Ceci n'est pas un Arandel

MUSIQUES | Portrait / Projet musical plus qu'entité à part entière, Arandel s'attache à brouiller les pistes qui mènent à son univers sonore. Soit un concept d'électro organique bâtie sur un dogme musical plus libérateur que contraignant. Le tout décliné sur un album déroutant, «In D». Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 mai 2010

Des arbres, du vent dans les feuilles, une ombre qui passe. Et soudain, par petites touches, traversant furtivement le plan, une étrange créature des bois au masque étrange et encapuchonné, dont l'aspect inquiétant est transcendé par une musique obsédante, mais qui ne dit rien qui vaille. S'il s'agissait du teaser d'un film (1), version éthérée de Jabberwocky, le Terry Gilliam adapté de Lewis Carroll, ou «Sa Majesté des Mouches aux champignons», on aurait hâte de voir la version longue. Mais c'est de musique dont il s'agit, d'un album aux morceaux numérotés faute de titres et dont l'écoute fait à peu près le même effet que ce petit film, sans les images. Comme si le hors champ musical renfermait quelque chose qui semble tout proche et fait craquer des branchages : en fait, un artiste dont on ne saura rien et qui se range derrière son projet.

«Arandel n'est pas un groupe, Arandel n'est pas un personnage», mentionne la bio officielle. Ce que martèle le musicien à l'origine de la chose : «Arandel n'est pas un pseudo, ce n'est pas moi, c'est le nom d'un projet musical, d'un dogme». Une musique qu'on n'osera pas qualifier de désincarnée tant elle est organique et, au fond, vivante, par elle-même : «J'avais envie de voir jusqu'où on peut aller en 2010 en défendant un projet musical. Est-ce qu'une musique peut exister par elle-même sans qu'on colle quelqu'un derrière ?» Il ne s'agit donc pas ici d'avancer masqué (au sens propre), au contraire d'un courant de musiciens (de Daft Punk à … Slipknot) dont le masque finit par avoir valeur d'identité. Cette créature masquée courant les bois n'est donc qu'un avatar échappé d'un univers musical, la persistance rétinienne d'une idée avortée : «On a un temps réfléchi à cette histoire de personnage, à faire des interviews masqués, à lui inventer une fausse biographie. Mais c'était à l'opposé de la musique qui va avec, voulue comme la plus acoustique, organique et humaine possible. Mentir sur une identité, cela ne collait plus».

Matière organique

La musique donc, mieux, le «dogme» musical : en gros, de l'électro qui n'en est pas vraiment, fabriquée à base de matière «organique», autrement dit avec la chair de véritables instruments. Une contrainte qui, pour l'intéressé, masque un impératif : «j'ai toujours préféré chercher des textures sonores à partir d'instruments plutôt que dans des bases de données ou des logiciels. Et puis quitte à aborder le milieu de l'électro, qui m'était étranger, autant le faire avec mes propres armes». Autre règle : travailler sur des variations à partir d'un thème musical. Un projet a priori assez barré qui n'a pas effrayé Infiné, label étendard d'Agoria : «c'est la première fois que je travaille avec un label qui me dit : «ne te pose pas de question, fais ce que tu as envie de faire, plus c'est barré mieux c'est»»

Ça tombe bien, Arandel est un laboratoire, un truc d'apprenti sorcier. Et comme dans tout labo de recherche, la trouvaille naît parfois de l'accident, le dogme de la contingence : un remix refusé par un groupe, mais qui plaît à Agoria, lequel commande un puis deux puis trois morceaux. Puis plus, jusqu'à avoir assez de matière pour un album dont la théorie s'élabore en même temps que l'expérience : «le projet s'est bâti sur cette suite de variations auxquelles je n'avais pas pensé au départ. Les concepts du projet et de l'album se sont vraiment développés parallèlement». Pas question pourtant pour cet album in vitro d'y demeurer. Car la formule n'est qu'une base qui demande à être mise en équation live à la rentrée : «On est en train de mettre en place deux formules, l'une en duo où on va jouer les morceaux de l'album avec des machines et des instruments, l'autre avec six musiciens multi instrumentistes autour de l'idée de séquence répétitives». Chaque musicien sera alors libre de passer d'une séquence à l'autre quand il le souhaite, sans chef d'orchestre. Il serait même possible de faire participer le public. «L'idée, c'est que chaque musicien devienne Arandel. Et même qu'un jour, Arandel se fasse sans moi, sur disque comme sur scène. Le prochain album sous le dogme Arandel peut très bien être l'œuvre de quelqu'un d'autre». À ceux qui se demanderaient : «Qui est Arandel ?», on répondra donc comme le héros de V pour Vendetta : «C'est une idée, donc ça peut-être vous».

Arandel – Overture, réalisé par Venkman :

Arandel - Overture from InFine Music on Vimeo.

"In D" (Infiné)
Sortie le 28 juin

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”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Action | Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de piste (tout dépend si l’on compte les spin off au paddock), à nouveau piloté par Justin Lin, déjà aux commandes de la moitié de la franchise. Suivant la règle de la suite accumulative du type Expandables, cet opus surenchérit à tous les étages : davantage d’actions spectaculaires (les voitures vont en orbite, à l’instar de celles d’Elon Musk), plus de personnages — donc de vedettes. John Cena ajoute donc ses biscottos à la fine équipe, dans le rôle de Jakob-le-frère-jusqu’alors-caché-car-maudit-de-Dom-Toretto. Il rejoint à la distribution de Helen Mirren, Charlize Theron, Kurt Russell ou Jason Statham qui viennent eux-aussi montrer le bout de leur museau entre deux poursuites en moto, camion, voiture qui plane ou qui accélère. Sinon, l’histoire ? Disons qu’elle est facultative et ne constitue pas un argumen

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Retour des concerts : summer time au Transbordeur

Summer Sessions | Retour des Summer Sessions le 1er juillet, avec en ouverture Pat Kalla & co. Hors d'œuvre d'une saison estivale qui s'annonce prometteuse aux abords extérieurs du Transbordeur.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 juin 2021

Retour des concerts : summer time au Transbordeur

Il était déjà revenu un peu timidement et reviendra sans doute encore bien plus fort mais voici que le live fait sa rentrée d'été au Transbordeur. En extérieur et selon la désormais bonne vieille tradition des Summer Sessions. Lesquelles fleurissent généralement avec le mois de juillet. Ouverture le 1er juillet donc avec Pat Kalla & le Super Mojo en release party du tout frais album Hymne à la vie, à la pochette (et musique) très Summer Session. Kalla qui sera accompagné ce soir-là du projet tout aussi solaire de Paola, Povoa et Jerge (appelez-les PPJ), trio né du confinement et dont le 1er EP vient de paraître. Un set encadré en ouverture du warm-up (où on fera chauffer les pneus, sauf qu'il n'y aura pas de pneus) d'Heavenly Sweetness Sound System (avec Hugo Mendez, fondateur du label Sofrito !) et du closing (c'est quand on ferme la soirée) dispensé par Pedro Bertho. Comme c'est l'ouverture, c'est gratuit (même si sur réservations, la cour du Transbo n'est pas extensib

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Entendons-nous bien : trois films tournant autour du son et de l'ouïe à voir en salles

Théma | À force de louer les qualités visuelles du cinéma, on en oublierait presque qu’il marche sur une autre jambe : son oreille, si l’on ose dire. Et que son, musique ou écoute sont décisifs…

