Zenzile de flous

| Mercredi 10 octobre 2007

Musique / Aussi bizarre que cela puisse paraître, et malgré leurs nombreux passages scéniques lyonnais, nous n'avons jamais dans ces colonnes accordé à Zenzile la place qu'il méritait. Pourtant, leurs trois premiers albums représentent ce qui se fait de plus percutant en matière de dub d'ici, ex-aequo avec les régionaux de l'étape, High Tone. Mais là où les Lyonnais creusent albums après albums des sillons électro et drum'n'bass, voilà que les Angevins effectuent une petite révolution dans leur musique avec leur nouveau disque : un retour organique au rock, même si cette formule mérite d'être affinée. Derrière la pochette noir de geais où une silhouette argentée et transgenre nous renvoie discrètement notre propre reflet, Living in monochrome cache en effet une ample palette de registres proportionnels au nombre conséquent de voix invitées. Car si l'omniprésence des riffs à la basse fait le trait d'union entre le Zenzile d'hier et celui d'aujourd'hui (ainsi qu'un titre clairement dub, A quest), on sent que la mutation s'effectue au gré des rencontres : quand il s'agit de faire rugir les guitares, c'est l'impressionnant David Aldermann qui se charge de mener la cavalerie au micro (All day breakfast et surtout Demon inside, qui rappelle le mythique Bauhaus) ; en revanche, quand il faut leur donner une rondeur presque disco, c'est l'inconnue K-Rol Gola qui harangue le dancefloor (Sham). Le disque est ainsi un petit exercice d'archéologie musicale libre incluant ragga et funk dans son périple, placé sous le signe général du plaisir de réinventer les genres en jouant avec. En témoigne la présence prestigieuse de ce grand mécréant du cloisonnage qu'est Tricky, toujours plus en verve quand il s'agit d'illustrer la musique des autres que de peaufiner la sienne.

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Sir Jean, Black Lyon

Portrait | Vous l’avez certainement vu sur une scène ou une autre, ces vingt-cinq dernières années : des Crazy Skankers au Peuple de l’Herbe, en passant par Meï Teï Shô, Sir Jean a été le frontman de quelques-uns des groupes les plus importants de la ville. Le Sénégalais revient cette semaine avec le NMB Afrobeat Experience.

Sébastien Broquet | Mardi 19 avril 2016

Sir Jean, Black Lyon

C’est par accident que tout est arrivé, dit-il en contant l’anecdote l’ayant amené à se saisir d’un micro la première fois. L’on parle de sa carrière de chanteur protéiformes ; même si carrière est un mot bien inapproprié pour cet homme voguant au gré des rencontres, attiré par ses semblables et toujours tourné vers l’Autre. Si pour certains cela pourrait se traduire par une forme de dilettantisme, lui n’en a cure : il a croisé sur sa route nombre de ses héros, dont l’un, le batteur de Steel Pulse, Steve "Grizzly" Nisbett, lui fit changer son regard au moment opportun. C’était avant un concert des Crazy Skankers, ce groupe de ska précurseur en France. Jean Gomis insista pour aller voir ce grizzly qui l’impressionnait tant, à défaut d’assister à son concert prévu en même temps que celui des Skankers. Il lui demanda un conseil, un seul. Steve Nisbett lui griffonna sur un bout de papier : « Love what you do. » Le papier mit longtemps à quitter la poche du chanteur, le conseil l’habite encore aujourd’hui. Car Jean Gomis, alors, n’en voulait pas de cette carrière de chanteur qui se profilait, même s’il adorait sa bande de potes bien Crazy. Lui, arrivé en F

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Le novo dub, l'autre French Touch

MUSIQUES | Au mitan des années 90, une petite bande de Parisiens se prend dans le casque la house de Chicago, relecture robotique de la great black music des années (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 décembre 2014

