Danger, haut voltage

MUSIQUES | Plusieurs personnalités artistiques cohabitent chez Franck Rivoire : un musicien à l'univers foisonnant, un graphiste habité et un adolescent féru de jeux-vidéos. En regroupant les trois, il se fait appeler Danger, avance masqué et génère un buzz énorme partout où il passe. Antoine Allegre

Jerôme Dittmar | Lundi 30 juin 2008

Franck Rivoire est un tantinet jet-lagé. La semaine dernière, celui qui se fait appeler Danger sur scène a joué deux fois à New York dont une date au mythique Webster Hall, impressionnant club sur plusieurs étages où Al Capone avait ses petites habitudes nocturnes.

C'est désormais la branchaga new-yorkaise qui squatte les bancs de ce lieu où Danger a livré chaud son live de haute volée à une foule comme happée par ses atmosphères étouffantes et rassérénées. C'est désormais plus qu'un océan qui le sépare de son enfance à la cambrousse, du côté de Saint-Chamond à quelques encablures de Saint-Étienne. "Une jeunesse sans scooter, ni jogging Ellesse", se plaît-il à dire. Pour être cool, "j'ai été obligé de faire de la musique". Ce gamin réservé découvre d'abord la musique grâce aux bandes originales de films et aux thèmes de jeux vidéos. "J'aime le concept du jeu vidéo : être seul dans sa chambre, être l'unique maître à bord". Manette de Megadrive en pogne, il s'évade, subjugué par les ritournelles entêtantes de ces premières aventures en 8-bits aux couleurs baveuses.

Après huit années de solfège et des études de saxophone, il laisse tomber le côté organique de l'instrumentation le jour où, chez un pote, il touche pour la première fois de sa vie un synthétiseur analogique. "Je suis aussitôt tombé amoureux de la machine. J'ai pris part à quelques expériences de groupes : de la pop, du jazz, de la chanson française… À chaque fois, elles ont été d'assez courte durée ; musicalement je suis d'un naturel assez totalitaire (rires). Ça marche mieux seul". Une aubaine aux vues de son amour grandissant pour la musique électronique. Sa passion pour les jeux vidéos des années 80 et 90 le conduit tout naturellement vers une cheap music ultra synthétique "avec le moins de mélodie possible". Quelque chose d'antidaté qui guiderait les pas du héros en pixels dans un univers grouillant. Son aventure intérieure prend forme.

Pop culture

Même s'il aime son adolescence à Saint-Chamond dans ce "micro climat ouvrier, la saine atmosphère d'une ville prolétaire", ce fou de l'image s'évade à Lyon pour suivre des études en graphisme. À cette époque, Franck commence à se lasser du côté aride de ces morceaux et décide de se lancer dans de la composition audible. "Je voulais composer quelque chose fait pour les gens qui connaissent la culture jeux vidéos. Je ne voulais pas que ce soit purement élitiste. Je ne côtoyais que des architectes, des créatifs qui sont constamment à la recherche de concepts. Je suis comme eux et par-dessus tout j'aime la pop culture".

L'étudiant graphiste agrandit son home-studio : "trois ordinateurs branchés en même temps, dont un Amiga vintage, pas mal de programmes, quelques synthétiseurs et du matériel délibérément obsolète". Il y a maintenant deux ans, un jour où il s'ennuie ferme durant un de ses stages d'étude, Rivoire se crée une page myspace dans laquelle il injecte quelques-unes de ses productions "vieilles d'un an", un son étrangement actuel à l'heure où l'électro se maximise. Ça sature de tous les côtés. Les nappes sont inquiétantes, les mélodies accrocheuses. Le rythme claque très fort. C'est un univers luxuriant, charnel et décomplexé que tisse Danger, personnage trouble qui avance masqué. Il assimile toutes les références et leur met un puissant coup de fouet. "Mes maîtres à penser ? Difficile à dire. Je vois bien les éditeurs de jeux vidéos Capcom et Konami, les réalisateurs Steven Spielberg et Stanley Kubrick, Goethe, Jean Michel Jarre, Herbie Hancock, Jean-Sébastien Bach, les compilations Thunderdome… (rires)" Il avoue avoir un gros faible pour John Carpenter, un homme de cinéma "capable de tout faire, tout seul, de filmer et d'élaborer la bande originale de ses productions".

Le succès est quasiment immédiat. Plusieurs milliers de personnes écoutent ses productions chaque jour. À tel point qu'une jolie tripotée de labels électroniques américains, à peine quelques semaines après la mise en ligne de sa musique, tendent l'œil et l'oreille. "J'ai toujours fait de la musique électronique sans jamais avoir vraiment pensé à me lancer là-dedans". C'est loupé. Passablement surpris par toute cette attention, "je n'ai contacté qu'un seul label avec qui j'ai musicalement des atomes crochus : les Parisiens d'Ekler'o'shock. Je leur ai envoyé un mail et une boîte de Quality Street. Une semaine plus tard, je recevais dans ma boîte aux lettres au contrat pour signer mon premier maxi chez eux". Le disque sort le 14 septembre et s'intitule 14/09/2007. Étonnant, non ? En constante ébullition (il enchaîne les dates de concert partout dans le monde, agence bon nombre de remixes), Danger prépare un deuxième maxi assorti à un son tout premier clip, prévu pour la rentrée 2008.

