Création du Réseau Express Vélo : tout schuss

Mobilité | Des voies cyclables comme il y a des tracés de tramway, de métro ou même de randonnées. C’est l’objectif de la Métropole de Lyon qui annonçait ce vendredi 4 juin la création de la première ligne du Réseau Express Vélo : 17 km entre Vaulx-en-Velin et Saint-Fons.

Nadja Pobel | Dimanche 6 juin 2021

Photo : © Métropole de Lyon


Nos amis allemands en rigolent mais voici qu'arrive enfin à Lyon le Réseau Express vélo (dites REV). Et il est ambitieux, probablement à hauteur de la demande (14 000 usagers par jour la semaine dernière le long des quais). Plusieurs lignes vont être crées ou réaménagées durant ce mandat avec l'objectif d'offrir 250 km de pistes express en 2026 (budget 100 M€) et même 320 km à horizon 2030.

Certes, certaines pistes existent (une centaine) et elles seront élargies à 4 mètres, les nouvelles seront larges de 3 à 4 mètres ; elles seront "bordées" et bien séparées des voitures et des piétons par des murets d'environ 50 cm de haut. Autre particularité : elles seront fléchées, avec des panneaux indicateurs dont le design sera annoncé à la rentrée en même temps que le tracé exact de cette ligne 1, encore en négociations pour les détails, dont on sait déjà qu'il reliera des communes — pauvres — jusque-là oubliées : Vaulx-en-Velin et Saint-Fons. Ces 17 km démarrent même au Mas-du-Taureau et, note sa maire Hélène Geoffroy (PS) dans une pique gratuite à Grégory Doucet, « pour une fois les pistes cyclables sortent des quartiers bourgeois ». À l'autre bout du tracé, même constat du maire de Saint-Fons, Christian Duchêne (DVG), de ne « pas avoir profité jusque-là autant que d'autres communes du dynamisme de la Métropole » et qui se réjouit de cette égalité territoriale malgré le pont qu'il faut enjamber pour aller jusqu'à cette ville et la fameuse Vallée de la chimie où travaillent des milliers de personnes. Entre ces deux extrémités, trois grands campus seront desservis : la Doua, ceux des quais et celui de Gerland sans compter l'école d'architecture située à Vaulx et de nombreuses écoles supérieures.

Les travaux du premier tronçon commenceront entre le pont Galliéni et le pont Lafayette dès octobre, le deuxième tronçon entre le pont de la Guillotière et la passerelle du Collège sera réalisé en 2022. La mise en service de la totalité est prévue pour 2025/2026.

À noter que conformément à la loi sur l'air (dite loi LAURE) de 1996 qui oblige à faire des itinéraires cyclables lors de réalisation ou rénovation urbaines (à l'exception de voies rapides ou autoroutes), cette L1 de la REV va accompagner les nouvelles lignes de tram, le T9 relié à Vaulx-en-Velin et le T10 à Saint-Fons.

250 km en 2026

Enfin, s'il n'est pas envisagé que nombre de Vélov soit accru, c'est une flotte de 10 000 vélos de récupération remis en état qui sera déployé en quatre ans « en priorité en faveur des étudiants de première année boursier » précise Bruno Bernard, président de la Métropole, et le parking sécurisé au sein de Lyon Parc Auto sera multiplié par deux d'ici 2022. Objectif affiché : multiplier par trois le nombre de déplacements réalisés en vélo d'ici la fin du mandat en 2026.

De toute évidence, comme le constate Fabien Bagnon, vice-président délégué à la voierie et aux mobilités actives à la Métro, et grâce aussi — ce qu'il omet de rappeler — au réseau de vélos en libre service pionnier en France à cette échelle depuis 2005, « la condescendance vis-à-vis du vélo et des cyclistes est terminée ». Et ce n'est pas une mince affaire.

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Graine de discorde : "L'Enfant rêvé" de Raphaël Jacoulot

Drame | Un drame passionné aux accents ruraux avec Jalil Lespert.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Graine de discorde :

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors une foultitudes de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun, et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone… L'Enfant rêvé ★★☆☆☆ Un film de Raphaël Jacoul

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"Revenir" au Lumière Terreaux

Avant-Première | Présentée à la Mostra à la rentrée, cette adaptation du roman de Serge Joncour, L'Amour sans le faire constitue la première réalisation de long-métrage pour Jessica (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Présentée à la Mostra à la rentrée, cette adaptation du roman de Serge Joncour, L'Amour sans le faire constitue la première réalisation de long-métrage pour Jessica Palud — dont le court Marlon s’était fait remarquer dans plusieurs festivals. La cinéaste et son comédien principal, Niels Schneider, seront naturellement présents lors de l’avant-première lyonnaise, soit dans la région où le film a été tourné, et donnant donc à son titre une valeur prophétique : Revenir. Revenir Au Lumière Terreaux ​le jeudi 23 janvier à 20h30

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Un ticket pour l'espace au Ninkasi

Clubbing | 2019 fut une année spatiale ou ne fut pas. On a pu le constater au cinéma avec des films comme Ad Astra, Proxima, le what the fuck cosmique (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 17 décembre 2019

Un ticket pour l'espace au Ninkasi

2019 fut une année spatiale ou ne fut pas. On a pu le constater au cinéma avec des films comme Ad Astra, Proxima, le what the fuck cosmique sino-netflixien The Wandering Earth (où l'on propulse la Terre, au moyen de réacteurs nucléaires pour voir si l'infini est plus noir ailleurs) et bien sûr le documentaire Apollo 11. Car oui cette année célébrait les premiers pas de l'humain sur la Lune — enfin surtout de Neil Armstrong car l'humain a surtout regardé ça à la télé — et même le lancement officiel du tourisme galactique — le Louvre c'est so XXe siècle — avec Virgin Galactic (même si le premier touriste spatial fut en 2001, le milliardaire Dennis Tito). Toujours au taquet sur les tendances, le Ninkasi a flairé là l'occasion non pas de lancer la première bière de l'espace — pourquoi embrasser l'infini quand on bras

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Nuit Matrix et les Sœurs Wachowski

Reprise | Plus le temps passe, plus la place de Matrix dans l’Histoire du cinéma se consolide. La chose s’avère même troublante : rares sont en effet les films à jouir (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Nuit Matrix et les Sœurs Wachowski

Plus le temps passe, plus la place de Matrix dans l’Histoire du cinéma se consolide. La chose s’avère même troublante : rares sont en effet les films à jouir d’une telle aura, intacte depuis sa sortie ; le désamour du purgatoire s’étant reporté sur ses deux suites, fatalement décevantes — mais peut-être que la nuit proposée par l’Institut Lumière permettra de réviser ce jugement ? Reprenons les choses dans l’ordre et rappelons pourquoi ce film des Wachowski s’est élevé au rang de légende. Lorsque Matrix débarque sur les écrans, à la fin du XXe siècle et en plein frémissement millénariste, le monde oscille entre peur du bug de l’an 2000 et enthousiasme pour les promesses de l’Internet, dont la bulle gonfle démesurément les chiffres de la bourse. Alors, un film qui anticipe comme les meilleures dystopies de Philip K. Dick, une société alternative où les machines font vivre les humains (leur source d’énergie) dans un simulacre de réalité, la Matrice, ça avait de quoi

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Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

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Divorce à la tunisienne : "Noura rêve"

