Country for Old Bob

MUSIQUES | Musique / Au crépuscule de sa carrière et au turbin de son Never Ending Tour depuis 22 printemps, Bob Dylan est revenu depuis quelques années à ses premières amours : la country et le blues, dignes grands-parents d'une des plus grandes œuvres musicales du XXe siècle. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

Dans La République Invisible, l'un des indispensables ouvrages d'exégèse de Bob Dylan, Greil Marcus écrivait : «Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir à un tournant décisif de l'espace-temps culturel que d'être ce tournant décisif». Un résumé parfait de l'influence de Bob Dylan sur son époque : dans les années 60, Dylan n'était pas seulement le pilote, il était la route. Non qu'il l'ait souhaité : lui qui se voulait simple conteur comme son idole Woody Guthrie, bluesman comme Muddy Waters, poète comme Allen Ginsberg, ne s'était jamais réellement rêvé porte-parole d'une génération ou prophète folk.

Mais en art comme en religion, parfois le peuple choisit pour vous, vous hisse sur un autel ou vous colle sur une croix. Quoi qu'il en soit, Dylan a révolutionné la musique de son temps, mis l'Ancien Testament folk sur la carte de la branchitude, puis électrifié ce folk pour écrire quelques-unes des plus beaux évangiles rock de l'Histoire, cette fameuse trahison de Newport que les fans des débuts ont tenue pour un péché originel.

Le Zim' a vécu mille vies. Il a été l'égal des Beatles, qu'il initia à la drogue et à l'abstraction ; il a changé de Dieu (Juif, il s'est converti, a composé quelques mauvais albums de rock chrétien, avant de revenir à sa religion d'origine), quelques fois aussi de grand amour. Il a pris pas mal de substances interdites et froissé quelques susceptibilités par le seul pouvoir de la sienne aussi légendaire que sa musique, il n'a jamais joué deux fois une chanson de la même façon et a enfilé tous les costumes et tous les masques que les pratiques musicale, artistique, mystique lui ont permis. 

Country des origines

Bref, Bob est bien le personnage multiple capté par Todd Haynes dans I'm not there, où il est interprété par une demi-douzaine d'acteurs dont un enfant noir, une femme et même Richard Gere. Insaisissable, une route changeante, survireuse, escarpée, mais surtout un ruban de Möbius. Car, en dépit de tous les changements connus ou générés, il y a une chose à laquelle Bob Dylan est toujours revenu comme on rentre au stand. Une chose qui l'a toujours nourri de l'intérieur comme le fleuve Mississippi, dit-on, abreuve l'Amérique : son amour viscéral pour la musique des anciens, le blues, la country des origines, Muddy et Woody.

Sur son premier album, Dylan, encore inconnu au-delà des bars de Greenwich Village où son style fait parler, se contente quasi exclusivement (si l'on excepte deux chansons) de reprises de traditionals. Ces «chansons qu'on tient toujours de quelqu'un», écrivait-il dans ses Chroniques, sédiments de culture orale qu'on se transmet d'interprète en interprète, issus d'une époque où l'on ne gravait pas systématiquement sur micro-sillons. Une préhistoire à l'heure du mp3. 

Péquenaud des Appalaches

Après la percée folk et le tourbillon rock, Bob Dylan reviendra une première fois à ses racines country. En 1968, lors du come-back consécutif à son célèbre accident de moto qui le tint éloigné pendant trois ans de la scène et de fans trop entreprenants à son goût, et avec des albums comme John Wesley Harding ou Nashville Skyline, à complet contre-courant et sur lequel il recroise la route de Johnny Cash, déjà (et encore) démodé.

Il joue ensuite dans un western (le fabuleux Pat Garrett & Billy The Kid, dont il écrit la BO), se déguise en cow-boy. Un look qui ne le quittera plus guère. Et qu'il arbore aujourd'hui de manière plus flagrante encore, comme inspiré par son rôle de rocker paumé et messianique dans le nanar cosmique Masked & Anonymous (un titre aux airs de fantasme pour le chanteur en délicatesse avec la célébrité).

