Un Prophète

MUSIQUES | Tantôt qualifié de sauveur de l’électro, tantôt de messie grâce à qui l’Apocalypse aurait trouvé sa BO, Koudlam, plus modestement, n’en est pas moins l’auteur de coups de maîtres qu’on a hâte de danser… Les bras en l’air et l’oreille iodée. Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 15 avril 2011

Soyons honnêtes. Quand on écoute de l'électro depuis vingt ans, on ne trouve plus forcément chaque semaine son lot de découvertes galvanisantes avec double effet kick cool. Au risque de sombrer dans l'ennui, voire dans l'aigreur, il nous fallait donc trouver un sauveur. Vite. Un de ces gars sortis de nulle part, mais dont la première écoute suffit à réenchanter les beats blasés d'eux-mêmes, un de ces trouble-fêtes pour qui le mot «novateur» n'est pas qu'un simple épithète pour nostalgiques de l'avant-garde. Un artiste comme on les aime : secret, nomade, qui brouille les pistes et les fantasmes… Qui est Koudlam ? De son vrai nom Gwenael Navarro, la révélation du label Pan European bourlingue entre Paris et Mexico, tirant son pseudo tiré au couteau d'un cri de guerre : celui des Indiens du Dakota, dans les plaines américaines, où Koudlam a grandi un temps avant d'être adoubé néo-chamane de l'électro. Pourtant avant de devenir le héraut révélé par Jacques Audiard sur la BO d'Un Prophète, Koudlam est longtemps resté ce raver autodidacte et autoproduit : avec Nowhere, en 2006, il sort effectivement de nulle part et laisse sa techno-world illuminée, sonnant comme nulle autre, dans l'antre de rares initiés.

Time To Say Goodbye

La reconnaissance viendra plus tard, et contre toute attente, c'est par le biais de l'art contemporain que Koudlam trouve au Tate Modern ou au sommet d'une grue les meilleurs terrains pour performer en démiurge incongru. En collaborant avec le plasticien Cyprien Gaillard, qui qualifie sa musique d' «électhropique» (pour tropicale, électro et entropique), il réalise alors plusieurs bandes son qui donnent à son œuvre l'envergure qu'elle mérite, au regard de sa passion pour les rites, les monuments et le mix des cultures. Un pas en avant, et Koudlam gravit une pyramide, en 2008, en livrant un live sur le site de Teotihuacán. Les Mayas du coin ayant annoncé la fin du monde pour 2012, ça tombe bien, car quand on écoute les violons anxiogènes de See You All ou la world dantesque d'Eagles Of Africa, on se dit que la prochaine étape ferait bien de répandre ses notes salvatrices du côté de Fukushima. Lorsqu'on a fait connaissance avec Koudlam, en 2009, son coup de maître s'intitulait Goodbye. Etait-ce déjà l'adieu ad hoc qu'il nous offrait pour danser une dernière fois, son mix rédempteur préfigurant la dérive du mox sur les cinq continents ? Bah… L'Apocalypse peut survenir, on ne lui en voudra pas : quand les trompettes du Jugement Dernier sonneront le glas, c'est le Goodbye de Koudlam qu'on emportera.

KOUDLAM
Au Transbordeur, vendredi 22 avril (Écho Sonore 97)

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Start Festival : la rentrée du Sucre

MUSIQUES | C'est désormais une tradition bien établie : avec la rentrée vient le Start Festival, qui donne le coup d'envoi de la saison régulière du Sucre sur une note à la fois docte et tapageuse. A vos marques...

Benjamin Mialot | Mardi 1 septembre 2015

Start Festival : la rentrée du Sucre

Le Sucre n'est pas la coiffe d'un camp d'extermination de betteraves reconverti en centre d'art contemporain. C'est un cabanon construit sur un ancien cimetière indien, un lieu sombre, humide et coupé du reste du monde – et, le temps du festival, orné d'affiches réalisées par la crème des graphistes et illustrateurs sonores du coin – où, dans le secret de courants d'air a priori inoffensifs, des esprits inapaisés ourdissent leur vengeance, depuis que sa terrasse donne sur un pont dédié à Raymond Barre, maire de Lyon de 1995 à 2001 et grand pourfendeur de la révolution techno. A l'époque, il était loin de se douter que cette musique pousse-au-crime ferait l'objet de véritables messes dominicales, les We Are Reality qui pour leur reprise quittent les sentiers bétonnés et rebétonnés du pilonnage à l'allemande, direction une Angleterre non moins écartelée entre monolithisme et introspection, états respectivement personnifiés par Shifted et James Ruskin, et dont Ø [Phase] opère de son côté la parfaite synthèse. Encore moins qu'il serait au cœur d'une conférence donnant la parole à ceux qui ont vécu de près cette pé

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