Les Alizés toujours dans la tourmente

Bron | Une semaine après nos révélations sur la situation compliquée affectant le cinéma municipal brondillant, l’incertitude est plus que jamais à l’affiche des Alizés. Et l’inquiétude de plus en plus grande du côté des salariés, des spectateurs et des professionnels du cinéma locaux…

Vincent Raymond | Lundi 21 juin 2021

Photo : © Google Street View / Alexandre Masson


D'habitude, c'est sur l'écran que l'on voit des rebondissements rapides. Pas autour. Pourtant, aux Alizés, les coups de théâtre affectent bien les murs de la salle. Pas le bâti, non — enfin, pas pour le moment —, mais bien ceux qui font tourner ce cinéma quadragénaire. La semaine dernière, on apprenait que la Ville de Bron par la bouche de son maire Jérémy Bréaud (LR) avait annoncé qu'elle envisageait de retirer à l'association Les Amis du cinéma la gestion des Alizés (dont elle possède les murs) pour mettre l'établissement en DSP (délégation de service public). Une décision très politique qui inquiétait les salariés, sans étonner la présidente de l'association, Manon Vialle, qui évoquait même la possibilité de participer au cahier des charges permettant de lister les critères pour désigner le candidat à la fameuse DSP… sans exclure de présenter la candidature de l'association, sous réserve de possibilité juridique.

Deux jours plus tard, lors de l'assemblée générale des Amis du cinéma, la même présidente renonce pourtant à se représenter au bureau — et par voie de conséquence à un nouveau mandat de présidente. En demeurant toutefois au conseil d'administration de l'association et en désirant s'impliquer dans la vie de la salle : « je continue d'être bénévole et d'animer des séances spéciales comme celle de mercredi », nous précise-t-elle. Elle n'est pas la seule à opérer cet étonnant “retrait stratégique“ au moment où s'engage pourtant une période décisive pour la pérennité de l'esprit des Alizés : en tout, cinq administrateurs font défaut. L'association (dont les statuts prévoient que son bureau doit comporter au minimum sept membres) ne peut alors élire son nouvel exécutif, faute de candidats. Une crise de gouvernance s'ajoute donc à la crise de fond.

Que s'est-il passé durant cette réunion du mercredi 16 juin ? Selon nos informations, un membre de l'association aurait saisi l'occasion de l'assemblée générale pour demander aux salariés leur ressenti sur la période “Covid“ durant laquelle le cinéma a été fermé — une initiative mal perçue par l'adjoint à la Culture Pascal Miralles-Fomine et les membres du CA, semble-t-il. Les réponses auraient encore moins bien été appréciées puisque les salariés, après avoir exprimé leur bonheur de revoir le public et de reprendre leur travail, auraient déploré une perte de salaire : bien que le cinéma Les Alizés ait bénéficié des dispositifs d'État alloués aux entreprises touchées par les effets du coronavirus, le choix de ne pas compenser les salaires à 100% aurait été pris par le CA.

Sollicitée pour donner un éclairage sur cette décision, Manon Vialle botte en touche : « comme vous le savez, dans une association, toutes les décisions sont prises par un vote démocratique à main levée et à la majorité. Il semble que le point de vue majoritaire ait été celui-ci. La règle n'impose pas de donner une justification à une réponse, je ne peux donc pas vous répondre plus précisément. »

Quid de l'avenir ?

Face à cette situation inédite d'une association sans tête (et surtout divisée), la Ville va-t-elle avancer ses pions plus aisément ? Décider de nommer un administrateur pour un an ? Demander la convocation d'une assemblée générale extraordinaire pour procéder à un nouveau vote ? D'après nos sources, Pascal Miralles-Fomines n'a pas manqué de souligner ces frictions lors de l'assemblée générale. Il aurait en tout cas livré une information essentielle : si d'aventure des travaux (pour une extension à trois salles) ou le transfert du cinéma sur le site de La Clairière devaient avoir lieu, ce ne serait pas avant le prochain mandat municipal. Dont acte. Là encore, nous avons tenté d'obtenir de la Mairie une déclaration quant à l'ensemble de ce dossier et à cette réunion. Réponse laconique : « la ville de Bron ne fera aucun commentaire concernant ce sujet ».

