Deux visages de Neil Young

Christophe Chabert | Vendredi 13 juin 2008

Cinéma / Deux films majeurs ont immortalisé les concerts de Neil Young : Year of the horse de Jim Jarmusch en 1997 et Heart of gold de Jonathan Demme dix ans plus tard. Pourtant, difficile de juxtaposer ces deux documentaires tant, à une décennie d'écart, ils dessinent deux visages complètement différents du musicien. Cela est sans doute lié à la personnalité des cinéastes qui le filment… Mais même Young, entre sa tournée marathon qui l'emmène à travers l'Europe et les États-Unis au mitan des années 90 et ce beau concert intimiste à Nashville donné quelque temps après la sortie de Prairie wind, est passé du stade de chien encore fou à celui de vieux sage.
Year of the horse montre un Neil Young rock, entouré de son groupe (Crazy Horse), saisi en une multitude de fragments captés sur tous les supports d'images disponibles (Super 8, 16 mm, vidéo…), laissant la parole à ses collaborateurs… Jarmusch, fidèle à lui-même — mais aussi à Young, qui lui avait composé la musique de Dead Man, fondamentale pour la réussite du film — a écrit son documentaire comme un travelling latéral, une promenade avec Neil Young sur les routes et dans les salles, toujours en mouvement et dans l'action.
À l'inverse, Demme le montre assis devant une toile peinte représentant un paysage entre John Ford et Norman Rockwell, une petite maison, une grande prairie, un ciel bleu azur… Le réalisateur va donc se concentrer sur le visage de Neil Young, figure eastwoodienne dont chaque pli semble représenter une blessure ; le voilà seul face à sa musique, même quand des guests viennent opportunément lui prêter main forte. Le rock s'est transformé en country music mélancolique, les ombres n'ont plus besoin du noir et blanc jarmuschien pour envahir l'écran. Ce sont celles de l'Amérique, encore traumatisée par le 11 septembre et ses conséquences, hantée par les fantômes des soldats morts en Irak. À l'euphorie de Year of the horse répond la bouleversante gravité de Heart of gold, probablement un des plus beaux films-concerts jamais réalisé. Reste un point commun : ni Jarmusch, ni Demme ne cherchent à percer le mystère de Neil Young, mais plutôt à magnifier cette surface généreuse, célébrant l'intégrité d'un artiste unique et loin des modes.CC

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10 concerts à voir en juin

MUSIQUES | En attendant d'entrer pleinement dans la saison des festivals, voici dix concerts à ne pas louper dans la ville.

Stéphane Duchêne | Lundi 13 juin 2016

10 concerts à voir en juin

Billie On l'avait laissé sur un Baiser, on la retrouve sur un French Kiss. Le Baiser, c'était son premier album d'étrange chanson française d'obédience krautrockeuse et conteuse. Le French Kiss, c'est ce moment de retrouvailles traditionnellement organisé par le Club Transbo pour fêter la sortie (ou la release comme on dit en étranger) d'un album ou d'un EP d'un ami du coin. Là c'est un EP, Nuits Aquatiques produit par Erotic Market en mode plus r'n'b et plus coulant, quoique. Comme il se doit l'affaire se joue gratuitement sur réservation avec pléthore d'invités surprises. Au Club Transbo le mercredi 15 juin Neil Young & Promise of the Real Au rythme où ça va, gageons que Neil Young est parti pour enterrer tous ses pairs. Le fait qu'il est l'un des derniers de sa génération à sortir des albums dignes de ce nom — pas toujours, l'avant-dernier n'étant pas une réussite — et porteurs d'une capacité de régénération plutôt hors du commun. DHEA ? Non, enthousiasme, car Neil pr

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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Neil Young à Tony Garnier

MUSIQUES | La dernière fois que le Loner a joué à la Halle Tony Garnier, en 2008, il avait fait montre d'une vista qui ridiculisa par avance la prestation du (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 18 décembre 2015

Neil Young à Tony Garnier

La dernière fois que le Loner a joué à la Halle Tony Garnier, en 2008, il avait fait montre d'une vista qui ridiculisa par avance la prestation du cacochyme Bob Dylan deux ans plus tard en ce même lieu. Au beau milieu d'un morceau, Young s'était même étalé de tout son long en trébuchant. N'importe qui se serait brisé le fémur, lui continua comme si de rien n'était sans oublier une note. Il a depuis conçu des albums dispensables (et aussi un étrange lecteur mp3 en forme de Toblerone). Mais Young le reste Forever. On ne manquera pour rien au monde son retour à l'occasion du Rebel Content Tour, le 15 juin. Lui Rebel, nous contents. Mise en vente des places dès cette semaine.

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Old Folk(s)

MUSIQUES | D'un côté, à Fourvière, le revival de l'âge d'or hippie avec le trio Crosby, Stills & Nash, de l'autre, à Vienne, le rock épileptique de Neil Young et sa fidèle machine de guerre Crazy Horse. Le tout à un jour d'intervalle. Etrange coïncidence quand on sait à quel point ces quatre frères de sang folk rock sont à jamais liés. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 juillet 2013

Old Folk(s)

Ensemble ou séparément, David Crosby et Stephen Stills les Amerloques, Graham Nash l'Anglais et Neil Young le Canadien ont écrit quelques unes des plus belles pages de l'histoire du rock. C'est avec Stephen Stills, rencontré au Canada et retrouvé à Los Angeles au hasard d'un embouteillage, que les choses démarrent réellement pour Neil Young. En 1966 les deux fondent, avec Richie Furay, Richard Dewey et Bruce Palmer, Buffalo Springfield, dont résonnent à jamais les notes de For What It's Worth (éternel hymne hippie) et Mr Soul. Si Stills tire les ficelles, déjà le talent de Young est immense. Surtout, on le constatera plus tard, il est bien plus doué que Stills pour ne pas le gâcher. Lorsque le groupe se sépare après dix-huits mois, trois albums et quelques clashs, Stills rejoint deux types qui ont déjà goûté à la gloire : David Crosby avec les Byrds et Graham Nash de l'autre côté de l'Atlantiqu

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Let's folk !

MUSIQUES | Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2013

Let's folk !

Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne. D'abord, autour de l'ouvrage Folk et Renouveau (Le Mot et le Reste), publié en 2011 par Bruno Meillier et l'immense Philippe Robert : une plongée dans pas moins de neuf décennies d'americana, d'Harry Smith à Bon Iver, en passant par les incontournables Dylan, Donovan, Young, Jansch et consorts pour comprendre non seulement d'où elle vient mais également où elle va. À ce titre, il sera aussi utile d'aller à la rencontre de Yann Tambour, alias Stranded Horse, petit gars du Cotentin bercé au rock anglais et toqué de kora, instrument traditionnel mandingue dont la pratique est traditionnellement réservée à la caste des griots mais dont il fait son miel en même temps qu'une drôle de tambouille, entre folk, musique africaine et pop anglo-saxonne. Sur le sublime Humbling Tides, il reprenait par exemple

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