mouvement écologiste préfèrerait repenser les formes de décisions avec l'idée de « mandat » et estime que des contre pouvoirs sont nécessaires pour résister à la corruption, sans préciser lesquels. Les deux partisans clarifient : « c'est notre point de vue et on ne parle pas au nom du mouvement ».

Le 4 septembre, Le Monde faisait état d'une forte diminution des effectifs d'Extinction Rebellion lors d'actions à Londres. Force est de constater que sur une trentaine de militants attendus à Lyon mercredi dernier, seule une petite dizaine était présente. Ligne politique trop floue ou absence de porte-parole charismatique peuvent être des raisons évoquées pour ces désaffections : attention, toutefois, à ne pas louper le grand rendez-vous de l'urgence climatique.

* Les prénoms ont été modifiés

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"Les Amours d’Anaïs" de Charline Bourgeois-Tacquet : love, etc.

Comédie | Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas (...)

Vincent Raymond | Mercredi 15 septembre 2021

Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas indifférente à ses charmes, jusqu’à ce qu’elle découvre la compagne de Daniel, Émilie, une autrice qui va la fasciner… Avec ce premier long-métrage, Charline Bourgeois-Tacquet signe une comédie sentimentale primesautière — mais inégale, le revers de la médaille — cousue main pour l’interprète de son court Pauline asservie, Anaïs Demoustier. Celle-ci endosse avec naturel et piquant ce rôle homonyme de tête folle irrésolue, charmeuse et agaçante, hésitant entre deux hommes, une femme, sa thèse, et se promène de Paris à la Méditerranée ou la Bretagne (malgré ses soucis pécuniaires d’étudiante trentenaire…). Très Nouvelle Vague revue par Podalydès dans la forme et l’esprit, Les Amours d’Anaïs revisite certains motifs du cinéma-chambre-de-bonne (devenu appartement deux-p

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“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Comédie | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

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Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusion — et avec leur distribution originale — des aventures conçues pour la récurrence télévisuelle. Mais elles ressemblaient surtout à des épisodes de luxe. Jusqu’à Kaamelott - Premier Volet, excep

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Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Kaamelott | Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de "Kaamelott - Premier Volet". Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Attention, spoilers ! Vous viendrez pas nous dire qu’on vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

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Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « je pars ; non, je déconne, en fait je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À part quelques grands traits, je ne pouvais pas s

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Week-end : se presser vers la Bresse

Ain | À à peine plus d’une heure au nord de Lyon, la Bresse est assez méconnue des gones à moins d’y être né. Pourtant avec son territoire vallonné, son poulet nec plus ultra AOC et ses fromages, cette région régale et n’est pas encore débordée par le tourisme de masse. Go !

Nadja Pobel | Lundi 5 juillet 2021

Week-end : se presser vers la Bresse

Attention à ne pas confondre avec la Bresse des Hautes-Vosges ; celle dont il est question ici se trouve essentiellement sur le département de l’Ain (qui regroupe aussi le Pays de Gex riche de sa frontière avec la Suisse, la Dombes et le Bugey) et mord sur la Saône-et-Loire et le Jura. Zone naturelle et non administrative, elle occupe le quart nord-ouest de l’Ain, englobant le massif du Revermont qui culmine à 768m au Signal de Nivigne, paradis des parapentistes. Rien n’est plat sur cette terre agricole couverte de maïs et bien casse-patte pour les cyclistes — loin cependant des 1500m du Grand Colombier (Bugey). Alors que faire en Bresse ? Des balades et des resto à gogo puisque c’est ici que grandissent les seules volailles de France à qui est décernée l’appellation d’origine contrôlée, qu’elles soient dindes, chapons, poulets ou poulardes avec leurs fameuses pattes bleues. Un minimum de 10m² par animal où il puise un tiers de sa nourriture est exigé. Leur chair ferme est parfaite. Une ville : Bourg-en Bresse Préfecture paisible, Bourg-en-Bresse conserve quelques rues aux habitations à colombages du bas Moyen Âge et surtout le

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Julien Peultier : « montrer ce que représente la pression d'un deuxième album »

Documentaire | Ce 5 mai sort "The Big Picture, le documentaire", réalisé par Julien Peultier, guitariste de Last Train, sur l'enregistrement du deuxième album du groupe en Norvège. Il nous raconte le pourquoi et le comment de ce film qui, en relatant les affres de la création collective, célèbre la belle amitié de quatre collégiens devenus l'un des rock band les plus importants du circuit indé français.

Stéphane Duchêne | Mercredi 5 mai 2021

Julien Peultier : « montrer ce que représente la pression d'un deuxième album »

Last Train semble documenter beaucoup de choses sur sa vie de groupe, mais comment en êtes-vous arrivés à ce documentaire ? Julien Peultier : Je documente tout ce qui se passe avec Last Train depuis assez longtemps, en tournée notamment. D'ailleurs ce n'est pas toujours évident, j'ai parfois envie de me poser dans le van et de ne rien faire. Du coup, quand on est parti enregistrer The Big Picture en Norvège on a emmené avec nous Hugo Pillard qui fait des clips pour Fauve, Pomme, Tim Dup et c'est lui qui a fait ce travail de documentation. C'était très important que ce soit fait par quelqu'un d'extérieur, parce que je devais me concentrer sur l'enregistrement et le studio. Au finale, on avait pas mal de rushes, dont j'avais pu utiliser une petite partie dans le clip de The Big Picture, le morceau titre de l'album. L'idée du documentaire est venu d'une commande du Main Square Festival qui a donné carte blanche aux artistes pendant la pandémie l'an dernier. L'idée c'était de produire un contenu pour la Main Square TV sous une forme libre. On a réfléchi

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Collège Maurice-Scève : dernière visite avant expulsion

Squat | Après deux ans d’occupation de l’ancien collège Maurice-Scève, la Métropole et la Préfecture organisent l’évacuation des lieux et le relogement d’une partie des habitants. Entre soulagement et inquiétude, le collectif de soutien aux jeunes s’organise sans savoir quand ils devront partir ni où ils iront.