Danger
1984 : Né à Saint-Chamond, en Loire.
1990 : Sa mère lui achète un ordinateur Amiga pour parer à l'échec scolaire.
1991 : On lui offre une Playstation. Il entame un échec scolaire.
Septembre 2007 : Sortie de son premier maxi chez Ekler'o'shock intitulé 14/09/2007.
Mars 2008 : Une de ses dates préférées : la soirée Local Heroes à la Plateforme (Lyon).
Août 2008 : Danger joue au Pantiero Festival de Cannes.

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Protomartyr de la cause

Rock | Dans une ville où le rock a toujours sonné différemment du reste de l'Amérique, Protomartyr fouille à grands coups de post-punk fracassant les décombres d'un Détroit économiquement rétamé. Et questionne, non sans émotion, la chute de l'Amérique toute entière dans les bras de Trump.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Protomartyr de la cause

Dans le documentaire de Jim Jarmusch Gimme Danger, Iggy Pop rappelait combien le son des Stooges avait été modelé par le vacarme de l'industrie locale alors florissante, et notamment le "mega-clang" des presses industrielles de la machinerie automobile, explosant par delà les murs des usines. C'est aussi le son de Détroit, sa rumeur, que l'on entend sur les disques post-punk de Protomartyr, gang du cru, dont la totalité des membres s'est retrouvé au chômage en un claquement de doigts dans cette cité déclarée officiellement en faillite – ce qui leur a permis de se consacrer à plein au groupe. À ceci près que cette rumeur, ce son originel, résonnent bien différemment. Figurant la bande-son d'une ville où le rêve américain se serait retourné comme une crêpe avant de s'étaler sur un sol en proie au chiendent comme symbole d'une misère devenue incontrôlable. Vérité Ici, les guitares de Greg Ahee pleurent des larmes d'acier fondu, quand elles ne hurlent pas comme le corps d'un supplicié, comme le fant

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Le vinyle, c'est trop magique

Disquaire Day | Non, Corentin(e). La musique, ça n'a pas été que du streaming ou, au mieux, ces CD rayés qui traînent dans le break familial. Nous sommes partis en balade du côté des disquaires, un enfant sous le bras, à la découverte de ce continent musical inconnu des moins de 15 ans : le vinyle. Petite leçon d'histoire.

Antoine Allègre | Mardi 11 avril 2017

Le vinyle, c'est trop magique

Chez Émile Longtemps confiné au sous-sol d'un magasin de vêtements de la rue Constantine, Chez Émile a déménagé l'an passé à quelques mètres de la place Sathonay. Changement de décor mais pas de mentalité : on continue de trouver, sous les conseils avisés d'un staff prévenant, la meilleure sélection de wax typée techno et house de cette bonne vieille ville. « Que le petit n'hésite pas à jouer avec le pitch de la platine » nous glisse, amusé, un des tenanciers. Ce dernier a conseillé au petit de 6 ans la house de Buffet Froid : « idéale avant d'aller à l'école » et l'ambient de Gigi Masin, « parfait pour finir la journée en douceur. » Choix validés par le petit auditeur qui ne veut pas partir, les oreilles rivées au casque, les yeux collés au mouvement du disque. Chez Émile 38 rue Sergent Blandan, Lyon 1er Tél. 04 72 46 39 11 Ouvert du mardi au samedi de 12h à 20h30 Sofa Records Avec ses quelques 10 000 références, Sofa est le paradis du digging. 10 000 histoires à raconter

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Lyon : Dangerhouse, l'ancien

Disquaire | Pas de Disquaire Day réussi sans un passage chez le mythique Dangerhouse.

Maxence Grugier | Mardi 5 avril 2016

Lyon : Dangerhouse, l'ancien

Lieu de culte pour tout amateur de musique qui se respecte, Dangerhouse est une institution. En plus de vingt-cinq ans d'existence, le magasin situé en presqu'île a largement eu le temps d'établir sa réputation : c'est le plus ancien actuellement en activité dans la catégorie disques neufs et d'occasions. Si le nom de l'établissement (hommage à un mythique label punk de Los Angeles) sonne "dangereusement" rock, vous ne trouverez pas uniquement des références de ce genre électrique — qui reste en bonne place, étant un pilier de la culture du propriétaire de la maison. Mais il partage généreusement ses bacs avec toutes sortes de musiques authentiques et vivantes, de l'easy listening à la soul, de l'afrobeat aux musiques de film. « Les seuls genres sur lesquels je ne me suis pas penché au magasin, ce sont l'électro et le rap. Pas que cela me déplaise, mais je n'ai clairement pas le temps avec tout ce qui existe parallèlement » explique le patron du lieu, Bruno Biedermann. Et il ajoute enthousiaste : « la musique aujourd'hui fait partie de notre histoire sociale. La plupa