Vincent Raymond | Jeudi 10 juin 2021

Entendons-nous bien : trois films tournant autour du son et de l'ouïe à voir en salles

Sans un bruit 2 devait sortir en mars dernier. Et puis, crac ! Pandémie, confinement, fermeture des salles, silence radio… Un écho assez troublant pour cette suite au thriller survivaliste de (et avec) John Krasinsky, dont le succès (légitime) et surtout l’hallucinante rentabilité (20 fois la mise) avaient sans peine convaincu les producteurs de prolonger l’aventure. Seize mois après la date initiale — et après notre douloureuse promesse de maintenir le silence sur l’intrigue — sort donc le 16 juin cette séquelle parée d’un prologue décrivant l’invasion par le ciel de créatures chassant tout ce qui bouge à l’oreille ; des prédateurs monstrueux dont les fréquences des appareils auditifs de la fille de l’héroïne sont, avec l’eau, les seuls talons d’Achille connus. Dans cet opus, où Evelyn et sa famille partent à la recherche d’autres survivants, les rues désertes, la paranoïa galopante ou les zones censément à l’abri (des huis clos sur le point de devenir de nouveaux clusters) prennent dans le contexte du Covid un relief d’un réalisme insoupçonné. Le silence obligé des protagonistes contamine la salle et le susp

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Elie Wajeman & Vincent Macaigne : « le médecin de nuit nous donne accès à l’universel »

Médecin de Nuit | Métamorphosé par Elie Wajeman, Vincent Macaigne devient dans "Médecin de Nuit" une grande figure tragique de roman noir, tiraillé entre son éthique professionnelle, ses obligations familiales et ses pulsions, au cœur d’une très longue nuit. Consultation en tête à tête avec le réalisateur et son comédien.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Elie Wajeman & Vincent Macaigne : « le médecin de nuit nous donne accès à l’universel »

Le titre est d’une grande nudité et d’une grande simplicité : Médecin de nuit. Le personnage de Mikaël est aussi celui le médecin de LA nuit, c’est-à-dire de tous les affects, de toutes les misères, de toutes les maladies cachées, de toutes les turpitudes de la nuit… Elie Wajeman : C’est exactement ça. Il est médecin des corps et médecin des âmes nocturnes. Comment l’avez-vous composé ? Y a-t-il une part de collecte documentaire pour établir un profil comme celui de Mikaël ? EW : C’est un mélange. Le premier jet, c’était vraiment un Mikaël que j’ai inventé ; après, ça a été affiné, on l’a retravaillé grâce à l’étape documentaire. Mais ça s’est pas fait comme ça ! Et j’espère que ces médecins solitaires, dans la

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À mouche que veux-tu : "Mandibules" de Quentin Dupieux

Comédie surréaliste | À force de tourner autour de récits kafkaïens ou de métamorphoses, il était fatal que Quentin Dupieux aboutisse à une histoire d’insecte géant. Réunissant un aréopage de comédiens de haut vol (dont une Adèle… battante), Mandibules fait à nouveau mouche.

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

À mouche que veux-tu :

Semi-clochard et 100% benêt, Manu a été choisi pour livrer une mystérieuse mallette. Comme il lui faut une voiture, il en fauche une, embarquant au passage son pote Jean-Gab, aussi éveillé que lui. Mais en découvrant à son bord une mouche géante, ils décident de changer leurs plans et de l’apprivoiser… Voici presque deux décennies que le musicien Quentin Dupieux a débuté sa diversification sur les plateaux de tournage. D’abord annexe, l’activité semble aujourd’hui prendre le pas sur toutes les autres ; et saisi par une fièvre créatrice, le prolifique réalisateur a même accéléré sa production puisqu’il dévoile désormais tous les ans une nouvelle facette de son cosmos. Entre ses longs-métrages, les liens de consanguinité s’avèrent manifestes — une revendication d’appartenir à une famille très singulière —, chaque opus s’affranchit cependant du précédent par un léger décalage : comme un saut de puce évolutif dans l'embryogénèse de leur structure narrative. Parti du magma abstrait de

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Coralina Picos : « ils n’écrivent pas un article, ils dessinent un article »

Dessin de Presse | Organisatrice de deux éditions des Rencontres du Dessin de Presse à Lyon — événement qu'elle espère pérenniser —, figure de la Croix-Rousse, Coralina Picos devait inaugurer cet automne une expo sur le traitement de la crise sanitaire par les dessinateurs : reportée pour cause de... Covid. Rencontre, malgré tout, pour évoquer le rôle du dessinateur de presse, la sombre actualité et les projets futurs.

Sébastien Broquet | Mardi 8 décembre 2020

Coralina Picos : « ils n’écrivent pas un article, ils dessinent un article »

Vous m’avez envoyé un sms à 1h du matin, le soir de l'assassinat de Samuel Paty, pour me dire que l’interview ne pouvait pas attendre, que vous souhaitiez parler malgré le report de votre expo au Bistrot fait sa Broc que nous devions évoquer. Pourquoi ce besoin ? Coralina Picos : Déjà, évidemment, ça m’a mis les boules. On retombe encore dans le même schéma de privation de la liberté d’expression. Encore une fois, le dessin de presse va être l’objet qui cristallise. Ce qui m’agace profondément ! Parce que les dessinateurs de presse ne sont pas les seuls responsables de la liberté d’expression. Les profs ne le sont pas non plus. L’État est responsable de la liberté d’expression ! Je voulais en parler, pour ne pas qu’on retombe dans cette espèce de période où pendant quinze jours tout le monde va à nouveau parler du dessin de presse et des fantassins de la liberté d’expression. Un dessinateur de presse, il est là pour exprimer son regard sur l’actualité. Et l’actualité, ce n’est pas tout le temps le prophète : c’est beaucoup plus vaste que ça. Ce que j’aimerais, c’est que la presse ait un engagement au-delà des quinze jours post-attentat.

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Si c’était à refaire… : "Fin de siècle" de Lucio Castro

Drame | Du mystère, de la profondeur et Barcelone : laissez-vous happer par cette "Fin de siècle"...

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

Si c’était à refaire… :

Barcelone, de nos jours. Deux hommes s’offrent une nuit d’amour. Une relation sans lendemain ? Peut-être que non, d’autant qu’elle a sans doute un “avant-hier“, quelque part entre les limbes du rêve, du souvenir ou du fantasme… Il faut attendre la fin de la première partie pour comprendre le titre, et ce renvoi vingt ans en arrière, à cette (autre) époque d’incertitudes que fut le changement de siècle, où le mal dominant s’appelait sida et non Covid-19. C’est là que le film change de dimension, devient onirique et prend de la profondeur. Là qu’il cesse d’être un chromo touristique (de fort belle facture) pour gagner en mystère. Preuve qu’il faut laisser du temps au temps… Fin de siècle ★★★☆☆ Un film de Lucio Castro (Arg, 1h24) avec Juan Barberini, Ramón Pujol, Mia Maestro…

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Les Marquises : « une musique d'effondrement intérieur »

Post Pop | Dix ans après un album inaugural qui marqua durablement de son inquiétante étrangeté les amateurs de musique pas comme les autres, Les Marquises reviennent avec un quatrième disque, La Battue, sur lequel le vrai-faux groupe du Lyonnais Jean-Sébastien Nouveau joue la carte de l'intime.

