Et l'âne vit l'ange

| Mercredi 18 juillet 2007

Musique / Sur la chouette pochette de ce deuxième album solo, Fabio Viscogliosi met en scène son alter ego fétiche : un âne à la coule en veston et pantalon de tweed, indifférent au tsunami (vaguement apparenté à Hokusaï) qui va l'engloutir. Et accessoirement éteindre sa cigarette. De quoi gloser, peut-être un peu bêtement, sur un artiste têtu comme une mule, bien décidé à faire son chemin contre vents, marées et tsunamis de toutes sortes. Quitte, ça le regarde, à choper un cancer des poumons et à se mouiller. Ou même à nous faire craindre le pire en chantant en italien : cette langue, musicale par excellence, qui ne nous avait offert jusqu'ici que des gondoliers rossignolant ou le romantisme quatre fromages d'un Toto Cutugno. En se glissant dans ce costume linguistique et atavique (comme sur le précédent Spazio ou avec The Married Monk), Viscogliosi a pourtant trouvé un moyen de se dégager d'influences nécessairement anglo-saxonnes et inévitablement pesantes : le Brian Eno d'Another Green World, Jonathan Richman (Astro di Gomma, très Modern (mais néanmoins latin) Lovers) ou encore Robert Wyatt. De ce dernier, il réchappe cette mélancolie étranglée, entre dissonance lo-fi et distinction loufoque. Et, chose rare, renvoie la sophistication à une pulsion brute et primaire, tendue et résignée comme sur Lago, cousin de Dominique A(ne). Une geste à l'économie qui évoque le cadre racé mais sauvage du western spaghetti, en fantasme les codes comme jadis les Shadows avec leur légendaire Apache (Fenomeno et Nostalgia ont le (re)verbe chevrotant d'une mule ensablée). Botte italienne, santiag vernie ou sabot martelant, Fabio laboure ainsi un terreau folk linguistiquement modifié qui des grands espaces fait jaillir l'intime, tout aussi infini. Comme sur le sublime Il Nostro Caro Angelo, reprise de Lucio Battisti avec le Blonde Redhead Amedeo Pace, quand cet âne bâté, pas prêt d'être battu, finit, comme dans le titre d'un roman de Nick Cave, par voir un ange passer. Stéphane Duchêne.«Fenomeno» (Microbe)

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Caro Fabio

MUSIQUES | Entretien / Dessinateur, écrivain et chanteur, Fabio Viscogliosi sort un très beau deuxième album de folk-songs chantées en italien, langue mélancolique qu'il utilise pour communiquer une nostalgie d'un temps qui n'existe pas. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 juillet 2007

Caro Fabio

Petit Bulletin : Qu'est-ce qui s'est passé pour toi entre le premier et le deuxième album ?Fabio Viscogliosi : Beaucoup de choses, dans ma vie personnelle comme dans mon travail. Effectivement, on m'a fait remarquer qu'il s'est passé un certain nombre d'années entre Spazio et Fenomeno, mais en même temps je n'ai pas vu passer ce temps-là. D'ailleurs, il y a des morceaux de ce deuxième disque qui ont été enregistrés assez vite après le premier album, et logiquement, j'aurais déjà pu sortir un disque, il y a trois ans. Tu avais obtenu une bourse pour un roman, non ?Oui, il est terminé, mais j'ai écrit un autre texte qui va probablement sortir l'année prochaine. Ça s'appelle La Grande Forme, c'est une autobiographie au sens très large, puisque je raconte ma vie à travers celle de tous mes pères spirituels, ceux qui m'ont influencé. Ça va de mon vrai père jusqu'à Bob Dylan. Sinon, une grosse partie de mon travail a été révélée récemment par des expositions, il s'agit de dessins et de sculptures. J'ai l'impression d'avoir œuvré pendant cinq ans en ermite et de me retrouver avec une somme de matériaux très divers. Tu chantes en italien, qui est la langue

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