Matt le hurleur

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2009

Fondateur vénéré de Third eye foundation, un nom de groupe de métal qui cachait en fait un homme seul faisant de la drum'n'bass ténébreuse et mystique, Matt Elliott a, depuis qu'il a récupéré son patronyme, pris le large. The Mess we made, l'album de la rupture, transcrivait de manière organique les épanchements électroniques précédents, et reste un de ses putains de bon disque que l'on ne se lassera jamais de redécouvrir. Elliott se lança ensuite dans une trilogie marquée par une envie de chanter malgré ses maigres capacités vocales ; ce timbre rauque et caverneux a toutefois gagné un charme entêtant au fil du temps. Failure songs, Drinking songs et aujourd'hui Howling songs correspondent aussi à l'errance de leur Anglais d'auteur à travers l'Europe, un temps fixé en France, puis en partance pour l'Espagne, avec quelques séjours en Allemagne au milieu. C'est pourtant la musique des Balkans qui s'est engouffré dans son œuvre, avec des accords de guitares gitanes virant parfois vers une sorte de «flamenco brisé» (titre d'un de ses derniers morceaux). Mais la vraie nature de cet homme étrange, sentimental et dépressif, politisé tendance radical (Bomb the stock exchange, autre titre du nouvel album) est de piétiner les étiquettes pour inventer son propre monde musical, dans lequel il compose d'hallucinants morceaux de bravoure allant jusqu'à 11 minutes, remplis d'inquiétudes et de hurlements. Cela ressemble, à l'arrivée, au fracas d'un monde où les ruines poussent plus vite que les tours d'affaire…

Matt Elliott
À Grnd Zéro Vaise, samedi 24 janvier
«Howling songs» (Ici d'ailleurs/Differ-ant)

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les 10 concerts à voir en avril

MUSIQUES | Sortez vos agendas : voici dix concerts à ne pas manquer ce mois-ci ; du show latino où emmener votre maman à l'indie pop dépressive où s'oublier. Par Stéphane Duchêne & Sébastien Broquet.

Sébastien Broquet | Jeudi 14 avril 2016

Les 10 concerts à voir en avril

Get Well Soon Quand il est apparu au monde de la pop chercheuse et bien mise, rayon dandy touche à tout, le Mannheimois Konstantin Gropper évoquait aussi bien Beirut que Radiohead, Arcade Fire que Magnetic Fields. Génie solitaire, il a prouvé par la suite qu'il était capable de partir dans toutes les directions et c'est davantage en mode crooner qu'il nous revient, genre Neil Hannon chevalier teutonique, avec un album LOVE, rempli d'amour (fut-il tordu comme sur le single It's Love) et de tubes à emporter. LOVE en live, on pressent que ça va le faire. À l'Épicerie Moderne le samedi 16 avril Calexico On l'a souvent dit, Calexico, c'est comme les genêts ou les bêtes à cornes, c'est encore Jean-Louis Murat qui en parle le mieux : « Oui, je vois mieux qui je suis, moi, là, avec Calexico » chantait l'Auvergnat avec façon sur son Viva Calexico circa Mustango (1999). Le duo Joey Burns/John Convertino et sa bande d'arizonards de Tucson, après une

Continuer à lire

Le Syndrome d'Elliott

MUSIQUES | «Only a Myocardial Infarction Can Break My Heart». Si l'on en croit le titre de son dernier album, seule la mort peut triompher de Matt Elliott. Pour (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Le Syndrome d'Elliott

