Quand la pop (music) n'est plus pop(ulaire)

MUSIQUES | Ambition, commandes, volonté d'aller voir plus loin, de David Byrne à Sufjan Stevens, de Paul McCartney à Chilly Gonzales, nombreux sont les musiciens pop qui se sont aventurés hors de leur pré-carré : sur les terres de l'expérimental, du classique, voire des deux en même temps. À l'occasion du passage de Gonzales pour deux concerts aux Subsistances autour de son projet piano solo, revue d'effectif de quelques popeux sortis de leurs gonds. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Gérard Manset – La Mort d'Orion (1970)
Dans le paysage pop français, Gérard Manset est un OVNI. Dès son deuxième album, l'auteur d'Animal on est mal – qui a son petit succès pendant les événements de mai 68 – se met en tête de composer La Mort d'Orion : un objet musical resté à ce jour unique, oratorio cintré, audacieux et boursouflé, mélange de rock progressif et de musique classique, ponctué de passages à couper le souffle et nourri de paroles mansetiennes en diable qui font parfois pouffer – qui d'autre pour faire rimer sans rire «preux chevalier teutonique» et «lépreux satanique». Malgré les succès futurs, comme Il voyage en solitaire, et les collaborations avec, à la louche, 75% des chanteurs français, La Mort d'Orion, restera à jamais l'œuvre mythique de Manset et le premier album-concept français. On s'arrachera ainsi les rééditions d'un disque vendu à 20 000 exemplaires à sa sortie.

Lou Reed – Metal Machine Music (1975)
Passons sur certains de ses albums-concept mégalo ou sous influence : au hasard, The Raven (inspiré d'Edgar Poe, paresseux et en grande partie inécoutable – si ce n'est la découverte d'Antony reprenant Perfect Day) et le récent Lulu (avec les métalleux dépressifs de Metallica), pour revenir bien plus loin en arrière. C'est en 1975, pile entre Sally can't dance et Coney Island Baby, que Loulou pète un vieux boulon et enregistre une bonne heure de bruit blanc et de vacarme sidérurgique intelligemment intitulée Metal Machine Music. On songe à une blague mais Lou Reed nie, et on trouve même aujourd'hui des gens qui aiment cet album – parmi eux, aucun migraineux. Dans un article pour Creem, titré «The Best Album Ever Made», le critique Lester Bangs, qui entretient une relation pathologique à Reed, décrit MMM comme le seul album capable de faire danser Spud... son crabe domestique. Tout est dit.

David Byrne – The Knee Plays (1985) et The Forest (1991)
Souvent, quand un musicien pop quitte son pré-carré, c'est à l'instigation du metteur en scène Bob Wilson (débaucheur entre autres de Lou Reed, Tom Waits ou Rufus Wainwright). Wilson fait d'abord appel à l'ex-chanteur des Talking Heads pour une partie de son opéra finalement avorté CIVIL warS, censé faire l'ouverture des JO de 1984 à Los Angeles. La composition de Byrne deviendra The Knee plays qui retravaille la matière de la musique de l'époque de la Guerre de Sécession, à grands renforts de cuivres traditionnels mais aussi d'expérimentations avant-jazz parfois japonisantes (!). Plus tard, Byrne, régulièrement sollicité pour des films (un Oscar pour la musique du Dernier Empereur) compose, toujours pour Wilson The Forest. Une partition transposant l'Epopée de Gilgamesh dans le contexte de la Révolution industrielle (!!). Du spectacle, créé à Berlin en 1988, Byrne sort ensuite une version CD sur son label world Luaka Bop. Un voyage entre musique classique – aux accents très cinématographiques – et tradition orientale, symptomatique des mélanges toujours à l'œuvre chez Byrne.

