Godspeed You ! Black Emperor

MUSIQUES | Allelujah ! Don't Bend ! Ascend ! (Constellation.Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 octobre 2012

C'est des manières de revenir ça ? Pas de disques pendant dix ans – mais des projets parallèles en pagaille – et un premier titre de vingt minutes qui vous colle au mur, un bazooka sur la tempe, sous le doux nom de Mladic. Oui, Mladic, comme le sémillant boucher de Srebrenica – bon, n'y voir aucun hommage, c'est pas le genre de la maison. D'ailleurs ce n'a jamais été le genre Godspeed que de faire les choses comme tout le monde, on l'aura compris de longue date. Toujours est-il qu'alors qu'il fête en grande pompe les 15 ans de Constellation records – avec, entre autres réjouissances, trois jours de festivités à Berne en novembre – quand tant d'autres labels indépendants ramassent leurs dents ou se font poser des ratiches en plaqué or par des majors, le collectif fait un come-back impressionnant.

Car, qu'on se le dise, malgré les années de silence discographique, Godspeed You ! Black Emperor n'a rien perdu de son esprit guerrier. Et a su rester cette formation commando qui envoie ses forces spéciales dans les coins les plus reculés de la musique pour en exfiltrer des sons et des ambiances que personne n'aurait été en mesure d'aller chercher. Un peu comme dans les films de Chuck Norris mais en mieux et sans le côté réac' à compléments capillaires. De cette quête, les huit GY!BE ressortent exsangues – l'auditeur on ne vous en parle même pas, tant les morceaux qui en résultent sont de véritables rouleaux-compresseurs (volants) mêlant, comme sur Mladic donc, des ouragans de musique orientale et des rafales de drones.

Rock d'après

Sur la pochette du disque : une maison carrée qui ressemble comme deux gouttes d'eau à ces bâtiments de rien que l'on explose à l'autre bout du monde (Irak, Afghanistan) depuis un bunker du Nevada – là même où on posait de semblables habitations factices vouées à être soufflées par un essai nucléaire. Une métaphore du monde et de sa capacité d'autodestruction, déjà symbolisée par la pochette bombardière de Yanqui U.X.O. en 2002 ?

Un peu, car au fond, c'est toujours un peu la bande-son de la fin du monde que nous livre Godspeed. Et l'on s'attend toujours un peu à voir débarquer un cheval livide chevauché par la Mort, comme dans le livre de l'Apocalypse ou une chanson de Johnny Cash (The Man Comes Around). Ou un type tuberculeux accompagné d'un gamin, poussant un caddie sur le chemin de cendres d'un monde devenu cannibale, façon La Route de Cormac McCarthy.

Ce n'est sûrement pas pour rien que l'on peut entendre, si l'on veut bien, le qualificatif de « post-rock » comme « rock d'après », et pas seulement d' « après le rock ». Le rock de ce qui reste quand, comme le chantait Diabologum, il y a « des feux toutes les dix maisons » et « de la neige en été ».

Printemps érable

Mais ici c'est aussi et surtout un appel à se lever contre elle, la fin du monde, à l'empêcher. Et même à se lever contre lui, le monde, tel qu'il est. Puisqu'après tout, sous certaines de ses formes, il vaudrait mieux qu'il finisse. Et parfois une lumière presqu'aveuglante apparaît comme sur certains passages de l'épique – pléonasme s'agissant de ce groupe – We drift like worried fire : « nous dérivons – ou nous avançons – comme un feu inquiet », une inexorable marée humaine de colère et d'espoir, matérialisant en réalité le « Printemps érable », la révolte de la jeunesse montréalaise contre la hausse des frais d'inscription universitaire, puis la loi 78 censée mettre fin au mouvement par une décision coercitive inimaginable en pareille démocratie.

Car si l'on pourrait sentir ce disque imprégné de tous les événements qui ont fait et défait le monde ces dix dernières années : les guerres en Irak et en Afghanistan, la crise, les catastrophes naturelles, le Printemps arabe, la Syrie, c'est bien, Montréalisme et conscience citoyenne obligent, le Printemps érable (Strung like Lights at the Printemps Erable) qui a sorti l'ogre Godspeed de son hibernation. « Allelujah ! Don't Bend ! Ascend ! » était le slogan invoqué tel un mantra par les étudiants montréalais, sur fond de bruits de casseroles : « Alléluia ! Ne pliez pas ! Soulevez-vous ! ».

Théorie des supercordes

La vérité oblige à préciser que l'album a été écrit, dans ses grandes lignes il y a dix ans et certains passages, ici ré-assemblés en deux pièces de vingt minutes absolument magistrales – agrémentées de deux interludes –, déjà joués en concert. La référence à Mladic – arrêté en mai 2011 – et au Printemps érable fonctionnant également comme des repères temporels quant à la période du retour aux affaires discographiques d'un groupe reformé pour la scène depuis 2010.