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 juin 2020

Les Marquises : « une musique d'effondrement intérieur »

Après notamment le peintre Henry Darger pour Lost, Lost, Lost (2010), les cinéastes Jean Rouch et Werner Herzog pour Pensée magique (2014), quelle a été l'inspiration de La Battue ? Jean-Sébastien Nouveau : C'est justement le premier disque qui n'est pas basé sur un grand thème ou une idée directrice. L'idée n'était pas tant esthétique que celle de former un duo de compositeurs et de musiciens avec Martin Duru (NdlR : avec lequel il a fondé Immune et Colo Colo), avec le moins d'intervenants possible et où je chante tous les morceaux. Soit l'inverse de ce qu'on a fait jusqu'à présent où j'invitais systématiquement des chanteurs (Jordan Geiger, Matt Elliott) ou des musiciens (Olivier Mellano, Christian Quermalet). On voulait avancer de manière beaucoup plus intime et comme un bloc. L'esthétique du disque s'est dessinée un peu toute seule au fur et à mesure des morceaux. Habituellement, je compose seul et Martin vient m'aider au moment des arrangements. Là

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J’avais deux camarades : "Jojo Rabbit"

Burlesque | Un garçonnet dont le confident imaginaire est Hitler, se retrouve à sauver des nazis une orpheline juive. Taika Waititi s’essaie au burlesque dans une fable maladroite ne sachant jamais quel trait forcer. Une déception à la hauteur du potentiel du sujet.

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

J’avais deux camarades :

Allemagne, années 1940. Tête de turc de sa section des Jeunesses hitlériennes, le malingre et craintif Jojo trouve du réconfort auprès d’un ami imaginaire, Adolf en personne. Tout s’embrouille lorsqu’il découvre une adolescente juive cachée dans les murs de sa maison… L’accueil enthousiaste rencontré par Jojo à Toronto, doublé d’un Prix du Public, en a fait l’un des favoris dans la course à l’Oscar. Sur le papier, le postulat du film a de quoi susciter la curiosité tant il semble cumuler les transgressions volontaires. Résumons : Jojo conte tout de même la fin de la Seconde Guerre mondiale côté allemand du point de vue d’un jeune féal du Führer en adoptant un registre absurdo-burlesque avec des stars populaires, le tout sous la direction de Taika “Ragnarok” Waititi qui s’adjuge de surcroît le rôle d’Hitler. Ça fait beaucoup, mais pourquoi pas si une cohérence supérieure gouverne les choses. Ce n’est malheureusement pas le cas.

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Battling Vieux : "Vous êtes jeunes, vous êtes beaux"

Réforme des retraites | À 73 ans, Lucius se sait condamné à brève échéance. Mais il a encore du jus. Alors, quand on lui propose contre un petit pactole de participer à des combats clandestins entre “vieux“, il accepte. Pour se prouver qu’il existe encore. Ou pour sa chère Mona, qui sait ?

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Battling Vieux :

Inutile de frapper la viande pour attendrir. La preuve avec ce premier long-métrage aux lisières de la série blême et du surréel onirique lynchéen, dont la stylisation extrême s’ajoute à un propos fort ainsi qu’à une interprétation solide. Or si c’est un plaisir de retrouver Josiane Balasko déployant ce registre dramatique qu’elle a déjà offert à Guillaume Nicloux ou François Ozon, voix basse et gravité à fendre les pierres ; Bouchitey en clown épuisé et Denis Lavant en meneur de jeu méphistophélique, il est plus surprenant de voir Gérard Darmon distribué dans une “non-comédie” — et qui plus est, au premier rôle. Quel dommage que les cinéastes n’aient pas l’imagination de Franchin Don, car Darmon se révèle aussi brillant que touchant dans cet emploi sacrificiel rappelant à bien des égards le Wrestler d’Aronofsky. La confidentialité de cette production risque de l’empêcher de briguer le parallélépipède doré — concourir pour les César n’est pas “donné“ à tout le monde. Portrait d’une société cynique, vénale et dépourvue de compassion (en d’autres terme

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La street food s'empare des Subsistances

Food | 80 chefs, dont le meilleur du monde, qui font de la bouffe à emporter. Et des concerts, du street art, des barbecues et des cocktails : revoici, ce week-end, le Lyon Street Food Festival.

Adrien Simon | Mardi 10 septembre 2019

La street food s'empare des Subsistances

Les Lyonnais ont découvert qu’ils aimaient la cuisine de rue. Celle que l’on trouve partout dans le monde, sauf en France, et que l’on nomme donc systématiquement en anglais. Manger en marchant n’étant pas une évidence française, on cantonne ici la street food dans des lieux ou des temps donnés. Comme ces food courts fleurissant un peu partout… Où l’on rassemble des stands ou des trucks, fabriquant de la nourriture en live, servie dans de la vaisselle jetable sur de grandes tables communes. Ainsi, H7, le nouvel incubateur de start-ups de Confluence, dispose-t-il d’une cantine d’entreprise ? Non, un food court. Il s’appelle Heat, il est « open » et plein de « heat boys and girls » opérant dans des containers colorés. Au centre commercial de la Part-Dieu on a ouvert un point de restauration éphémère, il s’agit d’un food market (c’est pareil). Dans un autre genre la Tour Rose, institution chic du Vieux Lyon, a confié aux excellents responsables des Apothicaires la conception d’une... food traboule (idem). Et enfin, où donc les Lyonnais vont-ils se presser ce week-end ? À l’inc

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Fear West : "Le Déserteur"

Thriller | Une époque indéfinie, dans l’Ouest étasunien. C’est là que Philippe s’est expatrié pour fuir son Canada et une probable mobilisation. Tirant le diable par la queue, il survit en participant à des concours de sosies de Charlie Chaplin. Mais le diable ne s’en laisse pas compter et le rattrape.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Fear West :

N’était son image en couleur, le film de Maxime Giroux pourrait pendant de longues minutes passer pour contemporain des Raisins de la colère (1940), avec son ambiance post-Dépression poussant les miséreux à l’exil et transformant les malheureux en meute de loups chassant leurs congénères. Et puis l’on se rend compte que le temps du récit est un artifice, une construction — comme peut l’être le steampunk —, un assemblage évoquant une ambiance plus qu’il ne renvoie à des faits précis ; une ambiance qui semble ô combien familière. Aussi ne tombe-t-on pas des nues lorsque l’on assiste, après sa longue errance entre poussière et villes fantômes, à la capture de Philippe par un réseau de trafiquants de chair humaine pourvoyant de pervers (et invisibles) commanditaires. Fatalité et ironie du sort : fuir le Charybde d’une guerre pour échouer dans ce Scylla censément pacifique. Craindre d’être tué et risquer la mort plus souvent qu’à son tour ; refuser de prendre les armes pour finir par être contraint de s’en servir… Ingrédi

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Maxime Giroux : « On n’a pas appris de nos erreurs, on répète l’Histoire »

ECRANS | Après "Felix & Meira", le réalisateur québécois Maxime Giroux signe une parabole sur la férocité cannibale de la société capitaliste, qui conduit l’Homme à exploiter son prochain. Entretien avec un cinéaste guère optimiste sur le devenir de notre monde…

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Maxime Giroux : « On n’a pas appris de nos erreurs, on répète l’Histoire »

