Faik Odyssée

MUSIQUES | Faik Sardag, chanteur turc des lyonnais Fake Oddity. Un temps menacé d’expulsion par la France et déclaré fugitif par l’armée turque, il a enregistré à Istanbul le dernier album du groupe, sorti simultanément dans les deux pays. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 3 octobre 2008

Scalde, qui connait sa scène lyonnaise par cœur, résume ainsi le fonctionnement du groupe Fake Oddity : «Antoine, le guitariste, fait office de papa, il organise. Faik, c'est la maman, il s'occupe des autres, leur fait des bisous». Scalde ne plaisante qu'à moitié. Car Faik est du genre à insister pour faire la bise aux gens, à répéter plusieurs fois pendant un entretien à quel point il «aime les gens» et que c'est même la principale raison qui l'a incité à proposer d'organiser le Pop Club du Sirius.

Peu raccord avec l'image du derviche tourner de têtes qui, sur scène, n'hésite pas à tomber la chemise et à bomber le torse. Dans le civil, le garçon est plutôt discret et se désole de la confusion que peuvent entraîner les sonorités voisines de son prénom et du «Fake» de Fake Oddity, coupables de présenter involontairement le groupe comme sa propriété : «C'est juste une contraction de Fake Plastic Trees de Radiohead et Space Oddity de David Bowie. Quelques semaines après qu'on ait choisi ce nom quelqu'un m'a dit : «tu te la pètes, avec ton prénom dans le nom du groupe». «Je ne m'en étais même pas aperçu».

On le croit sincère car trop abandonné à l'émotion pour être rendu au calcul : «C'est vrai que je suis plus dans l'affectif mais comme je chante, je suis forcément plus sensible, tout passe par la voix». Cette voix, signature de Faik, quelque part entre Thom Yorke et Jeff Buckley, avec davantage de rondeur, a jailli presque par hasard après quelques années de batterie et de guitare dans les bars stambouliotes. Vieil atavisme familial semble-t-il : «j'ai appris récemment que dans sa jeunesse mon père chantait parfois en chœur avec sa famille. Il paraît qu'il a une voix terrible mais je ne l'ai jamais entendue».

Il faut dire que le paternel ne prend guère la musique au sérieux. Non qu'il aurait vu son fils médecin ou avocat, comme tout parent : «en fait, il aurait préféré que je sois réalisateur ou sculpteur…», un vrai métier quoi. Outre cette voix, l'héritage familial comprend des envies d'ailleurs, père albanais, mère à moitié italienne, d'un milieu aisé, ouvert sur le monde et la culture : «Les Turcs aiment rester entre eux mais, pour mes parents, voyager et parler des langues étrangères est important. Je suis parti de Turquie pour faire des études de dessin mais surtout pour changer de vie».

Le fugitif

À Lyon, l'école de dessin est d'ailleurs vite délaissée au profit de la musique quand Faik passe devant le Conservatoire et s'y inscrit, rencontrant ensuite Antoine, Fred (batterie) et Mathieu (basse) via ces petites annonces musicales qui ont bâti tant de groupes importants. Le groupe finira par prendre le dessus sur les études, entre tournées des bars lyonnais et album autoproduit.

Mais pour tout étudiant étranger, l'arrêt des études signe la fin du séjour et de la carte qui va avec, et Faik doit alors rentrer en Turquie. Problème, depuis deux ans, il y risque gros : «mes études de musique n'étaient pas prises en compte par la Turquie qui réclamait que je vienne faire mon service militaire pendant 18 mois. Dans les administrations turques, mes parents pouvaient voir ma tête sur la liste des fugitifs. Mais rentrer, ça voulait dire la fin de ma vie en France et de Fake Oddity».