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Orgie de sucre

MUSIQUES | Avec ses installations audio dernier cri, sa terrasse panoramique et ses ambitions next-gen, le Sucre s'est imposé en l'espace d'un demi-mois comme un incontournable de la vie nocturne lyonnaise. Une tendance que le reste de sa programmation estivale devrait confirmer. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 12 juillet 2013

Orgie de sucre

Ça ne pouvait pas ne pas marcher. Un club perché au sommet d'une friche industrielle devenue un haut lieu de l'art contemporain, cautionné par un all-star cast de DJs (Agoria, Laurent Garnier), d'entrepreneurs (Bruno Bonnell) et de médias (Libération y a organisé une sauterie pour son 10 000e numéro) et géré par l'équipe de Nuits Sonores... Non vraiment, quand bien même le quartier environnant est encore embryonnaire – la Confluence, désertée avec fracas par le cuistot étoilé Nicolas Le Bec et le galeriste Olivier Houg – ça ne pouvait pas ne pas marcher. Nulle surprise donc à ce que Le Sucre, par ailleurs caractérisé par une jauge respirable (800 places, alors que l'endroit peut théoriquement en accueillir le double) et un confort d'écoute sans équivalent de ce côté-ci du Rhin (le son est limpide, idéalement spatialisé et supportable), affiche depuis son ouverture fin juin un taux de remplissage limite indécent. Signes avant-coureurs de diabète On ne saurait donc trop vous conseiller de réserver au plus tôt vos places pour les nombreux rendez-vous électroniques de qualité qu'hébergera le lieu tout au long de l'été. En tête ceux des 19 et 26 juillet, qui verront

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Nuits sonores 2012 – Mercredi 16 mai - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 1. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 17 mai 2012

Nuits sonores 2012 – Mercredi 16 mai - Report

D'ordinaire, au réveil, les deux premiers mots qui se forment dans notre tête sont «pipi» et «Nutella». Ce matin, lendemain de Nuits sonores oblige, ils ont laissé la place à «wow» et «putain». Comme dans «wow putain ce bourdonnement, j'ai l'impression d'avoir servi de diapason à une chorale de géants». Considérant la façon dont un Dj s'adapte aux convulsions de son audience et le nombre de pointures des platines composant l'affiche de cette dixième édition du festival, la comparaison n'est pas anodine. Putain d'usine ?   Et elle n'est, contrairement à ce que l'on craignait, pas corrélée à la sonorisation des lieux. Oh bien sûr, les anciennes usines Brossette, bien qu'en bonne place pour décrocher le titre d'espace le plus impressionnant jamais investi par Nuits sonores, ne se prêtent pas tellement, réverbération métallique oblige, à des prestations un tant soit peu orchestrales. Ce n'est d

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Droit de ciné

ECRANS | Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

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Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à cette occasion Yves Boisset, en pleine promo de son livre de souvenirs. Celui-ci présentera le 12 mars à l’Institut Lumière Le Prix du danger, où le cinéaste imaginait les dérives de la télévision spectacle à travers une fable d’anticipation au cachet très années 80. Bon, allez, on ne va pas mentir, Michel Piccoli en Drucker faisant lui-même les slogans des sponsors de l’émission ou Gérard Lanvin lançant des «bande d’enculés» dans tous les sens, c’est plus drôle qu’angoissant, et c’est ce qui arrive quand des films font passer leur discours avant leur mise en scène. Par ailleurs, Yves Boisset a choisi pour ces rencontres deux immenses films du non moins immense Sidney Lumet, Douze hommes en colère (le 13 mars au Comœdia) et Le Verdict (le 15 au même endroit), qui prouvent qu’on peut avoir un point de vue sur des grands sujets (la justice, ici) et les traduire par de vrais choix de cinéma. On ne sait

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung

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BAIN D’ACIDE

MUSIQUES | Pour découvrir le nouveau live de Danger et le premier album d’Acid Washed, rendez-vous à La Plateforme vendredi 26 mars, le temps d’un Écho Sonore qui (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

BAIN D’ACIDE

Pour découvrir le nouveau live de Danger et le premier album d’Acid Washed, rendez-vous à La Plateforme vendredi 26 mars, le temps d’un Écho Sonore qui promet sa dernière «wildnight» printanière avant le festival. La présence d’Acid Washed semblant toute indiquée pour faire le lien entre Jean-Michel Jarre (si vous l’avez loupé) et le plateau éminemment techno qui nous attend la Nuit 1, on gardera le rythme en allant se trémousser sur les scintillants synthés de Richard D’Alpert et Andrew Claristidge, garants d’une électro-pop pimpante, au peps acidulé.

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