Sarah Fouassier | Mercredi 21 octobre 2020

Collège Maurice-Scève : dernière visite avant expulsion

« Y’a rien de propre et on ne sait pas quand on va devoir partir. » En ce mardi 13 octobre, les inquiétudes des habitants du collège Maurice-Scève sont immenses. Après deux ans d’occupation du lieu, ils vont devoir partir. Pour aller où ? Dans des logements temporaires trouvés par la Métropole et la Préfecture pour certains, dans un squat et dans la rue pour d’autres. Quand ? Pas de date précise, mais bientôt. L’évacuation demandée par la Métropole, coordonnée par la Préfecture, aura bien lieu avant le début de la trêve hivernale. Pour les membres du collectif Collège Sans Frontières Maurice-Scève, composé essentiellement d'habitants du quartier, l’évacuation est un soulagement, mais aussi une source d’inquiétudes notamment pour Sébastien, prof de maths à la tête du collectif : « on ne sait pas quand et dans quelles conditions aura lieu l’expulsion et si tout le monde sera relogé, c’est une grande source de stress pour eux. » Eux, ce sont 311 jeunes hommes originaires de pays d’Afrique de l’Ouest, dont 60 sont en attente de reconnaissance de leur minori

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Odessey and Oracle : armes de crocodile

Pop | Trois ans après "Speculatio", Odessey and Oracle, troupe pop baroque lyonnaise aux enluminures rétro-futuristes revient avec "Crocorama". Et soulève une fois de plus son tapis de sucre pour larguer avec grâce son vitriol révolutionnaire sur les temps qui courent et ne passent pas. Splendide.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 octobre 2020

Odessey and Oracle : armes de crocodile

« Les déesses de l'argent dansent dans leur bulle spéculative », ainsi s'ouvrait en 2017, Speculatio, le précédent album d'Odessey and Oracle. Paroles prononcées d'une voix de miel par Fanny L'Héritier sur une musique empreinte d'un genre de psychédélisme médiéval agitant un ticket pour l'espace. Manière de déposer à nos oreilles une note d'intention, une profession de foi : il s'agissait moins ici de compter les fées que les abattis de notre société. Comme un lien hypertexte donnant sur 2020, sur Speculatio, déjà, Odessey and Oracle confiait J'ai vu un croco, comme on verrait un Grominet et, avec lui, le début des emmerdes. De là, vient que ce deuxième long format résonne en Crocorama. Qui pourrait être l'un de ces disques pour enfants, papillonnant d'une note à l'autre pour dénicher le sommeil quelque part dans l'allégresse ; où l'on croise toute une faune cryptozoologique en jouant à saute-mouton par dessus les ruisseaux avant de se perdre en hoquetantes rêveries azoté

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Gilles Pourtier et ses grilles à l'URDLA

Art Contemporain | « Avez-vous peur de nous ? » interroge une œuvre de Gilles Pourtier, grande sculpture d’aluminium sous forme de grille barrant (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 25 septembre 2020

Gilles Pourtier et ses grilles à l'URDLA

« Avez-vous peur de nous ? » interroge une œuvre de Gilles Pourtier, grande sculpture d’aluminium sous forme de grille barrant partiellement l’espace à l’URDLA. « C’est une grille qui ne protège plus de personne et dont la fonction est prise ici à contre-pied » nous indique l’artiste. « À travers le motif de la grille dans cette exposition, je m’interroge sur sa fonction sociale et politique : elle sépare qui de qui, qui de quoi ? » Matérialisation d’une division entre un dedans et un dehors, la grille fait prison, asile, ségrégation, clivage. Gilles Pourtier la fait vaciller de ses fondements normatifs pour la déplacer en motif plastique et interrogatif : dans sa sculpture, et aussi dans une série de xylogravures aux couleurs oxydées et aux formes issues de photographies de Bernd et Hilla Becher. Au sol, on découvrira encore plusieurs vitres blindées brisées que l’artiste a récupérées auprès d’une banque, ayant fait l’objet de jets colériques et symboliques de Gilets jaunes. L’ensemble, à la fois esthétiq

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Dott et Tier emportent le marché

La Ville régule les trottinettes | Beaucoup ont adopté les trottinettes électriques, attisant les appétits de start-ups pas toujours concernées par autre chose que le profit rapide. Ce fut (...)

Sébastien Broquet | Mardi 8 septembre 2020

Dott et Tier emportent le marché

Beaucoup ont adopté les trottinettes électriques, attisant les appétits de start-ups pas toujours concernées par autre chose que le profit rapide. Ce fut vite compliqué de faire cohabiter les différents modes de circulation et les usagers de trottinettes n'ont pas brillé par leur civisme, les abandonnant au milieu des trottoirs ou circulant à grande vitesse dans les rues piétonnes. L'ancienne municipalité dirigée par M. Collomb a réagi, voulant dans la mesure de ses compétences (et face au retard à l'allumage de l'État), réguler le marché. Un appel d'offres a été lancé le 20 février dernier. Treize candidats ont déposé un dossier. Divulgué cet été par la nouvelle équipe municipale, le choix s'est porté sur deux sociétés : une française, Dott, et une allemande, Tier. Les critères liés à l'écologie ont primé sur ce choix : durée de vie (désormais de deux ans), recharge des batteries, matériaux utilisés. Excluant de fait celle qui était leader du marché à Lyon depuis son installation en 2018, la californienne Lime. Les deux gagnants ont une concession de deux ans et pourront déployer un maximum 2000 trottinettes chacun, ce qui à 45€ de redevance pa

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Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

Kaamelott Livre IV | Après une longue interruption (et avant la sortie du premier long-métrage issu de la saga), Alexandre Astier reprend la publication du texte intégral de la série "Kaamelott". La parution du "Livre IV" (aux éditions Télémaque), point d’inflexion dramatique et formel de son épopée arthurienne, est l’occasion d’une conversation édifiante avec l’auteur-interprète sur, notamment, son approche de l’écriture — du cambouis de la structure à la haute couture brodée main pour les acteurs —, mais aussi de battre en brèche certaines légendes. Trois cors, c’est parti…

Vincent Raymond | Jeudi 16 juillet 2020

Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

L’édition d’un scénario reste une sorte de paradoxe dans la mesure où il s’agit d’un “texte en bleu de travail“, un objet théoriquement invisible car il est en permanence contredit ou confirmé par le tournage. S’agit-il alors d’un témoin, d’un ouvrage de référence permettant des études comparées avec ce qui a été filmé, d’un outil pour d’autres comédiens ? Alexandre Astier : C’est difficile à dire. On pourrait même partir du principe qu’il ne devrait pas exister. Sur les gros films, les scénarii sont confidentiels, watermarkés, tout le monde y fait attention. Ceux des séries, c’est autre chose : tu en retrouves par terre à la cantine ; c’est un tel flux d’apports nouveaux que tu en balayes ! À l’époque de Kaamelott la série, on vivait très clairement dans le papier. Et la vie du scénario, c’est de mourir le soir : poubelle. D’autant que c’est un document technique ne concernant que ceux qui savent s’en servir, comme un blueprint, un plan de démont

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Les Sète cents coups : "Jeunesse sauvage" de Frédéric Carpentier

Drame | Portrait d’une jeunesse à la marge, entre la cour de récréation et la cour des grands, à la lisière de la délinquance et du crime ; portrait d’une jeunesse à la rue et sans amour, à l’heure des choix ou de la mort. Un premier long-métrage réussi de Frédéric Carpentier.

