Ensemble c'est two

MUSIQUES | Miss Kittin et The Hacker, DJ et producteurs, après un First Album qui avait durablement traumatisé son monde et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash, sortent huit ans plus tard, Two, qui surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. François Cau

Christophe Chabert | Lundi 30 mars 2009

Photo : © Vincent Flouret


2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu'on a appelé, dans un élan d'inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d'une ironie mortelle impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir. Là où tant d'autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu'à ce que mort artistique s'ensuive, le tandem a alors d'autres aspirations, comme l'explique rétrospectivement Michel “The Hacker“ Amato. «On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l'arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalistes anglais ont inventé le terme d'électroclash, ont voulu nous étiqueter comme étendard de ce mouvement. Avec Caroline (Hervé, alias Miss Kittin, NDLR), ça nous a fait flipper, on ne voulait pas se cantonner à ce genre qu'on trouvait réducteur, on avait des envies chacun de notre côté. On a donc convenu de faire un break».

Chemins de traverse

Laissant sur le bas-côté les accros de sonorités immédiatement jouissives, le duo préfère explorer ses obsessions musicales. Ils enchaînent les dates chacun de leur côté, préparent leur premier album solo respectif. Miss Kittin affine ses textes comme sa technique vocale sur I Com puis Bat Box, s'éloigne progressivement de ses tonalités lascives et sarcastiques. The Hacker opère un retour aux sources dark et atmosphériques avec le monstrueux Rêves mécaniques. Les années passent, les deux DJ gardent contact, se réservent la primeur de leurs productions respectives. Petit à petit, la collaboration reprend forme. Michel envoie des compositions à Caroline, elle commence à imaginer leur pendant textuel. «Je ne lui ai rien dit, parce que c'est toujours délicat d'orienter le travail de quelqu'un d'autre, mais je ne voulais pas qu'on refasse Frank Sinatra, ça n'aurait eu aucun sens. A l'époque, on avait 25 ans, dix ans se sont écoulés, nos préoccupations ne sont plus les mêmes. Je n'ai jamais pu m'exprimer à l'écrit, je n'arrive pas à me lâcher, je le fais à travers mes compositions. Et sans qu'on ne se soit rien dit, Caroline est arrivée à exprimer en paroles ce que je voulais faire passer par la musique. On a halluciné, puis on est parti confiant, en sachant que la connexion était toujours là». Pendant un an, Miss Kittin et The Hacker travaillent à distance, elle à Paris, lui à Grenoble. Avec une dizaine de morceaux et un tracklisting qui s'impose de lui-même, Two est prêt.

On the road again

L'album s'écoute d'un bloc, témoigne en permanence de l'évidente complémentarité d'un duo désormais éloigné des gimmicks et des tentations poseuses de l'électroclash. Et ce jusque sur les morceaux les plus instantanément aguicheurs, comme la reprise du Suspicious Minds d'Elvis Presley ou le faussement caustique Ray Ban. Two joue la carte d'un premier degré qui ne manquera pas de déstabiliser les fans du premier album, brouille la carte des influences, mais la Miss et le Hacker persistent et signent. «Le premier album reflétait ce qu'on était à l'époque, et c'est toujours le cas, sauf qu'on est devenus des trentenaires qui se posent des questions…». Il est clair que Two, jusque dans sa transposition live testée l'an dernier lors d'une mini-tournée américaine, prend le risque calculé de se situer en marge des gros succès électro du moment, à des lieux des bulldozers scéniques à la Justice ou Daft Punk, ou du revival 90's lourdement décalé de MGMT ou Empire of the Sun. Un baroud électro intemporel, mâtiné de touches rock, disco, new wave, à l'équilibre finement dosé et dont la sincérité ne saurait être mise en doute.

Miss Kittin & The Hacker
“Two“ (Nobody's bizness / Modulor)
À Nuits Sonores, samedi 23 mai.

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Vivienne Westwood au Musée des Tissus : carré d'as

Visite Guidée | Quatre pièces iconiques du vestiaire Westwood : explications.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2020

Vivienne Westwood au Musée des Tissus : carré d'as

1 - Corset Boucher En 1990, la créatrice s’inspire d’un tableau de François Boucher lors de sa collection Portrait. Elle fait légèrement pivoter le tableau. Le Musée expose en miroir une œuvre du peintre français issu de ses réserves : Le Petit Jardinier. 2 - Super elevated Gillie En 1994/95, Naomie Campbell se vautre avec ces chaussures (version violette) et fait rire l’assemblée du catwalk pour le défilé de la collection Anglomania. L’expo du musée met en avant de nombreuses paires de chaussures que Westwood s’est toujours ingéniée à imaginer. 3 - Squiggle « Gribouillis ». Ce motif emblématique de son travail depuis sa première collection, Pirate en 1981/82, est reproduit sur chemise, pantalon, bottes. Il évoque la corde, tant celle de la navigation que de la pendaison du pirate. 4 - Pourpoint

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Vivienne Westwood, pirate for ever

