"Je n'aimais pas la trompette"

MUSIQUES | Entretien avec Ibrahim Maalouf, trompettiste de jazz franco-libanais. À mi-chemin entre le jazz et la musique orientale, ses deux premiers albums ont été acclamés par la critique. Sur scène, c'est accompagné de son quintet, qu'il propose de redécouvrir sa musique, dans une version plus rock. Au festival Jazz à Vienne le 2 juillet. Propos recueillis par Laurence Magnaudet

Dorotée Aznar | Jeudi 1 juillet 2010

Petit Bulletin : Vous êtes issu d'une famille de musiciens. La musique a été une évidence pour vous ?
Ibrahim Maalouf : Oui et non. Mon père m'a appris la trompette très tôt, mais j'avais envie de faire autre chose. Je voulais devenir architecte. Et puis, j'ai intégré le Conservatoire national supérieur de musique de Paris, et j'ai commencé à participer aux concours internationaux. Je me disais que je devais aller le plus loin possible dans ce que je pouvais faire dans le registre classique. Je l'ai fait. Et puis j'ai voulu arrêter.Arrêter la musique ? Pourquoi ?
D'abord je n'aimais pas la trompette. J'en ai fait parce que c'était l'instrument de mon père et que j'avais des facilités. Mais je trouvais le son trop dur. Si aujourd'hui je devais refaire d'un instrument, ce serait quelque chose de plus doux, comme le piano ou la guitare. La trompette, ça peut être doux, mais à l'époque, je ne le savais pas. Et finalement, vous avez décidé de continuer, mais dans un autre registre.
Oui. J'ai rencontré Maurice André, qui m'a dit de trouver mon propre son. J'ai repris la trompette, mais en travaillant pour moi. Je me suis mis à composer de petites choses. J'ai travaillé avec de nombreux artistes. J'ai notamment joué avec Lhasa, sur l'album The Living Road. Et là, je me suis dit que j'avais peut-être quelque chose à dire dans d'autres musiques. C'est ce que vous avez fait sur votre premier disque, "Diaspora". Il a été difficile à produire ?
Oui ! Personne ne voulait produire mon disque. On m'a proposé de faire autre chose, une sorte de «Gotan Project oriental». C'était hors de question. Je voulais faire mon disque ou rien. J'ai monté mon propre label, Mi'ster productions, je me suis endetté. Et j'ai été aidé par le Fond d'Action de la Sacem. Et puis finalement, on a réussi à sortir le disque et ça a été un succès.Ce premier album a été étiqueté jazz. Mais en réalité, il mélange de nombreux genres : musiques orientales, électro... C'était votre idée dès le départ ?
Non, c'est venu naturellement, c'est juste ma musique. Quand je parle en français, j'ai un accent, des intonations, qui viennent du Liban. Pour la musique c'est la même chose. Je ne peux pas faire autrement. C'est ma musique, elle est comme ça, ça vient naturellement. Le son de l'album, je l'ai trouvé la veille du mastering. J'ai l'habitude de composer dans la rue, avec mon casque. Quand j'écoutais le disque, je trouvais que quelque chose manquait. Je suis parti faire un tour pour y réfléchir, et j'ai compris que c'était tous ces bruits de la rue qui manquaient sur l'enregistrement. On les a ajouté sur la musique, et là, c'était le son que je voulais.Le second album, Diachronism, est très différent. Sur celui-ci, vous avez choisi de séparer les univers en divisant l'album en deux disques.
Les deux disques sont très différents mais j'ai voulu les sortir ensemble. Je ne voulais pas faire un album qui dure trente minutes, par respect pour les gens qui l'achètent. Mais je voulais amener les gens à les écouter séparément. Parce que ce sont deux disques différents, à écouter dans deux états d'esprit différents. Ce soir vous jouez au festival Fort en jazz. Comment abordez-vous la scène ?
Ce qu'on propose sur scène est très différent des albums. On doit jouer un ou deux titres des disques, et encore, dans des versions complétement modifiées. Sur scène, c'est beaucoup plus rock. Si les gens viennent pour entendre le disque, ils peuvent être déçus Lors d'un concert, un homme est même parti en hurlant à l'escroquerie. La scène et les disques, ce sont deux univers complétement distincts. Mais j'espère que cette partie de ma musique séduit aussi.Et aujourd'hui, quels sont vos projets ?
Je travaille sur plusieurs chantiers en même temps. Le second album, je l'avais commencé avant même que le premier ne sorte. Aujourd'hui, c'est la même chose. Je travaille sur mon troisième disque, qui sera complétement différent. Et j'ai déjà commencé le quatrième album...

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Je vous souhaite d'être follement aimée

ECRANS | De Ounie Lecomte (Fr, 1h40) Avec Céline Sallette, Anne Benoit, Elyes Aguis…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

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Ounie Lecomte n’en a pas fini avec la thématique de l’adoption. Un sujet intime qu’elle avait déjà abordé frontalement — sans laisser d’impérissable souvenir, d’ailleurs — dans Une vie toute neuve (2008), inspiré de son propre parcours. Plus abouti, ce nouveau film a pour figure centrale une kiné née sous X décidée à retrouver sa mère biologique pour calmer ses tourments existentiels ; il dresse cependant le portrait de trois, voire quatre générations chamboulées dans leur identité. Malgré des atouts de poids, allant de la musique d’Ibrahim Maalouf à la distribution "auteur" de prestige (une lignée Françoise Lebrun/Anne Benoît/Céline Sallette, tout de même…), malgré un questionnement légitime sur le droit de connaître ses origines, et une approche tactile des relations entre les personnages, Je vous souhaite d'être follement aimée se distend peu à peu, s’égare et se dissout dans ses propres interrogations, pendant que le spectateur anticipe sur des rebondissements cousus de fil blanc. Dommage.

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

ACTUS | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

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