Des réactions de soutien

Le spectre de la fermeture hante aujourd'hui l'esprit des salariés, employés rappelons-le de l'association. Mais aussi des spectateurs. Ainsi mardi dernier, une pétition a vu le jour en ligne, émaillée d'un bref texte : « je demande à la Mairie de Bron de renoncer à son projet de transformation du cinéma au moyen d'une Délégation de Service Public. Je souhaite le maintien de la subvention municipale à l'association Les Amis du Cinéma afin de poursuivre l'action culturelle menée pour tous les Brondillant.e.s et les habitants de la Métropole. »

À cette initiative, l'ancienne présidente Manon Vialle réagit favorablement : « tout ce qui va en faveur de ce lieu culturel qui m'est cher est une bonne chose. Cela prouve également que le travail que nous avons fait jusqu'ici est apprécié par les spectateurs car ils souhaitent, comme moi, que ce cinéma continue de vivre. » Sans préciser toutefois si elle est signataire…

Ce lundi 21 juin, c'est au tour du GRAC (groupement d'action cinématographique), réseau fédérant 71 salles art et essai en Auvergne-Rhône-Alpes « d'exprimer son inquiétude concernant la gestion à venir du Cinéma Les Alizés à Bron », rappelant à la fois son implication dans la médiation ou « la mise en place du festival Drôle d'Endroit pour des Rencontres dont on célèbrera la 30e édition en janvier prochain. » Soulignant l'importance de « l'investissement humain, financier et de temps, capital pour qu'un cinéma garde son rôle d'acteur culturel, politique et social d'un territoire », le GRAC rappelle son « rôle de veille et d'attention à ce sujet [et qu'il] se tient à disposition des exploitants, mais aussi des élus. » Cette chance de dialogue sera-t-elle saisie ?

EDIT du mardi 22 juin : nous avons ajouté les réponses de Manon Vialle transmises tardivement après publication.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Bron : un drôle de vent souffle sur Les Alizés

Cinéma | L’un des plus anciens cinémas associatifs municipaux de la Métropole risque de changer de tête et de cœur : les Alizés de Bron sont jugés pas assez rentables par le nouvel exécutif, qui souhaite transformer sa gestion en les passant en DSP. Querelles à l’Est.

Vincent Raymond | Lundi 14 juin 2021

Bron : un drôle de vent souffle sur Les Alizés

Un coup de bambou. Trois semaines tout juste après la réouverture tant attendue de ses deux salles, l’équipe du cinéma Les Alizés de Bron voit son enthousiasme douché d’un coup. Conviés mercredi 9 juin pour une réunion à la mairie de Bron, les salariés ainsi que quelques membres de l’association Les Amis du cinéma — qui préside à ses destinées depuis une quarantaine d’années — apprennent du premier édile Jérémie Bréaud (LR) la décision de retirer la gestion des Alizés à l’association. À la place, la Ville (propriétaire des murs du cinéma) a décidé d’opter pour une DSP (délégation de service public). Presque tout le monde dans la pièce tombe des nues. Sauf la présidente de des Amis du cinéma, Manon Vialle. « On s’y attendait plus ou moins, détaille-t-elle. Il y avait eu un audit en 2016 par l’ancienne majorité municipale, qui avait été mis de côté ; et là, nouvelle majorité municipale… Ils avait dit qu’ils comptaient faire un nouvel audit. On se doute bien qu

Continuer à lire

Décines : à l’Est, du nouveau

Avant-Première | La rentrée des salles se poursuit sur tous les écrans de la Métropole. Au tour des Alizés de Bron de proposer une soirée spéciale à destination de ses adhérents, avec (...)

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Décines : à l’Est, du nouveau

La rentrée des salles se poursuit sur tous les écrans de la Métropole. Au tour des Alizés de Bron de proposer une soirée spéciale à destination de ses adhérents, avec une séance mercredi 23 septembre à 19h30 du film Les Apparences et un buffet (si vous voulez y assister, bah adhérez). Toujours à l’Est, le Toboggan de Décines fait coup double avec deux avant-premières et donc deux soirées inaugurales pour cette nouvelle saison : ADN de Maïwenn jeudi 24 à 14h et Un triomphe d’Emmanuel Courcol le lendemain à 19h — un duo se parant du label Cannes 2020, au passage. Chacune des séances étant accompagnée d’une présentation des temps forts à venir pour la saison. Là, il suffit juste de prendre son billet.