Pourquoi le titre original, La Grande Noirceur, n’a-t-il pas survécu à sa traversée de l’Atlantique ? Maxime Giroux (rires) Il faudrait poser la question à mon distributeur. Quand je fais des films, j’aime bien qu’on laisse la liberté de les faire comme je veux. Alors, quand des distributeurs me demandent de changer le titre pour sortir dans un pays X, je dis oui (rires). Je pense que La Grande Noirceur était peu trop négatif ; et puis c’était surtout une référence à une époque au Québec qui ne parlait pas au public européen. Votre histoire est une uchronie située un territoire immense, indéfini (l’Ouest sauvage tel qu’on le fantasme). Ce double flou spatio-temporel, est-ce pour atteindre à l’universel, à la métaphore ? Tout à fait. Mon but n’était pas de parler d’une époque, d’une situation ou d’une guerre précise, mais plutôt d’un système qui est inabordé à travers l’Histoire — qu’on pourrait appeler le système capitaliste ou d’un autre nom — qui est basé sur la violence, le pouvoir. Comment le début de l’écriture a correspondu à l’élection de Trump, il fall

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Peau d’âme : "Le Daim"

Le Film de la Semaine | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intriguant totalement à sa place à la Quinzaine des Réalisateurs.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Peau d’âme :

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe de Van Warmerdam vue notamment au festival Hallucinations Collectives), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule, ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables — comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme, aurait pu dire de Gaulle.

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Des arts et de la fête : Chromatique ouvre ses portes à la Guillotière

GUIDE URBAIN | Siroter un verre de vin au mitan d’une exposition et profiter d’un concert : voilà qui est désormais possible au 51 de la rue Saint-Michel où Chromatique, « lieu artistique d’expression libre », a élu domicile dans les murs du défunt 6e Continent.

Nina Roussel | Vendredi 10 mai 2019

Des arts et de la fête : Chromatique ouvre ses portes à la Guillotière

Elle était animée, la rue Saint-Michel, le week-end du 19 avril ! Il fallait prendre son mal en patience et faire la queue, pour participer à la fête que ce nouveau spot organisait à l’occasion de son ouverture. Vernissage, concerts indie rock, DJ set… pendant trois jours, il y en a eu pour tous les goûts. Chez Chromatique, on cultive la diversité. À l’origine du projet : six jeunes Lyonnais, issus de parcours variés : École des Arts et Métiers de Cluny pour les uns, école de commerce ou encore master audiovisuel pour les autres. Regroupés en un collectif, Bitume, les jeunes gens se sont lancés dans la scénographie et l’habillage de lieux pour des festivals et entreprises, tout en organisant ponctuellement leurs propres événements. Le dernier en date, Rehab, organisé à Paris en 2017, célébrait les arts urbains, dont Bitume a fait sa marque de fabrique : un bâtiment de 3000 m2 sur le point d’être réhabilité, une centaine d’artistes graffeurs invités par le collectif à investir l’espace, et, à la clé, un franc succès. Naît le désir d’avoir leur propre espace, pour continuer à créer leurs sc

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Coup d’épée dans l’eau : "Alex, le destin d'un roi"

Heroic fantaisiste | De Joe Cornish (G-B, 2h01) avec Louis Serkis, Tom Taylor, Rebecca Ferguson…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Coup d’épée dans l’eau :

Élevé par une mère seule, tête de turc du collège avec son copain Bedders, Alex trouve dans un terrain vague une épée fichée dans un roc qu’il parvient à dégager. Signe qu’il est le nouveau roi désigné pour combattre l’odieuse fée Morgane, libérée de sa prison par le chaos mondial… Comme tous les grands contes ou récits traditionnels épiques, les légendes arthuriennes sont des fils avec lesquels on peut tisser des étoffes fort dissemblables : Excalibur, Perceval le Gallois, ou Merlin l’Enchanteur, ont en effet bien peu en commun. Toute variation est sur le principe recevable si elle abrite un univers propre ou une forme suffisamment originale : voyez Alexandre Astier, qui tourne justement sa propre version grand écran de Kaamelott, où Arthur pourrait presque être considéré comme un prétexte tant l’auteur Astier imprime sa marque, son cosmos. Pour cet Alex-ci, la situation est hélas bien différente : nous voici face à un teenage movie façon

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Paris est une quête : "Synonymes"

Le Film de la Semaine | Un jeune Israélien rejetant son pays et sa langue s’installe à Paris en guise de protestation et mène une existence de bohème. Un roman d’apprentissage aux faux-airs de Nouvelle Vague et empli de vrais échos du propre parcours de l’auteur. Ours d’Or à Berlin 2019.

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Paris est une quête :

Ex soldat israélien en violent désaccord politique et humain avec son pays, Yoav débarque sac au dos à Paris. Détroussé et entièrement nu à la suite d’un rocambolesque coup du sort, il rencontre Émile et Caroline, un couple aisé de son âge qui va l’aider à rebondir et à se reconstruire… Nadav Lapid ne fait pas mystère de la large inspiration autobiographique de ce film, narrant autant sa rupture d’avec sa patrie de naissance que son désir quasi-amoureux de s’enraciner en France. Un nouveau pays dont le personnage de Yoav aime le “concept“ avant même de l’avoir pratiqué et dont il engloutit avec voracité le lexique, les fondements républicains afin d’en assimiler l’essence. Mais un lien fabriqué présente toujours le risque d’être artificiel. Car même si Yoav repart de zéro à Paris nu comme l’enfant qui vient de naître, s’il apprend à parler le français en refusant de prononcer le moindre mot hébreu ; s’il fait cadeau de ses “histoires“ (c’est-à-dire de ses souvenirs personnels ou familiaux) à Émile qui peine à écrire son roman, il demeure prisonnier de son identité première, profo

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Un Brin de Folie : café de flore

Café botanique | Un lieu pour boire un thé, admirer les bouquets, goûter des pâtisseries, décider de repartir avec une plante, revenir pour un atelier floral : c’est le pari du café botanique Un Brin de Folie et c’est réussi.

Lisa Dumoulin | Lundi 14 janvier 2019

Un Brin de Folie : café de flore

À deux pas des Terreaux et de sa place tristement grise et dénuée de verdure, le café botanique Un Brin de Folie rééquilibre le paysage. À la fois café et fleuriste, le lieu est couvert de plantes du sol au plafond : des terrariums, des fleurs coupées ou séchées, des plantes en pots, des vases et des cache-pots, des couronnes et des bouquets… De quoi prendre son shoot de chlorophylle et d’oxygène, idéal toute l’année mais encore plus en cette période hivernale, histoire de commencer l’année avec un peu de soleil, fût-il légèrement contrefait. Pour une exposition maximale, privilégiez la mezzanine et son mur peint en jaune soleil : effet placebo assuré. Autre option, le fauteuil en rotin (coussins et plaids inclus) lové près d’une illustration botanique ancienne représentant un tournesol épanoui. À la tête de ce havre de paix Presqu’îlien se trouvent Marion Berger et Camille Boutleux. Marion, la fleuriste, a tenu plusieurs années son magasin de fleurs à Châtillon d’Azergues et s’est spécialisée dans la confection de terrariums. Avant de se lancer à Lyon, elle testa son activité en faisant des dépôts-vente da

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Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain

ECRANS | Alors que l’expo Jeunet/Caro se poursuit au Musée de la Miniature, révisez vos classiques en renouant avec la petite fée urbaine qui valut en 2002 au (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain

Alors que l’expo Jeunet/Caro se poursuit au Musée de la Miniature, révisez vos classiques en renouant avec la petite fée urbaine qui valut en 2002 au Jean-Pierre du duo les César du meilleur film et du meilleur réalisateur et transforma du jour au lendemain la jeune Audrey Tautou en star planétaire. D’aucuns disent que Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain aurait pu ravir la Palme d’Or à La Chambre du fils. Une pure vue de l’esprit, puisqu’il n’était pas sélectionné… Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain À l’UGC Astoria du 5 au 11 décembre

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Sophie Divry lauréate du Prix de la page 111

Littérature | C'est sans doute le plus absurde de tous les prix littéraires. C'est d'ailleurs ainsi que le qualifient ceux qui l'ont créé en 2012 à l'initiative du (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 12 octobre 2018

Sophie Divry lauréate du Prix de la page 111

C'est sans doute le plus absurde de tous les prix littéraires. C'est d'ailleurs ainsi que le qualifient ceux qui l'ont créé en 2012 à l'initiative du journaliste Richard Gaitet, animateur de Nova Book Box, indispensable émission littéraire de Radio Nova. Le principe : récompenser la meilleure page 111 d'un roman de la rentrée littéraire automnale. Un prix qui réussit aux auteurs de Lyon puisque après Jacky Schwartzmann en 2016 pour la page 111 de Mauvais coûts (La Fosse aux ours), c'est cette année Sophie Divry qui l'emporte pour la qualité de la page 111 de son roman Trois fois la fin du Monde (Noir sur blanc). Un prix qui lui vaudra entre autres un exemplaire encadré de cette fameuse page ainsi qu'une dotation de 111 centimes d'euros en pièces de un centime. Une somme.

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Le combat ordinaire : "Nos batailles" de Guillaume Senez

Drame | de Guillaume Senez (Fr-Bel, 1h38) avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Le combat ordinaire :

Chef d’équipe dans un entrepôt 2.0, Olivier affronte chaque jour une direction tyrannique, avant de retrouver la paix des siens. Un jour, sa femme le quitte sans prévenir, le laissant seul avec ses deux enfants. C’est un autre combat qui s’engage alors : faire sans, avec l’angoisse en plus… Enfin un rôle consistant pour Romain Duris et nous rappeler que, s’il dilapide parfois ses qualités à la demande de certains cinéastes le poussant à cabotiner, le comédien sait aussi mettre son naturel et sa sauvagerie au service d’emplois du quotidien dans des films à fleur d’âme tels que Nos batailles. Tout est ici d’une justesse infinie, sans la moindre fausse note : l’injustice qui sourd, la description du lean management cynique dans sa désincarnation ultime, le dialogue et les situations, jusqu’au sourire mouillé de sanglots d’une femme cherchant à ne pas perdre la face après une réplique maladroite de l’homme dont elle s’est éprise — Laure Calamy, parfaite dans la réserve, comme tous les personnages secondaires. Par s

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Arts plastiques : attention fragile !

Tour d'horizon | Moment délicat de transition pour les arts plastiques à Lyon, où l'on attend notamment un "nom" pour diriger le Musée et la Biennale d'Art Contemporain. Pendant ce temps, d'autres acteurs, ailleurs, prennent des initiatives et secouent les modèles habituels d'exposition.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

Arts plastiques : attention fragile !

La semaine passée, nous remarquions dans ces colonnes que tous les voyants étaient au vert concernant la danse à Lyon. Dans le domaine des arts plastiques, les choses sont beaucoup plus nuancées, voire assez brouillonnes. À l'heure où nous écrivons, notamment, le Musée d'Art Contemporain et la Biennale d'Art Contemporain attendent toujours leur... directrice ou directeur. Thierry Raspail est parti à la retraite en avril dernier, a conçu la prochaine exposition du MAC consacrée à Bernard Venet, et après, tout n'est que suspense et incertitude. Il faut dire que l'équation est un peu compliquée depuis le lancement par la Ville de Lyon d'un Pôle musées d'art (regroupant le Musée des Beaux-Arts et le MAC) co-dirigé par Sylvie Ramond (directrice du Musée des Beaux-Arts) et le futur directeur du MAC. Comment dès

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Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Police parallèle : "Au poste !"

Polar surréaliste | Si le script de "Garde à vue" avait eu un enfant avec le scénario de "Inception", il aurait sans doute le visage de "Au poste !", cauchemar policier qui commence par un concert et s’achève par un éternel recommencement. Du bon Quentin Dupieux avec Poelvoorde et Ludig.

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Police parallèle :

Un commissariat. Une déposition. Celle d’un homme entendu par un policier après la découverte d’un cadavre au pied de son immeuble. Mais l’audition ne se déroule pas comme prévu. Quant au récit trop banal du témoin, il en devient étrange. Voire carrément bizarre… Quentin Dupieux est peut-être la seule personne au monde à s’être demandé à quoi pouvait ressembler la réaction chimique de Buñuel sur Verneuil catalysée par du Jessua saupoudré de Pierre Richard. En même temps, le produit obtenu est du pur Dupieux : un concentré de comédie absurde où précipitent des cristaux d’onirique et floculent des particules théoriques. Une comédie au premier degré et demi, qui ne lésine pas sur les effets basiques de situations, de gestes (chutes, grimaces etc.) ou de répétition (comme le tic verbal récurrent, « c’est pour ça » ), et qui vrille volontiers vers l’insolite, emboutissant les dimensions. Il suffit ici que l’interrogatoire convoque le passé à l’oral pour qu’il soit aussitôt réactivé à l’image, permettant aux protagonistes d’y effectuer des allers-retours, de visiter l’espace mental des souvenirs et l’habiter.

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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Un "Chagrin d'Hölderlin" réconfortant par Chantal Morel

Théâtre | Dans le doux travail que livre Chantal Morel sur le poète Friedrich Hölderlin, il y a toute l’apprêté d'une époque corsetée. La déchirure est au cœur de cette très juste création.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

Un

Impossible, même les jours de grisaille, de ne pas voir en se promenant à Tübingen, cette tour jaune, lorgnant vers le Neckar depuis la rive. Elle est toujours lumineuse et reste le symbole majeur de cette cité magnifique du Bade-Würtemberg. De ce lieu, il n'est pourtant pas question dans Le Chagrin d'Hölderlin puisque le texte de Chantal Morel se clôt précisément au moment où commence l'enfermement chez le brave menuisier Ernst Zimmer. Durant 37 ans, Hölderlin occupera la pièce du haut, aujourd'hui modeste musée consacré à l'écrivain. Mais, peut-être Chantal Morel ne parle-t-elle en fait que de cela dans ce spectacle qu'elle a créé en janvier 2016 en quittant le Théâtre du Petit 38 (24 places !) qu'elle a occupé durant vingt ans. En retraçant chronologiquement la biographie de cet homme, elle dit en quoi il a perdu la raison. Orphelin de père à deux ans, en 1772, il est endeuillé par la disparition du deuxième mari de sa mère sept ans plus tard. Celle-ci, peu tendre, l'envoie rapidement en pension dans un collège religieux. « Ce trop aimant qui fut un enfant mal aimé » comme l'écrivait Charles Juliet dans une pièce a

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Science-diction : "Rosa & Dara : leur fabuleux voyage"

Animation | de Natalia Chernysheva, Katerina Karhankova & Martin Duda (Tch, 0h48) animation…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Science-diction :