Le novo dub, l'autre French Touch

Au mitan des années 90, une petite bande de Parisiens se prend dans le casque la house de Chicago, relecture robotique de la great black music des années 50 à 70 (soul, funk, disco), et en décline une version française qui deviendra le premier produit d'exportation musicale du pays. L'histoire est connue, jusque dans ses détails les moins glorieux depuis que Mia Hansen-Løve a entrepris de raconter avec Eden la face cachée de ce safari lunaire – pour reprendre le titre de l'un des disques emblématiques du mouvement. A la même période, se fomente une autre révolution à la française, souterraine celle-ci, au moment où des musiciens d'obédience rock se mettent en tête de faire éclater les nuages psychotropes du dub en des orages instrumentaux. Leurs groupes se nomment High Tone, Zenzile, Kaly Live Dub, Brain Damage ou encore Lab° et, les pieds ancrés au sol pentu de la Croix-Rousse (là où le label Jarring Effects gravera ses initiales dès 1993) mais les oreilles tournées vers Londres, ils ont sondé l'univers des basses fréquences bien avant qu'il ne devienne l'Eldorado de la musique électronique. Cette French Touch-là, aucun cinéaste ne l'a encore

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Quel Damage ?!

MUSIQUES | High Damage, comme son titre l'indique, c'est la rencontre, sous l'égide Jarring Effects, le choc, entre High Tone et Brain Damage. Ne pas s'attendre (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Quel Damage ?!

High Damage, comme son titre l'indique, c'est la rencontre, sous l'égide Jarring Effects, le choc, entre High Tone et Brain Damage. Ne pas s'attendre pour autant à pertes et fracas, ni à des «damage» collatéraux dévastateurs. D'une part, parce que High Tone est habitué de ce genre de duel amical labellisé «In a dubtone session» (Kaltone avec Kaly Live Dub, Zentone avec Zenzile...). D'autre part, parce qu'on est ici dans le clash, le crash, mais au ralenti, tout en infra-basses et rythmique electro-dub traîne la patte, le tout rehaussé de filtres sur les voix, échos, reverbs et clins d'œil world jusqu'au moyen et même à l'extrême orient. Qu'est-ce qui fait dès lors que l'on reste assez imperméable à ce bon disque d'électro-dub ? Le fait qu'il soit sans surprise ? Le fait qu'il soit répétitif par essence autour de sa base électro-dub ? Le fait que le genre ait quelque peu fait son temps et vieillisse assez mal (ou est-ce nous ?) ? Le fait qu'il n'y ait guère dans ce genre précisément de juste milieu entre une musique d'ambiance à écouter chez soi en comatant, ou en live, secoué de basses et emporté par la houle ? Pour le tenants de la seconde option, ça se passe au

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Vitrine de choc

MUSIQUES | Musique / En avril, le festival Electrochoc remettra le couvert d’une programmation friande de melting-popote. En guise de before précoce (ou d’after (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 3 décembre 2009

Vitrine de choc

Musique / En avril, le festival Electrochoc remettra le couvert d’une programmation friande de melting-popote. En guise de before précoce (ou d’after tardif, c’est selon), la scène des Abattoirs a déjà convoqué les Angevins de Zenzile, samedi 12 décembre, pour nous offrir un échantillon représentatif de ses goûts artistiques. Un groupe qui, comme sur l’affiche du festival, ne table pas sur la redite ni sur l’application d’une recette qui fait tilt, mais plutôt sur le dosage variable d’ingrédients qui font allègrement sauter le couvercle des marmites. Décloisonner le dub avec un doigt de punk, déverrouiller la pop avec une louche de world, émulsionner l’électro en lui associant un soupçon de folk… Toutes les saveurs du grand Moulinex sonore se retrouvent au menu d’Electrochoc comme sur le dernier album de Zenzile, le popisant ‘Pawn Shop’. Autant les précédents ‘Modus Vivendi’ et ‘Living In Monochrome’ avaient pris leurs auditeurs par surprise en mettant les bouchées doubles sur le rock, autant ce dernier volet laisse poindre de nouveaux hybrides dans la tambouille «pop dub» du quintet : cordes et claviers prennent les rênes de titres comme ‘Motorbremsen’, tandis que l’électro-punk d

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