Sauf que la temporalité est une notion assez floue en ce qui concerne Godspeed You ! Black Emperor, une chose transdimensionnelle et intemporelle comme leur manière d'agencer leurs morceaux en réalisant des collages de plusieurs mouvements, en réutilisant une matière existante : Mladic était joué sur scène dans une autre version sous le nom d'Albanian et constitue un nouveau morceau que le temps et une nouvelle matière ont façonné.

Plus radical et inventif que quiconque sur la planète rock – personne n'est à ce point les deux à la fois –, Godspeed livre encore un précis énervé de ce que serait aujourd'hui la musique dite « classique » : une musique sans âge mais appelée à les traverser, les âges, qui s'infiltre dans les recoins de l'espace-temps, à la fois moderne et intemporelle, massive et insaisissable, grave et théorique. Comme s'il s'agissait de jouer en rudoyant les « supercordes » de la théorie du même nom. Et ainsi d'accoucher d'une forme de rock quantique en même temps que d'un cantique rock qui inscrirait la concrétude du monde dans l'abstraction la plus totale. Tout en convoquant l'abstraction au coeur du réel, dans un élan cathartique et révolutionnaire.

Stéphane Duchêne 


Godspeed You! Black Emperor - Mladic par fab2609

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Il est des œuvres que l'on apprécie sans pour autant les comprendre. Des temps où le rationalisme s'efface derrière la simple contemplation. L'écoute de la discographie d'Eric Chenaux fait partie de ces temps-là. Sa musique, on l'admire, comme on le fait d'un soir d'été dégagé, en se questionnant sur le pourquoi du comment. C'est bien un univers entier qu'a créé le musicien de Toronto. Dans celui-ci, chaque étoile représente un effet, une pédale, une corde et un toucher en orbite autour du soleil qu'est son jeu de guitare. S'ajoute à ces astres en mouvement la matière qui vient tous les lier. Une voix douce et apaisante, une caresse sur un micro déjà charmé comparable à celles que peut prodiguer Anohni Hegarty. Cette galaxie, Eric Chenaux la cultive depuis 2006. Sur ces cinq albums successifs parus sur Constellation Records, il n'a jamais cessé d'innover et de répondre à des questions que peu se posent. Et si ma guitare devenait un harmonica ? Et si cet harmonica-guitare devenait un violon ? Et si je joua

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C'était en mode plus qu'intime que Michel Cloup avait en solo (en forme de duo, mais marqué pour la première fois de son vrai nom) fini par « recycler cette colère » qui a toujours été la sienne, lui le bâtisseur d'hymnes à la moue. Le deuil marquait ainsi puissamment, indélébile, l'immense Notre silence, avant que la meurtrissure du couple blessé ne vienne remuer Minuit dans tes bras. Et voilà que pour son déjà troisième album solo (même remarque que précédemment, même si le batteur Patrice Cartier laisse place à Julien Rufié), Ici et là-bas, investit le terrain d'une révolte on ne peut plus en phase avec la période. À l'heure où le peuple, ou ce qu'il en reste, se lève la nuit à la recherche d'une solution, Cloup acte la disparition de la classe ouvrière (La classe ouvrière s'est enfuie) et la difficulté à dire nous (Nous qui n'arrivons plus à dire nous). Les deux titres étaient annonciateurs de ce disque où Cloup retrouve quelque chose de sa jeunesse énervée et éternelle, qui plus est mûrie et nourrie d'un travail sur ses origines (là encore des chansons qui s'ancrent toutes seules dans la chair de l'actualité).

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Voilà un groupe unique à plus d'un titre : il est réputé pour ne jamais donner deux fois le même concert (côté sonore, mais aussi visuellement) et pour en donner très peu, tout court. Se rendre au Sonic ce 20 février est donc conseillé. Ensuite, parce qu'à géométrie très variable. Jerusalem in my Heart peut passer sur scène de un à trente-cinq membres (actuellement en duo). Enfin il est très difficile à situer sur le spectre des musiques actuelles - "actuelles" étant lui-même un terme par trop réducteur. Ce projet mené par le Montréalais Radwan Ghazi Mounzeh est en effet un peu comme l'oiseau sans patte de la fable, condamné à ne jamais se poser. Né au Liban, Mounzeh mélange sonorités orientales, musique électronique et drôles de drones post-rockisant. Il n'est donc guère étonnant, outre le fait qu'il soit le fondateur du studio montréalais Hotel2Tango (qui vit passer Godspeed ou A Silver Mt. Zion), que cette étrange créature trouve asile sur le label Constellation, ce foyer de moines soldats de l'outre-rock. De là, JIMH produit dans une langue cryptée (7ebr El 3oyoun est le titre de leur dernier single en date sur l'album If