Quand un film à destination du jeune public tend à rejeter ton lénifiant et fin forcément heureuse, il faut sans tarder en souligner l’existence. C’est le cas de ce programme proposant en ouverture deux courts-métrages susceptibles de surprendre, car leur issue rappelle davantage la vie réelle que les contes de fées. L’un montre une chenille et un têtard amis “d’enfance”, ne se reconnaissant plus une fois métamorphosés ; l’autre un groupe d’enfants ayant découvert un os inconnu se heurter à l’incrédulité (et au manque de curiosité) des adultes. Deux historiettes montrant que l’ignorance (ou l’obscurantisme, l’absence d’esprit critique, etc.) nous prive de bien des trésors. Morceau central de la séance, Rosa & Dara… met en scène deux fillettes racontant à leurs camarades les incroyables aventures vécues durant les vacances dans la ferme de leurs grands-parents, grâce à une grand-mère inventrice, se saisissant du moindre prétexte pour leur prodiguer un cours de science (pendant que le grand-père lit Le Figaro…). Ce pédagogisme forcené est cependant compensé par une joyeuse fanta

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La cité obscure de Rone au Transbordeur

Synth-Pop | Nouvel album enchanteur pour Rone, qui explore une ville imaginaire au sein de Mirapolis, disque nourri de guests : à savourer live au Transbordeur ce mercredi.

Sébastien Broquet | Mardi 30 janvier 2018

La cité obscure de Rone au Transbordeur

Patiemment, Rone se façonne son univers. Pas juste un son, mais un écosystème où naviguent d'autres explorateurs interconnectés, se nourrissant les uns des autres pour former une biomasse dont Rone serait le ferment. Avant même de jeter une oreille, on a déjà compris : le visuel de la cover est signé Michel Gondry et c'est comme une évidence, ces deux personnages totalement lunaires ne pouvaient que se reconnaître mutuellement... C'est le clippeur de Björk et Kylie Minogue qui a fait le premier pas, contactant le musicien. Le titre, ensuite, qui découle de cette pochette ébouriffée du réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind : Mirapolis. Cinécompatible et bédéphile, assurément, tel un Fritz Lang old skool, une plongée science-fictionnesque dans une ville de

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Albin parmi nous

Chanson | Si l'on souhaite circonscrire l'univers complexe d'Albin de la Simone, alors il suffit de jeter un œil à son dernier clip, celui de la chanson Dans la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 28 novembre 2017

Albin parmi nous

Si l'on souhaite circonscrire l'univers complexe d'Albin de la Simone, alors il suffit de jeter un œil à son dernier clip, celui de la chanson Dans la tête, extraite de son dernier album L'un de nous. Rien que le fait qu'il mette en scène la comédienne Emmanuelle Devos et l'humoriste Régis Laspallès (dans le rôle d'Albin vieilli (si l'on comprend bien)) dessine le mélange de mélancolie, de fantaisie et de poésie qui font le sel d'un chanteur ne sachant jamais si l'humour est la politesse du désespoir ou le désespoir le prolongement de la dérision. C'est pourtant bien la deuxième option que l'on trouve sur L'un de nous où, plus encore que sur Un Homme, son précédent disque, Albin de la Simone remise le boute-en-train sous un voile de gravité. Un album écrit après que son auteur ait failli se rendre ad patres à la suite d'un problème cardiaque, épisode évoqué dans un sens, et dans un frôlement, sur La Fleur de l'âge et dans l'autre sur À quoi. Qu'on se le dise, Albin de la Simone est en pleine forme (y compris discographique) et foulera la scène de sa fétiche salle Molière le

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L’ACID fait sa remontée (cannoise)

Festival de Cannes | Ami·e·s gourmets et/ou aérophages, ne vous méprenez pas : malgré son titre, notre article n’a rien à voir avec la problématique du reflux gastrique, même s’il (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

L’ACID fait sa remontée (cannoise)

Ami·e·s gourmets et/ou aérophages, ne vous méprenez pas : malgré son titre, notre article n’a rien à voir avec la problématique du reflux gastrique, même s’il concerne une sorte de festin. En l’occurrence, le traditionnel banquet cinématographique de trois jours proposé par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (l’ACID) après sa présentation en marge du dernier Festival de Cannes où il anime une section indépendante. Composée de dix long-métrages souvent singuliers, cette sélection entame ensuite un tour de France qui ne manque jamais son étape automnale au Comœdia. Au programme cette année, neuf avant-premières et un film déjà sorti (le très réussi Kiss & Cry, qui fera l’objet d’une rencontre avec ses réalisatrices Chloé Mahieu &

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Ces multinationales qui nous gouvernent

Économie | Version light d'un ouvrage-somme d'Alain Deneault consacré à Total, Le Totalitarisme pervers démonte les mécanismes d'une multinationale se voulant rivale des États.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Ces multinationales qui nous gouvernent

Vous utilisez Airbnb ou Uber, multinationales de la Silicon Valley pervertissant les usages de l'économie collaborative au mépris des lois, des nations et des peuples ? Ou ne ratez pas un plein de sans-plomb chez Total, le pétrolier qui dès son patronyme désire imposer sa toute puissance mondiale, justifiant l'emploi du mot Totalitarisme dans le titre ? Et vous pestez contre les politiques, surtout ceux issus de la banque ? Lisez ce livre. Il va vous soigner de vos contradictions. Alain Deneault, philosophe, ardent défenseur de la justice sociale, s'est penché sur l'histoire de Total, éloquente. La multinationale est un sujet d'étude parfait pour qui veut démontrer les dérives d'un capitalisme voulant dévorer tout ce qui l'entoure, sans cesse affamé, au mépris de toutes autres considérations. Profit ! Seule la loi du marché compte. Et ce petite livre découpé en courts et incisifs chapitres l'illustre à merveille, condensé facilement accessible de son précédent ouvrage bien plus massif, De quoi Total est-elle la somme ?, paru aux mêmes éditions de L'Échiquier, qui n'en finissent plus de sortir des livres vivifiant nos

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"Sage Femme" : critique et interview de Martin Provost

ECRANS | Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose. Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Écrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’ensemble. En dépit d’une première heure touchante, la simplicité recherchée donne un sentiment d’inabouti. Des images calmes, une musique calme et un scénario calme, achèvent de rendre le troisième acte maladroit, presque ennuyeux dans les adie

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Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Entretien | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre de Beatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Melville ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre — qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après Made in France, passe-t-on facilement d’une dialectique religieuse à une autre ? Oui, dans la mesure où j’ai écrit les deux scénarios en même tem

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"La Confession" : une drôle de paroissienne

ECRANS | de Nicolas Boukhrief (Fr, 1h56) avec Romain Duris, Marine Vacth, Anne Le Ny…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Un village pendant l’Occupation. Militante communiste farouchement athée, Barny entame une joute rhétorique avec le nouveau prêtre, le fringant Léon Morin, dont la beauté et les sermons électrisent ses concitoyennes. À son corps défendant, la jeune femme sent ses certitudes vaciller et un sentiment naître en elle. Serait-ce la foi ou bien l’amour ? Au commencement était le Verbe… Nicolas Boukhrief oublie (presque) pour une fois le cinéphile en lui pour revenir à l’essence des mots ; à l’histoire derrière le Goncourt de Béatrix Beck, bien avant le film de Melville qui l’a presque oblitéré. Des mots qu’il vénère et qu’il enveloppe, pour les transcender, de chair grâce à des comédiens à l’intensité indéniable : Duris, séducteur comme un Gérard Philipe méphistophélique, et Marina Vacth, regard acier en fusion, à la stupéfiante maturité. Hors de leur duo, cette tension se dissipe : le contexte comme les personnages secondaires apparaissent comme fabriqués, théâtraux, alors qu’ils sont censés, “aérer” leurs huis clos et tête-à-têtes. C’est là la limite du film : réussir à capturer l’intime et l’ind

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"Corniche Kennedy" : Plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans. De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Karangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinçant pour les petits cadors de banlieue (ou des quartiers nord, histoire de napper le t

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"Iris" : thriller mon œil !