Musée des Tissus | Née par le punk, Vivienne Westwood n’est pas à une contradiction près. Passé le DIY avec épingles et latex, le Musée des Tissus démontre, à travers plus de 200 pièces, que la Britannique est avant tout une dessinatrice et une historienne du costume.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2020

Vivienne Westwood, pirate for ever

Il était une fois une Anglaise sur son continent. Miss Swire voit le jour en 1941, dans le Derbyshire et grandit en banlieue londonienne avec sa modeste famille. Instit’, elle épouse — pour peu de temps— Mister Westwood puis rencontre en 1965 Malcolm McLaren. L’aventure sur King’s Road commence. Reset. Elle reprend sa vie à zéro. Voici qu’en bonne enfant de la guerre, elle rafistole, customise, dissèque tee-shirt, maille, symbole — y compris une croix gammée pour affirmer son refus des valeurs dominantes et des tabous. En deux vitrines (sur une quinzaine), voici cette histoire du punk soldée. Car Vivienne Westwood ne peut se résumer à cette époque qui pour elle prend fin au début des années 80 quand elle se sépare de son mentor et présente son premier défilé avec la collection Pirate. Dans une scénographie sobre signée par des anciennes étudiantes de l’ENSATT et leur agence S-cédille, les pièces textiles de Lee Price, collectionneur, collabor

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Vivienne et le punk : art cynique et vieilles dentelles

Musée des Tissus | En habillant la génération No future de t-shirts à trous et de futals dégénérés, de fripes clochardisées et d'objets du quotidien, Vivienne Westwood n'a pas seulement fourni un costume au punk. Elle a donné un coup de Doc Martens dans la mode contemporaine qui ne tarda pas à en faire une reine.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 septembre 2020

Vivienne et le punk : art cynique et vieilles dentelles

Tout aurait donc commencé dans un bouclard du fin fond de King's Road, échoppe de fringues branchouilles montée par Vivienne Westwood et un agent provocateur crypto-situationniste du nom de Malcolm McLaren. L'endroit s'est appelé Let it Rock, puis Too Fast to Live Too Young to Die selon qu'il vendait des bricoles pour Teddy Boys ou des déguisements de blousons noirs. En 1974, il devient SEX et promeut essentiellement du matériel extraconjugal et de l'outillage de bondage. C'est qu'ambitieux et opportuniste, McLaren hume les tendances à la recherche d'un moyen de marquer l'Histoire. Et si possible de lui faire les poches. C'est en rencontrant, dans sa boutique US, puis manageant un court laps de temps, les New York Dolls, un groupe de types attifés en drag, « brillants d'être si mauvais », que McLaren a l'idée des Sex Pistols. Or, ce type aux cheveux verts qui traîne chez SEX – où travaille le fut

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Big Thief : beauté volée

Indie Pop | Révélation indie-pop 2019 avec les acclamés UFOF et Two Hands, Big Thief s'avance comme un ovni au charme trouble et bancal. À découvrir d'urgence sur la scène de l'Épicerie Moderne.

Stéphane Duchêne | Mardi 18 février 2020

Big Thief : beauté volée

On sait combien l'exercice du classement de fin d'année est convenu, aléatoire et souvent pénible. Drapé dans sa noblesse et son plus bel air de ne pas y toucher, l'amateur de musique s'y adonne pourtant volontiers car le goût des listes – (re)lire le High Fidelity de Nick Hornby pour s'en convaincre – est pour ainsi dire constitutif du pop cultureux. Il faut parfois reconnaître que ces classements dessinent des tendances fortes, font émerger comme par réaction chimique des évidences remontées à la surface. En les épluchant nonchalamment – juste comme ça, pour voir, hein, et aussi un peu pour se comparer –, on ne cessait d'y buter sur un nom : Big Thief, invariablement cité, parfois au titre d'un disque baptisé Two Hands, d'autres fois pour un certain UFOF. Souvent les deux. On découvrait alors un groupe qui venait de publier deux des dix meilleurs albums de l'année. "Découvrait" car on était passé à côté de leurs deux premiers LP, le déjà bien nommé Masterpiece (2016) –

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Un mois avec Clint Eastwood

ECRANS | En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Un mois avec Clint Eastwood

En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son public. Le rendez-vous qu’il propose à compter de cette fin janvier devrait logiquement séduire les spectateurs sensibles à la « politique des auteurs », puisqu’il vise à “préparer“ la sortie d’une nouveauté d’un ou d’une cinéaste reconnu en diffusant, à raison d’un film par semaine, quatre de ses réalisations emblématiques précédentes. Une sorte de révision générale mâtinée de teasing cinéphilique. Premier auteur à bénéficier de cette mini-rétrospective, Clint Eastwood, dont Le Cas Richard Jewell est attendu sur les écrans le 19 février. Prélever quatre titres parmi la bonne trentaine des films qu’il a signés relève de la gageure, toutefois, le carré choisi s’avère représentatif de ses passions et des univers qu’il affectionne. Le western, pour commencer, avec Impitoyable (1992). Film de la consécration, tribut à Siegel et Leone, où son habituel personnage de perdant humilié se relè