Paul McCartney – Liverpool Oratorio (1991)
Il en rêvait Paulo, de son oratorio classique, lui le plus gentiment pop des Beatles. Depuis les morceaux les plus ambitieux des Beatles ou depuis qu'il se tirait la bourre avec son rival californien Brian Wilson et ses "symphonies de poche" pour Beach Boys. Paul, lui, veut se faire une place aux côtés des grands compositeurs classiques. Le caprice… pardon, le projet voit le jour à l'occasion du 150e anniversaire du Philarmonique de Liverpool en 1991 en la cathédrale de la ville. Découpé en huit mouvements, l'œuvre conte les mésaventures d'un certain Shanti, un jeune gars au destin exceptionnel (en fait Macca lui-même). Le disque qui en résulte se vend plutôt très bien, mais les critiques classsiques, qui n'y voient rien d'extraordinaire rient sous cape. Pour couronner le tout, Macca se fend d'une pochette oscillant entre l'imagerie communiste et Leni Riefenstahl...

Elvis Costello – The Juliet Letters (1993) et Il Sogno (2004)
Voilà l'archétype même du musicien qui ne tient pas en place. Ambassadeur du pub-rock, puis du punk et de la new-wave, producteur des Specials (ska), crooner, Costello s'est aujourd'hui tourné – pour combien de temps ? - vers le jazz. Mais là où l'Irlandais s'est le plus éloigné de ses amours pop, c'est lorsqu'une première fois, en 1993, il initia The Juliet Letters, un album-concept chanté, assez sublime, consacré à Roméo et Juliette sur lequel il est accompagné par le Brodsky Quartet, un quatuor de chambre. Puis quand, en 2004, il compose et orchestre lui-même pour une troupe de danse italienne le ballet Il Sogno, sa vision du Songe d'une nuit d'été. Le disque sort lui chez Deutsche Grammophon et cette fois la critique classique est unanime (en bien) tandis que la critique pop fait la sourde oreille (qu'elle n'a pas).

Scott Walker – Tilt (1995) et The Drift (2006)
Mètre-étalon du crooning moderne et de la pop symphonique (de Bowie à Divine Comedy, qui lui a tout piqué, ou Last Shadow Puppets), fanatique de Brel dont il a repris tous les standards, l'Américain connut le succès pop avec les Walker Brothers (un boys band de faux frères) avant de prendre son envol en solo dès la fin des 60's. Envol rapidement audacieux, car voilà un type capable de mélanger mexicaneries et choeurs façon armée rouge sur un morceau inspiré du Septième sceau de Bergman (The Seventh Seal sur Scott 4). Sur le tard, après quelques albums incongrus (country, collaboration avec Mark Knopfler et Billy Ocean) et une longue pause, Walker vire au noir avec Tilt, impressionnante tentative de mélange entre musique de chambre et atmosphère indus à la Nine Inch Nails, à mille lieux de ses grandes envolées lyriques. Sept ans après une BO pour le Pola X de Carax, guère plus avenante, Walker remet le couvert expérimental avec The Drift, toujours d'une noirceur absolue, comme du Antony sous Tranxen et passé au ralenti. À ce jour sa dernière œuvre est une pièce d'avant-garde instrumentale en quatre mouvements, And who shall go to the ball ? And what shall go to the ball ?, réflexion musicale minimaliste sur le corps, écrite à l'origine pour un ballet destiné à des danseurs handicapés et valides.

Sufjan Stevens – The BQE (2009)
Petit génie pop autant qu'expérimentateur gourmand, féru d'albums concepts (astrologie chinoise, chants de Noël, Bible), en 2009, Sufjan Stevens ressort, à l'occasion d'une commande de la Brooklyn Academy of Music pour un spectacle multimedia, une autre de ses vieilles marottes, géographique cette fois (Illinoise, Greetings from Michigan), pour une déclaration d'amour à... une voie rapide routière : la Brooklyn Queens Expressway. Avec The BQE, Stevens trouve l'occasion de pousser plus avant une ambition musicale que l'on sentait poindre dans tous ses disques, en composant une véritable symphonie dont la beauté est inversement proportionnelle à la laideur de son sujet. Une œuvre qui lui vaudra des comparaisons avec des références aussi prestigieuses et variées que Charles Ives, Aaron Copeland, Philip Glass ou... Ennio Morricone. Pop ou classique, la critique est cette fois unanime et les territoires occupés par les deux "genres" définitivement reliés par un hideux ruban de béton new-yorkais.