«Only a Myocardial Infarction Can Break My Heart». Si l'on en croit le titre de son dernier album, seule la mort peut triompher de Matt Elliott. Pour le reste, les avanies oules avaries de la vie et du cœur, la musique sera toujours là pour conjurer le sort et laisser les plaies se refermer sans suture. Il n'est pas d'hier que Matt Elliott est un chanteur de la résignation. Ses précédents albums, la trilogie Songs comme The Broken Man l'ont bien montré. Il n'est jamais question chez lui d'accompagner les tourments par quelque afféterie consolante.  Et pourtant il apparaît qu'en dépit de son titre, Only a Myocardial... soit légèrement moins, non pas affecté, mais infecté que ses prédécesseurs. Alors certes, pour voir la lumière il vaut mieux regarder par le petit bout de la lorgnette. Surtout avec ce The Right to Cry d'ouverture (17 minutes au compteur) qui donne l'impression en plusieurs mouvements que le bébé va être définitivement emporté avec l'eau des pleurs - sur scène ça promet. Comme sur le reste de l'album, qui est davantage celui d'une groupe que d'un music

Continuer à lire

Côté obscur

MUSIQUES | Né à la fin des années 90, en plein essor de la drum’n’bass en Angleterre, The Third Eye Foundation a marqué dès son premier album (Semtex, 1996) la (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 16 mars 2012

Côté obscur

Né à la fin des années 90, en plein essor de la drum’n’bass en Angleterre, The Third Eye Foundation a marqué dès son premier album (Semtex, 1996) la réappropriation par Matt Elliott de cette esthétique pas forcément célébrée pour sa finesse. Montées languides, digressions mélodiques inattendues, climax abrasifs chargés en émotions, ses compositions et remixs tranchent du tout venant de la production de l’époque, et assurent à l’artiste sa prime reconnaissance. Jusqu’à ce qu’il décide de faire carrière sous son propre nom en 2003, en de multiples jeux folk autour de la formule guitare / voix. Au sortir d’un stand-by d’une dizaine d’années, Matt Elliott répond à la suggestion de son label Ici d’Ailleurs et se lance dans l’élaboration d’un nouvel album sous le nom The Third Eye Foundation. Il s’entoure de deux musiciens touche-à-tout, Louis Warynski et Chris Cole, mieux connus sous les noms de Chapelier Fou et Manyfingers, et compose dans des conditions… particulières. «Je souffrais d’une infection au poumon, j’étais sous cortisone et ça faisait bouillonner mon cerveau. Je suppose que ça a facilité les choses». Fiévreux, The Dark (sorti en novembre 2010)

Continuer à lire

L’effleure du mâle

MUSIQUES | Après un détour fulgurant par son projet électro Third Eye Foundation, c’est un Matt Elliott toujours écorché vif mais apaisé qui nous revient pour défendre les couleurs sépulcrales de son dernier album, "The Broken Man". François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 16 mars 2012

L’effleure du mâle

On a eu la grande chance de le voir par deux fois dans une salle grenobloise alors paumée au beau milieu d’un quartier abandonné des pouvoirs publics. Le simili grenier qui servait de salle de concert y accueillait sa faune d’habitués, de curieux, et même de réels aficionados de l’univers sonore de Matt Elliott. Quand celui-ci arrivait sur scène armé de sa guitare, de sa console et ses pédales d’effets, à chaque fois, l’atmosphère virait au recueillement profane, à la plongée attentive dans l’aura intime, parfois même impudique dégagée par la performance de l’auteur/interprète. Y compris lorsque, au beau milieu de son set, sa maîtrise des boucles d’accords superposées donnaient naissance à un saisissant break électro d’un quart d’heure proprement hypnotique, réminiscence cohérente de son activité musicale au sein de The Third Eye Foundation. Y compris quand il entonnait La Mort de la France, son unique morceau chanté en français, écrit avant l’arrivée au pouvoir de l’actuel président de la République – la violence des paroles, dont

Continuer à lire

Musicophilia

MUSIQUES | Rock, électro, rap — Automne au balcon, printemps au diapason. Trêve des confiseurs et ripailles de Noël digérées, les salles lyonnaises remettent le couvert pour une saison musicale quasiment au niveau de celle que l'on vient de vivre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 20 décembre 2011