Une mobilisation d'acteurs locaux, Dandelyon et Mediatone en tête, parvient à faire comprendre à la préfecture que Faik a un projet sérieux dans la musique. Idem du côté du consulat qui repousse enfin aux calendes grecques le service militaire turc. Sur la question inévitable de l'entrée de la Turquie en Europe, Faik repousse poliment l'invitation à politiser. Tout juste admet-il que ses mésaventures personnelles lui ont fait embrasser la condition de ce pays apatride continental, à cheval sur l'Europe et l'Asie : «à cette époque, dit-il, je ne me sentais chez moi nulle part».

Alors quand on offre à Faik, Ulysse rock n'roll enfin autorisé à regagner son Ithaque turque, l'opportunité d'enregistrer un album à Istanbul avec Fake Oddity, il y voit une belle revanche : «je pouvais rentrer en Turquie et en plus on me payait le voyage, le studio, l'hôtel. J'ai eu l'impression d'être accueilli en héros alors que deux ans avant je me serais fait arrêter à l'aéroport». Nul doute que Faik n'y aurait alors pas récolté que des «bisous».

Carte blanche à Fake Oddity (avec Scalde, Prohom, Vale Poher, Xx Mariani…)
Au Ninkasi Kao
Jeudi 9 octobre

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Summertime

MUSIQUES | «Voilà l'été, voilà l'été, voilà l'été-é-é», chantaient les Négresses Vertes. Certes, mais une fois qu'on a dit ça, comment étancher sa soif de musique estivale quand justement on n'a ni l'intention de chanter tout l'été, ni l'intention de quitter la région lyonnaise. Éléments de réponse. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 juillet 2012

Summertime

Chaque année, l'Onisep publie un ouvrage intitulé «Que faire sans le bac ?». C'est un peu la même vaste question qui se pose l'été venu : «Que faire l'été quand, rapport à l'augmentation de la recrudescence, à la crise, ou tout simplement du fait de l'absence de vacances, on est coincé à Lyon tel le renard dans un piège de braconnier ?». Se ronger la patte n'étant pas la solution – ce sont des choses qu'on regrette vite dès lors qu'on doit courir derrière un bus, rare en été –, l'amateur de musique aura quand même le loisir, s'il se remonte les manches, de se mettre quelques concerts sous les esgourdes. Pour cela, il peut commencer par remercier les Nuits de Fourvière qui ne remballent pas le matos avant la fin du mois de juillet. Et ô miracle, la plupart des concerts restant ne sont pas (encore) complets – exception faite de l'Éclat Final avec Brigitte et Arthur H et du hobo Charlie Winston. Summer session Voilà donc qu'il reste au programme de quoi bien combler sa fin de mois de juillet avec les bluesmen touaregs de Tinariwen (23 juillet), l'un des meilleurs groupes du monde – et on ne plaisante pas – ; l'ex-ministre de la Cu

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Il existe en Turquie – la patrie d'origine de Faik Sardag, chanteur de Fake Oddity – des bassins d'eaux thermales où l'on se plonge au contact de poissons-guérisseurs dans le but de régénérer sa peau. Ou, autrement dit, pour en changer. On ne sait si lors de ses tournées au pays d’Atatürk, Fake Oddity en a profité pour aller se plonger dans les bassins de Kangal. Toujours est-il que, quatre ans après RunFast, le groupe en est ressorti comme doté d'une nouvelle peau. Oserait-on dire méconnaissable ? Sans doute pas. On reconnaîtrait entre mille la patte rythmique du quartet et entre millions, la voix élastique de son charismatique frontman. Pour le reste, Fake Oddity a effectivement fait peau neuve, s'est fait une (French) Beauté. Des précédents Pinkstrasse et RunFast, il reste une énergie inaltérable, mais pas grand-chose de ce rock aux influences très doorsiennes, de ces élans progressifs qui corsetaient parfois la créativité du groupe davantage qu'ils ne l