Chilly Gonzales – Solo Piano (2004) et Solo Piano II (2012)
Hip-hop en jogging-peignoir, cabaret dada, électro gaga, rock FM ; sous le masque grimaçant de Gonzo se cache Jason Beck, un Protée musical capable de se fondre dans tous les styles, de composer, produire ou arranger pour à peu près tout le monde et même n'importe qui (Feist, Teki Latex, Arielle Dombasle, Abd-Al Malik...). Mais sans doute le véritable Gonzo est-il ailleurs, à l'écoulement d'une vocation de pianiste classique qui le mène plus naturellement qu'on ne le croit vers Solo Piano, dont il n'est point besoin d'expliquer le concept. Tout juste préciser l'inspiration satienne et minimaliste à l'œuvre ici. Huit ans plus tard, Gonzo remet l'ouvrage sur le clavier avec Solo Piano II et la magie opère toujours : Satie et Debussy chevillés au corps d'une capacité de composition et d'improvisation impressionnante. Un éclair de génie dans les mains du pianiste que tente de saisir ses concerts en piano vision. Sur son album précédent, The Unspeakable Chilly Gonzales – que l'on pourrait qualifier de hip-hop symphonique – le morceau Self-portrait, un rap noyé sous les arrangements de violons, scande : «I said I was a musical genius». Plus loin, un autre titre s'intitule Shut up and play the piano. Voilà tout Gonzales résumé en deux phrases.

Chilly Gonzales
Aux Subsistances, mercredi 10 et jeudi 11 octobre
«Solo Piano II» (Gentle Threat/Wagram) 


Chilly Gonzales - Kenaston (from SOLO PIANO II) par chilly_gonzales

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Le concert de Paul McCartney ne sera pas reprogrammé

Pop | On pouvait le craindre, vu la difficulté à trouver des dates libres dans un calendrier déjà surchargé par les reports, de spectacles comme de compétitions (...)

Sébastien Broquet | Lundi 4 mai 2020

Le concert de Paul McCartney ne sera pas reprogrammé

On pouvait le craindre, vu la difficulté à trouver des dates libres dans un calendrier déjà surchargé par les reports, de spectacles comme de compétitions sportives : le concert de Paul McCartney, initialement prévu le 7 juin au Parc OL, ne sera pas reprogrammé à une date ultérieure. L'ancien Beatles s'est exprimé : « nous étions impatients de vous voir tout au long de cet été car nous nous serions tellement amusés ensemble. Les musiciens du groupe et moi-même sommes vraiment déçus de ne pas pouvoir être avec vous, mais cette période est sans précédent et le bien-être et la sécurité de chacun restent la priorité. J’espère que vous vous portez tous bien en attendant avec impatience des jours meilleurs. We will rock again. Love Paul » Les billets seront donc remboursés : toutes les informations à ce sujet ici.

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Le concert de Paul McCartney annulé

Parc OL | C'était prévisible, c'est confirmé : le concert de Paul McCartney au Parc OL, prévu le 7 juin, n'aura pas lieu. Comme l'ensemble de sa tournée européenne, (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 10 avril 2020

Le concert de Paul McCartney annulé

C'était prévisible, c'est confirmé : le concert de Paul McCartney au Parc OL, prévu le 7 juin, n'aura pas lieu. Comme l'ensemble de sa tournée européenne, qui comprenait un passage au mythique festival de Glastonbury en Angleterre et quatre dates en France. La production travaille à un report de la tournée de l'ancien Beatles en 2021. « De nouveaux itinéraires de tournée viennent d’être proposés. Pour des concerts en 2021. Mais rien ne sera annoncé tant qu’on n’aura pas de dates de rechange à communiquer » a déclaré la productrice de la tournée en France, Jackie Lombard, au quotidien Sud-Ouest. En attendant l'annonce de la potentielle nouvelle date, on peut se consoler avec cette playlist concoctée par notre critique rock Stéphane Duchêne :

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La musique selon David Byrne

Qu'est-ce que c'est ? | Fidèle à sa réputation de musicien lettré et curieux, l'ex-Talking Heads David Byrne a publié en 2012 "How Music Works", un copieux ouvrage qui décortique, toujours à hauteur d'humain et avec pédagogie, tout ce qui conditionne la musique, de sa création à sa diffusion sous toutes ses formes. Un livre que la Philharmonie de Paris a fait traduire et publié l'an dernier sous le titre "Qu'est-ce que la musique ?", et qu'il faut lire absolument.

