Apparition folk

MUSIQUES | Musique / Jolie et inattendue découverte à l’Epicerie Moderne en la personne de l’américain Vandaveer. Un folkeux de plus, certes, mais avec des mains d'orfèvre pop et une voix country à fendre l’âme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 avril 2009

Physiquement et musicalement, Vandaveer est à la croisée de deux barbus trop méconnus : le Canadien Hayden et l'Américain Ray Lamontagne. Comme ses deux confrères, et même s'il n'arbore pas toujours de pilosité faciale, le dénommé Mark Charles Heidinger a ce genre de personnalité à la fois sombre et solaire qui irradie jusque dans ses morceaux, et bien souvent le long de l'échine de ses auditeurs. Cette ambiguïté qui fait qu'on ne sait jamais trop si ses morceaux sont tristes ou enjoués, folk ou pop. Si l'on doit, à leur écoute, pleurer de tristesse ou de joie, s'enfoncer dans le canapé ou se mettre à danser. Les deux, en fait. Que ce soit sur son premier exercice, Grace & Speed, porté par le jouissif Roman Candle, ou le tout chaud Divide & Conquer, et comme le prouvent les titres de ses deux beaux albums, Vandaveer aime l'entre deux, le fil sur lequel on vacille sans jamais tomber d'un côté ni de l'autre. Sur Divide & Conquer, un titre incarne parfaitement ce sens de l'équilibre : Before the Great War qui semble, sur quelques notes, visiter sur la pointe des pieds le classique Redemption Song, avant de s'en échapper par la fenêtre avec la grâce du cambrioleur qui fait le ménage avant de partir.Dylan vs Barlow
Cet art du songwriting, Mark Charles l'a façonné avec The Apparitions, un genre de réponse kentuckienne aux Shins qui n'a malheureusement jamais franchi l'Atlantique. Mais davantage encore que ses compositions, c'est cette voix qui fend le cœur et donne ce relief à sa musique. Là encore, le fruit d'un pas de deux : une petite danse entre les inflexions d'un Bob Dylan qui aurait appris à chanter et le timbre désarmant de vérité d'un Lou Barlow (duquel il est parfois difficile de le distinguer sur un morceau comme Different Cities). Désarmant, le terme colle parfaitement à la personnalité du jeune homme : il faut pour cela voir la vidéo de son «concert à emporter» sur le site de la blogothèque. Accompagné de deux musiciens, Vandaveer s'y incruste au milieu d'un terrain vague à une fête de mariage un peu roots. Le temps pour lui d'y livrer des versions ensoleillées de Woolgathering et Roman Candle avant de repartir comme il était venu, ne laissant derrière lui qu'incrédulité et enthousiasme comme trace de son improbable «apparition». Voilà Vandaveer : typiquement le genre de type qu'on aimerait voir débarquer à l'improviste dans n'importe quelle fête de mariage. Vandaveer + The North Bay Moustache League
À l'Epicerie Moderne, mercredi 15 avril
«Divide & Conquer» (Alter K/Discograph)

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