High Cool Musical

MUSIQUES | Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer School is Cool ? Une bande de jeunes anversois aux ambitions musicales démesurées, déjà prophète en son pays et qui pourrait bien faire office de révélation musicale de l'année dans pas mal d'autres contrées.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2012

Si l'on sait pertinemment, à force de l'entendre, que « La montagne ça vous gagne ! » ou que « le cheval c'est génial !», on n'a en revanche encore trouvé personne, de quelque côté de l'estrade que ce soit, pour affirmer qu'« A l'école qu'est-ce qu'on rigole ! ». Surtout en cette période où l'on voit défiler sur les plateaux télés des chapelets de profs qui, en guise de goûter, ont mangé du bourre-pif à la récré.

 

Fort heureusement, dès qu'il est question de prendre les chose à la « cool », il y a la Belgique : un pays, berceau du surréalisme, passé maître dans l'art de l'autogestion humoristique et de la dérision. C'est là qu'est né un groupe dont le seul nom, School is Cool – choisi un peu par défaut et parce que ça sonne bien –, nous redonne à lui tout seul foi en l'institution scolaire. Et musicale.

 

Car la pop du quatuor ne fait rien d'autre que de mettre un bon coup de tatane dans la fourmilière rock d'Outre-quiévrain.

 

Au point qu'on voit en eux les successeurs de dEUS – statue du Commandeur du rock belge. Déjà célèbre et célébré au pays d'Eddy Mercxx, School is Cool a déjà raflé un disque d'or. Et même connu l'honneur de sonner le coup d'envoi, au Stade Baudouin, d'un match de cette nouvelle génération de Diables Rouges (l'équipe nationale belge) qui, emmenée par Eden Hazard (nouvelle perle de Chelsea) et Vincent Kompany (capitaine de Manchester City), parvient presque à faire renaître un sentiment de belgitude dans un pays divisé. Ce à quoi le groupe originaire d'Anvers pourrait lui aussi parvenir tant il fait l'unanimité.

 

Entropology

 

Comme dEUS, School is Cool cultive son atypisme avec une délectation certaine : leur groupe de référence est Arcade Fire ? Ils décident de tout faire pour ne pas sonner comme lui (même si la filiation reste évidente, y compris pour l'auditeur doté d'une audition à peine supérieure à 5). Et parce que la meilleure chanson est forcément la prochaine, le groupe opte pour les petits formats, parfois inférieurs à 2 minutes – un coup à l'estomac et puis s'en va – mais aussi pour le remplissage à ras-bords : 16 morceaux tous plus riches les uns que les autres.

 

Car, si l'on met de côté quelques interludes plus posés (dont le sublime Algorithms) et merveilleusement orchestrés, School is Cool est allé à l'école du chaos, comme l'indique le titre de ce premier album, Entropology – contraction anglaise d'anthropologie et d'entropie. Manière de rendre hommage aux travaux de Claude Lévi-Strauss – ce sont eux qui le disent – et sans doute aussi au bordel général qui nous mènera à la fin du monde. Un événement sur lequel s'ouvre d'ailleurs le disque avec le titre The World's gonna end tonight, sa rythmique rouleau-compresseur façon "Quatre cavaliers de l'Apocalypse" et ses violons – en lieu et place des proverbiales trompettes – qui font souffler le vent mauvais. Ces mêmes violons qui tout du long accompagnent ce chaos rythmique d'une frénétique mélancolie (O! Delusions, passé à tabac par des percussions qui le poussent... dans les cordes).

 

N'empêche que si la fin du monde ressemblait à un tel enchaînement de tubes joliment mis en scène et faisait chanter en choeur les bonnes et les mauvaises âmes comme sur Car, Backseat, Parking Lot, on l'accueillerait sans doute avec plus de sérénité.