L'âge aidant et le génie l'ayant abandonné, comme il l'avoua dans les années 80, Bob Dylan est un peu devenu ce Jack Fate, un gardien du temple country, qui album après album et depuis Good as I Been To You en 1992, continue de perpétuer la tradition. Ce qui n'empêche pas quelques vraies réussites comme Time out of Mind (1997). Une sorte de retour aux origines pour celui dont on moquait à ses débuts le chant «trop hillbilly» (relaté sur Talkin' New York, 1962), en référence aux péquenauds des Appalaches, berceau de la country séminale.

Mais on peut aussi y voir un aveu : celui d'un attrait pour l'ancrage social du protest song, que malgré l'évidence il a toujours nié par coquetterie et que la country et le blues, musiques du peuple et du quotidien invivable, ont toujours eu chevillé au corps. Loin de se soucier d'avoir été un «tournant», Bob Dylan, au crépuscule de sa carrière, est revenu à ses premières amours comme on revient visiter son école maternelle en fin de vie, comme on retombe en enfance. Pour toujours et sans l'avoir jamais vraiment quittée.

Bob Dylan
À la Halle Tony Garnier, dimanche 20 juin.

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Bob Dylan ou la quête du Greil

CONNAITRE | A la poursuite de la chimérique Vérité dylanienne depuis près de 50 ans, et déjà auteur de plusieurs ouvrage sur la question, le critique rock et théoricien pop Greil Marcus compile près de 40 ans d'articles sur l'homme qui a révolutionné le rock. Drôle, souvent acide, d'une érudition sans borne, "Bob Dylan by Greil Marcus" constitue l'énième chapitre patchwork de la quête d'un Graal sans doute plus belle que sa résolution. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 28 octobre 2013

Bob Dylan ou la quête du Greil

En 1963, Greil Marcus, 18 ans, assiste à un concert folk dans le New Jersey. Joan Baez y convoque sur scène un jeune chanteur à l’allure étrange que Marcus, scotché, croise ensuite par hasard à l’arrière de la scène : «J’ai aperçu ce type, dont je n’avais pas bien saisi le nom, alors je suis allé vers lui. Il était en train d’essayer d’allumer une cigarette, il y avait du vent, ses mains tremblaient ; il ne prêtait attention à rien d’autre que l’allumette. Ma stupéfaction était telle, que ma bouche s’est ouverte : “Vous avez été formidable”, ai-je dit. “J’ai été nul à chier”, a-t-il rétorqué sans même lever la tête».   L’échange résume 50 ans de ce qui se tisse alors entre celui qui vient instantanément d'entrer en religion et l'oeuvre de son idole, décortiquée avec la patience du légiste, la perversité du fétichiste et la justesse morale d'un Salomon. Mais un autre fait illustre le rapport compliqué entre l’exégète exigeant et le missionnaire démissionnaire : Bob Dylan by Greil Marcus

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Let's folk !

MUSIQUES | Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2013

Let's folk !

Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne. D'abord, autour de l'ouvrage Folk et Renouveau (Le Mot et le Reste), publié en 2011 par Bruno Meillier et l'immense Philippe Robert : une plongée dans pas moins de neuf décennies d'americana, d'Harry Smith à Bon Iver, en passant par les incontournables Dylan, Donovan, Young, Jansch et consorts pour comprendre non seulement d'où elle vient mais également où elle va. À ce titre, il sera aussi utile d'aller à la rencontre de Yann Tambour, alias Stranded Horse, petit gars du Cotentin bercé au rock anglais et toqué de kora, instrument traditionnel mandingue dont la pratique est traditionnellement réservée à la caste des griots mais dont il fait son miel en même temps qu'une drôle de tambouille, entre folk, musique africaine et pop anglo-saxonne. Sur le sublime Humbling Tides, il reprenait par exemple

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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Sufjan Stevens

MUSIQUES | Silver & Gold – Songs for Christmas (Vol. 6-10) (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 décembre 2012

Sufjan Stevens

Point n'est besoin de préciser que depuis des décennies, l'album de Noël est devenue une tarte à la crème. Ou plutôt puisque c'est le thème, une bûche, bien crémeuse, dont l'opportunisme commercial le dispute à la digestibilité musicale. Tous les plus grands (Elvis, Sinatra, Beach Boys, on en passe...) se sont collés à l'exercice – et d'ailleurs les plus petits aussi, ce qui prouve bien à quel point on a raison.   On se souvient par exemple d'un exercice dylanien, Christmas in the Heart (2009), à faire fuir la magie de Noël à dos de rennes boiteux, poignardant pour le coup de manière assez littérale Noël en plein cœur – « in the heart » –, ce qui le rendait aussi rigoureusement indispensable que tout grincheux à la table du réveillon.     Mais force est de reconnaître qu'au fil des ans l'exercice obligatoire consi

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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L'histoire sans fin

MUSIQUES | Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob (...)