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Séances pour amoureux

Saint-Valentin | L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Séances pour amoureux

L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) patrimoine des œuvres sentimentales voire mélodramatiques — tous les moyens sont bons pour se blottir contre son ou sa voisine. Chez Pathé, on mise sur la romance rigolote entre un libraire londonien bobo et la star hollywoodienne (Hugh Grant + Julia Roberts = Coup de Foudre à Notting Hill) ; du côté de chez UGC, on prépare plutôt les mouchoirs avec l’histoire de la liaison impossible entre deux amis et voisins (Joaquin Phoenix + Gwyneth Paltrow + James Gray = Two Lovers). Le pire, c’est qu’il faut choisir… Coup de Foudre à Notting Hill Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le jeudi 7 février à 19h45 Two Lovers À l'UGC Astoria et Ciné-Cité Confluence du 6 au 12 février

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Gran Torino

Reprise | Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Gran Torino

Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le dernier film en date du cinéaste-interprète (et sans doute son chef-d’œuvre) réunissant les mêmes conditions, Gran Torino (2008). Tous les paradoxes de ce humano-réac s’y retrouvent, farouchement NRAciste, mais viscéralement anti-raciste. La contradiction faite homme, Eastwood reste une énigme et un grand réalisateur. La séance, présentée par un intervenant et suivie d’une collation, est organisée en partenariat avec l'association Petite Lumière. Gran Torino À la Maison du Peuple de Pierre-Bénite ​le jeudi 24 janvier à 19h30

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Par ici les sorties

Newcomers | Fidèle à sa volonté énoncée par ailleurs de continuer à miser sur la belle jeunesse entre défense et accompagnement des régionaux, le Ninkasi offre à deux formations (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 septembre 2018

Par ici les sorties

Fidèle à sa volonté énoncée par ailleurs de continuer à miser sur la belle jeunesse entre défense et accompagnement des régionaux, le Ninkasi offre à deux formations lyonnaises et au public curieux une double release party. Si Yeast a déjà un peu de bouteille avec déjà deux EP au compteur, Smne You Cn't Hve et Water et plus d'une centaine de concerts, et s'avance avec le troisième Dust of Light au rythme d'une pop aérienne qui n'est pas sans rappeler Phoenix, Two Faces fait davantage office de nouveau visage dans le trombinoscope musical lyonnais en dépit d'un premier EP en 2017. Le duo qui réactive avec force l'esthétique trip-hop dans une veine bien fat fut le lauréat 2016/2017 du Ninkasi Music Lab, la Ligue des Talents du lieu, et ne cesse de marquer les esprits depuis. Après une résidence chacun dans les murs de la salle où ils ont pu travailler leur live, c'est nulle part ailleurs que sur la scène du Kao, dont l'entrée sera aussi libre que gratuite, que viendront s'ébat

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Comme un garçon : "Parvana"

Animation | Déguisée en garçon, une jeune fille défie les talibans dans une œuvre à l’univers graphique singulièrement élégant prouvant que les grandes thématiques politiques d’aujourd’hui peuvent constituer la trame d’histoires à la portée du jeune public. Attention, objet précieux.

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Comme un garçon :

Afghanistan. Alors que les talibans tiennent le pays et ont emprisonné son père, un professeur invalide, la jeune Parvana prend la décision de se travestir en garçon pour trouver de quoi manger à sa famille. Et tenter de soustraire son papa à ses geôliers. Mais la guerre civile menace… Pour son premier opus en solo, Nora Twomey s’écarte fort logiquement des rails du classicisme et de l’uniformité du cinéma d’animation ; on n’en attendait pas moins d’elle qui fut coréalisatrice avec Tomm Moore de Brendan et le secret de Kells (2009). À sa palette privilégiant avec une judicieuse harmonie des couleurs sables ou éteintes, elle combine un graphisme stylisé, pur, jouant sur les lignes et les aplats, changeant même de technique — elle opte alors pour le papier découpé — lorsque Parvana scande le fil du récit avec les épisodes du conte qu’elle invente pour son entourage. Sans tour de magie ni baguette Cette richesse visuelle ajoute aux qualités de fond d’un film d’animation tout public au propos inattend

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

15.09.17 > TERMINAL ACID WASHED Le nu disco un brin pervers, pas mal italo et larvé d'acid house que pratique Acid Washed nous enchante, assurément : écoutez Heartbeat Maker, envolée qui ouvre leur album House of Melancholy ; un track parfait pour faire hurler un dancefloor comprimé comme celui du Terminal vers les 3 heures du mat', ivre et joyeux. Sexy. 16.09.17 > GROOM CLÉMENTINE Perle en ascension de la scène locale, activiste de Chez Émile, le disquaire, mais aussi du côté de la pertinente web-radio Lyl où elle mène de main de maîtresse l'émission Mellow Madness, Clémentine s'offre une nuit au Groom où soul, disco et funk s'emmêlent langoureusement pour vous coller la fièvre all night long. Black.