 

Warpaint

 

Il est évident que les tristes facéties et les complaintes scandées (« it was just like you were glad ») de ces Belges ne sont pas sans rappeler la référence qu'ils cherchent à peine à cacher derrière leur petit doigt – Arcade Fire, donc – et auquel ils empruntent ces rythmiques spasmophiles en cinémascope et dolby surround, comme d'ores déjà promises aux stades (The Road to Rome, On the Beach of Hanalei, New Kids in Town). Sans compter toute une armée de groupes pop islandais (Of Monsters & Men), anglais (Tunng, Cheek Moutain Chief – membre de Tunng, ayant connu la révélation en... Islande – et à peu près toute la filière « fanfare pop ») et brooklynites (de Yeasayer – Troubles in the Engine Room, The Underside – à Vampire Weekend).

 

Et, peut-être parce que la Belgique est notre voisine, il y a également quelque chose des Caennais de Concrete Knives dans cette énergie inépuisable, dans cette créativité sans fond, dans cette énergie punk qui, façon Pixies (Dawn, And a Newly Hatched Damselfly), pousse sur un terreau pop. Les Concrete Knives, aujourd'hui signés sur le classieux label Bella Union, avaient justement été révélés à Lyon dans les mêmes conditions : via l'un des concerts « Coup de cœur » du Ninkasi Kafé.

 

Chez les deux groupes on retrouve cette farouche envie d'en découdre avec quoi que ce soit qui puisse se mettre en travers de leur route – « I'm wearing warpaint, already blood stained » s'époumonne School is Cool sur Warpaint – cette persuasion un peu arrogante – et nécessaire – d'être le meilleur groupe du Monde et de vouloir accélérer sa course vers la gloire façon Fous du volant. Bref, de jouer comme si chaque morceau était le dernier.

 

Pas par crainte de la fin du monde, non. Mais parce que, si par hasard elle survenait, ce serait toujours ça de pris. Pour eux, comme pour nous.

Stéphane Duchêne

School is Cool + Joe Bel

Au Kafé

Vendredi 5 octobre

« Entropology » (Pias) 

 

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Amadeus enchanté

Ciné-concert | Sorti en 1984, Amadeus, signé Miloš Forman, conte les élucubrations, parfois fantasmées, d'un certain Wolfgang Amadeus Mozart, précoce génie un brin (...)

Sébastien Broquet | Mardi 5 juin 2018

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Sorti en 1984, Amadeus, signé Miloš Forman, conte les élucubrations, parfois fantasmées, d'un certain Wolfgang Amadeus Mozart, précoce génie un brin excentrique. Bercé de louanges, le film est un classique dont le soundtrack fut enregistré et conçu par Neville Marriner avec l'Academy of St. Martin in the Fields, autour d'œuvres de Mozart of course, mais aussi de Pergolèse ou du grand rival Salieri. Le voici rejoué live par l’Orchestre National de Lyon, avec les chanteurs de Spirito : un ciné-concert proposé par l'Auditorium, quatre soirs d'affilée, du mercredi 6 juin au samedi

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Bons Plans | Début du festival Nuits de Fourvière et gros noms à foison, Thom Yorke en solo au Transbo, saison des festivals lancée : en juin, point d'ennui, les esgourdes ne risquent pas encore de s'ensabler.

La rédaction | Samedi 2 juin 2018

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King Khan & the Shrines + Reverend Beat-Man Soyons clairs, voici probablement réunis deux des performers les plus dingos du paysage musical : un King de la soul à l'excentricité consommée (et bien connue), mêlant le groove de James Brown et la folie de Sun Ra, et un révérend, one-man band helvète souvent évoqué ici, capable de jeter un sort à n'importe quel audience avec son blues de l'enfer. Au Marché Gare le samedi 2 juin Amadeus Sorti en 1984, Amadeus, signé Miloš Forman, conte les élucubrations, parfois fantasmées, d'un certain Wolfgang Amadeus Mozart, précoce génie un brin excentrique. Bercé de louanges, le film est un classique

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Concrete Knives : tous en cœur

Pop | Très attendu par ceux à qui leur premier album avait fait choper la danse de Saint-Gui, les irrésistibles Caennais de Concrete Knives reviennent après plus d'une décennie d'absence discographique. Et n'ont rien perdu de leur pouvoir d'attraction.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

