Chris Isaak - Beyond the Sun

MUSIQUES | (Warner)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 janvier 2012

Dans l'hypothèse, peu probable et peu souhaitable, où Hollywood se mettrait en tête de tourner une adaptation live de Futurama, la loufoque et caustique sitcom animée de Matt Groening, on verrait bien Chris Isaak tenir le rôle de Fry. Et ce pour une raison toute simple : comme le livreur gaffeur imaginé par le père des Simpsons il donne, depuis une vingt-cinq ans que sa carrière a débuté, l'impression d'avoir été victime d'une cryogénisation accidentelle et d'avoir sans trop se poser de questions repris sa vie là où il l'avait laissée. Congelé un millénaire, Fry a troqué sa mobylette pour une navette mais gardé la même paire de simili-Converse low top, le même jean, le même t-shirt blanc, le même coupe-vent rouge et la même mentalité régressive. Vraisemblablement mis au frigo au mitan des années 50, celui qui, en marge de ses activités de songwriter, incarna l'agent Chet Desmond dans le film Twin Peaks, porte trente ans plus tard la même banane profilée et les mêmes costumes de vendeur de bagnoles successful, a conservé sa voix de sixième membre du Rat Pack et ne s'est pas départi de son amour pour l'americana des origines, celle de Elvis Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison, Warren Smith, Carl Perkins, Jimmy Wages et Howlin' Wolf. Autant de légendes, pour la plupart emblématiques des années Sun, qu'il convoque sur ce double album de reprises avec une classe et une déférence sans pareil. Autant héritier que passeur, Chris Isaak est une magnifique anomalie.

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Théo Charaf : zone d'inconfort

MUSIQUES | Vu au sein de formations bruitistes notables comme les Beaten Brats ou les Scaners, le Croix-Roussien Théo Charaf est en train de mettre tout le monde d'accord avec son premier album solo renversant, beau spécimen d'hybride grunge-folk, dont la sortie avait été repoussé à fin janvier. En octobre, nous avions rencontré ce punk farouche, dévoré, à tous les sens du terme, par le blues.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 janvier 2021

Théo Charaf : zone d'inconfort

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Ganafoul retrouvé et sidér...ant

Rock Story | En septembre, les Givordins de Ganafoul, tête du pont de la faste période "Lyon capitale du rock", ont réédité "Sider-Rock" un album jusque-là inédit de 1975, témoignant de leurs débuts, en quintet et en français. Un petit morceau d'Histoire pour les amateurs de rock en acier trempé.

Stéphane Duchêne | Mercredi 4 novembre 2020

Ganafoul retrouvé et sidér...ant

Sur la photo de famille princière de la fameuse Lyon capitale du rock de la fin des années 70, gravitant de plus ou moins loin autour du punk et dont on aime par chez nous agiter le souvenir fiérot, Ganafoul avait pris soin, par goût (quoi d'autre ?), de s'assoir quelque peu à l'égard. Sur le trône notoirement vacant d'un genre encore peu exploré dans l'hexagone : le hard rock. Ce truc-là, ce drôle de machin à guitares ramenardes, poitrails saillants et cheveux en cascades, n'appartient alors quasi exclusivement qu'aux anglo-saxons, Led Zeppelin et AC/DC en tête. Rien que cela fait déjà de Ganafoul, qui doit son nom signifiant "comme un fou" en patois givordin, une originalité. Au départ un quintet, francophone — c'est important pour la suite — formé par le trio instrumental Édouard "DooDoo" Gonzales (guitare), Philippe "Fourmi" Veau (basse) et Yves Rothacher (batterie) vite complété par le guitariste Jack B

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Ado, sac au dos : "Rocks" de Sarah Gavron

Drame | Un nouveau chapitre dans le cinéma social britannique.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Ado, sac au dos :

Londres, de nos jours. Sa mère instable ayant disparu sans crier gare, Rocks doit à 15 ans et en secret palier son absence et s’occuper de son petit frère. Les finances puis le toit venant à manquer, la sage Rocks va en plus se marginaliser au contact d’une nouvelle élève, Roshé… Errance et déshérence sont dans un bateau, ou plutôt dans une même galère. Ce nouveau chapitre dans le cinéma social britannique (qu’on s’abstiendra de numéroter tant le sujet semble, hélas, inépuisable) se distingue par les accents d’authenticité de ses jeunes protagonistes, doublement dépositaires de l’intrigue : ceux-ci l’investissent en la jouant avec d’autant plus de force et de conviction que le scénario repose sur un travail collectif initié par Sarah Gavron. C’est grâce à cela que Rocks nous permet, en entrant dans les foyers de chacune et chacun, d’avoir un regard sur ce système britannique communautaire cloisonné que la cinéaste avait déjà dépeinte avec adresse dans Rendez-vous à Brick Lane. Avoir 15 ans n’est pas une mince affaire dans un pays qui n’aide pas ses

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A Star is Torn : "Judy"

Biopic | 1968. Elle a été, mais n’est plus grand chose à Hollywood, qui refuse désormais de l’assurer et l’engager. Alors, pour gagner de quoi vivre avec ses enfants, Judy Garland accepte une série de récitals à Londres. Le triomphe est au rendez-vous, mais ses vieux démons également…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

A Star is Torn :

Reviendra le jour où des comédiens et comédiennes ne seront plus automatiquement primés pour avoir campé un personnage ayant existé et/ou surmontant des déboires physiques ou psychiques. En attendant, les biopics narrant parfois avec une empathie douteuse mais une certaine gourmandise voyeuriste la déchéance d’anciennes gloires creusant le fond après l’avoir touché, continueront à faire recette. Si Hollywood n’a pas son pareil pour produire des films dénonçant les agissements passés de ses propres studios, c’est qu’il y gagne : cette sorte de mise en pratique du circuit court et de la valorisation de ses déchets moraux lui permet de troquer sa mauvaise conscience en absolution oscarisée. En témoignant d’un minimum de contrition. Judy est l’énième variation sur ce thème. Où l’on voit la décatie Judy Garland, vieillarde de 47 ans (comme Edith Piaf), brave maman gay-friendly finir de mourir sur scène, rongée par les cachetons et l’alcool, hantée par son “formatage“ par le mogul

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À la Bibliothèque de la Part-Dieu, haut les filles !

Culture Rock | Parmi les événements placés en annexe de son exposition consacré à l'âge d'or du rock lyonnais, la BmL invite Sophie Rosemont à venir présenter son livre Girls rock, indispensable piqûre de rappel sur l'importance (quantitative et qualitative) des femmes dans l'Histoire du rock.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 juin 2019

À la Bibliothèque de la Part-Dieu, haut les filles !

À l'exception de la regrettée Marie (et de ses Garçons), on ne compte guère de femmes à l'exposition Lyon capitale du rock proposée actuellement par la Bibliothèque municipale de Lyon. Est-ce à dire que le rock est exclusivement une affaire d'hommes ? Qu'à l'époque en tout cas, il l'était ? L'Histoire, essentiellement racontée par les (mâles) dominants tendrait à le prouver. Sauf qu'il ne faut pas gratter longtemps la surface de cette Histoire écrite au masculin pour que tombe l'évidence : les femmes et le rock c'est une histoire aussi vieille que le rock lui-même. Aussi loin que les premières notes de Rosetta Tharpe et Trixie Smith, pionnières (bien plus qu'on ne le sait) amazones de ce genre musical genré. C'est ce que tend non pas à démontrer – il n'y a pas lieu de le faire – mais à simplement montrer, décrire, raconter, la critique Sophie Rosemont (Rolling Stones, Les Inrocks, France Culture). Un travail de fourmi qui aurait pu donner lieu à un épais dictionnaire (les

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Auto-tune pour Elton John : "Rocketman"

Biopic | Après "Bohemian Rhapsody", le réalisateur britannique Dexter Fletcher s’attaque à la carrière d’Elton John avec "Rocketman". En se servant d’une cure de désintoxication comme base narrative. Et met face à face l'enfance du prodige introverti et son succès fulgurant d'icône de la pop culture. Démesuré et excessif.