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

L'histoire sans fin

Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob Dylan a beau en récuser l'appellation, il n'en demeure pas moins que cette tournée éternelle (100 dates par an depuis lors) est un peu l'Odyssée de cet Ulysse folk. Avec un cahier des charges à la fois simplissime et très compliqué : changer de set list tous les soirs et ne jamais jouer un morceau deux fois de la même manière. Pour cela, Dylan s'est entouré de musiciens de confiance, dont le plus ancien à ses côtés s'appelle... Tony Garnier.

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BOB DYLAN Christmas in the Heart Columbia

MUSIQUES | En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 décembre 2009

BOB DYLAN
Christmas in the Heart
Columbia

En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les enfants, et sans nous mouiller, que le Père Noël c’est de la foutaise. On est d’ailleurs beaucoup plus proche ici de «Le Grinch chante Noël» que de Tino Rossi ou des roucoulades à la cannelle d’un Elvis. En fait, c’est comme si, de sa voix la plus rauque (visiblement, quelqu’un a abusé de marrons trop chauds), le vieux Bob s’était mis en tête de «saloper» d’un glaçage de fiel et de dérision, les habituelles sucreries et autres bondieuseries (il faut l’entendre grincer «Amen» !) inhérentes à l’arrivée du Petit Jésus et à la descente d’un gros bonhomme dans le conduit de la cheminée (son "Here Comes Santa Claus" paraît échappé de chez Tim Burton). Marquant une distance amusée avec les bons sentiments d’usage, il parvient même à nous faire ressentir l’angoisse que peut être pour beaucoup la période des fêtes : comme son interprétation de "Little Drummer Boy", retrouver sa famille à Noël peut donner l’impression de monter au front. Bien sûr, au finale, c’est le miracle de Noël, Bob apparaît tel qu’en lui-même : comme les vieux grigous des

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I'm not there

ECRANS | I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm (...)

| Mercredi 5 décembre 2007

I'm not there

I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm other : ici, Dylan n'est ni un homme, ni une femme, les deux peut-être, un autre sûrement, jamais appelé par son nom, démultiplié en une myriade de personnages et d'acteurs différents incarnant ses «nombreuses vies». Todd Haynes prend soin de maquiller ces vies-là, en bousculant les formats et les genres : noir et blanc chic ou crado, couleurs chatoyantes ou volontairement ternes, western hors du temps, road movie, drame intimiste... Le tout mélangé selon un sens du montage musical et jamais chronologique. Dans son précédent film, Loin du paradis, Todd Haynes se nourrissait aussi au sein d'une référence esthétique, en l'occurrence les mélodrames de Douglas Sirk. Mais il n'en oubliait pas pour autant de raconter une histoire forte avec des personnages qui vivaient leur vie au-delà de ce mimétisme cinématographique. Dans I'm not there, il ne reste plus que le corpus référentiel, la collection d'images sonores copiées puis extrapolées ; un matériau tellement complexe et fétichiste qu

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La Métamorphose

ECRANS | Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, (...)

Marlène Thomas | Mercredi 5 décembre 2007

La Métamorphose

Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, l'ascension d'un Bob Dylan passant successivement du statut de jeune espoir (1963) à celui d'idole (1964) puis de Judas renié par ses ouailles (1965) à l'occasion du célébrissime tournant de sa carrière : son fameux passage à l'électricité. Le tout livré brut, sans voix-off ni analyse, entre moments pénibles montés à la va-comme-je-te-pousse (coulisses, duos avec Joan Baez et sa voix de cafetière) et instants de grâce : comme quand, en 1965, sur Love Minus Zero, les feuillages des arbres éventés derrière lui se confondent avec la tignasse rimbaldienne de celui qui a, comme le dit un speaker, «le doigt sur le pouls de sa génération». Bob Dylan - Love minus zero-no limit (live 1965) par Bamb

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Tous fans de Dylan

MUSIQUES | B.O. / Dylan repris par la crème des musiciens internationaux : une bande originale qui prolonge le concept du film... CC