Concrete Knives : tous en cœur

Voilà six ans qu'on n'avait pas eu de nouvelles de Concrete Knives, un groupe qui à ses débuts avait tout fait très vite. Y compris taper dans l'œil – et les oreilles – de Simon Raymonde, ex-Cocteau Twins et boss en chef du label anglais Bella Union, et de pas mal de monde, nous compris. En un rien de temps, Concrete Knives s'était mis à tourner dans toute l'Europe diffusant son euphorie communicative et sa jeunesse éternelle à chaque montée sur scène, l'écosystème préféré du groupe, là même où Simon Raymonde l'avait déniché comme on trébuche sur une espèce non répertoriée. C'est qu'après avoir beaucoup tourné, s'être mis entre parenthèse pour ne pas faire comme le Grand Jojo et oublier de vivre, après s'être consacré à différents projets solo (Samba de la Muerte, Elecampane, Faroe), ce qui est une manière comme une

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Arcade Fire à Fourvière : le feu dans l'arène

Rock | Réputé pour ses prestations live flamboyantes, Arcade Fire revient à Fourvière retrouver le public qui l'avait tant aimé il y a dix ans, alors qu'il entamait leur ascension fulgurante. Communion collective en vue.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 mai 2017

Arcade Fire à Fourvière : le feu dans l'arène

Dans le live filmé à la Salsathèque de Montréal en 2013 par nul autre que Roman Coppola, alors qu'Arcade Fire se livrait à une série de concerts happenings secrets, en apéritif de leur dernier album en date Reflektor, une poignée de caméos venaient pimenter le moment, incluant James Franco, Ben Stiller, Bono ou Michael Cera. Parmi eux, Zach Galifianakis (aka le gros barbu de Very Bad Trip) y allait de cette blague : « Lors de vos premiers concerts, il y avait plus de personnes sur scène que dans le public, vous n'avez pas besoin de trois batteurs. » S'il y a un peu de vérité dans cette blague de sale gosse, tant la troupe Arcade Fire pourrait reprendre pour elle le slogan d'Anonymous (dont ils sont un peu le versant rock) : « nous sommes légion », cela n'a pas duré longtemps. Il aura suffit, il y a douze ans, d'un buzz né des internets, à l'époque beaucoup moins prescripteurs qu'aujourd'hui où la viralité ne connaît pas de limite, puis de la sortie de Funeral, pour qu'Arcade Fire passe en quelques mois de curiosité indé à nouveau sauveur du rock des années 2000. Fanfare rock et f

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Arcade Fire et Brian Wilson aux Nuits de Fourvière

Festival | Le festival Nuits de Fourvière vient de dévoiler sa programmation et ne déçoit pas : Arcade Fire, Benjamin Clementine ou encore Brian Wilson seront à Lyon cet été.

Sébastien Broquet | Jeudi 23 mars 2017

Arcade Fire et Brian Wilson aux Nuits de Fourvière

Musique On connaissait le nom de l’artiste chargé de l’ouverture : M, avec son projet infusé au Mali, Lamomali. Il faut ajouter aux dates immanquables du calendrier Arcade Fire ou encore la légende Brian Wilson, venant fêter les 50 ans du culte album Pet Sounds. Le programme complet : 1er au 3 juin : M présente Lamomali 5 juin : Arcade Fire + Barbagallo 16 juin : Julien Doré 19 juin : Benjamin Biolay + La Femme 20 juin : Paolo Conte 28 juin : Foals + Pumarosa 29 juin : Benjamin Clementine 4 juillet : Alt-J 5 juillet : Titi Robin + Rebel Diwana 6 juillet : Goran Bregovic & l'Orchestre National de Lyon 7 juillet : Yann Tiersen + François & the Atlas Mountain 9 juillet : Gaëtan Roussel & Rachida Brakni + Labelle

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Régénération spontanée

SCENES | L'apparition d'une nouvelle compagnie par ci, l'inauguration d'une scène dédiée par là : cette saison, l'impro vise toujours plus haut. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Régénération spontanée