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Auto-tune pour Elton John :

Réaliser un film sur une rock star aussi fantasque qu’Elton John? Voilà le défi auquel s’est collé Dexter Fletcher en ne cherchant pas à raconter avec exactitude les événements passés mais en revendiquant « une course-poursuite imaginaire résolument loufoque et transgressive ». Et en privilégiant les moments-clés de la vie de l’artiste – sa rencontre avec son parolier Bernie Taupin, ses amours tumultueuses avec John Reid, son mariage blanc… Résultat ? Un film dans lequel la musique prend, bien évidemment, toute la place. Rocketman est ainsi nourri en séquences oniriques où la star et ses fans entrent en osmose grâce à une mise en scène dont les procédés (ralentis, envolés…) exacerbent l’émotion. Une émotion bien relayée par l’acteur Taron Egerton qui réinterprète toutes les chansons et s'enflamme dans des costumes outranciers. En découle un drama pailleté flamboyant, à la fois biopic et comédie musicale. Et

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Lugdunum Calling

Exposition | Un peu plus de quarante ans après le fameux "Lyon capitale du rock" de Libération, le Département Musique de la Bibliothèque Municipale revient, sous la forme d'une exposition merveilleusement documentée, sur la grande aventure rock qui agita la ville entre 1978 et 1983 et rend hommage aux acteurs qui l'ont menée. Forcément capital.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mai 2019

Lugdunum Calling

On le sait, quelque part dans le Surmoi lyonnais vient se nicher un complexe vieux comme Lugdunum. Celui de n'être pas capitale à la place de l'arrogante Paris, fille trop facile du jacobinisme. Étrange quand on sait, car on le sait aussi, que Lyon croule sous les titres de "capitale" : des Gaules sous l'Empire Romain ; de la Résistance ; de la gastronomie ; de la soie ; des goals même pendant une décennie 2000 où la bande à Coupet et Juni rêgna sur la Ligue 1 pré-Qataris. Il est même établi qu'en 1528, François 1er hésita à faire de Lyon la capitale de son royaume. Même le journal... Le Parisien surnomma Lyon, "L'autre capitale" dans un article daté du 8 juin 2018. Et puis bien sûr, il y eut ce titre, historique, éphémère mais éternel, décerné un jour de juillet 1978 par Libération, à l'époque bible du bon goût s'il en fut : "Lyon, capitale du rock". Un titre justifié par l'effervescence musicale qui agita la ville pendant une poignée d'années, au tournant des années 70 et 80, du punk et de la new-wave, et à laquelle la Bibliothèque Munic

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3 questions à Cyrille Michaud, co-commissaire de l'exposition

Lyon capitale du rock | Le bibliothécaire musical à la BML et co-commissaire de l'exposition nous raconte la génèse de l'exposition.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mai 2019

3 questions à Cyrille Michaud, co-commissaire de l'exposition

Quel a été le point de départ de cette exposition ? Cyrille Michaud : La rencontre avec le photographe Jean-Paul Bajard qui nous a montré les photos qu'il avait prises dans les années 70 et 80. On était d'abord parti sur l'idée d'une exposition de ses photos, assez modeste à l'espace patrimoine de la bibliothèque. Pour l'agrémenter nous avons fait des appels à collecte dont le succès a été tel (environ 1500 propositions de pièces) qu'on a revu notre ambition à la hausse en investissant la galerie. On a assez vite déterminé quel discours on voulait faire passer, notamment sur ce contexte difficile : qu'est-ce que c'était faire du rock à cette époque. Il était alors évident de commencer en 1978, à partir de l'expérience du Rock'n'Roll Mops avant de dérouler ce récit chronologiquement jusqu'en 1983 en mettant en lumière les groupes phares de l'époque sur lesquels on avait beaucoup de documentation. Pourquoi avoir choisi cette date butoir, sachant que certains groupes importants comme Carte de Séjour ou L'Affaire Louis Trio ont eu du succès après cette date ? On s'est surtout basé sur les années de sortie de

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Le Père Noël est un rockeur, le retour

Rock & Kids | Après avoir visité les cheminées du Marché Gare (2011), du Transbordeur par deux fois (2012 et 2013) et des clubs de rock des Pentes (2014), le Père Noël repasse en 2018 par le Rock'n'Eat, quai Arloing, et ce un peu en avance, puisque dès le 12 décembre. Pourquoi ? Pour un événement au profit des enfants du Secours Populaire baptisé "Le Père Noël et ses rockeurs".

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 novembre 2018

Le Père Noël est un rockeur, le retour

Soit un concert, organisé par les associations M2M Entertainment et AQAB Events avec le soutien d'un certain nombre d'acteurs culturels (le Kraspek Myzik, la radio Sol FM, Mediatone, Spiritribe, [zOz] Photographie, Kosmic Webzine), dont chaque entrée sera convertie en jouet pour un enfant du SP – aucun des jouets offerts n'étant en rapport, c'est important, avec la guerre tient à préciser le Père Noël des rockeurs. Et pour attirer un maximum de monde (dans deux salles), la programmation ratisse large. Avec en ouverture : le folk-punk de Forest Pooky, qu'on ne présente plus, suivi du cabaret trash (et sacrément weird) d'Ursule et Madame (salle du billard), le duo hip-hop hardcore grenoblois As a new revolt et le stoner/rock « rien à branler » de R.A.B. Bref, un concert pour adultes au profit des enfants. Une combinaison parfaite en guise de costume de Père Noël.

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Craponne-sur-Arzon, capitale de la country

The Green Escape | Après trente années vouées au culte de la country music, l’incontournable festival de Craponne-sur-Arzon change de nom sans perdre son âme, avec cette année le groupe Status Quo en tête d’affiche.

Niko Rodamel | Mardi 19 juin 2018

Craponne-sur-Arzon, capitale de la country

Drapé d’une identité visuelle renouvelée, l’immuable Country Rendez-Vous devient The Green Escape. Avec une recette gagnante qui déplace chaque année près de vingt mille visiteurs, cette année encore le festival affiche (en in) une playlist d’artistes aussi riche qu’internationale, mais aussi (en off) une belle brochette de concerts et d’animations qui mettront le bourg en ébullition dès le 25 juillet. Car si la country, avec ses singulières danses en ligne et son barnum santiags-Stentson US-friendly, tarde à se défaire d’une réputation un brin ringarde, les musiques de l’Amérique profonde rassemblent en Europe un public toujours aussi nombreux puisque intergénérationnel. Que les amateurs et les habitués du festival se rassurent donc, la country music demeure au centre d’une programmation qui lorgne forcément aussi un peu sur le blues, le rock et la folk. L’échappée verte Après l’iconique Emmylou Harris qui l’an passé était venue souffler les trente bougies du festoche, Status Quo, les papys toujours fringants du rock britannique, sont les têtes d’affiche de la trente et unième édition (le 29 juillet sur la grande scène). Formé en 1962 dans la banlieue sud

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Retour au Texas

Reprise | Immersion dans un western contemporain au fin fond du Texas, dans le contexte des années 1980 à la frontière des États-Unis et du Mexique, avec trafic de (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

Retour au Texas

Immersion dans un western contemporain au fin fond du Texas, dans le contexte des années 1980 à la frontière des États-Unis et du Mexique, avec trafic de drogue et des millions de dollars : adapté d'un roman de Cormac McCarthy par les frères Coen, No Country For Old Men se construit autour du méchant Anton Chigurh, un exécuteur psychopathe incarné par Javier Bardem, qui vous fera considérer les compresseurs sous un autre jour. Sorti en 2007, ce thriller, récompensé par de nombreux prix (dont l’Oscar du meilleur film 2008), revient pour une seule projection. À ne pas manquer, même pour une poignée de dollars. No Country For Old Men À l'UGC Ciné Cité Internationale ​les jeudis 8 et 15 février

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Une ville mise aux placards : "3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance"

Le film de la semaine | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand/Woody Harrelson/Sam Rockwell) et une narration exemplaire, ce revenge movie décalé nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Une ville mise aux placards :

Excédée par l’inertie de la police dans l’enquête sur le meurtre de sa fille, l’opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu’alors à l’abandon au bord d’une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu’elle aurait pu imaginer… La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l’appréciation. N’empêche : Joel & Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur, Martin McDonagh, qui s’était déjà illustré avec Bons baisers de Bruges (2008) — polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze — fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l’administration fédérale conspuée à l’envi.