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Quirky : l'étrange festival au Bal des Fringants

Quirky Festival | Insolite, biscornue, étrange, voici comment l'on pourrait qualifier la programmation de l'édition printanière d'un Quirky Festival, si riche de révélations et de talents, mêmes confirmés, à découvrir, qu'elle méritait bien une petite sélection suggestive et subjective.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Quirky : l'étrange festival au Bal des Fringants

Raoul Vignal Derrière ce patronyme peu glamour se cache l'une des révélations lyonnaises de ces derniers mois : un artiste folk aux doigts de fées dont l'art du picking et le goût pour la mélancolie évoquent de loin en loin un Nick Drake à moustache. Loin d'être un débutant, Raoul a déjà à son actif trois EP, une BO de film et une petite réputation berlinoise consécutive à un séjour de deux ans dans la capitale allemande. Mais c'est bien son premier album, The Silver Veil (Talitres) qui voit sa côte exploser. Enregistré à Berlin, le disque dont le titre évoque pour le coup le ciel posé comme un drap sur la capitale allemande, lève paradoxalement ce même voile sur un talent au potentiel immense qui fait le lien entre diverses écoles : celle de l'American primitive de John Fahey et Robbie Basho, celle du revival folk contemporain (José Gonzalez, Kings of Convenience) et celle, donc, unique de Nick Drake, décédé à l'âge où Vignal sort son premier album. Comme un signe d'héritage. Raoul Vignal

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Insomniaque : les 3 soirées du week-end

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 28 mars 2017

Insomniaque : les 3 soirées du week-end

31.03.17 > LE SUCRE LA CHINERIE À Lyon, on marche par paire ! Rhône et Saône. Fourvière et Croix-Rousse. Cesar & Jason. G'Boï & Jean-Mi... Ces deux derniers nommés secouent sévère les dancefloors sous l'égide de leur crew La Chinerie, repaire pour orfèvres de la house music qui fête là deux années d'existence en compagnie du londonien Mr G, de la parisienne Marina Trench, de Raär et Leo Pol, et bien sûr, des deux duos suscités. Sweety. 01.04.17 > NINKASI KAO QUASAR Si vous avez kiffé la techno profonde, poisseuse, dub et réellement heavy développée par le label Chain Reaction depuis le mitan des 90's, précipitez-vous au Kao ce samedi : l'un de ses représentants, DJ Pete, membre également de la famille Hard Wax, moitié du culte duo Scion, assure de sa présence pour un DJ set forcément épique. Autre headliner à l'affiche : le new-yorkais Adam X, pas vu depuis des lustres. Indus. 02.04.17 > LE SUCRE MISS KITTIN Toujours un immense plaisir de savourer un set de Kittin, lové entre sucré et sexy, un brin coquin, un bout tabou : sa techno lourde à l

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"Sully" : ici la tour de contrôle ; à l’eau l’avion ?

ECRANS | de Clint Eastwood (E-U, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley “Sully” Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi d’enfant dans la Constitution ; une naïveté faisant que le bon verra tous ses mérites reconnus. Pas forcément ici-ba

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œ

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Insomniaque - Soirées de la semaine du 25 février au 3 mars

MUSIQUES | 27.02 L'Amour Autre temps, autres mœurs : alors que les blousons noirs des 60's peuplaient les pages "faits-divers" des quotidiens, les nôtres – (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

Insomniaque - Soirées de la semaine du 25 février au 3 mars

27.02 L'Amour Autre temps, autres mœurs : alors que les blousons noirs des 60's peuplaient les pages "faits-divers" des quotidiens, les nôtres – Brodinski, Gesaffelstein et autres «princes de la techno» – voient leur style décortiqué dans la presse masculine. The Hacker réussit depuis une vingtaine d'années – et a fortiori sur son récent diptyque indus/new wave Love/Kraft – l'exploit de se situer à l'intersection de ces deux attitudes, mi-voyou aux kicks qui claquent comme des coups de batte mi-gentleman à la tête pleine de mélodies cafardeuses. Autant dire qu'il a toute sa place au Bellona. 28.02 Terminal 2 Years Le Terminal fête ses deux ans d'activité et, considérant les liens profonds qui unissent notre journal au 3 de la rue Terme – des exemplaires ant

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu'aride, crée une dialectique chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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Holy smoke

MUSIQUES | Moins cosmico-tribal que Pethrol, moins bootylicieusement chaudard qu'Erotic Market, dans la nouvelle famille des duos électro-pop qui ont le vent en (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 16 décembre 2014