La saison passée, la terre a tremblé. Du moins celle que foule d'un pas soudain le microcosme lyonnais du théâtre d'improvisation, suite à l'implosion de l'un des collectifs les plus emblématiques du milieu, Et Compagnie. Désireux de recapturer le parfum de danger qui leur mis l'eau à la bouche voilà plus d'une décennie, six de ses membres s'en sont allés fonder Amadeus Rocket dans l'idée, pour reprendre les mots de son directeur artistique, Alexandre Chetail, de «réaffirmer l'improvisation comme un outil d'expression plus que comme un outil de délire». Deux rendez-vous permettront de prendre la mesure de cette ambition. Le premier, dérivé d'un concept du pionnier canadien Keith Johnstone et intitulé Life Time, se tiendra un lundi par mois à la Comédie-Odéon (mise à feu le 22 septembre) et verra la troupe puiser son inspiration dans les souvenirs plus ou moins intimes d'un spectateur – Et Compagnie, dont les effectifs ont depuis été renouvelés (son Mondial d'impro connaîtra donc une neuvième édition les 11 et 12 mars), propose un spectacle voisin avec Story Board, tous les mardis à l'Espace Gerson. Le second, Tempo

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La samba sans sambas de Samba de la Muerte

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Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

La samba sans sambas de Samba de la Muerte

Ne pas s'y tromper : cette Samba de la Muerte ne s'incarne aucunement en une samba endiablée jusqu'à ce que mort s'ensuive. Plutôt loin de là, même. Au moment où les formations les plus en vue de la pop française s'éparpillent en projets solo (il n'y a qu'à voir les Atlas Mountains faire feu de tout bois), c'est ici un Concrete Knife, sensation 2013 venue de Caen – Be Your Own King, souvenez-vous – qui s'accorde un quartier libre pour donner un peu de champ à ses élans créatifs. Loin de la pop à la fois martiale et en sucre (candide) des couteaux de béton, menée de main de maître par Nicolas Delahaye et incarnée par la lunaire Morgane Colas, Adrien Leprêtre – accompagné de Corentin Olivier (guitare), Gabriel Legeleux (percussions) et Martin Bonnet (basse) – affirme moins frontalement ses facilités. Préférant la demi-teinte et les demi-tons : mélange de folk, d'orientalisme et d'indietronica, plus atmosphérique qu'accroche-coeur ou tapageur. Et en cela, atmosphérique donc, comme les climats océaniques au contact desquels a grandi le musicien, sujet au changement, la fraîcheur laissant place au réchauffement et inversement – Bon Iver en été, qu

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Village people

MUSIQUES | Chérissant la même recette mais avec un art consommé du dosage chimique, Tunng ne semble pas prêt d’épuiser une formule folktronica qui a une fâcheuse tendance à faire mouche à tous les coups. A l’image de "Turbines", dernier né du laboratoire magique de ces sorciers britanniques. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 4 février 2014

Village people

Quand on dégaine, à l'image de Tunng, du haut d’une honnête hype indé sans plus, un tube comme le terrible Bullets, le risque est de se le tirer dans le pied et de traîner la patte sur tous les albums suivants. Mais Bullets, qui n’était au fond qu’une pièce de choix du magnifique gâteau Good Arrows (2007), n’a pas eu l’heur d’effleurer d’aussi près que ce soit la créativité de ce drôle de collectif de druides folktroniques. L'album suivant, …And We Saw Land, se payant même le luxe d’une autre bombinette furtive, Sashimi.   Il n’empêche que le leader Mike Lindsay a fini par avoir besoin d'air. Au menu : retraite en Islande, emballé dans des lainages en mouton local, le cul sur les fumerolles et les pieds dans la neige, pour un album de folk sous le nom et le titr

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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The French Invasion

MUSIQUES | Tous à vos marinières ! Si The Bewitched Hands et Concrete Knives sonnent comme le meilleur de la pop anglo-saxonne, ils n'en sont pas moins les ambassadeurs d'une pop française dont le renouveau est un éternel recommencement. Et une arme fatale pour conquérir le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 novembre 2012