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Les Sète cents coups :

Les rues de Sète. Quand il ne veille pas sur son père malade psychique SDF, Raphaël règne sur son gang avec sa gueule d’ange. Détroussant les passants, piquant des caisses, il joue volontiers du poing sans jamais aller trop loin. Pas assez pour son bras droit Kevin qui, lui, en veut plus… Quelque part entre L’Enfant sauvage vieilli et un Pickpocket contemporain, Raphaël est le héraut de cette jeunesse farouche et féroce si bien dépeinte par le titre, autant que le héros d’une épopée dont on devine dès les premières images sa trajectoire de longue fuite tragique. Redoutable de beauté solaire, inquiétant comme ces démons androgynes nés de la plume de Manara ; prénommé comme l’archange annonciateur du Jugement dernier et le peintre de la délicatesse, Raphaël est aussi un concentré de paradoxes, écartelé entre ses pulsions de conquête violente et la prescience d’une fatalité immanente. S’il donne l’impression de reprendre à son compte la phrase de Chirac « un chef doit cheffer

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Noir comme la neige : "Un jour si blanc"

Drame | Ne parvenant pas à faire le deuil de son épouse décédée dans un accident de voiture, un policier occupe son congé à enquêter en-dehors des règles sur l’infidélité de la défunte, découverte post mortem. Il s’enferre alors dans sa névrose et se ferme à sa famille. Et à sa petite-fille notamment…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Noir comme la neige :

Particulièrement distingué ces derniers mois dans un registre militant avec Woman at war ou Mjólk, le cinéma islandais ne dédaigne pas pour autant l’univers qui, en littérature, lui a permis de conquérir une aura internationale : le genre noir. Coiffé d’un titre pesant de toute l’ironie de son oxymore, Un jour si blanc en est la sombre démonstration, qui offre un adroit pendant audiovisuel à cette riche production romanesque. Dès les premières images, Hlynur Pálmason fait de son film un manifeste temporel : par de longs plans traquant la durée ou, au contraire, en jouant la fixité d’une caméra sur un décor alors que défilent jours, nuits, saisons. Ce faisant, il crée une atmosphère épaisse à la mesure du sentiment d’isolement moral subi par son mutique héros — Ingvar Eggert Sigurðsson, un clone de Sam Shepard vu chez Baltasar Kormákur et Sólveig Anspach — ; une chape de silence, de calme apparent qui sont autant de prolégomènes au déchaînement d’un désespoir sourd et violent. Si s

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Blanche-Neige, #SheToo

Théâtre | Garder la noirceur initiale du conte, y injecter les tragédies modernes, déconstruire le genre... Une pièce à thèse ? Non ! Avec Blanche-Neige, son premier spectacle jeune public, Michel Raskine excelle à réunir tout les éléments foutraques dans ce qui fut un des temps forts d'Avignon l'été dernier.

Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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Masure douce masure : "La Famille Addams"

Animation | Alors que le jeune Pugsley Addams prépare sa Mazurka, la sinistre quiétude du manoir familial est perturbée par un chantier dans le voisinage : la construction d’un lotissement empestant la joie de vivre, sous la houlette d'animatrice télé qui envisage de “redécorer“ la demeure Addams…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Masure douce masure :

Quelque part, il y a une forme de logique à ce que la bande dessinée de Charles Addams, jadis adaptée en série télé, puis en longs-métrages en prises de vues réelles, puis en série animée pour la télévision, revienne sur le grand écran en film d’animation. D’abord, parce que la tendance du moment — éprouvée et approuvée par Disney — c’est de rentabiliser une licence sous toutes ses formes ; ensuite parce que dans le cas particulier de la Famille Addams, il aurait été presque inconvenant de laisser ces personnages reposer en paix sans pratiquer sur eux quelque opération frankensteinesque. C’est l’avantage des monstres et autres figures du monde macabre : il ne peuvent guère souffrir d’une atteinte à leur intégrité ! Vernon & Tiernan jouent donc sur du velours en convoquant ces vieilles connaissances et leur épouvante d’opérette dont les pré-ados (du genre de Tim Burton) raffolent. Derrière les us et coutumes déviants de cette tribu cadavérique, et malgré la vraie-fausse rébellion de l’aînée Mercredi, l’idée est de montrer que les Addams restent soudés comme une f

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Eh mec, elle est où la caisse ? : "Braquer Poitiers"

Comédie | Une bande de pieds nickelés belges se fait refiler un tuyau en or : séquestrer Wilfrid, propriétaire d’un carwash, pendant un mois d’été et récupérer la caisse à sa place. Étonnamment, la victime — un excentrique célibataire — est consentante et les accueille à bras ouverts dans son château…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Eh mec, elle est où la caisse ? :

Au départ était un court-métrage dont on devine l’intention : permettre au réalisateur Claude Schmitz de tirer parti de la personnalité authentiquement décalée d’une poignée de copains comédiens dans un format “lelouchien“. En clair, de capter leur naturel gentiment bancal dans une suite de séquences vaguement liées par un argument *policier*. Le contraste entre le pittoresque Francis Soetens aux faux-airs de métalleux et Wilfrid le châtelain fin de race peut divertir quelques minutes. Au-delà, on tombe dans un systématique qui n’a plus grand chose à voir avec la fraîcheur du naturel ni de l’impro. Les meilleures plaisanteries étant les plus courtes, Schmitz a donc eu tout faux en prolongeant d’une apostille artificielle son court histoire d’en faire un long. Mise en abyme bancale racontant, une saison plus tard, ce qu’il advient des comédiens/personnages lors de retrouvailles soporifiques (auxquelles on assiste avec le sentiment d’avoir été conviés par erreur), cette interminable séquence aurait dû rester à l’état de bonus pour le DVD souvenir de l’équipe. Ou carrément de projet.

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Pensée commune : "Alice et le maire" avec Fabrice Luchini

Comédie dramatique | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Pensée commune :

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau, maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimannn, pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le Maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues — mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Pariser insiste, c’est la nécessité pour le responsable politique d’être animé par une inspiration, un souffle ; de disposer d’un socle philosophique et d’un ou une sparring partner int

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Petite paysanne islandaise : "Mjólk, La guerre du lait"

Drame | La campagne islandaise. À la mort de son époux, Inga reprend l’exploitation laitière familiale et découvre l’emprise mafieuse de la coopérative agricole locale sur les fermes du coin. Malgré les intimidations, les mesures de rétorsion, Inga résiste et tente d’en rallier d’autres à sa cause.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Petite paysanne islandaise :

Mjólk a un petit côté “Erin Brockovich contre les Soviets“ ou pour faire plus imagé encore, le petit pot de lait en terre contre les pots-de-vin en fer. En apparence, la fermière isolée étranglée par les dettes ne peut pas grand-chose contre un système censément mutualiste et vertueux qui, avec le temps (et sous l’action d’un chef aussi avide que manipulateur), s’est transformé en machine surcapitaliste omnipotente. Mais nous sommes au cinéma, où le bon droit peut triompher du vilain tordu ; alors on peut croire à un dénouement heureux. Même s’il vient de très loin. Car Grímur Hákonarson charge la barque d’entrée, au point que l’on pense être dans un drame de la pire essence charbonneuse. Visant sans doute la comédie sociale à la Loach, avec ses coups d’éclats de groupe, il tente d’éclairer par la suite le tableau, peinant toutefois à balayer tout le plomb initial. Heureusement que le sujet — le cannibalisme du monde paysan par le modèle industriel, fût-il déguisé en coopérative — vient compenser une structure narrative méga classique et l’espèce de valse-hésitation tonale de l’ouverture. On ne manquera évi

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

Roubaix, une lumière | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer un film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre… (attention, spoilers)

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis Cannes ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez leur offrir cet accueil. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : « celui-là, on va compter avec lui ». Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement bien. Après toute sa carrière, Indigènes… Il a une performance meurtrie de vie dans un film qui m’avait bouleversé, La Fille de Monaco. Ce n’est pas un film “noble“ — il n’avait pas co

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Divers faits d’hiver : "Roubaix, une lumière"

Thriller | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Divers faits d’hiver :

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, une disparition de mineure, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud, patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays », écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En-dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Aux yeux du public hexagonal, voire international, Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien — un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle et de Comment je me suis disputé dans des élites situées, jacobinisme ob

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Mauvaise Foi : une généreuse et glorieuse conquête

Illustration | En ce début de printemps, les Halles du Faubourg rouvrent leurs portent et accueillent le collectif d’illustrateurs Mauvaise Foi pour Théogonie. De cette thématique éclôt une exposition à la puissance symbolique et aux identités hétéroclites.