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 mars 2020

La musique selon David Byrne

Il y a des moments comme ça où l'ennui finit par nous inonder de questions jusqu'alors souterraines : "où est-ce que j'ai foutu le Cluedo ?", "combien de temps faut-il rester dans son bain pour avoir les doigts frippés", "Pourquoi la vie ?", "Ne faudrait-il pas remplacer l'expression "l'effet papillon" par "l'effet pangolin ?" "Mais au fait, qu'est-ce que la musique ?". On ignore dans quelles circonstances cette dernière question est venue à l'esprit de l'ancien leader des Talking Heads, David Byrne. Toujours est-il qu'il se l'est suffisamment posée – même si dans sa version anglophone, How music works, ce n'en est pas une – pour avoir envie d'y répondre. Et pas par une pirouette, non : par un travail de fourmi tout autant basé sur des recherches approfondies, une remarquable érudition que sur sa propre expérience de musicien, des premières scènes à la fin des années 60 à ses toutes dernières productions, toujours impeccables après toutes ces années, ses nombreuses incursions dans les arts visuels et scéniques, en passant donc par cette parenthèse enchantée et fondatrice que furent les Talki

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Paul McCartney à Lyon, ce sera le 7 juin

À Venir | Il y a quelques jours bruissait la rumeur d'une date de Paul McCartney à Lyon, à l'occasion d'une tournée de quatre concerts dans l'hexagone. C'est (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 15 novembre 2019

Paul McCartney à Lyon, ce sera le 7 juin

Il y a quelques jours bruissait la rumeur d'une date de Paul McCartney à Lyon, à l'occasion d'une tournée de quatre concerts dans l'hexagone. C'est aujourd'hui confirmé et l'on connaît la date du passage de l'ex-Beatles au Parc OL : ce sera le dimanche 7 juin 2020, selon France Bleu qui a révélé l'information. On ne connaît pas encore la date de mise en vente des billets, mais ce devrait être la ruée tant l'ancien bassiste de 77 ans est attendu, lui dont le dernier album, Egypt Station, sorti en 2018, s'est fort bien vendu.

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Paul McCartney pressenti à Lyon en mai

À Venir | Qui a dit qu'il ne se passait pas grand-chose de bien enthousiasmant au Parc OL ? Voici qu'entre deux emmêlements de pinceaux de Bertrand Traoré et deux (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 novembre 2019

Paul McCartney pressenti à Lyon en mai

Qui a dit qu'il ne se passait pas grand-chose de bien enthousiasmant au Parc OL ? Voici qu'entre deux emmêlements de pinceaux de Bertrand Traoré et deux cagades du gone Lopes, on annonce un événement de taille au stade. Genre XXXXL. C'est en effet Paul McCartney qui s'avancerait à Décines à l'occasion d'une mini-tournée française de quatre dates dans des maxi-lieux. Pour l'instant, seul le concert parisien bénéficie d'une date précise (le 26 mai), mais la date lyonnaise devrait donc se poser, si elle est confirmée, quelque part entre fin mai et début juin. C'est Maccaclub, site d'informations consacré uniquement à l'ex Beatles, qui a révélé l'information sur Twitter. Du côté de l'OL, on se refuse à confirmer l'information pour l'instant. À suivre.