The French Invasion

Il fut une époque où la pop des régions (on n'a plus le droit de dire « provinciale », ça fait parigot) avait pour épicentres Toulouse ou Rennes. Nancy fut également un temps à la pointe, on en a encore la preuve la semaine prochaine avec le retour de Kas Product – improbable créature américano-lorraine qui fit danser jusqu'outre-Manche. Puis Clermont-Ferrand plus récemment, dans le sillage de la Coopérative de Mai. Si l'on devait aujourd'hui distinguer les deux places to be en matière de musique de jeunes, nul doute que Reims et la Basse-Normandie (Caen et ses environs) sortiraient haut la main du chapeau.   D'un côté, The Shoes ou Yuksek, Alb, The Film ou Brodinski ont déjà fait des dégâts aussi bien dans la presse que sur les dancefloors ou, comme disait Coluche, « dans les milieux autorisés ».   De l'autre, le bocage normand est actuellement en train d'accoucher d'une ribambelle de formations toutes plus sexys et créatives les unes que les autres (Lanskies, Chocolate Donuts, Da Brasilians, Jesus C

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Missile solaire

MUSIQUES | Toujours aussi affûté dans sa politique d'import/export (d'import surtout), le Kafé nous dégoupille cette semaine Monogrenade. Une bombe québécoise lancée très haut et qui ne devrait pas tarder à exploser. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 octobre 2012

Missile solaire

Quand un groupe a pour leaders un type nommé Jean-Michel Pigeon (précisons, pour ceux qui auraient suivi l'actualité médicale de ces dernières semaines, qu'il n'est pas médecin) et une fille baptisée Martine Houle, on ne peut que se laisser avoir et/ou emporter.   En tant que groupe québécois aux paroles saugrenues – visiblement une marque de fabrique locale – et aux ambiances à l'avenant, Monogrenade est le digne héritier d'un groupe comme Malajube – filiation évidente sur De toute façon. En moins farfelu tout de même, malgré cet aveu :« de toute façon, nous on fait les cons ». Et sans doute, ce n'est pas un vain mot, en plus musicalement ambitieux.   On pourrait tout aussi bien, sur certains morceaux les qualifier d'Arcade Fire francophone pour ces morceaux aux structures complexes, cavalantes et volontiers dissonantes. Il y a des cordes tantôt mélancoliques – comme sur L'araignée

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Revenants

MUSIQUES | À force, les salles lyonnaises sont un peu comme le PMU du coin de la rue, elles finissent par avoir des habitués. Ce qui en dit long sur la qualité de l'accueil de nos salles. Ou sur le fait que Lyon soit bel et bien réapparu sur la carte de France du rock. SD

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Revenants

Cette saison encore, quelques bienvenues impressions de déjà-vu. Qu'il s'agisse d'artistes quasi bi-annuel comme Dominique A – dont, quoi qu'il arrive, on ne se lasse pas – ou quasi-annuel comme Deerhoof ou The Wedding Present qui (re)vient tout spécialement pour jouer en intégralité l'un de ses albums mythiques Seamonsters. Il y a aussi les chouchous tels le Canadien Patrick Watson – pourtant de plus en plus déroutant – pour lequel l'Épicerie Moderne se damnerait volontiers, comme elle le ferait pour la formation hollandaise The Ex quasiment assignée à résidence, ou ses collègues bruitistes d'A Place to Bury Strangers aka «le groupe le plus bruyant de NY». Autre retours de groupe qu'on a l'impression d'avoir quittés hier : Dark Dark Dark, malheureusement programmé l'an dernier en face de The Chap, et les Caennais de Concrete Knives dont l'avenir, sur le label anglais Bella Union, s'annonce aussi glorieux que leurs hymnes pop sont foux-dingues. Tandis que ceux-ci passeront de la scène du Kafé, à celle plus p

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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Reda dans tous ses états

SCENES | Coincés dans l’antichambre du paradis (ou de l’enfer c’est selon), un homme et une femme évitent tout chabadabada. Mieux, elle, hétéro, lui, gay, ne vont même (...)