Drame | Son époux incarcéré, Noura a refait sa vie avec Lassad et attend avec impatience que son divorce soit prononcé. Son mari étant libéré plus tôt que prévu, Noura doit faire profil bas pour ne pas risquer cinq ans de réclusion pour adultère, ni perdre ses enfants et son travail…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Divorce à la tunisienne :

De la condition féminine dans les pays du Maghreb post Révolution de Jasmin ? Oui et non. Car si l’histoire de Noura s’inscrit dans le sillage des réalisations tunisiennes rendant compte de la difficile situation des femmes dans une société conditionnée par l‘emprise patriarcale — à l’instar de l’exemplaire La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania —, elle pourrait tout aussi bien (ou mal) se dérouler en France, où rappelons-le puisque cela ne semble pas beaucoup émouvoir en haut lieu, 129 femmes ont été tuées par leurs compagnons (ou ex-) depuis le début 2019. Il n’y a pas de meurtre de conjoint ou conjointe dans Noura rêve, plane toutefois en permanence une menace diffuse de violence. Verbale, psychologique et légale, elle fait de l’épouse en attente du jugement de divorce, la captive de son

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Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Festival Lumière | En guise d’amuse-rétines nocturne, Gaspar Noé a composé un appétissant sandwich cinématographique qui devrait teinter d’une belle couleur rubis les rêves de ses spectatrices et spectateurs. Estomacs délicats et autres ténias, passez votre chemin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Film après film, on ne cesse de le seriner, voire de le suriner : Gaspar Noé compte parmi le cercle (vicieux) très fermé des auteurs possédés par une ambition d’écriture de la forme cinématographique, et pour qui l’expérience de visionnement doit permettre au public de dépasser sa passivité habituelle en instaurant une interaction quasi-organique entre l’objet projeté et le spectateur. Si d’aucuns qualifient Noé de “provocateur“ parce qu’il traite de sujets mordant la marge (inceste, sexe, viol, drogue, mort, etc.), le cinéaste vise surtout à provoquer une émotion qui ne soit pas pré-mâchée. Infusée, perfusée par le registre expérimental, mais aussi imprégnée des formes kubrickiennes et godardiennes, son œuvre dispose toutefois d’une voix originale et bien timbrée, reconnaissable dès ses premiers grenats. Concept singulier — sans doute taillé pour les couche-tôt lyonnais —, la Mini-nuit du Festival Lumière permettra aux dubitatifs de réviser leur jugement, et aux aficionados de se faire un triple bang(halter). Abracadabra ! Des trois films présentés, le deuxième constitue la principale sur

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Metronomycon

Pop | « Metronomy pour toujours », voici la devise qui présente, fort modestement, le dernier album des popeux ultimes que sont Joseph Mount et sa (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 octobre 2019

Metronomycon

« Metronomy pour toujours », voici la devise qui présente, fort modestement, le dernier album des popeux ultimes que sont Joseph Mount et sa bande, de passage à l'Amphi 3000 ce 11 octobre : la pochette représente un volcan en éruption dont l'écoulement de lave trace à même ses flancs l'inscription Metronomy Forever. Pour toujours, peut-être, mais aussi partout tant le groupe du Devon semble pour allumer son feu d'artifices de tubes, piocher dans le grand fourre-tout de ses influences : des Cars (le terrible Insecurity), à un Prince glam (l'irrésistible Salted Caramel Ice Cream, le funky-soul suave The Light qui lorgne aussi vers Daft Punk), le grunge même (sur un pastiche électronisé à la sauce minimale Upset My Girlfriend), le rock slacker (Lately) et tout un tas d'autres genres (house, disco), de postures, digérées, délivrées, ressuscitées avec gourmandise. « N'est pas mort à jamais qui dort dans l'éternel » dit le Necronomicon Lovecraftien, ici repensé en hymne à la vie pop.

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Conte… sur toi : "Rêves de Jeunesse"

Drame | Salomé quitte pour l’été sa coloc’ afin d’aller bosser dans la déchèterie du petit village de son enfance. Sur place, livrée à elle-même, elle renoue avec une partie de son passé et enchaîne des rencontres baroques. Dont celle d’une participante d’un jeu télé, échouée devant sa cahute…

Vincent Raymond | Vendredi 2 août 2019

Conte… sur toi :

Les romans d’apprentissage illustrés ont toujours quelque chose d’attachant, surtout lorsqu’ils sont en phase avec la saison ; bien davantage s’ils touchent un public en osmose avec le sujet. En apparence soumis à une intrigue ténue, porté par une héroïne discrète pour ne pas dire mutique — plus observatrice qu’actrice — squattant une camionnette abandonnée dans la solitude du mois d’août, Rêves de jeunesse tient plus des “Vacances de Monsieur Godot” que d’une fantaisie d’étudiants à la Klapisch ! Cependant, ce cadre rural où l’absurde surgit volontiers (rappelant le cinéma d’Alain Guiraudie) se révèle un creuset propice à la déconnexion et à l’introspection : Salomé peut poursuivre son histoire grâce au surgissement d’une fille en tout point opposée à ce qu’elle est et… “grandir“. Période entre parenthèses, les vacances sont aussi un temps idéal pour jeter à la déchèterie tout ce qui parasite sa vie quotidienne. À voir donc avant la rentrée… Rêves de jeunesse Un film de Alain Raoust (Fr, 1h32) avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer…

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Homos au bain : "Les Crevettes pailletées"

Comédie | De Cédric Le Gallo & Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Homos au bain :

Parce qu’il a lâché une insulte homophobe à un journaliste, la Fédération de Natation oblige Mathias à redorer son image en l’envoyant entraîner une équipe de water-polo gay. L’objectif ? La qualifier pour les Gay Games. Le problème ? Ils sont très mauvais et Mathias peu motivé… Un merveilleux hasard fait succéder ce film au Grand Bain dont le succès, à la façon d’un Moïse des bassins chlorés, est susceptible de faciliter l’existence dans les salles de ces Crevettes pailletées. Tant mieux pour elles, même s’il n’y a pas de quoi plonger du tremplin des dix mètres : cette gentille fable célébrant la tolérance à coup de déhanchés suggestifs, de moues mutines et d’exubérance glitter à la Liberace (vous avez dit “cliché“ ?) semble bien terne comparée à Priscilla folle du désert, douche australienne maniant le show et froid de la dérision… sans pour autant donner l’impression d’illustrer une version aquatique de Comme ils disent. Le

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Flip et flippés

Cirque | Dans Départ Flip, ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes (...)

Nadja Pobel | Mardi 30 avril 2019

Flip et flippés

Dans Départ Flip, ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Qui sont-ils ? Leurs trapèzes encore enroulés à la structure métallique sont leur langage, celui avec lequel ils vont devenir une tribu à laquelle nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéro d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. À voir au Théâtre de Villefranche le samedi 4 mai à 17h.

