Casser la voix ?

Stéphane Duchêne | Jeudi 29 mars 2012

Photo : DR


On dit qu'un nom et un prénom ne sont pas pour rien dans la destinée de celui qui les porte. Ce n'est pas le basketteur Mickaël Gelabale qui dira le contraire. Le rapport avec Barrence Whitfield ? Le rapport c'est que le vrai nom de Barrence Whitfield, son nom de naissance est... Barry White. Oui, comme le crooner à tête de morse, de onze ans son aîné. Ce qui tout en lui traçant un destin de chanteur, l'obligea à changer de blase histoire d'éviter les méprises.

Pour le reste, les deux chanteurs ne boxèrent jamais vraiment dans la même catégorie. Là où Barry faisait roucouler sa voix de basson sur des cascades d'arrangements sexuellement transmissibles, Barrence est plutôt à ranger dans la catégorie soul screamer, ces types qui font hurler leur joie (et leur peine) d'être au monde (cf. Little Richard, Solomon Burke, Don Covey...) au gré de titres pour lequel le mot endiablé a dû être inventé. Tout en ayant tâté de tous les genres : il faut entendre ses reprises du countryman Merle Haggard ou de l'hymne garage des Sonics, Strychnine.

Pourtant quand il calme le jeu, cette légende assez méconnue dans nos contrées (il a pourtant tourné avec Bo Diddley, Tina Turner...), a quelque chose du timbre bouleversant d'Otis Redding. Calmer le jeu c'est aussi ce que s'est attachée à faire Lisa Kekaula avec Bob Vennum, son compère des intenables Bellrays.

Loin des braillements parfois casse-bonbons du groupe, sans aucun recours à la fée électricité, Bob & Lisa se contentent de jouer du country-blues guitare-voix. Or, non seulement ça suffit à faire le job, mais en plus on redécouvre une chanteuse qui n'a plus besoin de jouer les volcans pour enflammer notre cœur.
Stéphane Duchêne

 


Bob & Lisa- jacky par mushroom72

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Le cas Kekaula

MUSIQUES | S’il fallait dresser un «index des tailles» appliqué au rock n’roll, on s’apercevrait qu’à chaque type de musique correspond peu ou prou un gabarit (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 novembre 2008

Le cas Kekaula

S’il fallait dresser un «index des tailles» appliqué au rock n’roll, on s’apercevrait qu’à chaque type de musique correspond peu ou prou un gabarit unique. Certes, il y eut Elvis, le rock incarné, et sa tendance à enfler. Mais le King ne devint bouffi bouffon qu’une fois converti au crooning pailleté (et surtout au mélange létal de ses sandwiches banane-marmelade-beurre de cacahuètes), preuve, finalement, que la musique passant d’une case à l’autre, le corps suit (ou inversement). Dans cet index, donc, le punk serait évidemment sec comme une trique, taille S étriquée, anguleux. La soul, elle, serait généreuse, rajouterait du X à ses L pour roucouler en ondulatoire. La parfaite fusion punk-soul ne pouvait donc que s’incarner dans le corps mutant de Lisa Kekaula, sirène hurlante des Bellrays. Kekaula, 41 ans, ronde comme une soulette imprégnée d’Aretha mais comme maigre à l’intérieur, le verbe sec, rêche, version féminine et afro-américaine de Rob Tyner du MC5. Le titre de leur dernier album, Hard, Sweet & Sticky pourrait illustrer tout à fait ces contradictions de la musique des Bellrays, cette manière duplice d’incarner la musique comme une poupée russe de c

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