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Pete Rock & C.L. Smooth, un doigt de jazz

Hip-Hop | La crème du hip-hop new-yorkais fait une halte au Sucre. Ils n'ont rien enregistré depuis les 90's ? Oui, mais personne n'a fait mieux qu'eux depuis.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Pete Rock & C.L. Smooth, un doigt de jazz

Fin des années 80. La soul revendicatrice, comme un certain funk moite, taquin et coquin, rejoignent le catalogue des samples usités dans un hip-hop au sommet de sa créativité, débutant une période dorée où les classiques s'empilent dans les bacs des DJs jusqu'en 1995. De La Soul, Gangstarr, Wu Tang Clan, A Tribe Called Quest... et Pete Rock & C.L. Smooth, qui lâchent en 1992 Mecca and the Soul Brother, petite bombe à la production inventive et épatante et au flow léger mais conscient faisant suite au maxi All Souled Out sorti l'année précédente. Respect instantané pour ce duo east coast formé deux ans plus tôt ! Leur parcours météorique (ils se séparent deux ans plus tard, à la sortie du second opus, The Main Ingredient) en fait vite un objet de culte, en particulier chez les sourciers du son qui ne cessent de disséquer leurs morceaux pour en comprendre la magie de l'agencement des très nombreux samples (James Brown, Lou Donaldson, The Beginning of the End, Cannonball Adderley...) et les secrets de leur efficacité novatrice. Pete Rock, le sorcier du sample Tous deux poursu

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Ragnard Rock Festival : Black is black

Ragnard Rock Festival | C'est dans l'Ain que la crème du black metal européen se donne rendez-vous, au Ragnard Rock Festival, où se produira la légende norvégienne du genre, Satyricon.

Sébastien Broquet | Mardi 20 juin 2017

Ragnard Rock Festival : Black is black

Attention, festival pas pareil : à l'instar du Hellfest, sans doute encore plus dans la marge, le Ragnard Rock Festival convie depuis trois ans maintenant dans un petit village de l'Ain, à Simandre-sur-Suran, la fine fleur du black metal et du rock extrême, voire du folk traditionnel sur une scène adjacente. La liste des groupes est longue comme un glaive et il y a fort à parier que vous n'en connaissiez pas des masses : Satyricon, Fir Bolg, Paleowolf, Jar, Warbell, Borgne, Atavisma, Mor Dagor, Heavydeath, Acherontas... Tous ou presque sont à écrire en lettres gothiques. En tout, plus de quarante groupes sont programmés sur les deux scènes pour combler les 5000 festivaliers quotidiens. Le festival se revendique « viking » et ne lésine pas sur la symbolique : ainsi, les pass 3 jours étaient au nombre de 666 et vendus... 66, 60 euros. L'esprit se veut donc très païen et les cultures nordiques célébrées, ce qui occasionne parfois certains dérapages : la scène black metal étant gangrénée ces derniers temps par les mouvements d'extrême droite radicaux. L'an dernier, la venue du (très) controversé groupe polonais Graveland avait alimenté la polémiqu

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Santiags et sans reproche

Festival Country Rendez-Vous | Pour la trentième année, l’Amérique profonde débarque à Craponne-sur-Arzon lors de l’incontournable festival Country Rendez-vous, avec en guise de cadeau d’anniversaire la légende vivante Emmylou Harris, pour un concert unique en France.

Niko Rodamel | Mardi 20 juin 2017

Santiags et sans reproche

Plantons le décor… Haute-Loire, Craponne-sur-Arzon, mille mètres d’altitude et un peu plus de deux mille habitants. Son église, son donjon, son camping, sa piscine intercommunale, son cinéma à cinq euros le plein tarif, son ramassage scolaire, sa fête de la pomme de terre, sa radio locale, la TNT presque partout et bientôt la 4G… Comme son nom ne la prédestinait pas vraiment, la petite commune de Craponne-sur-Arzon voit chaque année sa population exploser le temps d’un week-end à l’occasion d’un festival qui approche chaque année des vingt mille aficionados, entre in exigeant (près de dix mille entrées payantes lors des précédentes éditions) et un off qui propose stages de danse country mais aussi de guitare, violon, chant et banjo. Entre Forez et Velay, l’écrin vert sapin donne au cadre au festival Country Rendez-vous des allures d’Appalaches ! La nature fait bien les choses… Et au milieu coule l’Arzon La tête d’affiche de cette édition-anniversaire est incontestablement l’immense Emmylou Harris, auteur-compositeur-interprète que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et qui p

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Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine à travers Rock'n'Roll»

Entretien | Après avoir digéré l’insuccès de Blood Ties, Guillaume Canet a tout remis à plat. À commencer par sa propre vie, dans une auto-fiction, "Rock’n’Roll".

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

Guillaume Canet : « J’ai fait ma crise de la quarantaine à travers Rock'n'Roll»

Pourquoi ce film auto-réflexif sur votre métier et votre vie ? Guillaume Canet : Je voulais faire un truc sur l’image depuis longtemps, parce ce que quand on est très exposé, on entend énormément de choses. Ça m’amusait aussi de traiter un autre thème qu’un sujet boutique sur le cinéma ou la notoriété, en parlant du jeunisme et de la quarantaine chez l’homme. Aujourd’hui, on est très recentré sur soi : il faut être sain, avoir des cheveux (pas gris), on doit faire du sport, il y a une culpabilisation autour de la cigarette…. Je n’ai pas eu ma crise de la quarantaine, mais je l’ai faite à travers ce film. Comment avez-vous convaincu les autres de jouer avec leur image ? Ils ont tous été séduits par cette autodérision, cet humour. Yvan Attal, par exemple, que ça faisait marrer que je me fasse appeler “M. Cotillard”, m’a envoyé un message de bonne année signé “Yvan Gainsbourg”. Lui aussi passe à travers ce genre de choses-là. Donc le Guillaume Cotillard qui figure au générique, c’est vous ? En fait, c’est mon beau-frère, le frère de Marion, qui est aussi réalisateur. Il a ef

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"Rock’n’roll" : ego trip

ECRANS | Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le quadra pète un câble et veut (se) prouver qu’il possède encore au fond de lui une étincelle rebelle. Mais l’a-t-il jamais eue ? Naviguant, à l’instar du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc, dans la sphère privée voire l’intimité des stars, cette auto-fiction cathartique permet à Canet de (presque) assouvir tous ses fantasmes sans (réellement) basculer dans la transgression : c’est son image — c’est-à-dire son “moi ” médiatique — qui prend les coups qu’il s’assène lui-même. Sous l’œil complice de nombreux guests, l’acteur-réalisateur s’inflige un catalogue d’auto-punitions gros comme un dico — éprouverait-il un besoin inconscient et masochiste d’expier ? — avant de trouver un second souffle dans une seconde partie inattendue, nettement plus délirante. À mille lieues de toute subversion, Rock’n’roll souffre surtout d’un manque de décision dans la coupe et le montage, qui le plombe d’une grosse vingtaine de minutes.

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Cœurs de rockeuses

In Uterock | « Atteindre une espèce de transe, même quelques secondes, comme quand tu baises ou tu danses… c’est ça mon kiff ! » clame Julia, guitariste du groupe garage (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 10 janvier 2017

Cœurs de rockeuses

« Atteindre une espèce de transe, même quelques secondes, comme quand tu baises ou tu danses… c’est ça mon kiff ! » clame Julia, guitariste du groupe garage Little Garçon. « L’improbable m’anime. J’adore aller à contre-sens, à l’inverse des idées reçues » raconte Lydie, la batteuse des Toxic Frogs (punk celtique). Leur point commun : être une femme musicienne dans un groupe de rock, univers souvent masculin. Et s’être fait brosser le portrait dans le livre d’Emma Cordenod (l'auteure) et Aurélien Maillet (le photographe), In Uterock. Douze musiciennes d'Auvergne-Rhône-Alpes sont ici croquées. Elles racontent leur parcours, leur place en tant que femme dans le rock, leur motivation « car il en faut pour se faire une place au panthéon du rock à talons » dixit Franck Guscioni, le co-programmateur et coordinateur du Kraspek Myzik, qui signe la préface. Un ouvrage en rouge et noir permettant de découvrir ces groupes par le prisme de leurs personnalités féminines, illustré des belles photographies d’Aurélien Maillet. Soirée de la

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Guillaume Canet est-il rock’n’roll ?

ECRANS | Pour son cinquième long-métrage en tant que réalisateur, le comédien Guillaume Canet revient en France et devant la caméra avec ce qui s’annonce comme une (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Guillaume Canet est-il rock’n’roll ?