ECRANS | de et avec Jalil Lespert (Fr, 1h39) avec également Romain Duris, Charlotte Le Bon, Camille Cotin…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Pendant qu’un riche banquier d’affaires pleurniche sa race maudite auprès de la police la disparition soudaine de son épouse Iris, un garagiste lié à l’affaire sent l’étau se resserrer. Mais s’il tombe, il ne sera pas le seul… Porté par le succès de son très sage biopic autorisé Yves Saint Laurent (2014) et de la série Versailles, Jalil Lespert enchaîne avec un polar aux allures sulfureuses, car agitant le spectre d’Édouard Stern, banquier adepte de pratiques SM, abattu au cours d’un de ses petits jeux. Il vient aussi (consciemment ?) manger dans la gamelle de Boileau-Narcejac et Hitchcock en s’autorisant une sorte de relecture de Vertigo. Sauf que Lespert n’a pas vraiment le métier ni l’originalité stylistique d’un De Palma pour proposer une variation inventive. Ici, c’est l’asepsie g

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Alain Damasio, volté en virevolte

Science-Fiction | Figure de proue de la science-fiction française contemporaine, Alain Damasio sera présent à la Virevolte pour présenter ses deux romans phares, La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent. Une rencontre à ne rater sous aucun prétexte.

Gabriel Cnudde | Mardi 8 novembre 2016

Alain Damasio, volté en virevolte

Il est des hommes de conviction que rien ne peut détourner du chemin qu'ils se sont tracé. Des jusqu'au-boutistes passionnés et passionnants. Alain Damasio fait partie de ceux qui mènent un combat de tous les instants. Le sien, c'est de prouver que la science-fiction est un genre majeur de la littérature contemporaine. Mieux, c'est pour lui un genre éminemment politique, idéal pour remettre en question la société dans laquelle nous évoluons. Ici, pas de space opera, pas d'extra-terrestres mangeurs d'hommes ou de clichés ambulants mais simplement une réflexion intense où le futur est empreint de bribes de notre présent. Cette loupe spatio-temporelle, Alain Damasio s'en sert pour questionner notre rapport à la technologie et à nos systèmes politiques en suivant la ligne de ses inspirations : Nietzsche, Deleuze et Mallarmé. Ce mercredi 9 novembre, Alain Damasio viendra présenter ses deux romans à la Virevolte : La Zone du Dehors (1999) et La Horde du Contrevent (2004). Une bibliographie maigre qui s'explique par l'immensité des univers construits dans ces deux romans. L'un se passe sur un satellite imaginaire de Saturne, l'autre

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Où bosser tranquille ?

Spots inspirants | Bibliothèque : bondée. Café du coin : bruyant. Atelier de co-working : complet. Pas de panique : on a déniché les meilleurs lieux pour réviser votre dernier cours de macroéconomie et booster votre créativité.

Julie Hainaut | Mardi 4 octobre 2016

Où bosser tranquille ?

Au cinéma Non, on ne vous suggère pas de réviser votre cours de droit international dans une salle obscure devant le génial Buster Keaton (mais profitez d'une pause entre deux cours pour aller voir ses films, programmés dès le 9 octobre dans le cadre du Festival Lumière). On vous incite plutôt à tester les fauteuils moelleux de l’espace rencontre du Comœdia, situé à gauche de la billetterie. En accès libre, doté du wifi (code gratuit à demander au Bistrot, le restaurant du cinéma), ce coin — qui fait régulièrement l’objet d’expositions — est hyper calme en journée et en semaine (jusqu’à 19h30 environ). Dans un autre genre, le Hangar du Premier-Film de l’Institut Lumière

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Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

3 questions à | Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été convaincu de ressentir le choc qu’elle m’avait promis. Je l’ai rangée dans la bibliothèque. Après Lawrence Anyways,

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

Le Film de la Semaine | Ébauche de renouveau pour Xavier Dolan qui adapte ici une pièce de Lagarce, où un homme vient annoncer son trépas prochain à sa famille dysfonctionnelle qu’il a fuie depuis une décennie. Du maniérisme en sourdine et une découverte : Marion Cotillard, en comédienne.

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La parentèle recuite dans sa rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de têtes à têtes : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiches ; on la craignait comme un artifice obscène, un signe extérieur de richesse vulgaire, un mesquin coupe-file pour la Croisette… Oubliant qu’une réunion de comédiens de renom dans un quasi huis clos les condamne à se mesurer les uns aux autres ; accen

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Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Dimanche 18 septembre 2016

Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j’aurais dit « trop tard, c’est celui-ci que je fais. » Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été co

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"Un petit boulot", poilant polar

ECRANS | de Pascal Chaumeil (Fr, 1h37) avec Romain Duris, Michel Blanc, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Que fait un chômeur en galère lorsqu’un petit parrain local lui propose de tuer son épouse volage contre dédommagement ? Eh bien il accepte, et il y prend goût… Rigoureusement amorale mais traitée sur un mode semi-burlesque, cette aventure de pieds-nickelés débutant dans le crime restera ironiquement comme le meilleur film du réalisateur de L’Arnacœur Pascal Chaumeil, disparu il y a un an — et ce, malgré une petite baisse de rythme dans le dernier tiers, quand l’apprenti sicaire succombe aux charmes d’une jeune femme un peu trop lisse. Davantage de pétillant (ou de détonnant) eût été bienvenu… Outre une belle distribution réunissant des comédiens se faisant rares, Un petit boulot bénéficie en la personne de Michel Blanc des services d’un scénariste-dialoguiste tant précis que percutant, en phase avec l’humour anglo-saxon du roman-source de Iain Levinson. Lorsque l’on mesure tout ce qu’il insuffle ici en rythme, présence et humour noir, on s’étonne d’ailleurs qu’il ne reprenne pas du service comme cinéaste.

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Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

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Sam Clayton, l'homme de l'ombre

Walk the Walk #6 | C'est avec lui que tout s'est lancé : Sam Clayton Jr, ami de longue date de Martin Nathan, est l'homme-clé de ce projet jamaïcain de Brain Damage. Plongée dans un épisode crucial de Walk the Walk, la Web-série signée Wasaru, à la découverte de l'homme qui relie tous les participants.

Sébastien Broquet | Vendredi 17 juin 2016

Sam Clayton, l'homme de l'ombre

Le point de départ, la cheville ouvrière du projet, c’est Sam Clayton Jr. Peux-tu nous conter qui est ce personnage de l’ombre mais omniprésent, comment tu l’as rencontré, le lien qui s’est tissé entre vous deux ? Martin Nathan : Sam est un personnage fascinant, au parcours atypique. Jamaïcain, il est le fils de Brother Samuel Clayton, qui pris la direction en 1976 des Mystic Revelation of Rastafari, au départ de Count Ossie. Après avoir longuement vécu à New York, il s'est installé en France, où nous nous sommes rencontrés il y a une quinzaine d'années. C'est un ami depuis. Ingénieur du son hors pair, il est aussi connu pour ses talents "d'entremetteur" en quelque sorte. Via ses innombrables connections sur l'île, c'est lui qui m'a ouvert les portes du mythique studio Harry J à Kingston, et qui y a fait venir les artistes qui ont participé au projet. LES AUTRES ÉPISODES

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Brain Damage meets Winston McAnuff

Walk the Walk #5 | Cinquième épisode de Walk the Walk, la Web-série consacrée au voyage en Jamaïque de Brain Damage qui cette fois se frotte à Winston McAnuff.

