Les Nouvelles stars

MUSIQUES | Musique / Les clichés ont la vie dure. Lyon, capitale des goals, est surtout connue pour son saucisson et son dub sauce électro. C'est oublier un peu vite que la ville regorge de talents qui préfèrent les idées aux idées reçues. Pop, folk, jazz, hip-hop : panorama de la cuvée émergeante 2006.

| Mardi 3 janvier 2006

The Green OliveAu début de l'année, nous vous invitions dans ces colonnes à suivre de près ces «quatre garçons dans le vert». Ceux qui y sont parvenus doivent être quelque peu essoufflés. Car après avoir livré un copieux premier album, remporté l'édition 2006 de Dandelyon (aux côtés des excellents et plus expérimentés Vale Poher et King Kong Vahiné) et sévi lors de premières parties un peu classe (Hyperclean, Rhésus), les Olives Vertes ont entrepris ni plus ni moins qu'une mini-conquête du Monde. Études entre parenthèses, une tournée sans fin pouvait débuter en septembre : de Paris à Barcelone, de Liverpool (la Cavern of course) à Séville, de Blackpool à... Toulon. Avant une apothéose yankee en cette fin décembre (Boston, Manhattan et Brooklyn). À quoi carburent les Green Olive ? À la nourriture en tubes essentiellement, dont leur disque et leurs concerts euphorisants sont truffés, hymnes rock indélébiles (le désormais classique Sorrow) ou pochade qui font pop à l'ouverture (le sémillant It's Alright rappelant l'effet saut du lit du tonique Wake Up ! des Boo Radleys). Si les Green Olive étaient parisiens, ils flanqueraient des roustes aux petites frappes en bottines de la nouvelle scène Biactol rock (Naast, Second Sex...) dont la hype parisienne est si fière. Faute d'Olive on mange des merles, paraît-il. SDMusic Is Not Fun Si vous demandez au petit peuple pop à qui lui fait penser Music Is Not Fun, buzz rock du moment, il y a une chance sur un million que quelqu'un vous réponde : «Alfred de Musset, grave !». Pourtant, comme Alfred avec l'Amour, les MINF ne badinent pas avec la pop, discipline bien trop sérieuse pour être traitée avec légèreté. D'où ce nom brandi comme une devise. Devise qui en cache d'ailleurs une autre : la Livre Sterling. Ils sont nés en France, certes, c'est pas de chance, mais leur cœur est Anglais et plutôt fan des 60's : George Best, les Kinks, la Mini, Twiggy, les Mods se castagnant avec les rockers sur les plages de Brighton, tout ça. Syndrome Austin Powers ? Plutôt Kinksmania. Connaissant la musique, ils ont appris par cœur leur Ray Davies illustré et les meilleures recettes de cuisine au Blur. Le résultat se consomme en concert ou sur le très efficace maxi 4-titres In Mods we trust (Back to Mono/Phat Studio), mise en bouche idéale avant un album prévu pour 2007. En attendant, c'est promis, une tournée mondiale en Austin Mini. SDBenjamin Fincher Il y a deux ans, une grande main innocente nous avait glissé quelques démos d'un dénommé Benjamin Fincher, jeune inconnu au patronyme hollywoodien. On apprendrait plus tard (mais c'est un secret) que ce Fincher-là n'est pas une personne mais un trio gravitant dans la galaxie folk-rock de Selar. Après une série marathon d'impeccables concerts automnaux, Benjamin Fincher sort à l'instant le maxi Sea Songs (lancement officiel le 25 janvier au Voxx), produit par Scalde et riche de bien des promesses. On ne sait si Sea Songs est un hommage à Robert Wyatt. Ce qui est en revanche certain, c'est que la musique gracile de Benjamin Fincher arpente une terre peuplée de fantômes plus que fréquentables : lande écorchée d'Elliott Smith, bois fleuris de Tim Buckley. Comment ne pas leur être reconnaissants d'importer de tels paysages à Lyon ? SDKarlit et KabokUn fou furieux de hip-hop et un pianiste traceur de grosses lignes rock, ça donne un duo qui a du mal à se mettre d'accord sur ce qu'il fait: «c'est pas du rap!» hurle le premier en entrant sur scène, «si, si, en fait c'est du rap!», réplique l'autre sur le même volume sonore. Un couac qui annonce leur musique comme un mélange des genres loin d'être nouveau mais tout à fait maîtrisé. Dans la veine de Stupeflip, Karlit et Kabok saluent aussi dès les premiers souffles leurs aînés de TTC, avec la bonne distance pour garder un style propre, déjanté et en devenir. Le public, dérouté, attend pour voir s'ils finissent par s'entendre, et la magie guignolesque du duo opère. Sur scène, la toile électro se fait complètement dévorer par des flows à deux balles (ceux du titre J'ai pas de sous détiennent la palme), crachés dans le micro comme une dent cassée. Assumée et revendiquée : la stupidité. Karlit et Kabok ont bien décidé de faire du show gras et plus ou moins humoristique un nouvel étendard de la scène underground. Issus de cette scène free party régionale, ces jeunes trentenaires (ou quasi) entament déjà des tournées à rallonge, et briguent en outre le prochain tremplin du printemps de Bourges. Leur premier album, encore dans les tuyaux devrait voir le jour au printemps 2007. DDDocteur LesterCe sont eux, les heureux vainqueurs, la révélation du tremplin 2006 du réseau régional Suivez le jazz. Ce très jeune brass band constitué de trois trompettes, deux trombones, un euphonium, un tuba et une batterie, a fait mouche avec des reprises toutes personnelles de Led Zeppelin ou Nirvana. Mais c'est encore dans ses propres compositions que Dr Lester fait son meilleur jazz. Dans un style encore scolaire, les souffleurs font oublier l'aspect «grosse cavalerie» des ensembles de cuivres, grâce à une énergie fusante et un batteur étonnant. Un premier album est prévu pour février 2007, où Dr Lester rend hommage au musicien de génie qui lui a inspiré son nom, le trompettiste américain Lester Bowie. DD

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