Pour son cinquième long-métrage en tant que réalisateur, le comédien Guillaume Canet revient en France et devant la caméra avec ce qui s’annonce comme une autofiction, Rock'n'Roll : on devrait y suivre Guillaume Canet dans son quotidien, avec ses proches (dont sa compagne Marion Cotillard) frappé de plein fouet par la crise de la quarantaine et le doute quant à sa créativité. Si vous le souhaitez, vous pourrez le rassurer (et lui présenter vos vœux) à l’occasion de cette avant-première lyonnaise à laquelle il assistera. Rock'n'Roll Au Pathé Bellecour le mardi 10 janvier à 20h

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"Sing Street" : band de jeunes

ECRANS | de John Carney (Irl, G-B, E-U, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Dublin, 1985. Espérant s’attirer les faveurs de la splendide Raphina, Conor décide de monter un groupe avec ses (rares) camarades de lycée. Une manière de s’évader de la crise économique omniprésente lui valant une relégation dans un établissement public et précipitant le divorce de ses parents… Ex-fans des eighties, directeurs de salles de concert, préparez-vous à pleurer des larmes de vinyle devant cette charmante romance à l’accent rugueux fleurant la douce nostalgie du jukebox d’une époque musicalement magique — autant qu’elle empeste l’haleine nicotinée du skin. À elle-seule, la BO de Sing Street justifie le déplacement : Joe Jackson (Steppin’ Out), Daryl Hall & John Oates (l’imparable Maneater), Duran Duran, The Cure (In Between Days, tudieu !), sans parler des compos du groupe Sing Street, pas déshonorantes… Un concentré de la diversité bouillonnante des années new wave, en perpétuelle réinvention culturelle, mélodique, vestimentaire ; une période métamorphique en écho aux mutations inhérentes à l’adolescence. John Carney a su miraculeusement rendre tangible non seulement ce jaillissemen

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Voilà l'été : un jour, une sortie #8

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 24 août 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #8

50 / Mercredi 24 août : culte Breakfast Club Tout l’été, la classe revue Rockyrama investit le rooftop pour projeter huit films (de Akira à Poltergeist) directement corrélés à sa ligne éditoriale : du culte, si possible tamponné eighties. Ce soir, le kitch Breakfast Club, archétype du teen movie, sorti en salles en 1985 : parfait avant la rentrée. Attention, contient du Simple Minds dans la BO. Au Sucre dès 18h30 51 / Jeudi 25 août : cinéma Rester Vertical On peut compter sur Alain Guiraudie pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain... (

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Brain Damage : rockers style

Walk the Walk #3 | Troisième épisode : cette fois-ci, c'est l'une des figures du film Rockers, le rare Kiddus I, qui se frotte en studio avec le Stéphanois Brain Damage. Deux époques, mais un même lieu : Harry J.

Sébastien Broquet | Vendredi 27 mai 2016

Brain Damage : rockers style

Kiddus I, c’est une apparition dans le mythique film Rockers : est-ce là que tu l’as découvert la première fois ? Que représente pour toi ce chanteur ? Martin Nathan : Je n'ai pas la prétention de dire que je suis un spécialiste du reggae ni de tout ce qui concerne la Jamaïque de manière générale. Lorsque Sam Clayton Jr m'a évoqué la possibilité de travailler avec Kiddus, je lui ai immédiatement avoué ne pas le connaître. Je n'avais en fait pas associé son nom à son inégalable apparition dans Rockers, l'un des moments forts de ce film, qui m'avait pourtant marqué. Ironie de l'histoire, cette scène mythique fût également tournée au studio Harry J... Que représente pour toi ce chanteur ? Il est pour moi une belle représentation de ce qu'a pu être l'exploitation de bon nombre d'artistes de cette époque-là par certains producteurs. Kiddus I, c'est une voix, un personnage, un charisme, et enfin... une carrière gâchée. Si son apparition dans Rockers a soudainement propulsé sa notoriété à l'international, son parcours reste un ensemble de projets avortés, de bandes master égarées ou de productions con

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L'institut Lumière se remet au sport

ECRANS | Séparément, chacun exerce sur le public une attraction confinant à la fascination : que dire alors d’une rencontre entre sport, (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

L'institut Lumière se remet au sport

Séparément, chacun exerce sur le public une attraction confinant à la fascination : que dire alors d’une rencontre entre sport, littérature et cinéma ? Elle se révèle forcément fusionnelle et des plus fécondes à l’écran, tant celui-ci transcende le mouvement, magnifie l’exploit, héroïse les sportifs dans leurs souffrances… Pour la troisième année, l’Institut Lumière mouille le maillot en consacrant un festival à l’art d’accommoder intelligence et muscles, en images ou en mots. Piochant dans le vaste corpus des œuvres dédiées au sport, la programmation mêle projections, débats, rencontres, colloque, hommages (l’immense cycliste Raymond Poulidor et le motard Giacomo Agostini seront célébrés), et quelques avant-premières (Free to run, de Pierre Morath - en sa présence - consacré au jogging, et Good Luck Algeria de Farid Bentoumi, présenté par ce dernier et Sami Bouajila). Sport parmi les plus cinégéniques, la boxe aura les honneurs d’une nuit, avec la projection des quatre premiers volets de la saga Rocky (au moment où Creed vient d’arriver dans les salles),

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Rocky Votolato, poids plume du folk

MUSIQUES | De tous les punks qui ont un jour fait vœu de chasteté électrique (Chuck Ragan de Hot Water Music, Ben Nichols de Lucero ou encore Austin Lucas, passé par (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 juin 2015

Rocky Votolato, poids plume du folk

De tous les punks qui ont un jour fait vœu de chasteté électrique (Chuck Ragan de Hot Water Music, Ben Nichols de Lucero ou encore Austin Lucas, passé par le Kraspek début février) et avec lesquels il pousse régulièrement la chansonnette, Rocky Votolato est peut-être le plus atypique. Déjà parce qu'il fut parmi les premiers à croquer l'american way of life par la racine – sa carrière solo a débuté en 1999, juste au moment où son groupe, Waxwing, commençait à se faire un nom sur la Côte ouest. Ensuite et surtout parce que, en dépit de son nom de recouvreur de dettes rêvant de gloire sur les rings, là où ses pairs disent la quiétude terrienne et la houle sentimentale d'une voix travaillée à la liqueur de maïs, lui le fait presque en sourdine, comme si la moindre respiration un peu appuyée constituait une menace d'érosion. Son album le plus fameux, Makers (le troisième, sur un total de huit), est à ce titre un petit bijou d'americana poids plume, avec picking du bout des doigts et tout le tremblement – notes de lap steel qui ondulent comme des mirages, bouffées d'harmonica qui expulsent des particules de rouille et même un cyg

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Le Kraspek Myzik : 10 ans d'activisme indie

MUSIQUES | Depuis le début de l'année, le Kraspek Myzik fête son dixième anniversaire. L'occasion de revenir en compagnie de Nicolas Tiran, l'un de ses fondateurs, sur l'histoire de ce singulier «espace de diffusion et de création de musique indépendante». Valentine Martin

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Le Kraspek Myzik : 10 ans d'activisme indie

L'aventure commence en 2003, avec une association au nom redoutable : Lerocképamort. Elle compte alors trois fondateurs, jeunes et passionnés de musique – Nicolas Tiran, le dernier encore actif, est aujourd'hui son président, autour duquel gravite une trentaine de bénévoles. Dès le départ, leur mission s'impose d'elle-même, nette et sans concession : faire découvrir au public des artistes et des groupes de musique amateurs ou en voie de professionnalisation. Dans cette idée, Lerocképamort organise des concerts et se lance dans une activité de disquaire. Mais le besoin d'un local se fait rapidement sentir. Deux ans plus tard, l'association acquiert en bas des pentes de la Croix-Rousse le Kafé Myzik, alors vacant et pile dans ses moyens. «On connaissait déjà un peu le lieu avoue Nicolas Tiran. On savait comment il fonctionnait et ce qu'on pouvait en faire». Le Kafé Myzik devient le Kraspek Myzik, une salle de concert à taille très humaine (80 places) doublée d'un espace de vente de disques à l'écart des circuits traditionnels. Tous les styles de musique y sont représentés, du rap au folk en passant par l'électro. Une incongruité pour une assoc

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Retour à Hicksville

CONNAITRE | Une fois n'est pas coutume, le festival d'Angoulême aura été le catalyseur de quantité de querelles de clochers – de notre côté, si on se félicite de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 3 février 2015