Sarah Fouassier | Mardi 2 avril 2019

Mauvaise Foi : une généreuse et glorieuse conquête

Mauvaise Foi édite depuis 2012 une revue graphique collective, Laurence 666, où illustrateurs et designers sont invités à composer une bande dessinée. En 2016, le cinquième volume a remporté le Prix de la Bande Dessinée Alternative : récompense méritée, qui découle d’un travail acharné. Chloé Fournier, Manuel Lieffroy, Remi Mattei et Hugo Charpentier composent ce collectif d’illustrateurs, né sur les bancs de l'École Émile-Cohl. Pour cette exposition aux Halles du Faubourg, la bande s’empare d’une thématique mythologique où chaque illustrateur raconte le surgissement d’un univers visionnaire. La toile qui initie ce parcours, signée Hugo Charpentier, donne le ton de par sa générosité visuelle. Une idée d’âge d’or, d’abondance tirée du foutoir de la vie découle de cette toile aux techniques, personnages et situations mixtes.

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Cap à l'Est

Lyon Bière Festival | Avec la volonté de « marquer les esprits et ancrer l’événement sur le plan national et européen », la quatrième édition du Lyon Bière Festival se veut pleine de surprises. À commencer par la mise à l’honneur de quelques territoires brassicoles d’Europe Centrale, étonnants et en plein essor.

Julie Hainaut | Mercredi 20 mars 2019

Cap à l'Est

« C’est une édition tout terrain, hors norme » prévient Nicolas Dumortier, co-fondateur du site de vente en ligne Bieronomy.com spécialisé en bières craft et co-organisateur et programmateur du Lyon Bière Festival. Et inattendue. En témoignent les brasseries tchèques, roumaines, polonaises et slovènes représentées. Parce que, et nous imaginons déjà les déçus, la culture de la bière européenne ne se limite pas à la Belgique, l’Allemagne ou encore l’Angleterre. Quoique, pour la Belgique, les doutes sont permis. Bref. Les pays de l’Est proposent des mousses contemporaines, acides, houblonnées, aromatiques, canons. « Ce sont des bières qu’on n’attend pas forcément en France mais qui méritent d’être connues et reconnues. Elles ont beaucoup souffert et souffrent encore aujourd’hui d’une image négative, à tort, leurs recettes étant souvent très qualitatives et ultra-abouties tout en ayant un prix compétitif et un design de plus en plus réfléchi, comme les bières en canette roumaines, par exemple » poursuit Nicolas Dumortier. L’une des raisons de la méconnaissance de ce type de bières ? « Probablement le prix », ana

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Molière, un maître ausculté

Biographie | Georges Forestier a fait table rase. Et repris toute la vie de Jean-Baptiste Poquelin, aka Molière, du début, expurgeant les légendes, ne cherchant pas (...)

Sébastien Broquet | Lundi 14 janvier 2019

Molière, un maître ausculté

Georges Forestier a fait table rase. Et repris toute la vie de Jean-Baptiste Poquelin, aka Molière, du début, expurgeant les légendes, ne cherchant pas obligatoirement à combler les vides que nous ont laissé le manque d'archives et de témoignages, reconsidéré les sources - les fondus du roi du comique ayant de longues années durant épluché les registres municipaux et autres pour retrouver trace de baptèmes d'enfants des comédiens de la troupe, de représentations en province - à commencer par Lyon, ville de prédilection de la troupe avant son installation à Paris - ou encore d'invitations à la Cour pour permettre à l'historien de rayer des mémoires les rumeurs peu crédibles propagées par Grimarest, le premier à s'être penché sur la vie de Molière dès 1705, dont l'ouvrage servit de base à une large partie des travaux ultérieurs - dont le célèbre film Molière d'Ariane Mnouchkine (1978, avec Philippe Caubère). Forestier, déjà auteur d'une somme biographique sur Racine, récidive et fait ici un travail d'orfèvre, des débuts calamiteux de l'Illustre Théâtre à la révélation de L'École des Femmes, qui traduit enfin en une comédie en cinq actes

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Transmission réussie : "Astérix - Le Secret de la Potion Magique"

Animation | Un film de Louis Clichy & Alexandre Astier (Fr, 1h25) avec les voix de Christian Clavier, Guillaume Briat, Alex Lutz…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Transmission réussie :

L’accident idiot : une branche qui rompt fait choir le druide Panoramix. Lequel y voit un signe des Dieux : penser à sa postérité et transmettre le secret de sa potion magique. Il part alors en quête d’un jeune successeur. Las ! Un confrère jaloux, le fourbe Sulfurix, a des vues sur la recette… Tombé dans la potion magique des mages Uderzo et Goscinny dès son plus jeune âge, Alexandre Astier en a gardé quelques séquelles — d’aucuns diraient même que les effets en sont permanents sur lui. Aussi n’avait-il eu guère de peine à enfiler les braies de ses aînés pour signer l’adaptation du Domaine des Dieux, où déjà affleuraient quelques velléités d’émancipation : tout en respectant le principe d’une histoire “astérixienne“, la langue et les attitudes évoluaient vers “l’astierisquien”. Entièrement original dans l’écriture, ce nouvel é

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Alexandre Astier : « nos fantasmes d’enfant sont le réel matériau dans lequel on pioche »

Astérix - Le Secret de la Potion Magique | Alexandre Astier revient sur la recette de ce nouvel opus animé de la série Astérix, dont il partage la réalisation avec Louis Clichy. Où il sera question de Uderzo, de L’Île aux enfants, de Goldorak, de Marvel, de manga et d’une note de Kaamelott… Entretien exclusif. Attention : peut contenir des traces de spoilers…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Alexandre Astier : « nos fantasmes d’enfant sont le réel matériau dans lequel on pioche »