Continuer à lire

Drôle d’endroit pour des rencontres à Bron

Festival | C’est un fait acquis depuis bientôt trente ans : en janvier, le rendez-vous du cinéma français est brondillant. Aux Alizées, les équipes défilent, à la rencontre (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Drôle d’endroit pour des rencontres à Bron

C’est un fait acquis depuis bientôt trente ans : en janvier, le rendez-vous du cinéma français est brondillant. Aux Alizées, les équipes défilent, à la rencontre d’un public toujours curieux (et nombreux) afin de présenter leurs nouveautés — et souvent des premiers-nés. Ce sera le cas avec le très bon film de prétoire — mais pas que — Intime conviction de Antoine Raimbault, inspiré de l’affaire Viguier, où Olivier Gourmet campe un très convaincant Éric Dupond-Moretti, de Les Drapeaux de papier signé par le tout jeune Nathan Ambrosioni avec Noémie Merlant (également présente), Christophe Lemasne pour Moi, Maman, ma mère et moi ou Romain Laguna pour Les Météorites. Quelques habituées feront le déplacement, comme Julie Bertuccelli, ici dans la veine fiction pour La Dernière Folie de Claire Darling (inaugurant le festival) ou Fabienne Godet avec Nos vies formidables — qui était venue en 2006 pour son premier long avec Sauf le respect que je vous dois. Vedette des festi

Continuer à lire

26e Drôle d’endroit pour des rencontres

ECRANS | Si l’année 2016 fut meurtrière parmi les musiciens, elle n’a pas non plus épargné les gens de cinéma : emportant le réalisateur François Dupeyron, elle laisse un (...)

Vincent Raymond | Mercredi 25 janvier 2017

26e Drôle d’endroit pour des rencontres

Si l’année 2016 fut meurtrière parmi les musiciens, elle n’a pas non plus épargné les gens de cinéma : emportant le réalisateur François Dupeyron, elle laisse un peu orphelines les Rencontres brondillantes du cinéma français, baptisées en hommage à son film Drôle d’endroit pour une rencontre (1988). Mais que cette légitime mélancolie ne dissuade personne de prendre part à la fête — au contraire ! Ramené à trois jours bien tassés, le festival conserve ce qui fait son sel et son âme : une programmation généreuse de films d’auteurs (dix longs métrages au total) présentés pour la plupart en avant-première et, surtout, par ceux qui les ont faits. Car le public des Alizés apprécie tout autant de découvrir des inédits que de converser de manière privilégiée avec les cinéastes et comédiens les accompagnants. Pour cette 26e édition, la distribution demeure prestigieuse, convoquant une figure active des six dernières décennies — le vétéran Paul Vecchiali, autour de ses deux plus récentes réalisations, Le Cancre et C’est l’amour — ainsi qu’une myriade de visages aya

Continuer à lire

Rencontrons-nous pour de Bron !

ECRANS | Cinq jours d’une extrême densité, pour célébrer le cinéma français dans la convivialité. Bien que dépourvu de compétition — ou justement parce qu’il (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Rencontrons-nous pour de Bron !

Cinq jours d’une extrême densité, pour célébrer le cinéma français dans la convivialité. Bien que dépourvu de compétition — ou justement parce qu’il fait l’impasse sur l’éprouvante course aux prix — le festival de Bron demeure parmi les plus populaires pour les cinéastes, ravis de soumettre leurs œuvres aux spectateurs sans aucun enjeu concurrentiel. Comptant 17 longs métrages cette année, sa sélection glane des films dans la production 2015 et en cueille par anticipation dans celle de 2016. Ainsi, En mai fais ce qu’il te plaît, À peine j’ouvre les yeux, Une jeunesse allemande et surtout l’excellent Les Cowboys de Thomas Bidegain bénéficieront-ils d’une nouvelle lecture ; tandis que Tempête de Samuel Collardey, Les Ogres de Léa Fehner, Médecin de campagne de Thomas Lilti ou Rosalie Blum (adapté de la BD de la Lyonnaise Camille Jourdy) signé par Julien Rappeneau feront l’objet de l

Continuer à lire