Nadja Pobel | Vendredi 16 décembre 2011

Reda dans tous ses états

Coincés dans l’antichambre du paradis (ou de l’enfer c’est selon), un homme et une femme évitent tout chabadabada. Mieux, elle, hétéro, lui, gay, ne vont même pas tomber dans les clichés qui parfois au café-théâtre frôlent une homophobie de circonstance "pour rire", mais jamais drôle. Dans Stand by, Reda Cheraitia et Gaelle Le Roy interprètent avec conviction et à bonne distance ces personnages qui, l’air de rien, suivent les pas d’un scénario très écrit, habile, plein d’imagination, toujours comique et souvent émouvant. La pièce se joue lle 31 décembre à la salle Victor Hugo puis de janvier à mars au Boui Boui. Reda Cheraitia est sur tous les fronts en cette fin d’année. Son one-man-show Deux ex Comica (à l’Âne rouge jusqu’au 14 janvier) lui permet de reprendre un exercice d’enchaînements de sketches dans lequel il ne se ménage pas. Enfin, avec son éternelle acolyte Gaelle Le Roy, il fait aussi sourire les enfants (dès 3 ans) avec Le Petit faiseur d’étoiles (au Repaire jusqu’au 30 décembre) dans lequel Balthazar cherche à décrocher les étoiles pour découvrir leur secret de fabrication et en faire à son tour.Nadja Pobel

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Deus in machina

MUSIQUES | Festival / Deuxième semaine et les choses sérieuses commencent pour le festival Just Rock ? qui dégaine les têtes d'affiche en sortant de son chapeau une poignée de revenants, parmi lesquels les Belges de Deus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 octobre 2011

Deus in machina

Pour cette cinquième édition, le désormais bien installé festival lyonnais nous rejoue le mythe du retour. D'abord l'éternel retour en la personne de Nina Hagen ; non qu'elle soit jamais vraiment partie ou sortie de notre mémoire, juste que plus grand monde ne s'intéressait à son travail et à ses grimaces. Trop touche-à-tout (et trop maquillée) pour que l'on puisse lui attribuer une œuvre qui dise quoi que ce soit à quiconque, hormis un art consommé (périmé ?) de la provocation. Nina sera, comme nous le disions dans notre panorama de rentrée il y a quelques semaines, en tant qu'authentique allumée, la caution culte du festival. D'un point de vue plus strictement lyonnais et puisqu'il faut bien défendre un peu la boutique, on sait d'ailleurs gré aux organisateurs (et au Transbordeur) de renouer avec cette antique tradition, un temps devenue caduque, de faire jouer des locaux en première partie de stars internationales (ici Taïni & StroNgs pour leur première grande scène). On passera, pour mieux ne pas y revenir, sur la catégorie du retour plus anecdotique avec Stupeflip (la semaine prochaine) qui nous a bien fait rire à une époque, mais depuis que nous non plus "on fume pu d'

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A couteaux tirés

MUSIQUES | Même amputé de son Kao, le Ninkasi a toujours du cœur. Et donc les « coups » qui vont avec et viennent régulièrement frapper à la porte du Kafé.Dernier en date : (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 23 septembre 2011

A couteaux tirés

Même amputé de son Kao, le Ninkasi a toujours du cœur. Et donc les « coups » qui vont avec et viennent régulièrement frapper à la porte du Kafé.Dernier en date : un jeune groupe de Caen nommé Concrete Knives. Bizarre : allez donc couper quelque chose avec un « couteau en béton » à part peut-être des cheveux en quatre. C'est tout le paradoxe de ce groupe dont la raideur rythmique tranche comme une lame japonaise. Pour le reste, c'est tout en élasticité joyeuse que ce quintette étale sa culture musicale sur une tartine pop-punk qui tombe toujours du bon côté. Découverte du Printemps de Bourges, on se permettra néanmoins de signaler que la sélection de Concrete Knives par l'antenne Basse-Normandie est une erreur. C'est un passeport new-yorkais, tendance brooklynite, qu'agite leur musique, aspirant Vampire Weekend aux accents panafrico-paulsimoniens (période Graceland, bénie soit-elle) comme sur Brand New Start ; Yeasayers compulsifs à la positivité contagieuse ; Animal Collectif où le chant se pratique en choeur dans le sillage de la sémillante Morgane Colas, seule fille du groupe mais visiblement porteuse de la culotte et du culot général. Chez les Concret