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Les Crevettes pailletées

Avant-Première | Les Crevettes pailletées est un film à voile, à vapeur, à rames ou à tout ce qui permet de naviguer sur l’eau — en même temps c’est normal : il parle d’une équipe (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Les Crevettes pailletées

Les Crevettes pailletées est un film à voile, à vapeur, à rames ou à tout ce qui permet de naviguer sur l’eau — en même temps c’est normal : il parle d’une équipe de water-polo. Ubiquiste, il figure au programme du festival queer Écrans Mixtes (en clôture jeudi 14 mars) ainsi qu’à celui de Sport, Littérature et Cinéma, ce 2 mars, en présence de l’équipe et donc des réalisateurs Cédric Le Gallo et Maxime Govare. Mais Lyon n’a pas eu l’exclusivité régionale de ce film déjà précédé d’une réputation de “Grand bain gay“ : Les Crevettes pailletées a remporté le Prix spécial du Jury au festival de la Comédie de l’Alpe d’Huez. Ces séances feront des vagues. Les Crevettes pailletées À l’Institut Lumière ​le samedi 2 mars février à 19h30

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Vieilles canailles ! : "Un coup de maître"

Comédie | De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Vieilles canailles ! :

Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd’hui dépassé et aigri. Alors qu’il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d’un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c’est une occasion en or… Coréalisateur de l’excellent Citoyen d’honneur, Gastón Duprat continue d’explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l’un s’acquitte de l’art, l’autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en termes de filouterie : le peintre se vante d’être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c’est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars. À partir de ces deux personnages en apparenc

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Jusqu’au bout des limites : "Marche ou crève"

Drame | de Margaux Bonhomme (Fr, 1h25) avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy, Cédric Kahn…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Jusqu’au bout des limites :

Elisa vit avec son père et sa sœur Marion dont le handicap a eu raison du noyau familial : la mère, épuisée de s’en s’occuper et seule à militer pour un placement en institution, a préféré quitter la maison. Alors Elisa prend le relai de son père, au risque de sacrifier son avenir… La dédicace finale, “à ma sœur“, laisse peu de doute sur l’inspiration de Margaux Bonhomme, et sur la charge personnelle autant qu’affective pesant sur ce film. De fait, Marche ou crève déroule un schéma tristement banal dans la galaxie du handicap : nombreuses sont les familles à connaître une rupture, favorisée par la polarisation extrême suscitée par l’enfant réclamant une attention plus soutenue mais résultant aussi de l’accumulation de stress et de fatigue causée par l’absence de relais par des tiers — on parle là de conséquences privées et intimes d’une politique publique insuffisante. Ici, ni la mère, ni le père, ni la sœur ne veulent être soupçonnés de mal aimer Marion — ce que signifie le recours au placement en institution —, et ils s’obstin

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Frédéric Revol : « explorer la notion de terroir de manière jusqu’au boutiste »

Domaine des Hautes-Glaces | Pionner de la notion de terroir dans le whisky, attaché à un respect de la matière première, totalement tourné vers l'agro-écologie et l'excellence, Frédéric Revol est l'un des fers de lance de la scène whisky française actuellement en pleine ébullition. Rencontre avant sa venue au Lyon Whisky Festival pour une masterclass.

Sébastien Broquet | Mardi 20 novembre 2018

Frédéric Revol : « explorer la notion de terroir de manière jusqu’au boutiste »

Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans le domaine du whisky et de fonder le Domaine des Hautes-Glaces ? Frédéric Revol : J’étais amateur de vin, de bouffe et du whisky, qui a un univers aromatique assez extraordinaire. C’est aussi un univers industriel, avec un savoir-faire, où l’on parle du temps, de la distillation, de l’élevage… Mais il y avait une grande oubliée dans ce qui était raconté : la matière première. Pour moi, et pour beaucoup j’imagine, ce qui se boit et se mange doit avoir un rapport fort avec sa matière première. Pour nous Français, c’est assez évident, que ce soit dans le vin, le fromage ou les produits fermentés. C’était donc une question de départ : qu’est-ce que ça donnerait un whisky, s’il était de saison, comme ce que font les Écossais, mais en lien avec sa matière première, en lien avec un terroir, un territoire ? Plus je creusais, plus ça faisait sens, au-delà du caractère agricole et de l’importance que pourraient avoir les céréales aromatiques. La France n’avait pas de tradition de whisky, mais elle avait tous les savoir-faire depuis bien lo

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Le Père Noël est un rockeur, le retour

Rock & Kids | Après avoir visité les cheminées du Marché Gare (2011), du Transbordeur par deux fois (2012 et 2013) et des clubs de rock des Pentes (2014), le Père Noël repasse en 2018 par le Rock'n'Eat, quai Arloing, et ce un peu en avance, puisque dès le 12 décembre. Pourquoi ? Pour un événement au profit des enfants du Secours Populaire baptisé "Le Père Noël et ses rockeurs".

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 novembre 2018

Le Père Noël est un rockeur, le retour

Soit un concert, organisé par les associations M2M Entertainment et AQAB Events avec le soutien d'un certain nombre d'acteurs culturels (le Kraspek Myzik, la radio Sol FM, Mediatone, Spiritribe, [zOz] Photographie, Kosmic Webzine), dont chaque entrée sera convertie en jouet pour un enfant du SP – aucun des jouets offerts n'étant en rapport, c'est important, avec la guerre tient à préciser le Père Noël des rockeurs. Et pour attirer un maximum de monde (dans deux salles), la programmation ratisse large. Avec en ouverture : le folk-punk de Forest Pooky, qu'on ne présente plus, suivi du cabaret trash (et sacrément weird) d'Ursule et Madame (salle du billard), le duo hip-hop hardcore grenoblois As a new revolt et le stoner/rock « rien à branler » de R.A.B. Bref, un concert pour adultes au profit des enfants. Une combinaison parfaite en guise de costume de Père Noël.

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Une saison à la Villa

Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Une saison à la Villa

Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

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Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Paul Sanchez est revenu ! | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de "Saint-Cyr" ou "Sport de filles" évoque la conception de son thriller et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale de "Paul Sanchez est revenu !".

Vincent Raymond | Mardi 24 juillet 2018

Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Est-ce l’affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée ? Patricia Mazuy : Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l’accusé : dans quel état cela nous met quand on s’abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est content de se coucher après en se disant « c’est pas nous ! ». Ce qui est rigolo au cinéma, c’est que l’on pousse les choses à l’extrême, on va plus loin que dans le réel — le film n’est pas du tout naturaliste. C’était bien de travailler cette matière-là. Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes, ont l’accent du midi. Cela est-il voulu ? Absolument. Parce que les gendarmes sont souvent mutés, il fallait qu’on retrouve cela — seuls deux ou trois ont l’accent. Et je ne voulais pas tomber dans le syndrome Gendarme de Saint-Tropez : on serait parti sur une autre piste, et on était certain de ne pas en sortir. Cela dit, quand j’étai

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Identification d’un homme : "Paul Sanchez est revenu !"