Holy smoke

Moins cosmico-tribal que Pethrol, moins bootylicieusement chaudard qu'Erotic Market, dans la nouvelle famille des duos électro-pop qui ont le vent en poupe, Holy Two fait plus que passer la tête. Il est d'ailleurs presque étrange de les voir monter sur les tréteaux d'une scène découverte – celle, toujours bien inspirée du Kafé qui couronna l'an dernier Alexis & the Brainbow – alors que la doublette Elodie/Hadrien a non seulement déjà (auto)produit un premier album mais aussi tout récemment un EP baptisé Eclipse, ce qui nous vaut un nouveau clip, Moonbeam, là encore particulièrement abouti. Sauf qu'en fin de compte, on n'est jamais assez "découvert". On pourrait d'ailleurs à l'inverse se dire que ce groupe pas bien vieux – c'est une constante des précités que d'avoir, toute proportions gardées, "explosé" assez vite – a peut être mis la charrue avant les bœufs quand l'évidence de l'émergence, cette grande notion floue, veut que l'on fasse les choses dans l'ordre. Sauf qu'en matière d'émergence, il n'y a guère d'évidence et que ce qui importe justement c'est la mati

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Insomniaque - Soirées du 19 au 25 novembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le lancement du magazine "Sottises", Rrose au DV1 et Fred P au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 novembre 2014

Insomniaque - Soirées du 19 au 25 novembre

20.11 Rrose 1920 : Marcel Duchamp s'invente un alter ego féminin chapeauté, Rrose Sélavy. Un demi-siècle plus tard, un mystérieux Californien lui emboîte le pas. A la différence que ce ne sont pas des aphorismes érotiques que Rrose conçoit dans le secret de sa frange, mais des chefs-d’œuvre de techno mercuriale – en cela qu'ils n'ont de cesse, de ramdams métalliques en textures sonnantes non identifiées, de monter en puissance et en sophistication, jusqu'à menacer de vous faire imploser la fiole façon Scanners. Non, il ne touchera pas non plus aux pissotières du DV1. 21.11 The Cosmic Adventure Que la nature ait horreur du vide, le New-yorkais Fred P n'en a rien à secouer. Au contraire : c'est parce qu'il est resté fidèle aux fondamentaux de la deep (intériorisation, simplicité), non sans les nimber d'une noirceur lo-

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Lyon's Club

MUSIQUES | Qu'elle soit un concept fumeux ou pas, la scène musicale lyonnaise est là et bien là. La preuve avec ce petit passage en revue – non exhaustif – d'un automne rock'n'gone. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Lyon's Club

Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire. Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le

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The Two Faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two Faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two Faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive — ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn — reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two Faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas, dans sa mise en scène, le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

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Le dernier jour de gloire est arrivé

MUSIQUES | Onze ans après sa séparation et à l'occasion de la réédition en vinyle de sa discographie, Second Rate se reforme pour cinq ultimes concerts, dont un Kao. Retour sur la fulgurante carrière de ce monument national du punk rock. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 29 avril 2014

Le dernier jour de gloire est arrivé

En 1990, c'était l'heure des communications, de la médiatisation, de la conscientisation, de la socialisation, de la démocratisation et de tas d'autres concepts en "tion" sans doute piochés dans un dictionnaire terminologique. L'auteur de cette liste, Jean Leuloup, que nous nous plaisons à surnommer "le Steven Tyler de la Belle Province" (si tel est aussi votre cas, vous souffrez de prosopagnosie, bienvenue au club) a toutefois oublié le plus important : la distorsion. Cette révolte faite pure vibration qui s'est répandue telle une fissure sismique dans les sous-sols des grandes métropoles américaines durant les années punks, a ouvert la décennie suivante des brèches d'où jaillit une avant-garde incorruptible (de Fugazi à Sonic Youth) à l'influence aujourd'hui plus décisive que jamais et a fini par creuser un gouffre qui a tout avalé sur son passage – les 90's donc, véritable Nirvana pour qui considère qu'une chanson est autant un jeu d'esprit qu'un cri primal. En France, cette drôle de contrée où, bien que le son se propage dans l'eau salée cinq fois plus vite que dans l'air, tout se répercute avec dix ans de retard, il faudra quasiment attendre le tournant du s

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Les quatre fantastiques

MUSIQUES | Le Sucre sort de sa routine le temps de quatre soirées durant lesquels se produiront autant de fondateurs de labels emblématiques de la musique électronique actuelle... Et qu'on vous recommande plutôt quatre fois qu'une. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 25 février 2014

Les quatre fantastiques

La vingt-neuvième cérémonie des Victoires de la musique fut, sans surprise, un énième pince-fesses corseté où chanteurs-sandwichs et égéries périmées tentèrent tant bien que mal de faire oublier le déficit d'ambition et d'idées qui grève l'industrie du disque depuis le début des années 2000. Une  mascarade qui ne doit pas faire oublier ce motif de satisfaction : la présence, parmi les nominés, du redoutable Gesaffelstein, aboutissement de deux décennies d'activisme techno. Un activisme dont le Grenoblois The Hacker est encore aujourd'hui l'une des principales figures, aussi bien en tant que label manager (jadis de Goodlife, aujourd'hui de Zone, qu'il a co-fondé avec... Gesaffelstein) qu'en tant que producteur - d'une musique devant autant à la compacité et à la combativité du new dance sound of Detroit qu'à la morgue mélancolique des souverains de la new wave. A l'approche de la parution d'un album en forme de synthèse esthétique, le sacrément bien titré Kraft/Love (non content de lister les qualités suffisantes et nécessaires à l'exercice d'un art, il fait référence à Kraftwerk et Lovecraft), Le Sucre ne pouvait mieux l'honorer qu'en l'invitant à donne