Retour à Hicksville

Une fois n'est pas coutume, le festival d'Angoulême aura été le catalyseur de quantité de querelles de clochers – de notre côté, si on se félicite de l'attribution tardive du Grand Prix à Katsuhiro Ōtomo, on reste esbaudi par le manque total d'audace qui sous-tend celle du Fauve d'Or à Riad Sattouf. Et une fois n'est pas coutume, on se dit que le meilleur moyen de les rendre caduques reste encore de relire le chef-d’œuvre de Dylan Horrocks Hicksville. Hicksville, c'est le nom d'un bled néo-zélandais dont les habitants sont tous des passionnés de BD, capables de disserter sur les mérites de tel ou tel fanzine entre deux échanges de politesse. Quand il s'agit de raconter le souvenir de Dick Burger, enfant du pays parti à la conquête de l'industrie des comics, il n'y a en revanche plus personne, au grand dam du journaliste Leonard Batts. Et il n'est pas au bout de ses surprises. Le lecteur non plus. Car sous ses airs d'enquête "twinpeaksienne", Hicksville cache bien plus : une bio déguisée de l'immense Jack Kirby, un embryon d'autofiction et, surtout, un hommage vibrant et œcuménique au neuvième art et à sa puissance d'évocation – qu

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Queen and Country

ECRANS | De John Boorman (Ang, 1h55) avec Callum Turner, Caleb Landry Jones…

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Queen and Country

Il faudrait, pour apprécier Queen and Country, oublier assez vite qu’il est signé John Boorman. Ce qui n’est pas chose aisée car : 1) le film est largement autobiographique ; 2) il est la suite directe d’Hope and Glory, une de ses dernières grandes réussites. Mais, entre temps, Boorman a visiblement perdu le plaisir de la mise en scène, et Queen and Country n’a absolument rien à voir avec la fougue de ses œuvres les plus mythiques (du Point de non retour au Général). C’est une sorte de téléfilm BBC amélioré qui ne compte que sur son art du storytelling pour raconter avec une pointe de nostalgie l’initiation sentimentale de son héros, Bill, en même temps que son apprentissage militaire. Boorman soigne sa reconstitution, joue sur un humour old school et un romanesque pour le moins anachronique, ce qui donne à Queen and Country un certain charme désuet. Seul bémol, la théâtralité des comédiens, même si l’halluciné Caleb Landry Jones, repéré dans Antiviral, confirme un certain talent cabotin et fiévreu

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Charlie’s Country

ECRANS | Rolf De Heer filme le voyage crépusculaire de son comédien David Gulpilil comme un miroir du destin des aborigènes australiens et bouscule la beauté de ses images par une vision sombre mais pas désespérée d’une culture en voie d’extinction. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Charlie’s Country

Charlie’s Country pourrait s’appeler Voyage au bout de la nuit, si le titre n’était déjà pris. Le trajet du héros est d’abord celui de son comédien, David Gulpilil, seule star aborigène du cinéma australien, révélé par Nicolas Roeg dans Walkabout et magnifié par Peter Weir dans La Dernière Vague. Compagnon de route de Rolf De Heer depuis l’inédit The Tracker, Gulpilil a sombré dans l’alcoolisme et atterri en prison, sort que beaucoup d’autres aborigènes de sa région ont connu — un destin qui rappelle évidemment celui des Américains natifs. Charlie’s Country effectue ainsi des allers-retours entre la fiction vécue par le personnage et le portrait de son comédien, entre l’histoire intime qu’il raconte et les échos qu’elle suscite par rapport à l’Histoire australienne. Charlie est d’abord présenté comme un individu bizarre : il retire de l’argent, mais le redistribue au reste de sa communauté ; il taxe des clopes, mais finit par les laisser brûler dans le feu avec lequel il se chauffe ; il se moque des policiers blancs et de leurs lois idiotes, mais il ne peut se résoudre à entrer en conflit ouvert avec les autorités. Sa

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Lost in translation

MUSIQUES | De son improbable quête américaine à la remorque d'un aïeul parti au XVIIIe à la recherche d'une tribu d'Indiens parlant gallois, Gruff Rhys a ramené une histoire insensée et passionnante, déclinée sur quatre supports. Dont un disque bouleversant baptisé "American Interior". Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

Lost in translation

En 1792, un Gallois nommé John Evans, multiple arrière-grand-oncle de Gruff Rhys, l'ancien leader des Super Furry Animals, quitta son village de Snowdonia pour gagner le Nouveau Monde au prétexte de s'enquérir des fondements de la légende des "Indiens" Madogwys (ou Mandan), descendants supposés et surtout gaélophones (!) du prince gallois Madog ab Owain Gwynedd. Lequel aurait touché le sol américain dès le XIIe siècle. Pour Evans, l'affaire tourna alors à l'Aventure avec un grand A, à d'immenses péripéties qui l'amenèrent à arpenter le Nouveau Monde de part en part, à être incarcéré par les Espagnols car soupçonné d'être un espion britannique, à s'évader nu, à contribuer à arracher des griffes britanniques et pour le compte de la couronne espagnole (!) une partie du territoire américain et donc du futur Canada. Et même à dresser une cartographie du Missouri qui facilitera grandement l'expédition Lewis & Clark et le rachat de la (grande) Louisiane à la France par les États-Unis.

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Frànçois & the Atlas Mountains, guerriers de l'Ombre

MUSIQUES | Entre luminosité aveuglante et zones d’ombre, transe magique et mélancolie, évidence et mystère, Frànçois & the Atlas Mountains ont bouclé avec "Piano Ombre" une admirable trilogie discographique qui n’a cessé de les pousser un peu plus haut vers les sommets. Pour la première fois depuis la sortie de cet album inépuisable, les voilà enfin à Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

Frànçois & the Atlas Mountains, guerriers de l'Ombre

François Marry a un visage de statue antique, le port altier d’un chef de guerre et un regard transparent qui semble scanner le monde qui l’entoure, mais dont les intentions seraient indéchiffrables. «En vérité, la vérité» sur François, on n’est pas près de la connaître. Ainsi, lorsqu’on lui demande de commenter le parcours d’un groupe, le sien, qui a mis (pris ou subi) le temps (près de dix ans) avant de parvenir à l’unanimité critique qui entoure le tout chaud sixième album Piano Ombre), François lâche, laconique et impassible tel un centurion drapé dans une toge de pudeur et de défiance, et comme un clin d’œil au titre de sa dernière œuvre, un «qui va piano va sano» dont il faudra se contenter. Publié comme son prédécesseur E Volo Love (2011), déjà passablement acclamé, sur le prestigieux label anglais Domino Records, Piano Ombre a valu au groupe à sa sortie, le 17 mars dernier, les Unes simultanées de Magic, Tsugi et des Inrocks – un triplé rare. Et comme bouclé une trilogie entamée avec Plaine inondable (2009), premier album du groupe à être notablement remarqué : «Piano Ombre produ

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Ceux qu'il faut (re)découvrir

MUSIQUES | En tête d'affiche ou en première partie de Just Rock?, il fera bon humer le talent de ces quatre frenchies dans le vent. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

Ceux qu'il faut (re)découvrir

Joseph & The Merricks Si sa prestation est annoncée sous le nom de Joseph & The Merricks, c'est que le dénommé Joseph Merrick, s'accompagne cette fois d'un solide groupe. Dans lequel on retrouvera le raffiné Stéphane Garry (Pockett) aux manettes du second album de l'Ardéchois, Fatalitas, et dont la production illumine plus que jamais sa polymorphie monstrueuse : je-m’en-foutisme appliqué, finesse absolue des reliefs imparfaits et gracieuse tension entre aspiration pop-folk et intimations punk. Jeudi 9 octobre au Transbordeur   Isaac Delusion Passé avant l'été par les Summer Sessions du Transbo, Isaac Delusion est la petite bête pop qui monte. Qui monte vers les proverbiales nuées, notamment, et très régulièrement portée ou porteuse, tout dépend comment on se place, d'une dream pop particulièrement volatile qui entendrait non seulement pénétre

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Début de parcours

MUSIQUES | Avec le mois d'octobre s'ouvre la saison rock avec le festival Just Rock?, qui s'ouvre lui-même sur un parcours folk à travers sa ville d'accueil – Lyon, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 septembre 2014