Policier | de Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Identification d’un homme :

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée qu’un meurtrier recherché depuis dix ans, Paul Sanchez, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaignée par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elle n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragilité qui transparaît : la gendarmerie enregistre son lo

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Silence dans les rangs : "La Révolution silencieuse"

Biopic | de Lars Kraume (All, 1h51) avec Leonard Scheicher, Tom Gramenz, Lena Klenke…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Silence dans les rangs :

1956, à Stalinstadt en RDA. Pour protester à leur façon contre la répression en cours à Budapest, Kurt, Theo et Lena proposent à leurs camarades de terminale de procéder à une minute de silence. L’initiative est adoptée, mais les conséquences seront redoutables… Sur les écrans français quelques semaines après que l’on a célébré en Allemagne le 5 février dernier le Zirkeltag — date à partir de laquelle le nombre de jours depuis l’effondrement du Mur dépasse celui durant lequel il balafrait la ville — ce biopic d’anonymes porte une valeur très symbolique outre-Rhin, et purement informative ailleurs. En particulier à destination des générations nouvelles : difficile d’imaginer pour elles que les Corées actuelles correspondent à un modèle superlatif des RFA et RDA d’antan. Pas de révélation en revanche dans la présentation des méthodes coercitives dont le régime “démocratique” pouvait user lorsqu’il s’agissait de “convaincre” une brebis dès lors qu’elle s’égarait du bon troupeau et de ses camarades : chantage, manœuvres psychologiques, intimidations… Une sacrée bande de vil

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Sage : renaissance pop

Petit Bulletin Festival | Ancien membre du très en vue trio Revolver, Sage a fait mieux que réussir sa reconversion solo, il a trouvé sa voix entre électro, pop et classique. Au Petit Bulletin festival il proposera notamment des extraits de son prochain disque Paint myself.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 mars 2018

Sage : renaissance pop

Il y a parfois des nouveaux départs qui ont des airs de table rase. Ambroise Willaume, aka, Sage peut en attester. En 2012, le trio baroque pop Revolver auquel il appartient se sépare. Non pas que le succès ait lâché le groupe. Juste « l'envie de passer à autre chose », la peur aussi de ne plus se supporter. Un beau sacrifice fait à l'amitié. C'est donc au sortir d'une tournée en Australie que la rupture se consomme, chacun devant voguer sur ses propres vagues. Pas encore arrivé en France, Ambroise apprend que le studio qui avait ses guitares en pension vient d'être cambriolé. Plus de groupe, plus de guitare, de quoi remettre les choses à plat et repartir bien à zéro, moral compris. Qu'à cela ne tienne, il se met alors au piano, y découvre une autre manière de composer, « un élan », « une fraîcheur d'écriture » libératrice, l'influence de ces grands anciens passés un jour de la guitare au piano (Neil Young, Lennon) et bâtit ainsi les structures des premiers morceaux de Sage.

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Films européens tout bâbord à Meyzieu !

Festival | Parrain de la 18e édition du Festival de cinéma européen de Meyzieu, Daniel Prévost (le célèbre M. Cheval du Dîner de cons) présentera lors de la soirée de (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 20 mars 2018

Films européens tout bâbord à Meyzieu !

Parrain de la 18e édition du Festival de cinéma européen de Meyzieu, Daniel Prévost (le célèbre M. Cheval du Dîner de cons) présentera lors de la soirée de pré-ouverture, Les Petits Ruisseaux (2010). À sa suite, les grandes rivières du festival s’écouleront avec un panel de onze films européens en avant-première (et en VOST) dont quatre projetés en présence de leurs réalisateurs — ainsi qu’une compétition de neuf courts-métrages. Le dimanche matin, un goûter et un atelier “Maquillage & Effets spéciaux” feront la joie des petits spectateurs, après la séance consacrée à l’animation danoise, Mika & Sebastian l’aventure de la poire géante. La Maison des Associations présentera également une démonstration de cascades et de techniques du cinéma. Avec la présence d’Une femme heureuse de l’Anglais Dominic Savage, le festival européen semble (pour l’instant) être épargné par le Brexit… Fes

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Les statues leurrent aussi : "Au revoir là-haut"

Le Film de la Semaine | Conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles, le sixième long-métrage de Dupontel fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnages (donc une distribution) estomaquante.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Les statues leurrent aussi :

Après avoir frôlé la mort dans les tranchées, une gueule cassée dotée d’un talent artistique inouï et un comptable tentent de “s’indemniser” en imaginant une escroquerie… monumentale. Honteux ? Il y a pire : Aulnay-Pradelle, profiteur de guerre lâche et assassin, veut leur peau… La barre était haut placée : du monumental roman de Pierre Lemaitre, statufié par un de ces Goncourt que nul ne saurait discuter — ils sont si rares… — Albert Dupontel a tiré le grand film au souffle épique mûrissant en lui depuis des lustres. La conjonction était parfaite pour le comédien et réalisateur qui, s’il n'a jamais caché ses ambitions cinématographiques, n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais pu conjuguer sujet en or massif et moyens matériels à la mesure de ses aspirations. Chapeau, Lafitte Le roman se prêtait à l’adaptation mais n’a pas dû se donner facilement — l’amplitude des décors et des situations augmentant les risques de fausse route et d’éparpillement. Galvanisé, Dupontel s’est réapproprié ce récit picaresque et

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Le conteur tourne : "Taxi Sofia" de Stephan Komandarev

ECRANS | de Stephan Komandarev (Bul-All-Mac, 1h43) avec Vassil Vassilev, Ivan Barnev, Assen Blatechki…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Le conteur tourne :

Portrait de la Bulgarie contemporaine à travers les chauffeur·se·s de taxi de Sofia, le temps d’une nuit, après que l’un d’entre eux a abattu le banquier lui extorquant de l’argent. Où l’on découvre que conduire est pour chacun·e non un pis-aller, mais une activité de complément… Avec les coiffeur·se·s, les prostitué·e·s et les prêtres, les chauffeur·se·s de taxi figurent parmi les professions les plus souvent récipiendaires des confidences de la population ; leur mobilité leur permettant de surcroît de disposer d’un échantillon sociologiquement plus varié et représentatif. Cela pour dire que l’idée initiale de ce film (cousin éloigné du Taxi Teheran de Panahi) ne manquait pas d’à-propos. Sillonner la capitale bulgare permet d’établir un saisissant kaléidoscope du pays : lycéennes se prostituant, médecin sur le point de migrer à l’Ouest, prêtre faisant des heures sup’ ou oligarques ayant profité de la fin du communisme en constituent ainsi le paysage ordinaire. Hélas, si certaines séquences atteignent une tension dramatique exceptionnelle (l’ouverture a

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Prison de filles : "Des rêves sans étoiles" de Mehrdad Oskouei

Documentaire | de Mehrdad Oskouei (Irn, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Prison de filles :

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec eux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? Ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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Réversible aux 7 collines : l'équilibre des 7 Doigts

Les 7 Collines | Avec Réversible, la compagnie québécoise Les 7 Doigts de la Main s'impose par un cirque mêlant technicité et surtout humanité. Traitant de thématiques autour du passé, des origines et de la construction de l'être, Réversible frappe un grand coup. Nous avons posé quelques questions au metteur en scène Gypsy Snider, qui fait également partie des créateurs de la Compagnie Les 7 Doigts de la Main en 2002.