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Seuls Two

MUSIQUES | Formation en 2012, album en 2013, pléthore de clips : en un parfait contrepied de son électro-post-pop planante et rêveuse, le duo Holy Two (Elodie et (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 janvier 2014

Seuls Two

Formation en 2012, album en 2013, pléthore de clips : en un parfait contrepied de son électro-post-pop planante et rêveuse, le duo Holy Two (Elodie et Hadrien dans le civil) n’a pas vraiment l’air de vouloir perdre son temps en conjectures. D’où une certaine boulimie créatrice, de morceaux originaux (neuf titres sur l’album, rien à jeter et au moins un tube, Wild Nights) en reprises joueuses et acrobatiques (Kavinsky, Woodkid, The Strokes, Alt-J et même… Roy Orbison). Assez logiquement, et pour ce que ça vaut bien entendu, les jeunes Two figurent avec sept autres Lyonnais (Colo Colo, De La Montagne, Yeast, Lauren Stuart, Alexis & the Brainbow…) parmi les 100 groupes ou artistes émergents listés par le site My Band Market (même si ici, le terme s’avère relativement élastique et volontiers oublieux) à suivre en 2014. En un an et demi, le duo s’est déjà fait beaucoup remarquer (en tant que gagnant ou finaliste de tremplins divers, multichroniqués) et la sortie de son mini-album éponyme ne devrait guère le freiner. Pour l’heure, Holy Two ouvrira pour des revenants longtemps chouchoutés par

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Sibot says...

MUSIQUES | «T'as pas une gueule de porte-bonheur». Si l'on se retrouvait nez à nez avec Simon Ringrose dans une jungle tropicale, c'est sans doute ce qu'on lui (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 octobre 2013

Sibot says...

«T'as pas une gueule de porte-bonheur». Si l'on se retrouvait nez à nez avec Simon Ringrose dans une jungle tropicale, c'est sans doute ce qu'on lui dirait, en tout cas s'il était vêtu de l'espèce de zentaï (ces combinaisons en élasthanne qui font le bonheur des fétichistes de la seconde peau) à globules qui sert de tenue de scène à son alter ego musical, Sibot. Et ce serait mal le juger. Car si, dans la toujours plus vaste galaxie des producteurs masqués, il est l'un des astres les plus intimidants, il est aussi et surtout un véritable gri-gri à taille humaine, un précurseur dont les performances et le succès rejaillissent régulièrement sur le reste de la fourmillante scène électro-hip hop sud-africaine. Ne serait-ce que parce qu'il a été l'un de ses principaux bâtisseurs, s'associant tout au long de sa carrière (débutée au tournant du siècle) à nombre de porte-drapeaux arc-en-ciel en devenir, du grand dadais Watkin Tudor Jones, alias Ninja, qu'il a aidé, au sein de Max Normal, à poser les bases de Die Antwoord, à Spoek Mathambo, avec lequel il forme le duo Playdoe et semble prendre un malin plaisir à faire rimer

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Nuits Sonores 2013 - Jour 4

MUSIQUES | Nuits Sonores, c'est terminé. Déjà ? Déjà. A se demander si un an d'attente pour quatre jours de réjouissances, ce n'est pas un peu cher payé. Au vue de la somme de glorieux souvenirs que nous avons emmagasinés lors de la dernière journée de cette édition 2013, on peut vous affirmer que ça ne l'est pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 12 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 4

N'eut été la présence de Tale of Us et des Raveonettes à son générique, nous n'aurions sans doute pas mis les pieds au quatrième NS Days, histoire de rassembler le peu de forces encore à notre disposition avant le bouquet final. Sans surprise, nous l'aurions amèrement regretté. Car si le duo italien a signé un set à la hauteur de sa précédente prestation lyonnaise (un mix marathon de 4h au Club Transbo en décembre dernier) et si la loud pop spectorienne du duo danois a été au cœur de l'un des concerts les plus troublants – de sensualité et de puissance - de cette édition, c'est un quasi-inconnu qui a livré la prestation la plus inattendue : Squeaky Lobster, producteur bruxellois dont l'abstract hip hop kaléidoscopique, à défaut d'avoir emporté l'adhésion de l'audience, nous a pour notre part durablement scotché. Les "Lee Hazlewooderies" saturées des Liminanas, le rock'n'roll high energy des Mojomatics et les collisions métalliques de The Hacker (qui a remplacé à la dernière minute le pauvr

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Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 4. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 20 mai 2012

Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

Trois sur neuf. Nous n'avons deviné les noms que de trois des neuf invités qui, hier, se sont relayés jusqu'au petit jour aux platines de la secret stage des anciennes usines Brossette. Même pas la moyenne. Nulle incompétence derrière ce pronostic de parieur mutuel urbain du dimanche, seulement le reflet du crédit que l'on accorde à Nuits sonores. Quitte à éprouver des regrets là où tout ne devrait être que gratitude.     Stage divin Il faut reconnaître qu'Arty Farty nous a fait un beau cadeau avec ce secret stage, foulé dans l'ordre par Clara Moto, The Hacker, Gesaffelstein, Oxia, Dixon, un Ricardo Villalobos tout juste remis de son examen du très exigeant catalogue du label ECM aux Célestins, Brodinski, Agoria et Laurent Garnier. Reconnaître également que, même si nous étions en attente d'une surprise qui n'est jamais venue, d'un

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Droit de ciné

ECRANS | Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Droit de ciné

Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à cette occasion Yves Boisset, en pleine promo de son livre de souvenirs. Celui-ci présentera le 12 mars à l’Institut Lumière Le Prix du danger, où le cinéaste imaginait les dérives de la télévision spectacle à travers une fable d’anticipation au cachet très années 80. Bon, allez, on ne va pas mentir, Michel Piccoli en Drucker faisant lui-même les slogans des sponsors de l’émission ou Gérard Lanvin lançant des «bande d’enculés» dans tous les sens, c’est plus drôle qu’angoissant, et c’est ce qui arrive quand des films font passer leur discours avant leur mise en scène. Par ailleurs, Yves Boisset a choisi pour ces rencontres deux immenses films du non moins immense Sidney Lumet, Douze hommes en colère (le 13 mars au Comœdia) et Le Verdict (le 15 au même endroit), qui prouvent qu’on peut avoir un point de vue sur des grands sujets (la justice, ici) et les traduire par de vrais choix de cinéma. On ne sait

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Supergator

MUSIQUES | Comme chaque année, le festival itinérant Les Nuits de l'Alligator se livre à un épuisant tour de France à la recherche des racines du blues et de tout ce qui s'en approche. Heureux les Lyonnais qui ont droit à une étape fort goûteuse de l'événement. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Supergator

Le film d'alligator, ou de crocodile, ou de caïman, est devenu un genre à part entière de la catégorie épouvante. Scénario type : une bande d'abrutis baguenaude à la recherche d'un saurien géant dont ils pensent pouvoir tirer le portrait en toute impunité. Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu, c'est finalement le crocodile qui les trouve et comme il n'a pas son Leica sur lui, il bouffe tout le monde et s'en retourne barboter dans une mare de sang. Avec des titres tels que Crocodile, Crocodile 2, Lake Placid, Supergator ou... Solitaire, le seul intérêt du genre est des permettre à des réalisateurs (Tobe Hooper, Steve Miner, souvent pire) ou acteurs (Michael Vartan, le neveu de Sylvi

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Le geek face à lui-même

ECRANS | Le plaisant "Paul", sorti la semaine dernière, marque une nouvelle étape dans la mutation de la figure geek, entamée avec "The Social Network" de David Fincher. CC

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Le geek face à lui-même

"The Social Network", "Scott Pilgrim", "The Green Hornet" et maintenant "Paul" : voilà quatre films qui auront permis au geek de ne plus être qu’une cible pour les costards-cravates du marketing mais aussi un enjeu complexe de cinéma. Il ne s’agit plus de leur tirer le portrait comme dans les films produits par Judd Apatow, mais de les confronter à l’écran à leurs fantasmes soudain devenus réalité. Chaque film se focalise sur un des piliers de la culture geek plutôt que de la saisir dans sa globalité : l’informatique ("The Social Network"), les jeux vidéos ("Scott Pilgrim"), les super-héros ("The Green Hornet") et la science-fiction ("Paul"). Mais la stratégie est similaire : Fincher en donne le mode d’emploi dans la séquence extraordinaire où Zuckerberg invente le site Facemash dans sa piaule d’Harvard. En parallèle, on assiste à une soirée privée où deux étudiantes dénudées grimpent sur une table devant le regard lubrique et aviné de leurs camarades. Zuckerberg, en virtualisant ce clash féminin, le rend public et, du même coup, entre là où il n’avait jamais eu le droit de rentrer. Le rêve du geek devient réalité si c’est lui qui le recrée avec ses propres armes.

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Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient "Au-delà" : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’

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Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Analyse / Vilipendé à la sortie de Fight club, David Fincher est dix ans plus tard acclamé pour les mêmes raisons : sa capacité à créer des héros ambivalents synchrones avec l’ère numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social Network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club s

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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Blog : Cannes, jour 7 : Indépendances américaines

ECRANS | Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Mon bonheur de Sergei Loznitza. Two gates of sleep d’Alistair Banks Griffin. The Myth of the Americain sleepover de David Robert Mitchell. Blue Valentine de Derek Cianfrance.

