Plis intérieurs

MUSIQUES | Danse / Yuval Pick présente sa nouvelle création, Look white inside, sondant les tréfonds du corps et de l'inconscient. Il y découvre aussi bien des forces terriennes et brutes, qu'aériennes et délicates. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 14 février 2007

Place au corps. Dire le corps, ses possibles, ses agencements. Etre au plus près de lui. Lorsque le chorégraphe Yuval Pick parle de ses créations, il emploie un vocabulaire physique (au sens des sciences physiques), chimique et organique : des forces, des champs de force, des polarités, des rencontres entre danseurs comme des chocs entre particules, des transformations et des transmutations d'un état du corps vers un autre, des précipités... «Je voudrais dévoiler les structures communes au genre humain au travers du corps, de ses réactions. Presque organique ou physique au sens scientifique du terme, mon travail interroge les processus de construction de nos individualités, de nos relations aux autres et à notre environnement», écrit-il. Cette approche abstraite de la danse (au sens où la théâtralité, l'expressionnisme, la psychologie et la narration sont évacuées au profit d'un dispositif physique concret, d'une logique de la sensation) est commune aujourd'hui à bien des chorégraphes : on pense en particulier au Suisse Thomas Hauert que l'on a pu découvrir récemment à la Maison de la Danse avec sa pièce Modify, rien moins qu'un chef-d'œuvre et l'un des plus grands moments de danse contemporaine vécus à Lyon ces derniers temps. Danse de particulesOn souhaite à Yuval Pick la même réussite. Le chorégraphe d'origine israélienne, qui a créé The Guest Compagny à Lyon en 2001, a déjà une belle carrière derrière lui : danseur auprès de Ohad Naharin, Tero Saarinen, Russell Maliphant ; et auteur déjà d'une dizaine de chorégraphies. Il présente au Toboggan Look white inside, pièce pour cinq danseurs autour de l'idée de l'intériorité physique et inconsciente qui traverse chacun de nous. Ses cinq interprètes («cinq forces», dit Yuval Pick) évoluent sur une immense toile de papier blanc qui est froissée, pliée, soulevée, secouée de vagues : comme une toile du peintre Simon Hantaï dont les danseurs seraient les pigments et qui se ferait l'écho de «différents volumes, densités, couches». Page blanche et surface de peau où se dévoilent les plis intérieurs des danseurs, ou au contraire y disparaissent. Yuval Pick joue ici d'oppositions et de contre-points : entre le noir et le blanc, entre des mouvements rugueux, chaotiques, mal dégrossis, et d'autres plus fluides, précis, harmonieux... Tel ce très beau duo entre une fille et un garçon, tout en rotations, mouvements coulants l'un dans l'autre, la jeune fille pivotant sous, derrière son partenaire, grimpant même d'un pas félin sur son dos... La chorégraphie se déploie parallèlement à une bande son électro-acoustique originale : musique organique faite de couches successives et évoquant parfois des sonorités animales comme des choses cachées et secrètes, des sensations profondes. Autant de plis intérieurs qui font par la danse surface : avec force, hoquets et tremblements, ou bien de manière déliée, étale et souple. Yuval Pick, Look white inside Au Toboggan à Décines, du 7 au 9 février

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