Nicolas Bros | Mardi 20 juin 2017

Réversible aux 7 collines : l'équilibre des 7 Doigts

En 2002, avec six autres artistes, vous avez décidé de lancer la Compagnie Les 7 Doigts de la main, un cirque à "l'échelle humaine"... Pourquoi à ce moment-là ? Gypsy Snider : Nous étions tous des artistes de cirque et nous arrivions à un certain âge. Autour de la trentaine, l'acrobate commence à faire une transition importante. Tout d'abord parce que notre physique a un temps limité, mais aussi parce que nous étions déjà mentalement et créativement, des artistes de cirque avec des visions assez larges des expressions que nous pouvions proposer. Si l'on parle des années 90, le cirque était déjà assez développé en Europe. Ce n'était pas encore au même niveau en Amérique du Nord. Nous avions le Cirque du Soleil mais l'expression du cirque contemporain en était à ses débuts. On voyait ce grand frère [ndlr : le Cirque du Soleil] prendre énormément de place dans l'industrie du divertissement. Pour notre part, nous étions des "rebelles adolescents". Nous voulions une image contraire à cela. Le grandiose, le fabuleux, le quasi-extraterrestre qu'ils voyaient ne correspondaient pas à notre vision. Nous souhaitions du minimali

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Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

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"La Colère d’un homme patient" : une vengeance glacée venue d'Espagne

ECRANS | de Raúl Arévalo (Esp, int.- 12 ans, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Huit ans après un braquage musclé qui s’est mal terminé pour les victimes comme les malfaiteurs, un étrange bonhomme taiseux se rapproche du gang à l’origine des faits. Son but : la vengeance. Raúl Arévalo ouvre son film sur une prometteuse séquence d’ouverture, au spectaculaire duquel il est difficile d’être insensible. Las ! La suite ne sera pas du même tonneau, marquée par un rythme un tantinet poussif, malgré les efforts ou effets pour le muscler (inserts de cartons-chapitres durant la première demi-heure, violence stridulante…) afin de maintenir une tension en accord avec le sujet. Un sujet qui constitue un problème majeur pour ce thriller moralement discutable : il s’agit tout de même d’une charlesbronsonnerie contemporaine vantant froidement, sans la moindre distance, le principe de l’auto-justice. Ajoutons que l’intrigue, par trop rectiligne, ne réserve aucune surprise dans son dénouement. Malgré cette brutalité générale, La Colère… a bénéficié en Espagne d’un accueil des plus favorables, conquérant les Goya d

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La Balançoire : ça balance dans le 3e

Restaurant | Un nouveau bistrot, La Balançoire, ouvre entre les places Guichard et Voltaire : aux fourneaux, on retrouve l'ex-tenancière de la Cave de Cécile.

Adrien Simon | Mardi 25 avril 2017

La Balançoire : ça balance dans le 3e

Depuis trois ans, Mareva Reig se préparait à ouvrir un « lieu convivial et gourmand » à la Guillotière. Elle avait sollicité amis et anonymes, via un financement participatif, pour soutenir sa reconversion (elle travaillait auparavant dans le social). Son projet vient d’aboutir, rue de Créqui, pile-poil entre les places Guichard et Voltaire : il y remplace le P’tit bouchon, resto tradi récent qui bénéficiait d’une bonne réputation (le turnover gastronomique à Lyon donne parfois le tournis). Mareva a tout juste eu le temps de repeindre la façade en bleu, de remplacer les luminaires et de commander un nouveau store : il est en passe d’arriver, ce qui rendra la terrasse sur large trottoir orientée ouest encore plus agréable. Elle a eu la bonne idée de s’associer à Cécile Ducroux qui se fit un nom (de cuisinière) à la Cave de Cécile, dans le 1er, où elle servait jusque l'année dernière des plats de bistrot et des vins natures. Son transfert à la Guill' ne lui a pas fait changer ses habitudes. Avec la formule du déjeuner à 17, 50€, on tombait ce jour-là d’abord sur une tartine : du pain cuit au

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Reflets du cinéma Ibérique et latino-américain : ¡ Hasta siempre el cine !

Festival | En carence de culture ibérique et sud-américaine ? Dites 33, comme la 33e édition des Reflets du cinéma Ibérique et latino-américain. Un traitement de choc à base de saveurs épicées, à l’horizon sensitif infini.

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

Reflets du cinéma Ibérique et latino-américain : ¡ Hasta siempre el cine !

Jouissant d’œuvres inédites en France et d’avant-premières prestigieuses, le festival millésime 2017 s’ouvrira sur La Colère d’un homme patient, un polar de Raul Arévalo, éclaboussant les premiers chanceux de sa récente pluie de Goya. Dans le même registre, Cent ans de pardon brillera par la présence du prolifique Luis Tosar. Beaucoup de films ne viendront pas seuls : les rencontres constituent en effet l’un des atouts majeurs des Reflets. En guise d’échanges, la brésilienne Eliane Caffé et le chilien Georgi Lazarevski parleront de leurs documentaires respectifs que sont Era o Hotel Cambridge et Zona franca sur le désarroi de la classe ouvrière. Côté fiction, Adrian Saba et Fernando Guzzoni offriront deux drames juvéniles sur fond de critique sociale : le thriller péruvien El sonador et l’anxiogène Jesus. Les sensations cannoises de l’année passée auront une seconde vie, à l’image d’

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Quand la rue Burdeau s’anime

Reportage | La rue Burdeau qui s’agite ? Cela n’arrive que cinq fois par an, malheureusement, lors du vernissage commun (ou presque) des galeries. Nous y étions le 19 janvier dernier. Récit.

Julie Hainaut | Mardi 25 avril 2017

Quand la rue Burdeau s’anime

17h30. Office de Tourisme. Nous avions eu quelques échos de touristes et de galeristes, nous indiquant que l’Office de Tourisme ne connaissait pas la rue Burdeau et ses fameuses galeries. Nous avons voulu vérifier. Sur place, nous demandons où se situent les galeries lyonnaises. « Là, autour de la place Bellecour » nous assure l’hôtesse d’accueil. Surpris, nous évoquons la rue Burdeau. « Ah oui, je crois qu’il y en a aussi » nous répond-on. Il est 17h35, la petite dizaine de galeries lyonnaises s’apprête à vernir et l’accueil de l’Office de Tourisme n’est pas vraiment au courant. 18h. Depuis l’Opéra, nous empruntons la rue du Griffon puis la Montée Saint-Sébastien, direction la rue Burdeau. Nous sommes jeudi soir, les ruelles sont animées et éclairées, les Lyonnais prennent l’apéro dans les bars environnants, probablement enjoués à l'idée de voir le week-end approcher. 18h05. Arrivée rue Burdeau. Tout est calme et sombre. L’éclairage est quasi-inexistant. La petite dizaine de galerie est ouverte, prête à vernir. Celles qui verniront plus tard (faute de disponibilité de leur artiste ou parce

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La beauté transcendée à la lumière du Réverbère

Le Reverbère | Notre beauté fixe : la nouvelle exposition collective du Réverbère annonce la couleur ; il y sera moins question de concepts que de beauté, de subjectivité, de plaisirs et d'émotions...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 31 janvier 2017

La beauté transcendée à la lumière du Réverbère

« Par ce titre, Notre beauté fixe, nous soulignons que nous parlons de la nôtre, celle qui nous ravit ! Les catégories classificatrices sans cesse en débat nous semblent s’écrouler sur elles-mêmes au vu de l’indépendance, de l’évidence magique, de ce que nous reconnaissons comme des œuvres. » écrivent Catherine Dérioz et Jacques Damez qui fêtent, cette année, trente-cinq ans de travail et de défense de la photographie à Lyon. Neuf des artistes de la galerie présentent des images inédites. Des petits personnages détourés et collés en nouveaux "collectifs" ou "familles" d'Emmanuelle Fructus, aux jeux kaléidoscopiques du canadien Serge Clément, en passant par les séduisants paysages de Pierre Canaguier. Mais c'est surtout Arielle Bonzon et ses intérieurs énigmatiques et baignés d'obscurité, et François Deladerrière et ses Bouts du monde, qui ont le plus longuement retenu notre attention. Notre beauté fixe Au Réverbère jusqu'au 29 avril

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"Fais de beaux rêves" : L’incompris et le non-dit

ECRANS | de Marco Bellocchio (It-Fr, 2h10) avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

En charge de la cession de l’appartement familial, Massimo, un journaliste, replonge dans son passé et notamment un événement le hantant depuis l’enfance : cette nuit fatale où sa mère mourut subitement, sans l’avoir bordé… Tout à la fois portrait psychologique empli de subtile délicatesse et traversée dans l’Italie des quarante dernières années, cette nouvelle réalisation de Marco Bellocchio témoigne de sa virtuosité tranquille comme de l’importance de ce mémorialiste discret. Si l’Histoire est une toile de fond (en plus d’être la “matière première” dont se nourrit le héros au quotidien), elle n’a rien d’une surface lisse : on y lit les soubresauts d’un État chahuté, marqué par les crises et les collusions entre sport, affaires, criminalité — est-ce d’ailleurs un hasard si un ancien Président du Conseil a brillé dans les trois catégories ? Alternant les séquences de passé(s) et de présent dans une construction “en lasagne”, Fais de beaux rêves accouche d’une vérité évidente pour tout spectateur, mais aussi sans doute pour Massimo : sa révélation tient de la délivrance. C’est contre ce silence qu’il a bâti son existe

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"Norm" : Qui a vu l’ours ?