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S'il constitue une sorte d'adresse bienveillante à autrui appelant à la protection céleste, le godspeed de Godspeed You! Black Emperor – que le groupe montréalais a emprunté à un documentaire japonais des 70's – prend en ce printemps (toujours érable ?) 2015 un sens nouveau. Car c'est bien, au regard des standards du fer de lance du label Constellation, à vitesse divine que se sont enchaînés ses deux derniers albums, quand on avait attendu près de dix ans entre le pénultième, sorti en 2012, et son prédécesseur. Personne ne s'en plaindra, à commencer par les idolâtres du groupe. On pourrait certes juger la chose un peu chiche en termes de quantité, croire au EP, le disque ne comportant que quatre titres. Mais il y a toujours cette affaire de standards maison qui fait que quatre morceaux suffisent largement à la bande d'Efrim Menuck pour bâtir un disque longue durée aux allures de cathédrale sonore. La vérité, c'est que d'une part les morceaux du précédent Allelujah ! Don't Bend ! Ascend ! préexistaient au hiatus du groupe, tandis que Asunder, Sweet and Other Distress – en fait une demi-surprise – reprend une monumentale piè

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Quand un groupe a pour leaders un type nommé Jean-Michel Pigeon (précisons, pour ceux qui auraient suivi l'actualité médicale de ces dernières semaines, qu'il n'est pas médecin) et une fille baptisée Martine Houle, on ne peut que se laisser avoir et/ou emporter.   En tant que groupe québécois aux paroles saugrenues – visiblement une marque de fabrique locale – et aux ambiances à l'avenant, Monogrenade est le digne héritier d'un groupe comme Malajube – filiation évidente sur De toute façon. En moins farfelu tout de même, malgré cet aveu :« de toute façon, nous on fait les cons ». Et sans doute, ce n'est pas un vain mot, en plus musicalement ambitieux.   On pourrait tout aussi bien, sur certains morceaux les qualifier d'Arcade Fire francophone pour ces morceaux aux structures complexes, cavalantes et volontiers dissonantes. Il y a des cordes tantôt mélancoliques – comme sur L'araignée

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Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) perdue(s) auquel serait invité l'auditeur. Est-ce qui rend cet album si bouleversant ? Sans doute. Au fond, peu importe de savoir car c'est une histoire «universelle, banale, mon histoire, notre histoire», comme il le murmure en préambule de l'album, avant que ne commencent les choses sérieuses. Ce sont les premières notes de Cette colère, manière de comptage d'abatis après un ouragan intime. C'est l'un des plus beaux morceaux écrits par Michel Cloup depuis longtemps. Sur un fond de guitares post-rock ascensionnelles Cloup scande : «Recycler cette colère / Car aujourd'hui plus qu'hier / Cette colère reste mon meilleur carburant». C'est le Cloup de Diabologum et d'Expérience, écorché vif et révolté, celui qui imaginait «de

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Sur le titre Cette colère, il apparaît que la colère que vous pensiez avoir apprivoisée avec l'âge est réapparue suite à un drame personnel pour, dites-vous, devenir votre «meilleur carburant». Est-ce la colère qui a engendré ce disque ?Michel Cloup : Non, ce sentiment est très présent dans le disque, mais n'en est pas l'élément central. J'ai effectivement souvent exprimé, dans chacun de mes différents projets, une colère, pour tout un tas d'autres raisons que le drame domestique qui m'a touché. Là, je voulais surtout rendre les différents états par lesquels on passe quand on perd quelqu'un. La colère, puis les souvenirs qui reviennent, la tristesse, le manque. C'était un cheminement personnel, aller au cœur de ce processus en étant exhaustif dans le rendu. Mais quand je parle de perte, c'est au sens large ; les gens n'ont pas besoin de mourir pour qu'on les perde. Paradoxalement, on sent aussi dans cet album une sorte d'apaisement, beaucoup de pudeur.Exactement. Même, si je ne me suis jamais autant livré, cet album n'est pas une psychanalyse. Le but n'était pas de raconter mes petits malheu

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«Les Diabologum ne sont rien et leurs zélateurs moins que rien». À la sortie de #3 en 1996, le bien nommé troisième album de Diabologum provoque des réactions épidermiques. Celle-ci est signée Rock & Folk, qui qualifiera les Toulousains de «groupe à la gomme». C'est que #3 surprend, comme une gifle à laquelle on ne s'attend pas. Jusque-là, sur C'était un lundi après-midi semblable aux autres ou Le Goût du jour, Diabologum, formé en 1990 et signé sur le mythique label Lithium, véritable labo du rock et d'une chanson française non encore affublée de l'épithète à claques «nouvelle», évolue dans l'expérimentation (collages, samples, critiques des médias et de l'art officiel) et le second degré lo-fi et low-profile. #3, dont la pochette nuageuse est affublée de cette phrase Ce n'est pas perdu pour tout le monde, c'est une toute autre mayonnaise : un laboratoire dans le laboratoire, du bromure dans le Lithium, dont l'art, au cynisme et à l'idéalisme réversibles, culmine ici dans un surprenant fatras sonique jonché de saillies crypto-situationnistes qui n'ont pas vieillies d'un

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