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Tous fans de Dylan

Dans I'm not there, pas plus qu'on ne le voit à l'image ou qu'on ne prononce son nom, on n'entend chanter Bob Dylan. Du coup, le concept de sa bande originale pharaonique (un double CD, deux heures quarante de musique !) semblait tout trouvé : réunir tout ce que la planète compte de rockers talentueux pour s'approprier les chansons de Dylan et en livrer des reprises fidèles ou très personnelles. Dans la voix de DylanPour cela, Haynes a monté, comme il l'avait déjà fait pour Velvet Goldmine, un super-groupe qui a méchamment la classe : Lee Ranaldo (de Sonic Youth), Tom Verlaine (de Television), John Medeski (de Medeski, Martin & Wood)... Réincarnés en The Band, ils prennent visiblement plaisir à préparer le terrain à quelques voix d'exception. Eddie Veder (ex-Pearl Jam), Stephen Malkmus (ex-Pavement) et Karen O se prêtent à l'expérience : c'est la partie «comme Dylan» du disque, pas forcément la plus surprenante. TransformistesBeaucoup plus amusante est la manière dont certains plient Dylan à leur univers musical : Cat Power fait la jonction entre le blues et la soul de Memphis dans sa relecture de Stuck inside a mobile ; Antony and the Johnsons envoient effe

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Dylan is Dylan(s)

ECRANS | Cinéma & Musique / L'Institut Lumière propose pendant un week-end la totalité des images de et avec Bob Dylan, un ensemble hétéroclite qui est le meilleur mode d'emploi pour entrer dans «I'm not there», faux biopic de Todd Haynes consacré au chanteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Dylan is Dylan(s)

Les rapports entre Dylan et le cinéma ne sont pas faciles à résumer. Fasciné puis déçu, le chanteur est passé devant puis derrière la caméra, s'est retrouvé à jouer son propre rôle ou des personnages taillés sur mesure dans de grands et de petits films, s'est laissé filmer au naturel avec gourmandise avant de réclamer, avec fermeté, de récupérer son droit à l'image. De tout ça, pourtant, il ne reste qu'une poignée d'œuvres, documentaires à chaud ou rétrospectifs, fictions tronquées ou mineures, toutes présentées pendant ce week-end à l'Institut Lumière. Or, c'est bien les images de Dylan, et non son image de musicien mythique et polyvalent, qui a inspiré Todd Haynes dans I'm not there, un film qui n'est dans le fond qu'une recréation assez fétichiste de ces «documents», avec ce qu'il faut de rêverie autour pour en faire une fiction. Kaléidoscope inégalAinsi, dans le film, quand Richard Gere devient un des multiples alias de Dylan, il incarne un cow-boy vieillissant et écolo, synthèse théorique entre son personnage dans ce drôle de machin qu'est Masked and Anonymous et celui du troubadour fantôme hantant guitare au poing l'Ouest décadent de Pat Garrett and Billy the kid.

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Like a Rolling Stone

CONNAITRE | Greil Marcus / Points Seuil

| Mercredi 18 juillet 2007

Like a Rolling Stone

Paru en 2005 à l'occasion des quarante ans de l'enregistrement de Like a Rolling Stone, le premier tube post folk de Bob Dylan, l'essai consacré par Greil Marcus à l'une des chansons les plus mythiques des années 60 est désormais accessible en poche. Près de 300 pages consacrées à cet enregistrement de six minutes, réalisé dans le studio A de la maison de disques Columbia, dont la portée dépasse largement le cadre musical. Car si celle-ci constitue un moment charnière dans la carrière de Dylan (passage au pop-rock, pour le dire vite), elle est aussi une clef pour comprendre l'état social et idéologique des États-Unis au cours d'une décennie mouvementée notamment marquée par les émeutes de Watts et les prémices de la guerre du Vietnam. Une chanson qui comptera d'ailleurs beaucoup dans le «malentendu» autour de Dylan, qui endossait ici une étiquette d'artiste contestataire qui allait (à tort ?) lui coller à la peau durant toute sa carrière. Greil Marcus, déjà auteur de livres références sur la culture populaire américaine (Mystery train ou Lipstick Traces, dans lequel il se penchait sur les Sex Pistols et leur chanteur emblématique, John Lydon), donne ici une analyse détaillée de Lik

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