ECRANS | de Trevor Wall et Xia Xiao Ping (E-U, 1h30) avec les voix (v.f.) de Omar Sy, Med Hondo, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Norm, un gentil ours polaire doué de la parole, gagne New York escorté par des lemmings indestructibles pour faire sa fête à Mr. Greene, un fourbe promoteur aux allures de baba-cool mais voulant envahir l’Arctique. Devinez qui gagnera à la fin ? Un dessin animé dénonçant l’avidité des grosses entreprises et la personnalité janusienne de leurs dirigeants, avec un sous-texte écologiste : pourquoi pas, ça ne peut pas faire plus de mal à la cause qu’un documentaire de Mélanie Laurent. Malheureusement, ce discours un peu divergent se plaque sur une forme oscillant entre le banal et le bancal — à l’instar des lemmings crétins à tout faire, épigones de Minions en moins jaunes et plus velus. Sans être déplaisant à voir, Norm ne captive pas. On a ainsi tout le loisir de tenter de reconnaître les voix des doubleurs, d’observer les arrière-pl

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À l'Opéra, des airs connus

Classique | Passage en revue des festivités prévues du côté de l'Opéra où l'on rejoue ses classiques, et de l'Auditorium qui fait tout un cirque de son réveillon.

Pascale Clavel | Mardi 13 décembre 2016

À l'Opéra, des airs connus

À l’Opéra, c’est le jeune, fougueux et futur chef permanent, Daniele Rustioni, qui officie : une soirée faite de joyeux pots-pourris, une enfilade de tubes à fredonner plus ou moins discrètement. Des extraits d’œuvres classiques et romantiques, tricotés comme un gros patchwork bien doux. Le public en aura trop et c’est bien cela qu’il cherche : le trop d’émotions, l’envie constante de bulles de champagne. Au menu, des valses de Tchaïkovski tirées pour l’une de la Belle au bois dormant, pour l’autre de la Symphonie n°5 ; des moments choisis des Noces de Figaro de Mozart et même des airs de Rossini à se pâmer. L’orchestre de l’Opéra de Lyon, sous la baguette très attendue de Rustioni, va offrir un moment tout en paillettes, tout en émotions rares et nous sortirons de là le cœur léger, le sourire aux lèvres et l’envie que le monde soit beau. L’Auditorium fait son numéro Avec ses rêves de cirque, le spectacle du Nouvel An risque de plaire aux petits, aux grands, tous confondus dans la même émotion. La salle de l'Auditorium se transforme en un immense

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John Musker & Ron Clements : « Notre défi majeur : que Vaiana soit vraiment l’héroïne »

3 questions à.... | Sur un canevas parsemé de fils clairs, les deux vétérans du plus puissant studio au monde ont brodé quelques points baroques. Ils s’en expliquent…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

John Musker & Ron Clements : « Notre défi majeur : que Vaiana soit vraiment l’héroïne »

Vaiana précise qu’elle n’est pas “princesse, mais fille de chef” ; Maui redoute qu’elle se mette à chanter… Avez-vous voulu transgresser les codes Disney ? John Musker & Ron Clements : Pour nous, Vaiana n’était pas une princesse comme les autres : elle est moderne, différente de celles que nous avons créées auparavant comme Ariel dans La Petite Sirène. Notre défi majeur, c’était qu’elle soit vraiment l’héroïne, et non pas que Maui porte le film. Elle est là pour sauver le monde. Ce film est avant tout un rite de passage à l’âge adulte, il n’y a pas d’histoire d’amour. Mais sinon, on adore la musique et les chansons ! L’animation stylisée permet par convention aux personnages de montrer leurs passions, leurs sentiments, et tout ce qu’ils éprouvent par le chant. Qu’est-ce qui a changé dans la narration et l’animation depuis vos débuts ? John Musker : Beaucoup de choses ont changé depuis 43 ans que je suis chez Disney. Je n’ai pas connu Disney personnellement, mais j’ai travaillé avec des artistes qui avaient eu cette chance et connu ses points de vue, ses techniques. En un sens, beauco

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"Vaiana, la légende du bout du monde" : l’atoll est aux petits soins

Disney de Noël | de John Musker & Ron Clements (E-U, 1h43) avec les voix (V.F.) de Cerise Calixte, Anthony Kavanagh, Mareva Galanter…( V.O.) Dwayne Johnson, Auli'i Cravalho, Alan Tudyk…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Mue d’une irrésistible envie de naviguer depuis son enfance, malgré le refus de son chef de père, Vaiana a été choisie par l’océan pour aider un demi-dieu vantard à briser une malédiction condamnant son peuple. Elle embarque donc vers l’aventure… Après la parenthèse Zootopia, retour à une formule plus “classique” de parcours initiatique pour une héroïne nantie d’un faire-valoir costaud mais benêt. Une structure éprouvée signée par les auteurs de La Princesse et La Grenouille ou La Petite Sirène, où Maui le demi-dieu affiches les sempiternelles mimiques d’ado imbu de lui-même ; où l’on subit des chansons aiguës parlant de développement personnel, et où la finesse transparente de l’image nous en met plein la vue. La vraie nouveauté, c’est l’ouverture sur un corpus légendaire océanien (l’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Orient ayant été précédemment essorés) dont le graphisme du film tire parti : les personnages ont ainsi des physionomies “australes” crédibles ; quant aux tatouages tribaux, d’ordinaire si galvaudés, ils reprennent ici leur véritable dessein en étant… animés.