Sébastien Broquet | Vendredi 10 juin 2016

Brain Damage meets Winston McAnuff

Cet épisode conte l’enregistrement avec Winston McAnuff, que l’on connaît bien en France puisqu’il multiplie les collaborations par ici. C’est aussi l’occasion d’évoquer ces problèmes de droits récurrents autour des auteurs en Jamaïque, dont beaucoup d’artistes ont été spoliés. En as-tu parlé avec eux, avais-tu conscience de ça avant ce voyage ? Est-ce un sujet de méfiance préalable de la part d’artistes des années 70 qui ont été le plus victime de ça ? Martin Nathan : C'est tout le problème, et les limites du sampling... J'ai toujours essayé de ne pas dépasser les bornes les rares fois ou j'ai pu avoir recours à cette technique. Bon nombre d'artistes ont fait leur succès en s'appropriant de longs passages de musiques dites "ethniques", ou évidemment des voix en provenance de Jamaïque, directement piochées dans leurs disques de chevet, sans le moindre crédit, la moindre autorisation, la moindre rémunération. J'ai eu maintes fois cette conversation avec les jamaïcains que j'ai croisé à Kingston : ils sont exaspérés. Ils en ont marre. Depuis de nombreuses années, je privilégie les vraies collaborations et les séances studio qui me p

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Brain Damage meets Willi Williams

Walk the Walk #4 | Quatrième épisode de notre virée en Jamaïque sur les traces de Brain Damage, qui se confronte à une nouvelle légende : l'immense Willi Williams.

Sébastien Broquet | Vendredi 3 juin 2016

Brain Damage meets Willi Williams

Willi Williams, c’est le single extrait de cet album, c’est aussi l’artiste qui t’a accompagné sur scène à la sortie du disque : qu’est-ce qu’il y a eu de plus entre vous, lors de cette rencontre ? Martin Nathan : Le choix du single n'a pas été simple. J'aurais pu choisir en effet quasiment n'importe quel titre de l'album, tant j'étais satisfait des prestations des différents intervenants. Par contre, quand il a fallu choisir qui j'allais inviter à venir me rejoindre pour tourner en Europe, je n'ai pas hésité. Wiili m'a instantanément convaincu par sa simplicité, sa disponibilité, son efficacité en studio, sa voix, son aura. De plus, le fait que son hit Armagideon Time, qui l'a promu au statut de légende, ait été repris par The Clash en 1980, est fondateur pour moi. C'est l'un des marqueurs de la collision qu'il y a eu à l'époque entre certains jamaïcains et punk rockers anglais, soit l'un des métissages sociaux-culturels les plus intéressants de ses dernières années. Imaginez le plaisir et la fierté qui furent les miens au moment de r

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Brain Damage, back to the roots

Festival 6e Continent | Brain Damage, qui dévoile chaque vendredi un épisode sa Web-série Walk the Walk sur le site du Petit Bulletin, est également à l'affiche du festival 6e Continent.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Brain Damage, back to the roots

La thèse vaut la peine de s'y attarder : ce serait en reculant que l'on avance. Deux des groupes les plus intéressants de la scène dub apparue dans nos contrées au mitan des années 90 ont continué de passionner en se retournant vers le passé plutôt qu'en poursuivant une quête éperdue du nouveau son, d'essayer de coller aux tendances. Inventant largement à ses débuts, Zenzile à Angers s'est retourné au moment où ce dub en live périclitait, vers un post-punk à la PIL pour se ressourcer. Brain Damage a fini par faire de même, de manière assez radicale avec son dernier disque paru l'an dernier sur Jarring Effects : une plongée en apnée dans les seventies et le reggae roots, avec une idée derrière le crâne dépourvu de dreadlocks de Martin Nathan, la tête pensante et agissante : convier de légendaires voix du genre à venir écrire puis conter au micro leur jeunesse, autour des thèmes de la transmission et de l'éducation.

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Brain Damage : rockers style

Walk the Walk #3 | Troisième épisode : cette fois-ci, c'est l'une des figures du film Rockers, le rare Kiddus I, qui se frotte en studio avec le Stéphanois Brain Damage. Deux époques, mais un même lieu : Harry J.

Sébastien Broquet | Vendredi 27 mai 2016

Brain Damage : rockers style

Kiddus I, c’est une apparition dans le mythique film Rockers : est-ce là que tu l’as découvert la première fois ? Que représente pour toi ce chanteur ? Martin Nathan : Je n'ai pas la prétention de dire que je suis un spécialiste du reggae ni de tout ce qui concerne la Jamaïque de manière générale. Lorsque Sam Clayton Jr m'a évoqué la possibilité de travailler avec Kiddus, je lui ai immédiatement avoué ne pas le connaître. Je n'avais en fait pas associé son nom à son inégalable apparition dans Rockers, l'un des moments forts de ce film, qui m'avait pourtant marqué. Ironie de l'histoire, cette scène mythique fût également tournée au studio Harry J... Que représente pour toi ce chanteur ? Il est pour moi une belle représentation de ce qu'a pu être l'exploitation de bon nombre d'artistes de cette époque-là par certains producteurs. Kiddus I, c'est une voix, un personnage, un charisme, et enfin... une carrière gâchée. Si son apparition dans Rockers a soudainement propulsé sa notoriété à l'international, son parcours reste un ensemble de projets avortés, de bandes master égarées ou de productions con

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Brain Damage à la rencontre de la voix du nyabinghi

Walk the Walk #2 | Voici le second épisode de Walk the Walk, la Web série réalisée par Wasaru, filant sur les traces de Brain Damage en Jamaïque. Après Horace Andy, place pour ce second épisode à une autre légende : Ras Michael.

Sébastien Broquet | Vendredi 20 mai 2016

Brain Damage à la rencontre de la voix du nyabinghi

Le reggae, le roots, c’est aussi le rastafarisme. Quel est ton rapport à la spiritualité en général et à la philosophie rasta en particulier ? Comment sont perçus les musiciens de reggae européens, non sensibles à cette philosophie, par les rastas, est-ce que vous en parlez ? Martin Nathan : Je suis un sceptique. Plutôt sur une ligne "ni Jah ni maître". Mais j'avoue avoir été plus que séduit par ce qu'il se dégage artistiquement des convictions de ces chanteurs avec lesquels j'ai pu travailler à Kingston. Je redis que je peux admirer un temple sans pour autant prier, ou encore apprécier la forme d'une publicité sans acheter le produit qu'elle vante. Nous n'avons pas eu le temps d'aborder sérieusement ces sujets ensemble, cela demanderait de se connaître davantage et je ne voudrais pas donner le sentiment d'un manque de respect de leurs convictions. Ce terrain est miné, et j'ai moi-même tendance à m'emporter sur le sujet, alors, prudence... Ras Michael, c’est aussi le nyabinghi. Est-ce que cette musique, découverte en France grâce à Mystic Revelation, t’a marqué autant que le reggae et le dub ? Comment perç

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