Début de parcours

Avec le mois d'octobre s'ouvre la saison rock avec le festival Just Rock?, qui s'ouvre lui-même sur un parcours folk à travers sa ville d'accueil – Lyon, pour ceux qui l'ignoreraient encore – et plus précisément la Croix Rousse. Le schéma est à la fois quasi-immuable et intrinsèquement nomade puisque, comme son nom l'indique, il y s'agit de déambuler avec délice tout au long d'un samedi après-midi, en l'occurence le 4 octobre, à la rencontre d'artistes généralement débranchés – aussi branchés puissent-ils être par ailleurs. Rendez-vous cette année place Joannes Ambre dès 15 h – ça laisse le temps pour une matinée bien grasse – avec le bien-aimé Cyrz, dont c'est un peu le retour, comme évoqué dans ces pages la semaine dernière. A 16 h, direction le vidéo-club Atmosphere pour faire comme l'oiseau William Bird, avant d'aller à 17h à la bibliothèque faire les yeux doux à Julia Kat, plus radoucie que quand elle officie avec Little Garçon ou Black Luna. Puis à Anne Sila, jazzeuse mixte qui lorgne vers la chanson et la pop, à 18h (place Bellevue). Enfin, dernière étape du périple à 19 h, a

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Seconds : quand l’Amérique perd la face…

ECRANS | Après sa reprise cet été, nouvelle occasion grâce à la Ciné collection de voir "Seconds", incroyable film de John Frankenheimer sur le mythe américain illusoire de la seconde chance, d’une stupéfiante modernité formelle et graphique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Seconds : quand l’Amérique perd la face…

«Il n’y a pas de seconde chance dans la vie d’un Américain» disait Francis Scott Fitzgerald. C’est le parfait résumé de Seconds, que John Frankenheimer signe en 1966, alors que les studios sont en train de boire la tasse à force de formules réchauffées. Le cinéaste s’était fait une petite spécialité dans la politique fiction grâce à Sept jours en mai, sur l’uchronie d’un coup d’état militaire aux États-Unis, et Un crime dans la tête, où des soldats américains ayant subi un lavage de cerveau sont renvoyés chez eux pour y devenir des machines à tuer sous hypnose ; le pitch de Seconds a pourtant plus à voir avec celui d’un épisode de La Quatrième dimension. Arthur Hamilton, un employé vieillissant qui étouffe dans une vie familiale morne et étriquée, se voit offrir un pacte mystérieux : subir un traitement chirurgical révolutionnaire pour changer de visage et d’identité, afin de commencer une nouvelle vie. Frankenheimer crée dès les premières séquences un climat de paranoïa angoissant, en créant de constantes distorsions dans le cadre, par l’emploi du fish eye ou par un usage inédit de la caméra, qui se déplace au rythme

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Régénération spontanée

SCENES | L'apparition d'une nouvelle compagnie par ci, l'inauguration d'une scène dédiée par là : cette saison, l'impro vise toujours plus haut. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Régénération spontanée

La saison passée, la terre a tremblé. Du moins celle que foule d'un pas soudain le microcosme lyonnais du théâtre d'improvisation, suite à l'implosion de l'un des collectifs les plus emblématiques du milieu, Et Compagnie. Désireux de recapturer le parfum de danger qui leur mis l'eau à la bouche voilà plus d'une décennie, six de ses membres s'en sont allés fonder Amadeus Rocket dans l'idée, pour reprendre les mots de son directeur artistique, Alexandre Chetail, de «réaffirmer l'improvisation comme un outil d'expression plus que comme un outil de délire». Deux rendez-vous permettront de prendre la mesure de cette ambition. Le premier, dérivé d'un concept du pionnier canadien Keith Johnstone et intitulé Life Time, se tiendra un lundi par mois à la Comédie-Odéon (mise à feu le 22 septembre) et verra la troupe puiser son inspiration dans les souvenirs plus ou moins intimes d'un spectateur – Et Compagnie, dont les effectifs ont depuis été renouvelés (son Mondial d'impro connaîtra donc une neuvième édition les 11 et 12 mars), propose un spectacle voisin avec Story Board, tous les mardis à l'Espace Gerson. Le second, Tempo

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Insomniaque - Semaine du 25 juin au 1er juillet

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le Summer Fest de l'Ayers Rock Boat, le premier anniversaire du Sucre et Illum Sphere à La Marquise. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 24 juin 2014

Insomniaque - Semaine du 25 juin au 1er juillet

25.06 Ayers Rock Boat Summer Fest Putain, trois ans. Trois ans, déjà, que l'Ayers Rock Boat se traîne une réputation d'aimant à épaves – le comble pour une péniche. Réputation de moins en moins méritée, comme nous vous l'expliquions la semaine passée à l'occasion du concert de Kadavar, qui constituait à la fois sa dernière opération de retape rock'n'roll de la saison et la première partie d'une birthday party se poursuivant ce mercredi avec sept habitués des lieux – dont le collectionneur de reprises insolites Harry Cover et le tonitruant Mike Rock, le seul DJ ayant droit de séjour au Hellfest. Alors, qu'est-ce qu'on dit ? 27.06 One Ye

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Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

ECRANS | Catch me daddy de Daniel Wolfe. These final hours de Zack Hilditch. Queen and country de John Boorman. Mange tes morts de Jean-Charles Hue.

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes 2014, jour 7. Du côté de la Quinzaine…

Comme prévu, la présentation de Deux jours, une nuit des frères Dardenne a électrisé la Croisette et beaucoup séchaient encore leurs larmes dix minutes après la fin de la projection du matin — on n’ose imaginer ce qui va se passer ce soir. Ayant été particulièrement indiscipliné pour suivre la compétition cette année, on ne se hasardera à aucun pronostic concernant le palmarès final ; mais bon, si les Dardenne repartent avec une troisième palme, établissant ainsi un record en la matière, on ne criera pas au scandale.   Comme on avait vu le film il y a déjà quelques temps, cela nous a laissé le loisir d’aller voir un peu de quel bois se chauffait la Quinzaine des réalisateurs, sachant qu’on y avait déjà vu deux de nos films préférés du festival — Bande de filles et Les Combattants. Depuis qu’Edouard Waintrop en a pris les rênes, cette sélection traditionnellement dévolue à l’avenir du cinéma et à ses nouvelles formes est devenue un creuset aussi inégal que réjouissant où l’on trouve à la fois du cinéma d’auteur pur et dur, des cinéastes à la gloire fanée, des comédies qui font le buzz et du pur cinéma de genre fait par de jeunes talents

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Les Quatre Poptastiques

MUSIQUES | Pour un soir et pour Just Rock ?, le Transbo dégaine le plus improbable et le plus beau plateau de super-héros pop qui soit : la Grimes du Vercors, un chic type nommé Daisy, un pilote de chasse et un géant au nom de 4x4. Le résultat : sublime. Oui, grâce à nos pouvoirs magiques on y était et on vous raconte. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 18 octobre 2013

Les Quatre Poptastiques

Imaginez un Instant T, comme le chante Peau dans son splendide clip. Il est très tard en ce 23 octobre et quatre drôle de personnages devisent timidement dans le salon Louis-Philippe qui sert de loge au Transbordeur : une fille à la Peau synthétique, un garçon nommé Daisy, un type en nage sous sa combi spatiale et son casque de pilote de Mig-28, et une armoire à glace aux traits féminins et en manteau noir capable de tout envoyer valser dans la pièce d'un simple accès de charisme («Hé ho doucement avec mes fauteuils Voltaire» s'écrie le maître de maison). Un film de David Lynch ou, ce qui revient au même, un rêve sous antihistaminique ? Non : le programme de la soirée du 23 octobre au Transbordeur. Sans doute la soirée phare de cette édition de Just Rock? : Peau, Daisy Lambert (aucun lien), Cascadeur et Rover, réunis tout exprès pour vous envoyer au 7e Ciel et qui vient d'y parvenir.   Last Aqualast

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L'état Savages

MUSIQUES | N’était leur post-punk oeuvrant avec la détermination et la violence d’une voiture bélier dans la vitrine de la boutique de luxe du rock mondial, les quatre (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 octobre 2013