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Deus

MUSIQUES | La Belgique n'a peut-être pas de gouvernement, mais en matière de rock, Deus pourrait sans encombre être celui-ci. Pour ceux qui l'auraient oublié, c'est en (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

Deus

La Belgique n'a peut-être pas de gouvernement, mais en matière de rock, Deus pourrait sans encombre être celui-ci. Pour ceux qui l'auraient oublié, c'est en effet le groupe de Tom Barman qui a, au milieu des années 90, mis l'Outre-Quiévrain sur la route de l'Outre-Manche et a fortiori sur celle du rock mondial (Deus fut le premier groupe belge à signer sur un label international). Derrière lui, Deus a alors entraîné, tel le joueur de flûte de Hamelin, une foisonnante scène belge. Après quelques albums mythiques et exigeants et d'autres un peu en dedans, les Belges sont de retour au festival Just Rock ? avec sous le bras un ambitieux nouvel album, une fois.

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A découvrir absolument

MUSIQUES | Cette belle saison automnale qui s'annonce sera aussi l'occasion de découvrir une flopée de nouveaux talents venus d'un peu partout — et même de Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

A découvrir absolument

Dans le calendrier musical c'est souvent à l'automne, saison du renouveau de la programmation, que viennent fleurir les nouvelles plantes. Le parfum de nouveauté, les effluves de talent, la promesse d'une renommée et, souvent, le succès d'un disque, viennent chatouiller les narines (et les oreilles) du programmateur averti, qui souvent en vaut deux. Ainsi fait-on déjà, sans doute, de Selah Sue une sorte d'Amy Winehouse flamande (et surtout vivante). Il faut dire que la jeune Belge (22 ans et donc encore en course pour le club des 27, ouf !) a le cheveu blond comme la bière, la voix amère comme le picon et le disque (déjà) de platine. À ce niveau là, on ne peut plus guère parler de découverte, mais sur une scène lyonnaise, le Transbordeur le 4 novembre, c'en sera une. Non loin de là, en Wallonie, le Ninkasi, toujours sous le coup d'un «Coup de cœur», est allé nous dénicher Applause, preuve que la pop belge est décidément fertile en talents. En revenant, les gens de Gerland sont passés chercher les excellents Concrete Knives, que la fièvre de la pop afrophile à la Vampire Week-end est allée saisir du côté de Caen. Voilà deux groupes dont on devrait reparler, ces derniers repas

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Concert à la carte

MUSIQUES | Web / Le 5 août dernier, toutes les personnes dotées d’un minimum de goût ont eu un orgasme artistique... Probablement désireuse de redorer son image (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 18 novembre 2010

Concert à la carte

Web / Le 5 août dernier, toutes les personnes dotées d’un minimum de goût ont eu un orgasme artistique... Probablement désireuse de redorer son image ternie par des années de pratiques douteuses, la société American Express a lancé, en partenariat avec les sites Youtube et Vevo, le premier live de la série Unstaged : la retransmission en direct d’une performance filmée par un metteur en scène de renom, disponible pendant quelques jours en intégralité et gratuitement (bon, honnêtement, si vous maitrisez l’outil Internet, vous pouvez toujours le trouver). Pour inaugurer cette belle initiative, le choix se porta sur le concert d’Arcade Fire au Madison Square Garden, avec aux manettes ni plus ni moins que le grand Terry Gilliam, qui, pour une fois, ne fut frappé d’aucune malédiction dans ses velléités de metteur en scène. Il put ainsi disposer d’un nombre confortable de caméras (dans la fosse, dans divers points du public, en hauteur, sans oublier un raccord avec les vidéos diffusées sur l’écran en fond de scène pour quelques surimpressions du meilleur effet). Que ses contempteurs se rassurent, le cinéaste met provisoirement de côté son goût prononcé pour les torsions de focale et autr

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Discographie Arcade fire

MUSIQUES | 2004 : "Funeral"Le buzz Arcade Fire débute sur le net, si bien que quand "Funeral" sort enfin en France, toute la blogosphère n’a déjà plus que ses chansons (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 novembre 2010