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Cinéma italien : l’esprit de la Péninsule au Ciné-Caluire

Festival du cinéma italien | Portée par une poignée prodigieuse de comédiens aussi polyvalents que complémentaires (dont Sordi et Gassman) la comédie transalpine a connu à la fin des années (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Cinéma italien : l’esprit de la Péninsule au Ciné-Caluire

Portée par une poignée prodigieuse de comédiens aussi polyvalents que complémentaires (dont Sordi et Gassman) la comédie transalpine a connu à la fin des années cinquante un essor inégalé. La revisiter étant une garantie de plaisirs infinis, on souscrit bien volontiers à la proposition du Ciné-Caluire qui en programme une joyeuse sélection dans le cadre de son festival annuel. Du Pigeon (1959) de Monicelli, merveille de charme et de légèreté, au romanesque absurde de Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? (1974) de Comencini, en passant par la cruauté de L’Argent de la vieille (1972) du même Luigi — où s’illustre une machiavélique Bette Davis —, ou par la fantaisie de Il Vigile (1960) de Zampa, présenté en avant-première de sa ressortie. Un second axe sous-tend cette semaine : une mini-rétrospective Marco Bellocchio. Associé au renouveau “politique” du cinéma italien pendant les Nouvelles vagues, le réalisateur avait marqué le pas à l’orée des années 1990, mais son obstination à traiter l’histoire immédiate depuis quinze ans l’a replacé au premier plan. On reverra

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Hommage à Denis Roche : photographies d'identités

Le Reverbère | L'exposition en hommage à Denis Roche au Réverbère est l'occasion de revenir sur une œuvre photographique importante, ouvrant l'image à une multiplicité de dimensions. L'une d'elles n'étant rien moins que la trace de la fabrique, jamais définitive, d'un sujet humain.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 novembre 2016

Hommage à Denis Roche : photographies d'identités

Poète et écrivain d'avant-garde, éditeur au Seuil, photographe et théoricien de la photographie, Denis Roche (1937-2015) était un artiste complexe et ses œuvres prenaient des directions multiples, au gré de ses doutes et de ses avancées artistiques... Ses photographies, notamment, relèvent tour à tour de la spontanéité et de la simplicité, ou au contraire du dispositif mûrement réfléchi. De l'autoportrait pris dans des circonstances contingentes, aux images aux formes très travaillées... On a beaucoup insisté, et Denis Roche lui-même, sur le rapport essentiel du photographe au temps, à la mort... Gilles Mora (dans sa monographie consacrée à Denis Roche, Les Preuves du temps) dit ne pouvoir trouver comme lien entre les images de Denis Roche que « leur temporalité exorbitante ». Une angoisse existentielle qui, bien sûr, trouve dans le médium photographique la surface la plus à même de l'apaiser, mais aussi de la décupler et de la creuser indéfiniment.

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La meilleure Comedy de l'année

Pop | Six ans après son dernier album, Neil Hannon de The Divine Comedy revient avec un Foreverland tout en contraste. La simplicité structurelle de la pop y côtoie des orchestrations sublimes, et l'intimité de certains titres rencontre l'humour d'autres. Absolument divin.

Gabriel Cnudde | Vendredi 28 octobre 2016

La meilleure Comedy de l'année

Il ne porte pas de couronne ni de sceptre, mais Neil Hannon est bien un empereur. À la tête de The Divine Comedy depuis plus de 25 ans, le Nord-Irlandais règne sur un territoire immense où se rejoignent les frontières de la pop et de la musique classique. Avec son onzième album, Foreverland, ce dandy hors du temps met en place une nouvelle fois un voyage temporel réjouissant. Un voyage naïf mais pas niais, pop mais pas mielleux, intimiste mais pas égocentrique ; bref, un voyage absolument indispensable pour tous ceux qui pensaient la pop morte et enterrée depuis des années. Invoquant de grandes figures du passé pour l'aider sur le champ de bataille (Napoleon Complex, Catherine the Great), Neil Hannon remporte toutes ses campagnes. Alliant la simplicité structurelle de ses morceaux à une orchestration instrumentale monumentale, il surprend. Avec lui, ce qui pourrait sonner banal et déjà vu devient grandiose. Orchestre pop C'est bien là tout le talent de The Divine Comedy : faire de la pop un genre orchestral majestueux. La guitare côtoie un clavecin lyrique, un ensemble de cordes

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"L'Attrape-rêves" : glace et attrapes

ECRANS | de Claudia Llosa (Esp-Fr-Can, 1h33) avec Cillian Murphy, Jennifer Connelly, Mélanie Laurent…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

On était prêt à se montrer bienveillant envers Claudia Llosa. Pas parce que L’Attrape-rêves (quelle substance a donc ingéré le distributeur pour proposer un titre français aussi moisi et déconnecté du film ?) exile Mélanie Laurent au-delà du Cercle polaire, mais en souvenir de Fausta (2009), son œuvre précédente. Alors, on tient bon bravement devant cette fable new age gentiment sans objet, construite pour faire genre dans l’alternance de deux époques. D’accord, il y a Jennifer Connelly à l’écran, et la voir est toujours un plaisir, même si l’évolution de son personnage laisse dubitatif : d’abord mère d’un enfant malade allant voir un guérisseur mystique sans conviction aucune, elle se transforme — ‘cadabra ! — en guérisseuse mystique au look de Patti Smith hallucinée, incapable d’user de son don pour elle. C’est un peu l’histoire des cordonniers mal chaussés, ou de ces devins totalement myopes sur leur propre situation. Et c’est parfois pesant, quand Ci

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Ce que peut la littérature : Éric Vuillard, l'interview.

Entretien avec Éric Vuillard | Éric Vuillard trace depuis 2010 un parcours exigeant et émouvant dans la littérature française, rendant aux oubliés de l'Histoire une chair. Avec 14 juillet, il redonne vie aux anonymes ayant fait vaciller l'Ancien Régime. Bouleversant.

Nadja Pobel | Mardi 27 septembre 2016

Ce que peut la littérature : Éric Vuillard, l'interview.

Vous traitez d'un moment très précis, le 14 juillet, et pour autant, vous traitez aussi d'un mouvement dans sa durée quand « la protestation ne cessa point ». Qu'est-ce qui vous intéresse le plus ? Eric Vuillard : Il y a deux choses. Toute révolte se fait sur un fond structurel d’inégalités très fortes vécues au long cours. Évidemment que l'Ancien Régime n'est pas devenu inégalitaire d'un seul coup. Ce qu'il y a de particulier avec le XVIIIe siècle est que le taux d'éducation a monté, que la bourgeoisie est devenue puissante et surtout que pendant toutes les dernières décennies qui précédent la Révolution française, il y a des problèmes alimentaires extrêmement importants et des révoltes chroniques un peu partout en province. Et ce phénomène nouveau de la ville, de Paris, avec ses faubourgs ouvriers, des problèmes de chômage et, comme on dit aujourd'hui, de pouvoir d'achat avec une répression militaire, royale féroce. Vous employez le terme de « chômeur » et « chômage ». Est-ce que ces termes existaient à l'époque ? Oui mais c'est en effet un a

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"Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante" : les nouveaux contes du Père O.

ECRANS | Michel Ocelot enrichit de cinq nouveaux titres sa collection de contes en silhouettes initiée pour la télévision avec Ciné Si, transposée au cinéma avec Princes et Princesses. Le procédé, comme la magie, demeurent inchangés…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

On louait il y a peu la capacité du grand studio d’animation Blue Sky à se renouveler au bout du cinquième opus de la saga L’Âge de glace. Mais quel panégyrique faudrait-il composer en l’honneur de Michel Ocelot, qui poursuit sans tambour ni trompette depuis près de trente ans une série conjuguant minimalisme graphique et flamboiement visuel ? Éloge du conteur capable de broder et de renouveler une légende à partir d’une trame classique, célébration d’un imaginaire ludique et ouvert (car partagé) s’entretenant comme un muscle, la série Ciné Si dont découlent aujourd’hui ces nouveaux épisodes regroupés sous le titre Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante, mérite d’être considérée comme un classique contemporain. Un classique discret, certes, mais précieux et exemplaire dans son art de placer toutes les traditions du monde

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Benoît Jacquot fait sa rentrée à Sainte-Foy