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Chilly Gonzales, premier nom pour Nuits sonores

Nuits sonores 2019 | Nuits sonores 2019, c'est (déjà) parti : on connaît depuis ce matin l'invité du concert spécial, qui pour la seconde année consécutive se déroulera à l'Auditorium. Il (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 8 novembre 2018

Chilly Gonzales, premier nom pour Nuits sonores

Nuits sonores 2019, c'est (déjà) parti : on connaît depuis ce matin l'invité du concert spécial, qui pour la seconde année consécutive se déroulera à l'Auditorium. Il s'agit de Chilly Gonzales, en mode piano solo. Celui qui était venu pour la dernière fois sur le festival en 2011 viendra présenter son album Solo Piano III. Le Canadien fera l'ouverture, le mardi 29 mai 2019, à 20h, à l'Auditorium donc (là où Air avait enchanté lors de la dernière édition). Les places (29€) sont d'ores et déjà en vente chez les revendeurs habituels.

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Peter Martensen : ce sont des gens dans des chemises...

Peinture | L'artiste danois Peter Martensen présente à Saint-Étienne sa première exposition personnelle dans un musée français. Son œuvre, fort troublante, reflète notre condition post-moderne et soulève quelques énigmes atemporelles.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mars 2017

Peter Martensen : ce sont des gens dans des chemises...

« C’est un grand terrain de nulle part / À la lunette d’un microscope / On regarde, on regarde, on regarde dedans / On voit de toutes petites choses qui luisent / Ce sont des gens dans des chemises... » chantent Gérard Manset, et Alain Bashung. Écrite par Manset, la chanson Comme un Lego dit la mélancolie d'une époque où les individus font masse, où les villes et les hommes deviennent interchangeables, où les microscopes et les statistiques scrutent et gouvernent les âmes... L'auditeur est partagé entre une compassion émue pour notre condition dérisoire et un grand dégoût face à tant d'objectivité, de calcul, de délires comptables... Rarement morceau de musique aura résonné aussi bien avec l’œuvre (peinte et dessinée) d'un artiste, celle du danois Peter Martensen. Même s'il se défend d'être un peintre d'histoire, et s'il rappelle qu'il « peint d'abord et réfléchit après », Peter Martensen se réclame d'un « réalisme mental » : soit une plongée dans la

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Sufjan Stevens, dans tous ses États

MUSIQUES | Pour la première fois en concert à Lyon, le génie baroque 'n' folk Sufjan Stevens crée aussi l'événement en revenant clandestinement, et au détour d'un magnifique album de deuil maternel, à son grand projet : mettre sur disque son autre mère – patrie celle-là –, les États-Unis d'Amérique.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

Sufjan Stevens, dans tous ses États

Peut-être notre perception est-elle légèrement biaisée par cette chanson qu'il consacra au tueur en série John Wayne Gacy Jr. et dans laquelle il confiait «And in my best behavior / I am really just like him / Look beneath the floorboards / For the secrets I have hid», mais on ne peut s'empêcher de penser que Sufjan Stevens est affublé de certains travers du tueur en série moyen. Un caractère obsessionnel, une enfance difficile (un classique) et une tendance à la collectionnite : ici, philatélie des souvenirs, réels ou fantasmés, tordus par la mémoire ; des figures, des lieux, mythiques ou anecdotiques. Pour Sufjan Stevens, il n'y a que par cette forme d'entomologie, pour laquelle il se nourrit de recherches poussées, que l'on peut conter et comprendre l'Histoire américaine, cette géographie : «Ne possédant pas l'Histoire des Européens, nous tirons notre fierté des détails» répète-t-il à l'envi. Au lieu de collectionner les cadavres comme Gacy, Stevens en fait d'exquis en déterrant ses fétiches de la Grande Amérique, enfouis sous le tapis avec ses propres secrets.

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Sufjan Stevens au Radiant-Bellevue

MUSIQUES | C'est pas moins d'une dizaine d'années d'attente (mettons depuis la sortie de Seven Swans) qui sera récompensée le 27 septembre prochain (...)

Benjamin Mialot | Lundi 20 avril 2015

Sufjan Stevens au Radiant-Bellevue

C'est pas moins d'une dizaine d'années d'attente (mettons depuis la sortie de Seven Swans) qui sera récompensée le 27 septembre prochain quand, pour la première fois de sa géniale carrière, Sufjan Stevens se produira à Lyon (au Radiant-Bellevue). D'ici là, on devrait atteindre sans problème le millier d'écoutes de Carrie and Lowell, son septième album, désarmant retour à l'épure pop/folk en forme de confession familiale. Ouverture de la billetterie jeudi 23 avril à 10h.