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Pour sa cinquième édition, Just Rock ? a décidé de resserrer les rangs. Là où les éditions précédentes étaient plus éparses, cette année, le festival lyonnais ne s'étendra plus que sur les deux dernières semaines d'octobre, histoire de maintenir l'attention du public. Mieux, il débute par là où il s'était achevé l'an dernier, à savoir le parcours folk. Un événement qui tient particulièrement à cœur aux organisateurs et qui pour le coup visite, au gré d'une déambulation sur le thème du folk, des lieux qui ont l'originalité de sortir du cadre de la musique. La chose se tient le 15 octobre dans le 1er arrondissement et on pourra une après-midi durant aller d'un appartement lyonnais à la Mairie du 1er, en passant par le Passage Thiaffait sur les pentes de la Croix-Rousse. Et assister ainsi dans ces lieux inhabituels aux prestations de toute une pléiade d'artistes folk au sens très large. Qu'il s'agisse du poupon Clermontois bien implanté Zak Laughed (Mairie du 1er arrondissement, 13h30) ou de son homologue Ronan Siri, pour l'instant moins connu mais dont le talent d'auteur-compositeur n'attend plus qu'un album pour exploser pour de bon. Demi-folk

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Le temps de deux soirées au Sirius (l’une ce 18 février, l’autre très exactement un mois plus tard) Mediatone a choisi de bâtir un pont entre Lyon et Istanbul. Un pont musical évidemment symbolisé par leurs poulains turco-lyonnais Fake Oddity et matérialisé par un «affrontement» musical entre groupes français et stambouliotes. Une idée nourrie tout autant par les attaches du chanteur Faik à Istanbul que par la Saison de la Turquie en France, qui s’achève en mars. L’occasion pour Fake Oddity de se produire, lors de ce premier concert, en acoustique et en turc pour mieux mettre à l’aise ses pairs stambouliotes DDR et Dinar Bandosu. SD

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C’est au sortir de cet été de records pékinois, livré à l’appétit des ogres Phelps et Bolt, que les Lyonnais de Fake Oddity livrent leur deuxième album, le bien nommé RunFast. C’est que le groupe est pressé de répondre aux attentes consécutives à un enregistrement luxueux à Istanbul et une sortie binationale (France et Turquie). Départ canon donc, avec un Faik qui feint l’asphyxie avant de vider son coffre dans un magma doorsien convaincu de dopage (Soul Hate Blind Friend). Encore faut-il tenir la distance, dirait Patrick Montel, le Lester Bangs de l’athlé : ce que fait parfaitement le groupe en allongeant la foulée à mi-parcours de l’album. Le rock urgent aux muscles tonique se dissout alors dans un acide loin d’être lactique. De fait, comme il est permis de préférer l’excitation du sprint ou l’ivresse harassante du demi-fond, on sera en droit, suivant le club où l’on émarge, de préférer la première moitié abrasive de l’album, sa seconde mi-temps plus cosmique ou les pauses qui l’entrecoupent. Ironiquement, le titre qui donne son nom à l’album ne court pas très vite, baladant Radiohead sur d’étranges terres country-bossanova. Zani, épure de piano et d

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Musique / Retards de communication, report du lancement de la saison, cette année Dandelyon a, un peu comme Christine Arron, raté son départ. D'abord, parce que, victime de son succès, l'association a connu quelques bouleversements : un déménagement au Marché Gare (également co-producteur), un comité de sélection plus pléthorique que le jury Miss France, un nouveau statut et une équipe en partie renouvelée et désormais logée par la Mission musique de la Ville. Ensuite, parce que, même si tout est rentré dans l'ordre, les groupes candidats ne se sont pas immédiatement pressés au portillon. Dandelyon aurait-il épuisé les réserves de talent pop ? «Le problème c'est que certains groupes ne comprennent pas vraiment notre démarche : ils nous voient comme de simples programmateurs et ne pensent pas toujours à candidater», regrette Sylvain Rebut-Minotti, le Dandelyon en chef. L'occasion de mettre fin une bonne fois pour toutes à un malentendu : contrairement aux idées reçues Dandelyon n'est pas un tremplin rock. «On n'est pas là pour mettre les groupes sur scène et les laisser se débrouiller ensuite. Dandelyon fait un travail d'accompagnement des groupes, leur donne les clés pour faire fac

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