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

Blog : Cannes, jour 7 : Indépendances américaines

Ça devient monotone de le répéter quotidiennement mais ça ne s'arrange pas en compétition. Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, troisième film français à concourir pour la Palme, a fait l'effet d'une douche glacée au réveil. Relatant l'enlèvement puis le massacre des Moines de Tibéhirine dans les montagnes de l'Atlas, le film se calque sur le rythme de la vie monastique, multipliant les plans tableaux, les rituels et les cantiques, Beauvois étant autant fasciné par le religieux que par l’humain, abandonnant tout point de vue sur son histoire au profit d'une contestable quête du sacré et du sacrifice au Christ. Cela passe aussi par de longues scènes de dialogue où chaque moine exprime son sentiment sur la situation, ses doutes et sa foi, jusqu'au vote final pour savoir s'il faut partir ou rester. La dialectique voulue est annulée par le côté panel des personnages qui ressemble à une énorme facilité d'écriture. L'académisme du film éclate lors des intrusions des terroristes et de l'armée algérienne, puisque Beauvoi

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Invictus

ECRANS | Toujours au sommet, Clint Eastwood réussit avec classicisme et émotions l’évocation du premier défi lancé au président Mandela : réunir l’Afrique du Sud autour de son équipe de rugby durant la coupe du monde 95. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 9 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Une scène résume bien la chose : Nelson Mandela (Morgan Freeman, impeccable) vient d’être élu président de la République en Afrique du Sud. Il sort faire une promenade nocturne accompagné de ses deux gardes du corps, lorsqu’une voiture surgit au coin de la rue. Tentative d’assassinat ? Non, il s’agit seulement du livreur de journaux… Mandela s’approche alors pour regarder la Une, et découvre qu’elle met en doute sa capacité à diriger le pays. En un battement de plan, Eastwood passe ainsi de l’intrigue à ses enjeux profonds, du particulier au général. Cette manière de s’extraire par le haut d’une convention scénaristique rappelle le précédent Eastwood, Gran Torino. Mandela a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de président. L’humanisme et l’équité

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Clint consacré

ECRANS | Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

Clint consacré

Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la route de Madison. Ce choix, effectué par un collège de cinéphiles et de critiques, récompense un cinéaste dont l'oeuvre a contribué à l'art cinématographique. C'est une belle revanche pour Eastwood, dont les films auront mis près de vingt ans, et la reconnaissance conjointe d'Impitoyable par la critique, le public et les professionnels — premier doublé meilleur cinéaste, meilleur film aux Oscars — pour être appréciés à leur juste valeur. Encore regardé de travers pour son personnage de Dirty Harry, vite taxé de fasciste par la presse à l'époque, la critique néglige ses premiers travaux derrière la caméra : l'impeccable thriller Un frisson dans la nuit et le mélodrame Breezy. Cherchant une parfaite liberté créatrice avec sa société de production Malpaso, Eastwood se forme une écurie de collaborateurs fidèles, une économie de tournage — beaucoup de préparation, peu d'axes de prises de vue — et alterne films commerciaux (parfois remarquables comme L'Épreuve de force ou Pale Rider

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Livre / Dans un recueil d’entretiens avec Michael Henry Wilson, Eastwood acceptait comme jamais d’évoquer son travail de cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée

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Gran Torino

ECRANS | Avec "Gran Torino", Clint Eastwood, devant et derrière la caméra, réalise un de ses meilleurs films, drôle et provocateur, émouvant et mélancolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Gran Torino

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribué à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’ex

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L’Échange

ECRANS | Le maître Eastwood aurait-il visé trop haut ? Complexe et bancal, L’Échange multiplie les lignes narratives et finit par brouiller son discours. Petite déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’adminis

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Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, Two Lovers impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’i

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Mémoires de nos pères

ECRANS | Réflexion dialectique sur l'héroïsme, film de guerre humaniste et messe lugubre à un temps qui s'éteint : Clint Eastwood signe un nouveau classique instantané. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 8 novembre 2006

Mémoires de nos pères

D'abord le titre : Mémoires de nos pères dit de manière pléonastique le titre français, soulignant une constance des derniers films de Clint Eastwood, célébration sans nostalgie d'un passé tout sauf idyllique perdu dans les vapeurs amères d'un présent pétrifié. Drapeaux de nos pères, dit le titre américain, renvoyant plus directement au cœur du film : six soldats dressant une bannière américaine sur la colline d'Iwo Jima à la mi-temps d'une bataille sanglante où est censé se jouer le résultat de la deuxième guerre mondiale. Deux photographes passent et immortalisent le moment, qui se transformera en symbole d'une Amérique victorieuse ou bientôt victorieuse («nous gagnons ou nous allons gagner», George W. Bush, 25 octobre 2006). Pour appuyer la propagande, on fait revenir au pays les trois survivants de la photo et on organise pour eux une tournée afin de récolter des fonds pour continuer à armer ceux qui sont restés là-bas. Trois soldats ordinaires progressivement rattrapés par la culpabilité d'être là, traités en héros alors que tant d'autres meurent dans l'indifférence sur le front. Héros malgré tout Construit en flashbacks entre ce

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