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Sufjan Stevens

MUSIQUES | Silver & Gold – Songs for Christmas (Vol. 6-10) (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 décembre 2012

Sufjan Stevens

Point n'est besoin de préciser que depuis des décennies, l'album de Noël est devenue une tarte à la crème. Ou plutôt puisque c'est le thème, une bûche, bien crémeuse, dont l'opportunisme commercial le dispute à la digestibilité musicale. Tous les plus grands (Elvis, Sinatra, Beach Boys, on en passe...) se sont collés à l'exercice – et d'ailleurs les plus petits aussi, ce qui prouve bien à quel point on a raison.   On se souvient par exemple d'un exercice dylanien, Christmas in the Heart (2009), à faire fuir la magie de Noël à dos de rennes boiteux, poignardant pour le coup de manière assez littérale Noël en plein cœur – « in the heart » –, ce qui le rendait aussi rigoureusement indispensable que tout grincheux à la table du réveillon.     Mais force est de reconnaître qu'au fil des ans l'exercice obligatoire consi

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The French Invasion

MUSIQUES | Tous à vos marinières ! Si The Bewitched Hands et Concrete Knives sonnent comme le meilleur de la pop anglo-saxonne, ils n'en sont pas moins les ambassadeurs d'une pop française dont le renouveau est un éternel recommencement. Et une arme fatale pour conquérir le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 novembre 2012

The French Invasion

Il fut une époque où la pop des régions (on n'a plus le droit de dire « provinciale », ça fait parigot) avait pour épicentres Toulouse ou Rennes. Nancy fut également un temps à la pointe, on en a encore la preuve la semaine prochaine avec le retour de Kas Product – improbable créature américano-lorraine qui fit danser jusqu'outre-Manche. Puis Clermont-Ferrand plus récemment, dans le sillage de la Coopérative de Mai. Si l'on devait aujourd'hui distinguer les deux places to be en matière de musique de jeunes, nul doute que Reims et la Basse-Normandie (Caen et ses environs) sortiraient haut la main du chapeau.   D'un côté, The Shoes ou Yuksek, Alb, The Film ou Brodinski ont déjà fait des dégâts aussi bien dans la presse que sur les dancefloors ou, comme disait Coluche, « dans les milieux autorisés ».   De l'autre, le bocage normand est actuellement en train d'accoucher d'une ribambelle de formations toutes plus sexys et créatives les unes que les autres (Lanskies, Chocolate Donuts, Da Brasilians, Jesus C

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The Daredevil Christopher Wright

MUSIQUES | The Nature of Things (Almost Musique)

Stéphane Duchêne | Lundi 1 octobre 2012

The Daredevil Christopher Wright

Que sait-on au juste de l'Etat du Wisconsin, pendu comme une balloche au sud de la frontière canadienne ? Qu'il borde le lac Michigan d'un côté et la Highway 61 chère à Bob Dylan de l'autre. Qu'on y brasse de la bière en grande quantité, pour oublier qu'on vit à Milwaukee ou Madison. Que les Packers de Green Bay (football américain) y sont la seul équipe du sport professionnel américain à fonctionner sous le régime de la coopérative et à appartenir à ses 112 000 supporters (en violation totale mais tolérée des règles en vigueur dans son championnat). Et enfin qu'il est le théâtre des Jours Heureux de Ritchie Cunningham et Arthur Fonzarelli alias Fonzie. Mais depuis quelques temps, on sait aussi qu'on y trouve des barbus à la voix délicate qui aiment à s'isoler dans des cabanes en bois pour écrire des chansons tristes, tel Justin Vernon aka Bon Iver qui, suite à une rupture amoureuse se retira un jour dans les bois aux alentours d'Eau Claire – ville vestige de la Nouvelle-France, province coloniale, française donc, abandonnée en 1763. On ne s'étonnera pas de savoir, à l'écoute de leur musique et