Discographie Arcade fire

2004 : "Funeral"Le buzz Arcade Fire débute sur le net, si bien que quand "Funeral" sort enfin en France, toute la blogosphère n’a déjà plus que ses chansons à la bouche. Pour les autres, c’est la découverte d’un rock puissant, échevelé, écorché vif, où guitares, batterie et cordes entrent dans des transes spectaculaires. 2005 : "The Arcade fire"Ce mini-album est en fait composé de chansons antérieures à celles de Funeral. On y entend pourtant l’incroyable "No cars go", qui avait déjà enthousiasmé les fans au cours des concerts et qui deviendra un des sommets de "Neon bible". 2007 : "Neon bible"Enregistré dans une église à Montréal, "Neon bible" révèle un Arcade fire inquiet, réfléchissant dans ses chansons les problèmes du monde, découvrant un peu plus ses influences (Bruce Springsteen en particulier). L’album réussit le tour de force de ne pas décevoir après le choc "Funeral".

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AF vs ONU

MUSIQUES | Sketch / Véritable institution de la télévision américaine, le Saturday Night Live (dont Les Nuls avaient tenté une version française avec L’Émission) est depuis (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 novembre 2010

AF vs ONU

Sketch / Véritable institution de la télévision américaine, le Saturday Night Live (dont Les Nuls avaient tenté une version française avec L’Émission) est depuis trente ans un réservoir à talents comiques. John Belushi, Dan Aykroyd, Mike Myers, Jim Carrey, Will Ferrel ou Tina Fey y ont fait leurs armes. Entre les sketchs du show, le SNL a l’habitude d’inviter des groupes à se produire en live. Arcade fire avait déjà fait sensation lors de sa première venue, à l’époque de "Néon bible". Mais pour son retour le 13 novembre dernier, le groupe a frappé fort. Non seulement il a interprété deux titres ("We used to wait" et "Sprawl II"), mais il a aussi participé à un des sketchs de la soirée — Justin Timberlake avait fait de même avec un hilarant «Jizzing in my pants». Tout se déroule devant une assemblée onusienne (habiles contrechamps sur des images d’archives siglées MSNBC, la filiale info de NBC qui diffuse le show) étudiant la proposition d’une taxe internationale. Un speaker annonce que le gagnant d’un concours va exposer sa vision de l’Histoire mondiale. C’est Richard Reed Parry, le multi-instrumentiste de génie d’Arcade Fire, qui fait son entrée, accompagné de trois enfants portan

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Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?

MUSIQUES | Véritable mammouth du rock en live, on pensait qu’Arcade Fire capitaliserait sur son succès et sortirait un troisième album calibré pour leur démesure scénique. Or, "The Suburbs" est intimiste, cohérent et conceptuel. Un disque majeur, à réécouter avant leur concert à la Halle Tony Garnier. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 novembre 2010

Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?

Ceux qui ont assisté à un concert d’Arcade Fire lors de la tournée de Neon bible ou, plus chanceux encore, de Funeral, savent que le groupe a peu de concurrence niveau débauche d’énergie sur scène et capacité à faire entonner leurs hymnes par des publics en transe. On pourrait ergoter que leur musique y laisse quelques plumes, au bord de la cacophonie ou du brouillard sonique… Et les mélomanes exigeants pourront s’amuser à pister ce qui, dans les albums eux-mêmes, prépare l’auditeur à participer à la grand-messe. Arcade fire, groupe indé ayant réussi en un temps record à entrer dans la catégorie des groupes de stade façon U2 ou Muse, aurait pu se contenter de gérer cette popularité-là, faisant de chaque nouveau disque le prélude à un futur happening collectif débraillé et cathartique, ou en rajouter une couche dans le lyrisme rock incisif et électrique, avant de décupler le tout sur scène. Mais pour leur troisième album, le déjà sous-estimé The Suburbs, ils font tout l’inverse, au risque vérifié de dérouter leur public. Circuit fermé Si Neon bible affichait quelques envies de renouvellement (notamment par d’i

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