L'état Savages

N’était leur post-punk oeuvrant avec la détermination et la violence d’une voiture bélier dans la vitrine de la boutique de luxe du rock mondial, les quatre filles de Savages pourraient être une publicité vivante pour la diversité. La diversité tout court : basé à Londres, le groupe comprend une française, Jehn, de John & Jehn, une bassiste d’origine turque et deux Anglaises (sans le continent). La diversité musicale aussi, puisque les bagages musicaux de ces quatre-là ne sont au départ guère raccords : pop pour l'une, furieusement hardcore pour une autre et drum’n’bass pour une batteuse qui ne vient même carrément pas de la musique. Sauf qu'au final, elles ne font qu'un. Et plutôt que d'essayer de savoir comment ces quatre cavalières de l'apocalypse se sont rencontrées, on préfère simplement s'imaginer qu’elles ont dû se rentrer dedans, ont trouvé ça d’enfer et ont voulu remettre ça jusqu’à plus soif. Ou jusqu’à ce que leur gorge soit asséchée par les harangues punk. Leur premier single baptisé Husbands, on pourrait dès lors voir une sorte de pendant punk des énergumènes de Cassavetes : même manière

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Folk en ballade

MUSIQUES | Comme de tradition, c’est en douceur, par un petit décrassage folk à travers les rues de Lyon, que se prépare le marathon Just Rock ?. Le principe est (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 10 octobre 2013

Folk en ballade

Comme de tradition, c’est en douceur, par un petit décrassage folk à travers les rues de Lyon, que se prépare le marathon Just Rock ?. Le principe est désormais connu : par un bel après-midi d’octobre, ici, le 19, on baguenaude en plein air dans le 5e arrondissement (de la place Gerson au Vieux Lyon ; avec quelques solutions de repli au cas où la météo ferait des siennes) en salles accueillantes et/ou improbables (bibliothèque Saint-Jean, galerie Viva Dolor, salle Léo Ferré). Et comme d’habitude, il y a de quoi éveiller la curiosité du chaland. A commencer par l’Auvergnat Adam Wood (Wood étant un nom très répandu en Auvergne, et sans doute n’est-ce pas par hasard si son album, dans une veine Jayhawks/Counting Crows, s’intitule A Forest Behind the Tree). Wood ne suffira pourtant pas à cacher la forêt de talents qui officiera, en les personnes des puissants Narrow Terrence (de Rognes, ça ne s’invente pas), du mystérieux E-Grand, ou de Lena Deluxe, songwriter lilloise à la voix cristalline et sujette à la montée en pression rock. Autre curiosité, la présence de Charles Berbérian (oui, de

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Chaud cha-chaos

MUSIQUES | Les enregistrements en public n'ont, en règle générale, d'autre intérêt que celui de capitaliser sur les penchants fétichistes et/ou nostalgiques des mélomanes. (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 16 mai 2013

Chaud cha-chaos

Les enregistrements en public n'ont, en règle générale, d'autre intérêt que celui de capitaliser sur les penchants fétichistes et/ou nostalgiques des mélomanes. Thunder Down Under, celui que publièrent les Hot Snakes en 2006, fait figure d'exception. Peut-être parce qu'il est le testament d'une formation qui, durant les sept années qui précédèrent sa soudaine et discrète dissolution, démontra sans vraiment le vouloir qu'on pouvait être d'extraction californienne et s'adonner au (post-) punk rock sans pour autant sonner comme un groupe de (trous de) bal de promo monté entre deux parties de beer pong. Peut-être parce qu'il n'a pas été enregistré devant une poignée de chanceux mais dans les locaux de la radio australienne Triple J, épargnant à l'auditeur improvisations cache-misères, transitions foireuses et sentiment d'injustice – le même que celui qui vous étreint à la vue de photos de vacances auxquelles vous n'avez pas pris part. Plus probablement parce que les deux charmeurs de serpents en chef, Rick Froberg et John Reis, non contents d'av

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Rock the casbah

ECRANS | Loin du prêchi-prêcha habituel sur le conflit israélo-palestinien, Yariv Horowitz aborde la question de l’Intifada à travers un pur film de guerre, retenant la leçon de Fuller et Kubrick. Un premier film extrêmement prometteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Rock the casbah

Jusqu’ici, le cinéma n’avait abordé la question de la guerre israélo-palestinienne que par le biais de fictions cherchant à compter les points, avant de déclarer le match systématiquement nul, ouvrant les vannes à un discours humaniste lassant. Et quand des cinéastes s’aventuraient dans la description du conflit, c’était plutôt pour en tirer de grands gestes esthétiques (on pense surtout au Beaufort de Joseph Cedar ou au Kippour d’Amos Gitaï). La première vertu de Rock the casbah est de refuser l’une et l’autre de ces options : avec un style sec et un sens de l’action pas très éloigné d’une Kathryn Bigelow, Yariv Horowitz appelle un chat un chat et un film de guerre un film de guerre. Situé durant la première Intifada, il suit une petite unité de Tsahal chargée de sécuriser la bande de Gaza. Mais celle-ci se retrouve vite retranchée sur le toit d’une maison après la mort d’un des leurs, le temps de retrouver l’auteur de l’attentat. Ces soldats, jeunes et inexpérimentés, trompent leur ennui en écoutant la radio, en s’occupant d’un chien errant et surtout en tentant de surmonter la tension

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Travellings et travelos

ECRANS | Nouvelle édition du festival Écrans mixtes qui met les travestis à l’honneur de sa sélection de cinéma gay, bi et lesbien, avec hommage, invités et événements, dont une séance appelée à faire date autour du "Rocky horror picture show". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 février 2013

Travellings et travelos

L’an dernier, le festival Écrans mixtes avait frappé fort avec sa rétrospective John Waters, cinéaste qui avait su faire l’unanimité auprès des cinéphiles amateurs de transgressions. Disons-le, pas d’aussi gros morceau en 2013, et le choix du thème annuel — Sweet transvestite — donne lieu à un panorama hétéroclite un peu fourre-tout, avec documentaires cultes et fictions où la question du travestissement est parfois de l’ordre du clin d’œil. On s’amusera d’ailleurs à voir revenir Divine, acteur-trice fétiche de John Waters, dans un film non signé par son mentor, mais par l’iconoclaste Paul Bartel, dont un autre festival bien aimé (Hallucinations collectives) avait osé une jolie rétrospective il y a deux ans : Lust in the dust, une parodie de western foutraque dans le pur style Bartel, mélange d’outrances et de références bis.   Éclaboussures Pour le cinquantenaire de la mort du peintre-poète-romancier-cinéaste Jean Cocteau, le festival présente un hommage en trois temps. D’abord un documentaire de Jean-Paul Fargier, puis une conférence d’Henry Gidel, biographe de Cocteau, les deux à la MLIS de Villeurbanne. Ensuite, au CNP Terreaux, pr

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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7 psychopathes

ECRANS | De Martin McDonagh (Ang, 1h50) avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Christopher Walken…

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

7 psychopathes

Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de hautes études pour oser l’identification entre le personnage et l’auteur du film, Martin McDonagh — même si on ne sait rien de ses penchants pour la bibine. En revanche, quand on voit Farrell et son pote taré (Sam Rockwell, au-delà du cabot) devant un Kitano au cinoche, alors que le précédent film de McDonagh, Bons baisers de Bruges, se référait avec malice au Sonatine du maître Takeshi, il n’y a plus de doute sur le degré de mise en abyme. Le problème, comme souvent dans ce genre de projets où l’écriture de la fiction et sa mise en scène à l’écran se fondent l’une dans l’autre, c’est de conserver une rigueur narrative là où le grand n’importe quoi est évidemment autorisé. Alors que McDonagh n’a même pas encore tiré le portrait des sept psychopathes du titre, le voilà déjà en train d’en fusionner deux en un, puis d’en faire le co-auteur de l’histoire des autres psychopathes… Vous n’y comprenez rien ? Normal, le film cherche la confusion et broie dans son délire tous ses atouts,

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Not dead but bien raide

MUSIQUES | Ils s'appellent Asap Rocky, Tyler the Creator ou Schoolboy Q. Ils sont jeunes, connectés, prolifiques, un peu niqués de la tête et surtout très doués et, de New York à Los Angeles en passant par Pittsburgh, ils reconfigurent le rap game nord-américain depuis le début de la décennie. Portrait collectif d'une génération en train de tuer le daron (avec sa complicité) et focus au singulier sur son plus éminent représentant, Kendrick Lamar, à l'occasion de son passage au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 17 janvier 2013

Not dead but bien raide

Dans ce vaste tout-à-l'ego qu'est le milieu du hip hop, les façons de prendre l'ascendant médiatique se comptent sur la main d'un Latin King faisant le signe de ralliement de sa bande – le même que celui des fans de heavy metal, à un pouce tendu près. Option numéro un, très prisée des Français : pourrir publiquement un rival, en priant pour que l'étendue de sa répartie ne soit pas proportionnelle au volume de ses biscottos. Option numéro deux, typiquement nord-américaine : sécuriser un deal (production, featuring, apparition dans un clip) avec une star de la pop, ce qui implique de déjà bénéficier d'un minimum de talent et/ou de notoriété. Option numéro trois, la plus vaniteuse, mais dont on raffole autant des deux côtés de l'Atlantique : acter la mort du genre pour mieux se poser comme son rédempteur, avec la certitude d'être sèchement contredit à plus ou moins long terme. En France, Fuzati a tenté le coup en 2004 sur Dead Hip-hop, extrait du premier album du Klub des Loosers. Bientôt neuf ans plus tard, n'en déplaise à ce misanthrope masqué dont on ne cesse de louer la verve, le rap hexagonal a gagné en fantaisie ce qu'il a perdu en conscien

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Just Folk ?