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Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

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Chilly Gonzales

MUSIQUES | Quel que soit le sobriquet dont il s'affuble ou le genre dans lequel il officie, il est désormais largement admis que Gonzales est un génie. Un (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 septembre 2012

Chilly Gonzales

Quel que soit le sobriquet dont il s'affuble ou le genre dans lequel il officie, il est désormais largement admis que Gonzales est un génie. Un qualificatif qui a pris d'autant plus d'ampleur dès lors que le Canadien, d'abord connu comme MC, s'est mis à étaler à la face du monde ses talents de pianiste. Après un concert virtuose à Nuits Sonores en 2011, Chilly Gonzales a choisi Lyon pour entamer la tournée du deuxième volet de Solo Piano. Et pas n'importe comment. D'abord, l'événement s'étalera sur deux dates, mercredi 10 et jeudi 11 octobre prochain, dans la Cour Carrée des Subsistances. Mais en plus, il sera accompagné d'une diffusion en «PianoVision», soit un grand écran qui projettera en direct le travail manuel de l'artiste sur les touches de son piano. Solo Piano II Piano Vision Medley par chilly_gonzales

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Extra Cale

MUSIQUES | Rock / Le journaliste et critique Arnaud Viviant a un jour développé une théorie sur les œuvres en solo de ces deux frères ennemis qui permet de se livrer à un (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 octobre 2011

Extra Cale

Rock / Le journaliste et critique Arnaud Viviant a un jour développé une théorie sur les œuvres en solo de ces deux frères ennemis qui permet de se livrer à un petit jeu très amusant : détecter chez Lou Reed, à travers ses morceaux, sa part calienne, et chez John Cale, le Lou Reed qui est en lui. Comme si l'un et l'autre avaient, en dépit des antagonismes, des brouilles interminables, irrémédiablement déteints l'un sur l'autre. En 2011, alors que le «rock'n'roll animal» s'est fait cornaquer (à moins que ce ne soit l'inverse) par cette vieille bête malade et paranoïaque de Metallica pour l'album Lulu — on imagine qu'un service psychiatrique entier a dû être convoqué en studio pour regarder voler les ego (et autres objets lourds) par dessus les consoles – c'est bien John Cale qui s'amuse à composer des chansons comme Loulou n'en écrit plus. Déjà en 2005, avec le single Perfect, tiré de blackAcetate, Cale livrait un de ces singles au tranchant reedien, proche du pastiche un rien provocateur. C'e

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Hardi Chilly !

MUSIQUES | De l’audace en toutes choses et une certaine classe dans tout ce qu’il ose : voilà qui pourrait résumer le parcours ébouriffant du poilu et poilant Chilly (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 26 mai 2011

Hardi Chilly !

De l’audace en toutes choses et une certaine classe dans tout ce qu’il ose : voilà qui pourrait résumer le parcours ébouriffant du poilu et poilant Chilly Gonzales. Pas du genre à s’enfermer dans une case, Gonzo fait partie de ces caméléons pour qui chaque nouveau projet est une métamorphose. Après avoir tenté le rap sans beats, le piano classique, le soft rock disco et même un film OVNI (Ivory Tower), celui qui s’autoproclamait jadis «The Worst MC» revient au hip-hop avec un nouveau concept : le rap symphonique. Pour son premier concert (forcément spécial) aux Nuits Sonores, Jason Beck jouera en compagnie d’un orchestre de chambre : ça commence à 20h30 dimanche au Transbordeur et, au regard de son record du plus long concert solo (27h), on ne sait évidemment pas quand ça finira.