Avec cette histoire originale, vous vous êtes retrouvé en situation d’apprenti devant obtenir la bénédiction du vénérable druide Uderzo. Au-delà de la mise en abyme, comment s’est déroulée cette transmission ? Alexandre Astier : La première fois que je lui ai présenté le pitch, il m’a dit qu’il ne pouvait pas rester un sujet fondamental qui n’aurait pas été traité en album — et ça se voyait que c’était sincère. J’avais peur du vieillissement parce qu'Astérix est un monde fixe : sans futur ni passé, ni vieillesse, ni mort, ni cheveux blancs, ni enfants pour remplacer les adultes. À chaque aventure, les personnages sont jetés dans une situation, s’en sortent et tout revient à la normale. Je crois qu’il a été touché par l’histoire. Est-ce qu’il l’a rapportée à lui ? Je n’en ai pas l’impression — je ne lui ai pas demandé. Mais je crois qu'il a voulu voir ce que ça allait donner, cette difficulté de trouver un successeur et le risque que cela comportait. En plus, Uderzo est très amoureux et

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Feu le pompier : "Sauver ou périr"

Le Film de la Semaine | Le parcours d’un pompier parisien, de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix, né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste parti de guingois pour son premier long.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Feu le pompier :

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public ! Pour autant, ses deux long-métrages n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est de s’inspirer d’une histoire vraie et de bénéficier de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur du réussi Frères ennemis). Tellier débute ici sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante du “métier de sauver“, dans

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Alexandre Vingtier : « il y a sans cesse de nouvelles façons de faire du whisky »

Lyon Whisky Festival | Près de 80 références de whiskies seront à déguster sous les dorures du Palais de la Bourse lors du Lyon Whisky Festival. L'auteur Alexandre Vingtier est l'un des invités pour une conférence intitulée "Tour du monde des whiskies, du Danemark au Japon" : rencontre.

Lisa Dumoulin | Mardi 20 novembre 2018

Alexandre Vingtier : « il y a sans cesse de nouvelles façons de faire du whisky »

Le whisky japonais est-il vraiment le meilleur du monde ? Alexandre Vingtier : Il serait abusif de dire que tous les whiskies japonais sont meilleurs que leurs homologues écossais, mais il est vrai que depuis une quinzaine d’années, les plus grandes cuvées japonaises ont remporté presque toutes les récompenses possibles dans les catégories single malt, blended ou blended malt. Un véritable tour de force qui repose sur une poignée de distilleries, tandis qu’on en trouve 150 en Écosse. Avec des techniques traditionnelles de production, un soin tout particulier apporté à la qualité et la diversité des fûts et des assemblages inédits, les Japonais ont su tirer le meilleur de chaque étape et atteignent un niveau de raffinement rarement égalé. Quelles sont les spécificités des whiskies selon leurs pays d’origine ? L’Écosse est avant tout connue pour ses blends, résultant de l’assemblage de dizaines de single malts et de whiskies de grain, souvent avec un profil plus ou moins fumé, et pour ses single malts riches en saveurs du Speyside, des Highlands, des îles comme Islay, de la presqu’île de Campbeltown et des Lowlands. L’Irlan

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Astérix - Le Secret de la potion magique, en présence d'Alexandre Astier et Louis Clichy

Avant-première | Sa recette confidentielle se transmet de druide en druide depuis la nuit des temps ; il se murmure pourtant qu’elle pourrait bien être dévoilée au grand (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 novembre 2018

Astérix - Le Secret de la potion magique, en présence d'Alexandre Astier et Louis Clichy

Sa recette confidentielle se transmet de druide en druide depuis la nuit des temps ; il se murmure pourtant qu’elle pourrait bien être dévoilée au grand public dans Astérix - Le Secret de la potion magique… Rassurez-vous ; il y a peu de chance qu’un tel sacrilège soit ainsi commis par Alexandre Astier et Louis Clichy, de retour à la barre pour ce nouvel opus animé, adapté d’un sujet original. Prévu sur les écrans gaulois le 5 décembre, ce long-métrage effectue son avant-première nationale à Lugdunum (on est capitale des Gaules ou pas ?) en présence des deux auteurs, sous la haute bienveillance de Belisama, Belenos et Toutatis, évidemment. Les bardes sont autorisés, mais muselés. Astérix - Le Secret de la potion magique Au Pathé Bellecour ​le dimanche 25 novembre à 15h20 (et aussi à 11h et 13h30 au Pathé Carré de Soie)

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Les Sentiers de la gloire de Kubrick au Cinéma Paradiso

Reprise | Dans la France du général de Gaulle, il ne faisait pas bon émettre des critiques sur l’institution militaire. Même si celles-ci étaient fondées, la Grande (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Les Sentiers de la gloire de Kubrick au Cinéma Paradiso

Dans la France du général de Gaulle, il ne faisait pas bon émettre des critiques sur l’institution militaire. Même si celles-ci étaient fondées, la Grande Muette trouvait au sommet de l’État une (large) oreille compatissante, n’hésitant pas à répondre à ses rêves de silence contagieux. C’est ainsi que Les Sentiers de la gloire (1958) de Stanley Kubrick fut purement et soldatesquement censuré dans l’Hexagone à sa sortie. Il avait le tort, aux yeux élyséens, de raconter comment des généraux français — bien à l’abri dans leur douillette base arrière — avaient décidé de fusiller pour l’exemple des hommes de troupe ayant refusé de monter au feu et surtout contesté un ordre stupide car les condamnant à une mort certaine face à une position allemande inexpugnable. Désobéir à la bêtise des chefs est un acte de trahison ; un crime de guerre, semble-t-il. Monument historique autant que geste politique et humaniste produit et interprété par Kirk Douglas (qui n’en était pas à son premier acte cinémato/citoyen), ce film marque la “naissance“ de Kubrick en tant que formaliste de la prof

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Au Zola et au Pathé Bellecour, de nouveaux directeurs

Cinéma | Rentrée rime avec nouveautés. Dans les cinémas lyonnais également, où l’été a donné lieu à quelques métamorphoses ou modifications. Dans les salles comme en coulisses…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Au Zola et au Pathé Bellecour, de nouveaux directeurs

L’arrivée de la 4DX dans la salle 10 n’est pas le seul changement d’envergure au Pathé Bellecour. Après cinq années passées à la tête du cinéma historique de la rue de la République, Candice Pelletier a été promue à Paris à la salle des Fauvettes. Et c’est Fabien Lécureuil, actuellement en poste à Rouen, qui devrait lui succéder le 17 septembre prochain. Ce directeur de 32 ans formé à la FEMIS continue d’incarner la volonté de rajeunissement des équipes du groupe, après l’arrivée de Serge Morel au Pathé Vaise début 2017. Zola repart au combat Du côté du Zola de Villeurbanne, c’est une imposante page qui s’est tournée avec le départ du directeur général du cinéma et des festivals Laurent Hugues, après un bail de 23 ans. Pour lui succéder, l’Association pour le Cinéma gérant ce monoécran municipal a choisi un professionnel à la fois jeune, expérimenté et familier des lieux. À 35 ans, Oli

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En vert et contre tout : "Woman at War"

Drame | de Benedikt Erlingsson (Is, 1h41) avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

En vert et contre tout :