Musicophilia

Ici, on n'est pas du genre à dire «on vous l'avait bien dit», mais avouez qu'on vous l'avait bien dit : l'automne a été particulièrement riche en (bon) cholestérol musical. Et au vu de ce qui se profile dans la première moitié de l'année, on n'a pas fini de saucer. Commençons par une fin en beauté excentrique avec la reine Björk de Biophilia aux Nuits de Fourvière. Un événement ! De même pour la venue le 26 mars à l'Epicerie Moderne de l'immense Jonathan Richman. Une Epicerie qui continuera de régaler cette saison avec le néo-rocker Hanni El-Khatib (26/02), un co-plateau international Piers Faccini (anglo-italo-quasi français) et Chad Van Gaalen (Canadien) le 15 mars, ou encore, la veille, ce sombre illuminé de Daniel Darc. Le printemps fleurera d'ailleurs bon le vieux chanteur «françois» révolté avec un Miossec très rock le 7 février au Transbo mais aussi, le 10, Michel Cloup (ex-Diabologum et Expérience) qui présentera son sublime album solo Notre Silence au Clacson. En dépit de ses difficultés actuelles avec le silence justement, la salle d'Oullins ne désarme pas pour autant avec une progra

Continuer à lire

Bateau hanté

MUSIQUES | Aussi indispensable que désespérée, la musique de Matt Elliott poursuit sa plongée dans les tréfonds de l'âme de son créateur. Des chansons à boire comme un grand cru millésimé au... Bistrot de Vaise ! Emmanuel Alarco

| Mercredi 9 novembre 2005

Bateau hanté

Le souffle glaçant des abysses ; un fracas sourd mêlé à de lointains cris de panique ; une guitare et quelques arpèges mineurs, vite rejoints par un chœur de condamnés : "L'eau monte et lentement nous mourrons/Nous ne reverrons pas la lumière/Nous ne reverrons pas nos épouses". Sur le cinquième morceau de son dernier album, Matt Elliott délivre sa vision des ultimes soubresauts de l'équipage du Kursk (le sous-marin russe ayant mystérieusement sombré il y a 5 ans), un requiem à l'image de l'œuvre de l'Anglais : habité et déchirant. Pièce centrale de Drinking songs, The Kursk (comme tout le reste du disque) trouve ses racines dans The Sinking ship song, autre chant du cygne d'une bande de marins mal en point et monument prémonitoire du précédent opus d'Elliott. Noir comme le souvenir Sorti en 2003, The Mess we made marque un tournant décisif dans la carrière de son auteur. Après avoir maltraité la drum'n'bass à coup de bandes inversées et d'ambiances spectrales pendant près d'une décennie, Matt Elliott choisit d'apparaître à passeport découvert et d'abandonner (jusqu'à nouvel ordre) son blason mythique : Third Eye Foun

Continuer à lire

Refondation

MUSIQUES | Diantre ! On pensait que Matt Elliott, Anglais dépressif installé dans le Sud de la France pour écrire et composer des chansons austères et désespérées, avait (...)

| Mercredi 11 avril 2007

Refondation

Diantre ! On pensait que Matt Elliott, Anglais dépressif installé dans le Sud de la France pour écrire et composer des chansons austères et désespérées, avait rendu définitivement les clés de sa Third Eye Foundation. C'est ce projet-là qui lui a pourtant apporté une (petite) notoriété dans le milieu de la musique électronique : une forme de drum'n'bass métaphysique hantée conjointement par les spectres de Brian Eno, de Bauhaus et de la musique sacrée. Trois albums fondamentaux ont écrit les évangiles de cette fondation du troisième œil : le bruitiste et oppressant Ghosts, à la production particulièrement raide ; le très beau You guys kill me, disque de l'urbanité stressée où retentissaient d'inquiétantes sirènes avant de décrire une «galaxie de cicatrices» surgie du plus hardcore des magasins de piercings. Enfin, Little Lost soul, un chef-d'œuvre absolu qu'Elliott avait composé en hommage à ce qui semble être la seule compagnie qu'il ait jamais eu de toute sa vie, son chat. Pour célébrer les obsèques de ce «félin aimant», il convoquait des chœurs synthétiques qui propulsaient chaque morceau vers des hauteurs d'émotion que seules les â

Continuer à lire