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MUSIQUES | Musique / L'Épicerie Moderne se fait épicerie fine en accueillant Terry Callier, pionnier de l'hybridation folk américaine. L'occasion de (re)découvrir un artiste culte. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Mercredi 4 avril 2007

Dans les années 80, The Young Ones, une série anglaise quasi inconnue en France, fait passer à la postérité cette phrase prononcée par Neil, un jeune hippie déprimé : «Je me sens comme un disque de Leonard Cohen, personne ne m'écoute jamais». L'étape suivante avant la détresse absolue serait probablement de se sentir comme un disque de Terry Callier. Car s'il est une discographie qu'on imagine plus soumise à l'indifférence du nombre que celle de Cohen, c'est bien la sienne, pourtant d'utilité publique. C'est en 1964 qu'arrive de nulle part (et aussi un peu de Chicago) The New Folk sound of Terry Callier, chef d'œuvre ombrageux et extatique, truffé de traditionals américains et pas très éloigné des productions à venir du séraphin Tim Buckley. Dans cette première moitié des années 60 où la pop music bâtit de solides fondations mais où les panthéons restent à bâtir, Callier pose une pierre importante. Il a alors 18 ans et une voix prodigieuse, entre Buckley, Elvis et le timbre déchiré des conteurs des champs de coton. C'est avec cette voix unique que Callier adjoint au folk, alors trusté par des petits blancs encanaillés dans la contestation (Joan Baez, Bob Dylan, Pete Seeger), ce qu'il faut de blackitude, de jazz, de soul, de blues. En réalité, imprégné d'une amitié d'enfance avec Curtis Mayfield et d'un culte voué à Coltrane, Callier ne se cantonnera jamais à un genre unique : bluesman quand on le croit folkeux, pop quand on le veut jazzy, et capable en un seul titre, Dancing Girl sur What Color is Love (1973), de visiter en express l'Histoire de la musique, sans qu'à aucun moment, il ne nous rende visible la moindre couture, le raccord le plus ténu. Le chant de Callier apparaît ici pour ce qu'il est : universel. Retour sur scèneÀ l'orée des années 80, il arrête pourtant la musique pour s'occuper de sa fille, prend un job d'informaticien, retourne à la fac, délaissant un business que son intégrité et sa timidité ont toujours tenu à distance. Pendant douze ans, plus personne n'en entend parler, ni n'écoute ses disques. Jusqu'à ce qu'un label anglais, Acid Jazz Records, ne vienne le chercher dans les années 90 pour un retour sur scène à Londres. Profitant de l'aubaine, Callier se montre capable de produire à près de 60 ans des disques vibrants comme Timepeace (1998) ou Speak your peace (2002), de livrer des lives proches de la transe ou de faire se pâmer la jeune génération, de Beth Orton à Massive Attack, en venant feuler sur ses galettes branchées ou en prêtant son œuvre au jeu des remixes (Total Recall, 2003). Terry Callier accède donc sur le tard au statut d'artiste culte soudainement réhabilité par la postérité, qui plus est, la chose est rare, de son vivant. Et alors que ses albums furent introuvables pendant des lustres, cet ex-retiré des affaires, sourd aux sirènes du succès, n'a sûrement jamais autant fait recette dans les bacs.Bose Blue Note FestivalÀ l'Épicerie Moderne Du 29 au 31 marsTerry Callier + Jamie Woon + MathisLe vendredi 30 Mars

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