Avec son arc, ses flèches et son culot, la combative Halla sabote les installations électriques islandaises afin de pénaliser l’industrie de l’aluminium et surtout préserver l’environnement. Parallèlement, elle espère depuis trois ans obtenir un feu vert pour adopter une petit fille… Les cinémas du Nord usurpent rarement leur réputation d’excentricité, pas plus qu’ils ne manquent une occasion de valoriser leurs territoires. En prenant pour héroïne une activiste écolo cheffe de chœur et quasi quinquagénaire, Benedikt Elingsson met donc la barre haut question singularité ; dommage qu’il incorpore à son récit une sœur jumelle, vieille lune scénaristique dont il est évident dès son apparition à l’écran qu’elle aura un rôle décisif dans le dénouement. Cela gâche, sinon la férocité du propos politique et poly-militant — en faveur de l’adoption par des femmes seules, contre la marchandisation des ressources naturelles, contre le délit de faciès etc. —, la qualité globale du film. Même s’il va dans le sens de l’Histoire ; même s’il est joliment emballé dans une esthétique ultra-léchée (avec bande originale visible car joué

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Passeport talents

Collectif des Artistes Sans Frontières | Composé de musiciens et artistes réfugiés et migrants presque tous professionnels, le Collectif des Artistes Sans Frontières, fort d'une douzaine de membres de tous horizons musicaux et géographiques commence à faire parler de lui lors de concerts collectifs ou individuels. En attendant la réalisation d'une compilation de morceaux inédits. Focus sur trois de ces talents.

Stéphane Duchêne | Lundi 11 juin 2018

Passeport talents

Gah Tsé Li, venu du Togo Chanteur, danseur, percussionniste et même un peu humoriste, Gah Tse Li trimballe une joie de vivre communicative et une farouche envie d'aller de l'avant. Lorsqu'on lui demande pourquoi il a quitté le Togo pour la France, il évoque des « détails qui appartiennent au passé » ajoutant « ce qui arrive à notre pays avec la dictature, tout le monde le sait ». D'autant que pour Gah Tsé Li ce passé est loin : il est en France depuis 2006, où il intègre immédiatement une chorale dont il est le seul Africain. Chanteur émergent visant à « moderniser la tradition » dans son pays et en Côte d'Ivoire, c'est même à Lyon qu'il parvient à enregistrer son premier album, autoproduit, au studio Supadope du Peuple de l'Herbe. Son groupe : Kakarako qui deviendra Vaudou Game : « Peter Solo est mon "frère". C'est lui qui a per

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Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions | Sergio Olmo, Gloria Ramos et Jesús Lago — trois des comédiens du film Champions — ont accompagné leur réalisateur Javier Fesser pour l’avant-première parisienne et répondu sportivement à nos questions.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions est votre première expérience à l’écran. Mais aviez-vous une pratique de comédien préalable, ainsi qu’une pratique sportive ? Sergio Olmo : J’avais une expérience pas du basket, mais du football en salle. Avec mon équipe, on a été vice-champions d’Espagne de football en salle, entre 2011 et 2012. Et depuis, je pratique toujours. Au niveau du cinéma, c’était ma première fois dans ce milieu. Je n’avais jamais fait de cinéma ni de théâtre auparavant. Gloria Ramos : Toute petite, je voulais être comédienne, mais c’était là ma première expérience de cinéma. Après le film, je me suis mise au théâtre. En sport, j’ai pratique le judo depuis toute petite et j’ai aussi fait du cheval, mais j’ai vite arrêté car j’ai eu peur. Actuellement, je fais de la danse. Jesús Lago : Je suis acteur professionnel au théâtre depuis cinq ans : je joue actuellement une œuvre qui s’appelle Cascaras Vacias (coquilles vides), de Magda Labarga et Laila Ripoll ; c’est une coproduction du Centre dramatique national d’Espagne,

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Une équipe hors du commun : "Champions"

Comédie | de Javier Fesser (Esp, 1h58) avec Javier Gutiérrez, Jesús Lago, Roberto Sanchez…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Une équipe hors du commun :

Après un mouvement d’humeur et un excès de vitesse alcoolisé, Marco, entraîneur de basket pro est condamné à une TIG : former une équipe de sport adapté composée de joueurs en situation de handicap. D’abord révulsé et réticent, Marco finit par s’adapter lui-même à l’enjeu… Les films populaires traitant du handicap se voient souvent intenter un procès en illégitimité au motif que des auteurs (et surtout des comédiens) n’étant pas directement concernés par le sujet, donneraient une interprétation forcément inexacte ou caricaturale, voire empêcheraient des acteurs en situation de handicap d’être choisis pour incarner les rôles principaux. Si leur sous-représentation à l’écran — comme dans la société — est effectivement sujette à débat voire depuis 2005 en contravention avec la loi, tout ce qui participe d’une meilleure visibilité des handicaps, donc de leur déstigmatisation, d’Intouchables à La Famille Bélier, est toujours bon à prendre.

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Meunier, tu brailles ! : "Cornélius, le meunier hurlant"

Conte | de Yann Le Quellec (Fr, 1h47) avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Meunier, tu brailles ! :

Cornélius Bloom choisit d’installer son futur moulin dans un village du bout du monde, où il tape dans l’œil de Carmen, la fille du maire — belle comme un coquelicot. Mais le meunier souffre d’une étrange affection : il hurle la nuit comme un loup. La population finit par le chasser… Avec son titre à moudre debout, cette fable chamarrée donne déjà de sérieux gages d’excentricité. Elle les assume dès son introduction, escortée par une ballade infra-gutturale chewing-gumisée par Iggy Pop dans son français rocailleux si… personnel. Auteur de Je sens le beat qui monte en moi (2012), Yann Le Quellec sait s’y prendre pour créer une ambiance décalée à base d’absurdités légères. Il a de quoi la maintenir tout au long des (més)aventures de Cornélius, dans un style entre Tati et Thierrée, où il conjugue la virtuosité acrobatique de ces poètes du déséquilibre et une fantaisie de jongleur de mots. Histoire d’exclusion et de différence avec un prince charmant un peu crapaud (à barbe), un loup (ou du moins son cri), une fille du r

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8e Rencontres du Sud

Plus loin | À la fois rencontre professionnelle et manifestation ouverte au public, les Rencontres du Sud d’Avignon ont fait leur mue pour devenir l’an dernier le (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

8e Rencontres du Sud

À la fois rencontre professionnelle et manifestation ouverte au public, les Rencontres du Sud d’Avignon ont fait leur mue pour devenir l’an dernier le Festival des Montreurs d’images, doté d’une compétition très officielle. En plus de la dizaine d’avant-premières proposées (Je vais mieux, Luna, Katie says Goodbye, Trois jours à Quiberon, The Strange Ones, Les Municipaux ces héros, Comme des garçons, My Wonder Women, Une année polaire, Croc-Blanc, Pierre Lapin) la plupart en présence des équipes, l’édition 2018 programmera pour son drive-in un must pour plusieurs générations : Scarface, de De Palma. Ajoutez la présence de Michel Ocelot, un florilège de succès en salles et une sélection jeune public, et vous aurez un événement dont on reparlera. Rencontres du Sud Au Pandora à Avignon et d’autres salles d’Avignon, Le Pontet et Villeneuve-lez-Avignon ​du mardi 20 au samedi 24 mars