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Sufjan Stevens The BQE (Asthmatic Kitty)

MUSIQUES | Cartographe autant que musicien, Sufjan Stevens est un peu devenu le Google Maps de la pop américaine. S’il n’a, pour l’instant, pas poursuivi (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 octobre 2009

Sufjan Stevens
The BQE
(Asthmatic Kitty)

Cartographe autant que musicien, Sufjan Stevens est un peu devenu le Google Maps de la pop américaine. S’il n’a, pour l’instant, pas poursuivi directement son projet de consacrer un album à chacun des États Unis d’Amérique (l’Illinois et le Michigan sont déjà dans la boîte), le Mozart de Detroit n’en continue pas moins de démanteler par petites touches le mythe américain. C’est encore le cas ici avec The BQE, pièce entièrement instrumentale consacrée à la Brooklyn Queens Expressway, mythique voie express reliant comme son nom l’indique le quartier new-yorkais de Brooklyn à celui du Queens. A l’origine The BQE était un spectacle multimédia (cinéma, danse) symphonique créé en 2007 par Stevens et mis en musique pour son groupe et un orchestre de chambre. Deux ans plus tard, The BQE est édité sous la forme d’un coffret CD-DVD, qui nous permet, au-delà de l’originalité de ce projet récompensé par un prix, d’appréhender les obsessions symphoniques de Sufjan Stevens. Convoquant aussi bien Gershwin, Terry Riley que… Autechre, le petit génie s’en donne à cœur joie. Et s’abandonne avec bonheur aux joies du classicisme musical tout en en faisant littéralement exploser les carcans au gré de se

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L'Olympe de Lou

MUSIQUES | Culte / Il ne s'en cache pas : cette reprise live de l'intégralité de Berlin, son album maudit de 1973, est une revanche et un nouveau apogée pour Lou Reed. (...)

| Mercredi 4 juillet 2007

L'Olympe de Lou

Culte / Il ne s'en cache pas : cette reprise live de l'intégralité de Berlin, son album maudit de 1973, est une revanche et un nouveau apogée pour Lou Reed. Revanche : porté au sommet par l'accueil public et critique de Transformer, il en est immédiatement redescendu par les mêmes un an après, déroutés, énervés, déçus ou tout ça à la fois par la noirceur d'un disque sans concession sur le fond, et complètement atypique sur la forme. Les années 70 ont beau être le lieu de toutes les transgressions, on ne joue pas comme ça avec les nerfs de ses auditeurs, en racontant en détail la plongée dans la came et le sexe glauque d'un couple qui vit dans un Berlin-ouest underground l'envers infernal de la rock'n'roll way of life. La fin de l'album, notamment, où l'enfant du couple est enlevé à ses parents par les services sociaux, est un moment musical inoubliable, Lou Reed ayant réuni plusieurs gamins pour les faire hurler de toutes leurs forces des «Mummy !» déchirants de réalisme. Dans Berlin, Lou Reed retrouve aussi ce qui avait séduit dans Transformer : le mélange de glam rock et de rock épuré, et y ajoute des arrangements novateurs mais jamais envahissants. Au contraire, ce qui étonne en

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SUFJAN STEVENS

MUSIQUES | Songs for Christmas / Asthmatic Kitty/Differ-ant

| Mercredi 13 décembre 2006

SUFJAN STEVENS

On se doute bien que Sufjan Stevens ne viendra jamais à bout de son pharaonique projet : consacrer un disque à chacun des États américains. Après les magistraux opus consacrés au Michigan et à l'Illinois, il lui en reste quand même 48, et on ne peut pas pondre si facilement un album sur le Delaware. Il poursuit néanmoins son travail d'entomologie de l'Amérique, avec, cette fois, un coffret enregistré entre 2001 et 2006 retraçant en 5 CD sa vision du Noël américain (qu'il déteste, dit-on). Et au-delà du clin d'œil aux habituels puddings discographiques type Machinchose chante Noël et des bonus pour rire (stickers, poster de la Stevens Family en Père Noël...), il y a les chansons, magnifiques. Ici, elles sont le plus souvent dénuées de cette grandiloquence qui a permis à Stevens d'inventer une forme de folk symphonique érigeant des cathédrales de poils sur les bras de ses auditeurs. Mais d'un coup de banjo, avec trois notes de piano, une harmonie vocale minimale, et les grelots et carillons de circonstance, elles vous donneront envie, le soir de Noël, d'étreindre longuement votre vieille tante barbue qui sent le gruau. Et peut-être de la faire danser sur le virevoltant Come On ! Let'

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