MUSIQUES | Entre découverte musicale (dé)branchée et déambulation urbaine, le Parcours Folk marque la première étape du festival Just Rock ? Et pas la moins intéressante. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Just Folk ?

À Lyon, on aime les parcours, les traboulages en tout genre qui vous font dégringoler d'une partie de la ville à l'autre pour y dénicher des trésors insoupçonnés seulement connus de quelque guide à moustache. Sans doute conscient de cette réalité lyonnaise, le festival Just Rock ? a initié en guise d'ouverture son propre Parcours Folk, où il s'agit ni plus, ni moins que de déambuler d'un coin à l'autre de la ville, de lieux improbables en endroits qui le sont moins, à la découverte de petits trésors folk parfois également insoupçonnés mais pas toujours. La règle pour les artistes n'étant pas forcément, comme l'indique l'intitulé de l'événement de jouer spécifiquement du folk, mais de se produire en version acoustique. Pour certains, les folkeux notamment, l'exercice est naturel, ceux-ci ayant rarement l'électricité. Pour d'autres un peu moins mais c'est aussi ce qui fait le charme de l'exercice. Trio féminin, chant, guitare, contrebasse, poussé au conservatoire, Jüne n'aura pas de problème d'adaptation avec son folk jazz entêtant (entêté?), à voir à l'heure du shopping (14h) place des Célestins. Après quoi l'on pourra passer chez le libraire, en l'occurrence Expé

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Rock forever

ECRANS | D’Adam Shankman (ÉU, 2h02) avec Julianne Hough, Diego Boneta, Russell Brand, Tom Cruise…

Christophe Chabert | Lundi 9 juillet 2012

Rock forever

Pour tenir face à Rock of ages (titre original, traduit une fois de plus par une non traduction…), il faut avant tout supporter l’atroce kouglof musical qui l’inonde d’un bout à l’autre, véritable cauchemar pour les tympans qui mélange rock FM bien gras et tubes du grenier interprétés par des chanteurs à voix. Mission impossible, c’est sûr ; au-delà, on assiste à un machin complètement schizo qui hésite entre se prendre au sérieux et se moquer de lui-même. L’intrigue principale, love story entre deux têtards qui voudraient se lancer dans le rock, relève de la guimauve mille fois mâchée. Mais tous les à-côtés, nombreux, sont prétextes à de la déconne pas très fine certes, quoique déjà plus raccord avec ce projet improbable. Shankman semble incapable de choisir et bricole une mise en scène illisible pour noyer le poisson. On est donc face à une grosse daube certifiée dans laquelle pourtant se trouvent des éclats de talents, en l’occurrence les comédiens : Cruise qui rejoue son personnage de Magnolia, Malin Akerman, qu’on aimerait voir plus souvent sur les écrans, Russell Brand et Alec Baldwin pour une séquence mémorable, et surtout Paul G

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Un beau petit saint

MUSIQUES | C'est le scoop de la semaine : le Transbordeur s'agrandit avec une troisième scène. Inutile d'en chercher trace sur votre prochaine feuille d'impôts locaux (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 21 juin 2012

Un beau petit saint

C'est le scoop de la semaine : le Transbordeur s'agrandit avec une troisième scène. Inutile d'en chercher trace sur votre prochaine feuille d'impôts locaux ou dans la rubrique Bâtiment et Travaux Publics des annonces en ligne de Pôle Emploi, l'équipe de Cyrille Bonin a simplement eu la bonne idée de s'étendre hors les murs, là où se dressait déjà un bar extérieur. Le nouvel espace ainsi délimité accueillera d'ici la trêve estivale un bal et quatre concerts baptisés «Summer Sessions». Et c'est le dénommé Saint-Augustine, figure de proue du collectif Kütu Folk (lequel, depuis le mitan des années 2000, fait fructifier l'héritage des grandes plumes de l'americana comme personne n'avait su le faire dans ce pays jusqu'alors), qui aura l'insigne honneur de l'inaugurer dimanche 1er juillet. Un perfect match, ainsi qu'on le dit en Anglo-Saxonnie, tant les chansons de ce jeune Clermontois, amples et délicates comme peuvent l'être celles de Bill Callahan ou Grandaddy, ont le chic pour vous donner envie de vous affaler dans l'herbe tel un ourson repu d'ultraviolets et d'eau minérale (ne chipotons pas, entre Valvert l'Ardennaise ou Volvic l'Auvergnate, c'est bouchon bleu et

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Oh happy Days !

MUSIQUES | «On essaye de faire venir un public toujours plus large. L'ouverture, la diversification, le mélange nous semble être un enjeu de politique culturelle des (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 mai 2012

Oh happy Days !

«On essaye de faire venir un public toujours plus large. L'ouverture, la diversification, le mélange nous semble être un enjeu de politique culturelle des plus pertinents. Il n'y a rien de pire que la logique des chapelles et le cloisonnement. Le fait est que le public de Nuits Sonores est très jeune. De fait, si on pouvait attirer un public plus âgé de manière plus significative, on s'en réjouirait», nous confiait récemment Vincent Carry. Dont acte, avec les tout nouveaux tout beaux NS Days, séries de concerts diurnes programmées dans les cours de l'Hôtel Dieu qui, si elles pourront être suivies sans enquiller les shots de guarana, n'en mettront pas moins les articulations à rude épreuve. Ne serait-ce parce qu'y seront mises à l'honneur deux institutions teutonnes de la techno, à savoir Ostgut Ton, bras discographique du Berghain Club de Berlin, réputé pour la martialité et la froideur de ses productions, et Kompakt, bastion colognais de la minimale, fusse-t-elle tribale (Mathias Aguayo), abstraite (Dj Koze) ou sensuelle (Sascha Funke). Pour le reste, bien qu'émoustillés à l'idée de faire connaissance avec la

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Les aventuriers du cinoche perdu

ACTUS | Passionnant ouvrage qui revient sur la culture des années 80 avec le cinéma en guise de miroir pop, Rockyrama dresse le portrait d’une génération à laquelle ses auteurs appartiennent : émerveillée mais lucide sur les excès, l’excentricité et ce mélange détonnant de cynisme et de naïveté qui a constitué l’époque. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 13 avril 2012

Les aventuriers du cinoche perdu

C’est l’histoire d’un livre qui raconte l’histoire de ceux qui l’ont écrit en racontant l’histoire d’une époque. Reprenons : arrive entre nos mains Rockyrama, somme de 350 pages alternant textes signés d’auteurs divers, parfois connus, parfois inconnus et riche iconographie — posters, photos retravaillées… dans un joyeux foutoir retrouvant l’esprit des revues et fanzines qui faisaient florès dans les années 80. C’est justement le sujet du bouquin : cette décennie d’excès, de mauvais goût, de pognon cyniquement exhibé (quand on en a) ou maladroitement camouflé (quand on est dans la dèche), mais aussi de sincérité absolue et de candeur enfantine, grande remise à zéro des compteurs culturels après des années 70 hautement politisées et viscéralement inquiètes. D’un côté, l’insouciance d’un monde meilleur qui voit se profiler la fin de la guerre froide, de l’autre l’arrivée d’un libéralisme incontrôlé qui va conduire au pessimisme des décennies suivantes. Culturellement, c’est le triomphe des pop stars planétaires et de la musique synthétique, la première vague des comics sérieux et l’apparition des jeux vidéo phénomènes. C’est surtout une p

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