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Snap déménage

Art contemporain | Depuis fin décembre, la galerie Snap est fermée, en stand-by avant déménagement. Mais l'on peut retrouver la programmation de Paul Raguenes, le (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 6 mars 2018

Snap déménage

Depuis fin décembre, la galerie Snap est fermée, en stand-by avant déménagement. Mais l'on peut retrouver la programmation de Paul Raguenes, le directeur, à la micro galerie LFA, soit l'espace attenant au bureau d'études d'architecture Looking For Architecture, au 13 rue Creuzet. Un lieu hybride moitié galerie moitié lieu de réunion, où la collaboration des deux entités promet d'être fructueuse puisqu'elle a déjà vocation à durer dans le temps, en parallèle de Snap. Aujourd'hui et jusqu'au 8 juin, on peut y voir l'exposition Under construction de Benjamin Sabatier, qui interroge le concept de travail à travers ses sculptures en matériaux bruts et accessibles, empruntes "d'esthétique du chantier" et de culture DIY.

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Los Modernos, image et magie

Photographie | « Image et magie, ce sont les mêmes lettres et c’est la photographie » dit Edouard Boubat. C’est particulièrement vrai dans le cas des (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 19 décembre 2017

Los Modernos, image et magie

« Image et magie, ce sont les mêmes lettres et c’est la photographie » dit Edouard Boubat. C’est particulièrement vrai dans le cas des photographes mexicains, souvent considérés comme surréalistes même si leur intention de départ est très éloignée. Selon Manuel Alvarez Bravo, légende de la photographie mexicaine du XXe siècle, « elle est une écriture surréaliste en soi » et de nombreux photographes mexicains développent une poésie visuelle reflétant la réalité de leur pays, confrontant les rites et la violence de leur culture. Entre documentaire, journalisme et expression personnelle, les photos d’Hector Garcia sont fortes et esthétiques. Graciela Itubirde s’intéresse à la culture indigène mexicaine et aux confrontations entre la tradition et le contemporain, offrant des images poétiques et oniriques. La Révolution mexicaine et l’effervescence sociopolitique et culturelle qui l’a suivi ont aussi attiré de nombreux photographes étrangers dans les années 1920/30. Dont le regard se porte avant tout sur les enjeux esthétiques et conceptuels, reléguant le "mexicanisme" et le folklore en arrière

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5 expos à voir en décembre

Sélection | ​Le Mexique, la photographie et le design graphique sont au programme ce mois de décembre. Voici notre sélection haute en couleurs et en formes pour vous réchauffer les mirettes.

Lisa Dumoulin | Mardi 5 décembre 2017

5 expos à voir en décembre

Los Modernos, dialogues France Mexique au musée des Beaux-Arts De Frida Kahlo à Henri Cartier-Bresson, de Picasso à Diego Rivera, voilà l’expo de l’hiver qui réunira tout le monde : peinture, sculpture, mais aussi - grande première - photographie, l’exposition Los Modernos fait dialoguer les grands noms de l’art moderne français et mexicain qui se sont mutuellement influencés, notamment les scènes cubistes et surréalistes. À ne pas manquer. Mexique, aller-retour à la galerie Le Réverbère En écho à l’exposition Los Modernos au musée des Beaux-Arts, dont le commissaire associé pour la collection de photographies est Jacques Damez, co-directeur de la galerie, Le Réverbère propose un accrochage plus contemporain, autour des clichés de Pablo Ortíz Monasterio, Bernard Plossu et Denis Roche. Le Mexique et ses mythes en ligne de mire, chacun à leur manière. Une invitation au voyage.

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Depardon en immersion au Vinatier : "12 jours"

Documentaire | de Raymond Depardon (Fr, 1h27) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Depardon en immersion au Vinatier :

Film de demande plus que de commande, 12 jours répond à une invitation de tourner dans un établissement psychiatrique (en l’occurence, le Vinatier à Bron) avec des patients hospitalisés sans consentement lors de leur présentation devant un juge des libertés et de la détention — celle-ci devant se dérouler au plus tard 12 jours après leur première admission. S’ensuivent donc dix auditions, à la queue-leu-leu. Dix portraits entre détresse et absurde de la “folie” ordinaire, et surtout un épuisant sentiment de déja, déjà-vu. Car malgré tout le respect et toute l’estime que l’on porte à Depardon, force est de constater qu’il éprouve de moins en moins l’envie de sortir du cadre et des repères qu’il a jadis balisés. 12 jours transpose en effet de manière mécanique son dispositif de Délits flagrants ou de 10e chambre, instants d’audience dans un décor lui aussi familier pour le cinéaste, qui avait déjà arpenté avec

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Aime le mot dit : "M"

Et aussi | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Aime le mot dit :

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus — rien de commun donc avec ces it-girls précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Un film initial Le changement d’état, de statut, par l’accomplissement artistique est précisément l’un des sujets de

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Mauvaise Foi, trophées et vanités

Illustration | Si vous avez raté le vernissage et le diseur de bonne aventure, vous avez l'occasion de vous rattraper jusqu'au 16 décembre dans leur galerie pour admirer (...)

Sarah Fouassier | Mardi 24 octobre 2017

Mauvaise Foi, trophées et vanités

Si vous avez raté le vernissage et le diseur de bonne aventure, vous avez l'occasion de vous rattraper jusqu'au 16 décembre dans leur galerie pour admirer le travail du collectif Mauvaise Foi avec une exposition au thème superstitieux. Roulette russe, scènes de fin de monde, muses ensorcelantes et autres totems et trophées sont impeccablement dessinés par les quatre complices Chloé Fournier, Rémy Mattei, Hugo Charpentier et Manuel Lieffroy. La foudre et le talent ont bel et bien frappé au 29 rue des Capucins ! Notre cœur a justement jeté son dévolu sur les trophées et broderies de Chloé Fournier qui ont ravi notre soif d'illustrations exécutées sur supports multiples. Ces morceaux de vanités peints sur bois ou brodés sur des empiècements de tissus nous donnent envie de nous en emparer comme des talismans capables de nous éloigner du mauvais œil. Superstitieux et malchanceux, gardez vos gris-gris à portée de main lors de votre visite... Baraka, à voir jusqu'au 16 décembre du lundi au vendredi de 13h à 18h et sur rendez-vous (contact@mauvaisefoi-editions.com) Mauvaise Foi, 29 rue des Capucins

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Une virée dans les maquis africains

On a testé... | Ils s’appellent Le Cristal, Le Coq Rouge, Chez Magie, La Maison Blanche ou encore Le Doyen. Tous situés entre la Guillotière et l’avenue Jean Jaurès, ces restaurants sont des points de rencontre des communautés d’Afrique de l’Ouest et permettent de (re)vivre l’Afrique ensemble que l’on y soit né, qu’on y ait voyagé… ou non. Bienvenue dans les maquis.