ECRANS | D’ordinaire, on dit “au revoir et à jamais” ; au Cinéma Mourguet, c’est plutôt rebonjour avec À jamais, le nouveau film de Benoît Jacquot choisi pour célébrer la (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Benoît Jacquot fait sa rentrée à Sainte-Foy

D’ordinaire, on dit “au revoir et à jamais” ; au Cinéma Mourguet, c’est plutôt rebonjour avec À jamais, le nouveau film de Benoît Jacquot choisi pour célébrer la rentrée cinématographique autour d’une soirée événementielle et conviviale. Le réalisateur sera présent, accompagné par sa comédienne et coscénariste, la jeune Julia Roy. La projection sera de surcroît précédée d’un apéritif dès 19h offert par l’équipe de la salle. Au Ciné Mourguet le vendredi 23 septembre à 20h

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Troubles photographiques

Tout ce qu'il faut voir | Lyon fourmille cet automne d'événements liés à l'image fixe : le retour du festival Lyon septembre de la photographie, une nouvelle édition de la foire Photo Docks Art Fair, de nombreuses expositions dans des galeries... Mise au point sur ce médium qui révèle moins notre rapport au réel qu'il ne le trouble profondément.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Troubles photographiques

Au 19e siècle, l'apparition de la photographie a fichu une trouille bleue aux peintres pensant qu'elle allait les dépouiller de leur job de représentation du monde, que l'appareil allait broyer la palette et l'automatisme de la machine la main humaine... Aujourd'hui, la photographie, au sens un peu classique du tirage sur papier, apparaît presque désuète, incongrue au regard des images qui défilent, immatérielles ou presque, sur nos écrans de portables, d'ordinateurs, de télévisions... Quel est ce curieux rectangle de papier qui ose parfois encore nous apparaître en noir et blanc, qui hante les cimaises des galeries ou les vieux albums de nos aïeux ? Par un drôle de paradoxe, ce médium que l'on craignait jadis pour sa "modernité" est devenu une forme de résistance à la dite modernité des images en flux continus : sur cette mince surface matérielle, viennent se déposer un peu de temps et de lumière, se découper une portion d'espace et de réel. À l'heure de "l'accélération" (Hartmut Rosa), du "visuel" (Serge Daney), de la "vites

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Parfum de Printemps

ECRANS | de Férid Boughedir (Fr/Tun, 1h39) avec Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saïdane…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Parfum de Printemps

Si, dans les faits, la Révolution de jasmin tunisienne a commencé par une immolation à Sidi Bouzid, Férid Boughedir lui imagine des prémices plus fleur bleue. Cette manière “romantique” de reconsidérer l’Histoire immédiate peut surprendre ; pourtant, elle vaut (par l’esprit, conservons des proportions à chaque entreprise) la latitude que s’octroyait Shakespeare en relatant les guerres civiles britanniques, ou Musset lorsqu’il façonnait Lorenzaccio à partir des rivalités à la cour florentine. Parfait candide, le héros de Parfum de Printemps parcourt une capitale-cocotte-minute peu avant que Ben Ali ne soit déposé. Indifférent aux factions, imperméable aux idéologies, hermétique aux événements, le brave garçon joue pourtant à son insu (mais par amour) un rôle déterminant dans la Révolution. La fable rappelle en cela Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, en gentillet (Zied Ayadi surjoue quand Peter Sellers visait l’understatement) ; quant à Boughedir, il renoue timidement avec l’érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Mais là aussi, en plus naïf.

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DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

ECRANS | « Caramba, encore raté ! » C’est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

« Caramba, encore raté ! » C’est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le Dolby Théâtre à l’issue de la 88e cérémonie des Oscars. Régulièrement nommé depuis vingt-deux ans, le comédien semble frappé par une malédiction semblable à celle de Peter O’Toole et Kirk Douglas, jamais récipiendaires de la fameuse statuette malgré de multiples citations — obligeant l’Académie, embarrassée, à leur décerner un trophée d’honneur. Pour Leo, la série noire commence en 1994 par un second rôle dans Gilbert Grape : trop tendre du haut de ses 19 printemps, il ne fait pas le poids face au buriné Tommy Lee Jones qui emporte la mise avec Le Fugitif. Ignoré par la profession l’année de Titanic (à contrario de Kate Winslet, qui était en compétition), il revient en lice en 2005 porté par les ailes de l’Aviator de Scorsese ; mais les votants n’ont d’yeux cette année-là que pour Jamie Foxx dans Ray. Transformé en aventurier africain pour Blood Diamond en 2007, il est surclassé par Forest Whitaker qui ava

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Nature Writing : La littérature des grands espaces

ECRANS | Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Nature Writing : La littérature des grands espaces

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse, est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest — tel George Drouillard — ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, brodé sur le passé familial du trappeur pour lui donner des motifs de vengeance supplémentaires dépassant sa seule personne. Et justifié les attaques indiennes par de sombres antécédents, pour le

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The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

ECRANS | Délaissant comme Tarantino les déserts arides au profit des immensités glacées, Alejandro González Iñárritu poursuit sa résurrection cinématographique avec un ample western épique dans la digne lignée d’Arthur Penn et de Sydney Pollack. Un survival immersif et haletant mené par des comédiens au poil.

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

The Revenant : l'homme qui a vu l'ourse

Les États-Unis excellent dans l’art du paradoxe. Le pays suit avec un mixte de répulsion et de plaisir la campagne pour l’investiture républicaine menée par un populiste démagogue, ouvertement xénophobe, avide de succéder au premier chef d’État Noir de son Histoire. Au même moment, la société s’émeut de voir les membres de l’Académie des Oscars — présidée par l’Afro-Américaine Cheryl Boone Isaacs — s’entre-déchirer à qui mieux mieux au sujet du manque de représentativité des minorités visibles parmi les candidats à la statuette. Au Texas et en Californie, une muraille-citadelle gardée a été érigée ces dernières années pour préserver le territoire de toute intrusion… tandis qu’à Hollywood le cinéma sort de l’impasse en empruntant une diagonale mexicaine. Issus de familles de classe moyenne ou supérieure, Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu n’ont pas fui de misérables villages favelaesques fantasmés par les conservateurs, pour profiter des avantages supposés du système étasunien et détruire sa culture — discours identitaire faisant florès ces derniers temps. C’est même l’exact contraire qui s’est produit ; les rednecks doivent en m

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Les Tuche 2 - Le Rêve américain

ECRANS | De Olivier Baroux (Fr, 1h34) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Les Tuche 2 - Le Rêve américain

Et si le prolifique Olivier Baroux, à travers le fatras profus de sa production annuelle, cherchait à nous faire comprendre la théorie de la relativité générale ? Les Tuche 2 peut en effet se recevoir comme une illustration de la maxime « quand on le contemple, on se désole ; quand on le compare, on se console… ». Considérée isolément, cette comédie filmée à la truelle est un terrain de jeu pour acteurs de qualité aimant cabotiner et surtout peu regardants question stéréotypes. Mise en perspective — tout à coup, les mots font peur — cette suite indolore est moins calamiteuse que certaines séquelles obscènes, voire que le précédent Baroux, Entre amis. Si elle s’enlise dans un nonsense poussif, au moins s’essaie-t-elle à un registre qui n’est ni du bout-à-bout parodique paresseux, ni de l’anachronisme systématique façon Mille-et-une nuits boutonneuse. L’indifférence flasque est garantie, pas le fou-rire inextinguible. VR

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