Sarah Fouassier | Mercredi 4 octobre 2017

Une virée dans les maquis africains

« Les maquis sont les royaumes de l’improvisation » me lâche Charles, un quadragénaire d’origine ivoirienne habitué des lieux. La nuit est tombée depuis deux heures, en ce samedi soir : dans les rues du nord du 7e arrondissement se dessine un circuit particulier entre les restaurants africains. On passe de l'un à l'autre, pour rejoindre ses amis ou faire la bise aux patron-nes. Les familles se retrouvent autour d’un repas copieux, les noctambules passent boire un verre avant de s’éclipser dans les clubs du centre... Il y a vingt ans, les quartiers de la Guillotière et de Saxe-Gambetta ont vu naître des bars et restaurants où la discrétion était le mot d'ordre. Au fond des salons de coiffure afro, dans les arrière-boutiques des épiceries, dans des appartements, des Ivoiriens, Camerounais, Sénégalais cuisinaient les plats de leur enfance. Mafé, poulet yassa, alloco et autres viandes et poissons grillés remplissaient les estomacs de toute une diaspora. Ces restaurants, autrefois clandestins, sont parvenus à accéder aux pas-de-porte du 7e aux côtés des communautés asiatiques et maghrébines, déjà installées

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Flamand rosse : "Home" de Fien Troch

Drame | de Fien Troch (Bel, 1h43) avec Sebastian Van Dun, Mistral Guidotti, Loïc Bellemans…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Flamand rosse :

Bon garçon, Kevin a le sang chaud et des problèmes de violence lui ayant déjà valu un séjour en prison. En réinsertion chez sa tante, il sort avec les amis de son cousin. Dont un victime d’une mère abusive. Un soir, un drame survient, auquel Kevin et son cousin assistent… Mettant en jeu des tensions morales extrêmes, et confrontant chacun·e à ses petites lâchetés du quotidien (la non-assistance à personne en danger finit par se payer d’une manière ou d’une autre), cette histoire aurait pu inspirer le Haneke des “bons” jours, dans tout ce qu’elle a d’implacable. Fien Troch lui emprunte sa crudité glaçante, brossant les contours de ses personnages en peu de traits. Mais ils se révèlent d’une acuité stupéfiante pour cerner les caractères. On perçoit ainsi dès le début les réticences de la tante, sa bienveillance forcée et cette barrière sociale qu’elle pose entre sa famille et les autres, impatiente qu’elle est d’oublier son extraction. Sans complaisance, ni rien appuyer, Fien Troch disperse les mirages de sa “douce maison” : derrière l’avenante façade, tout n’est

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Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Peinture | Le galeriste Henri Chartier reprend son activité à Lyon avec un nouveau lieu et une nouvelle exposition, consacrée à Benjamin Bruneau. Un peintre méconnu qui met l'image sous tension et la confronte à son refoulé.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 mai 2017

Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Bonne nouvelle ! La galerie Henri Chartier, après trois ans d'absence, rouvre ses portes dans un nouveau lieu, rue Auguste Comte. L'espace d'exposition est à la fois coquet et modeste en surface, et le galeriste espère y poursuivre la ligne artistique impulsée dans ses deux précédents lieux sur les pentes de la Croix-Rousse : des artistes souvent écorchés vifs, pas toujours sous les feux de la rampe, dont les œuvres déploient des univers étranges, sensibles, dénués de toute esthétique pompeuse... Tels, par exemple, Philippe Jusforgues et ses curieux photo-collages quasi dadaïstes, Grégoire Dalle et ses dessins labyrinthiques fourmillant de détails, Caroline Demangel et ses corps et visages tourmentés... Dissonances La première exposition rue Auguste Comte est consacrée à un artiste qui a très peu présenté son travail jusqu'à présent. Benjamin Bruneau est né en 1974 à Montpellier, a été formé aux Beaux-Arts de Paris à l'atelier de Jean-Michel Alberola, et dép

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La seconde gorgée de bière

Lyon Bière Festival | Plus de 80 brasseurs artisanaux, un nouveau lieu, plus grand, plus beau, une programmation enrichie : c’est le Lyon Bière Festival, deuxième.

Lisa Dumoulin | Vendredi 24 mars 2017

La seconde gorgée de bière

« Nous accueillons plus d’une cinquantaine de brasseurs venus de toute la France et une quinzaine d’Européens. Soit une belle représentation de ce qui existe en termes de savoir-faire » nous éclaire Nicolas Dumortier de Bieronomy, programmateur et co-organisateur du festival avec Rue89Lyon et Le Petit Bulletin. 80 brasseries, c’est plus du double de la première édition où une trentaine était déjà réunie : « Il y a des brasseries de toutes tailles, on a aussi bien des petits nouveaux qui viennent présenter leurs premiers brassages professionnels que des institutions de longue date. » La venue de la scène brassicole anglaise est l’un des temps forts du festival : « arrivées récemment sur le marché français, leurs bières sont légères, équilibrées et remportent un vif succès » indique fièrement Nicolas. Les institutions belges sont au rendez-vous, telles que les incontournables Brasserie De Ranke ou la Brasserie de La Senne. Ou encore le Brussels Beer project : une brasserie coll

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Table ronde de l’écrit à l’écran

ECRANS | Comment transformer ses mots en images ? Vaste problématique à laquelle tout scénariste se confronte. Pour tenter d’élucider ce mystère et d’initier les (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Table ronde de l’écrit à l’écran

Comment transformer ses mots en images ? Vaste problématique à laquelle tout scénariste se confronte. Pour tenter d’élucider ce mystère et d’initier les apprentis auteurs de cinéma, trois associations (Enjeux sur image, Prémisses et L’Accroche Scénaristes) organisent une table ronde au cours de laquelle interviendront des autorités en la matière : Michel Fessler, dont la plume a signé La Marche de l’Empereur, Jean-Pierre Améris (réalisateur des Émotifs anonymes), Alexandre Ferré, délégué général adjoint du Festival international des scénaristes de Valence ou encore Marc Bonny, hôte de la réunion en tant que patron du Comœdia mais également coproducteur de Ma vie de Courgette. À vos stylos ! Au Comœdia le samedi 18 mars à 10h30

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Deux visions de l'amour

ECRANS | On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Deux visions de l'amour

On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime star de caractère encore de ce monde : il se trouve même être le cadet de cinq mois de Olivia de Havilland, l’inoubliable Melanie Hamilton d’Autant en emporte le vent, par ailleurs double détentrice de l’Oscar de la meilleure actrice. L’une de ses statuettes fut conquise pour sa prestation dans un mélodrame de la plus belle eau signé William Wyler, L’Héritière (1949). Jouant mieux que personne de la paupière accablée, elle y campe Catherine, une oiselle timide et peu apprêtée, étouffée par son ladre de père la tenant à distance des coureurs de dot. Un père autoritaire allant jusqu’à la priver de celui qu’elle pense être son grand amour : Morris Townsend, un gandin empressé ayant les traits de Monty Clift. Townsend éprouve-t-il pour elle de tendres sentiments, ou bien cherche-t-il à atteindre son portefeuille à travers son cœur ? On ne révélera pas le fin mot de l’intrigue, ni son dénouement d’une noirceur sent

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