Cartes en mains

MUSIQUES | Le groupe H-Burns revient avec un quatrième album encore plus grand et plus majestueux que les précédents : «Off the map» (sortie janvier 2013). Un hors-carte qu’il chante hors-temps ; un concert à ne pas manquer en somme, dont on a discuté avec le songwriter et chanteur du groupe, Renaud Brustlein. Propos recueillis par Laetitia Giry

Christophe Chabert | Vendredi 9 novembre 2012

Photo : © Cholette


Il me semble qu'il y a quelque chose de plus aérien et de plus tragique dans ce dernier album… Le ressentez-vous comme ça ?
Renaud Brustlein : Difficile à dire… Il y a quelque chose de plus urbain sans doute. Par le choix tout d'abord d'aller enregistrer dans une mégalopole d'Amérique du nord [Chicago, NdlR]. Aérien ? Oui, de façon métaphorique, car le processus d'écriture a été moins autobiographique que pour le précédent. Pour ce disque, mon approche a été plutôt "cartographique" si je puis dire. J'ai cherché à écrire sur les cheminements, les choix de route,  bons ou mauvais, et essayé de situer les personnages comme des points clignotants sur des cartes satellite, aux destins croisés par accident, aux trajectoires ratées. Tragique ? Oui, pourquoi pas. L'album parle de perte totale de repères, du fait de ne trouver aucune place, sur aucune carte… J'imagine que c'est un peu tragique comme idée…

On note une ouverture vers une instrumentalisation de plus grande ampleur, avec les cuivres par exemple… Vers quoi vouliez-vous faire tendre votre musique en faisant ce choix ?
Les cuivres, c'est quelque chose que j'avais en tête sans penser pouvoir le réaliser. J'ai demandé à Steve Albini [producteur de l'album, grande référence du rock indépendant, NdlR] s'il connaissait des musiciens adaptés et, le lendemain, on en avait quatre qui ont travaillé avec Wilco et les Walkmen ! Je leur ai chanté les parties concernées et deux heures après c'était enregistré… C'était fou ! Je voulais arranger le disque de façon réfléchie, mais en même temps qu'il soit joué live et garde un aspect brut. Sur l'un des titres avec des cuivres, je voulais des sonorités un peu New Orleans, le morceau étant une sorte d'épitaphe, il fallait apporter ce côté "enterrement joyeux".

Off the map semble par ailleurs nettement plus "produit" que les précédents. Le tout donne un aspect hypnotique que l'on ne trouvait pas dans le folk de How strange it is to be anything at all  et le rock plus électrique de We go way back
Ce qui est paradoxal, c'est que s'il peut sonner plus produit, c'est seulement dû, je crois, à la qualité d'enregistrement d'Albini et de son studio. Parce qu'on a enregistré et mixé dix-huit morceaux en dix jours. À 90%, tout a été enregistré en condition live, même le chant sur certains titres…

Pouvez-vous nous parler un peu des conditions d'enregistrement avec Steve Albini ?
Aller enregistrer là-bas me trottait dans la tête depuis des années. Il s'est trouvé que c'était le bon disque pour cela. Par chance, le tout nouveau label Vietnam, monté par l'équipe du magazine SoFoot, nous a donné la possibilité de le faire. J'avais vaguement entendu des légendes urbaines, disant qu'Albini ne s'investissait pas vraiment dans les disques qu'il enregistrait, etc. C'est absolument faux. Jour après jour au studio, son implication se faisait grandissante. Chaque conseil ou idée qu'il donne est toujours extrêmement juste. Il comprend ce que tu veux en deux secondes, et se met à 100% au service du disque, sans jamais se déconcentrer une seconde. Le studio est sa maison, on a eu la chance d'avoir ce colocataire génial pendant deux semaines. Le soir, on regardait des émissions de cuisine ensemble dans son salon ; ce mec est génial et vit toujours comme un adolescent.

Présenter ce nouvel opus au public génère-t-il plus de crainte ou d'excitation ? D'autant que la communauté de fans grandit, l'attente est donc plus grande…
De l'excitation ! Jouer ces nouveaux titres, sortir ce disque dont nous sommes contents en ayant eu la chance de bosser avec quelqu'un d'aussi talentueux, ça ne laisse pas de place à autre chose que de l'excitation. Et surtout, ça fait du bien de jouer. J'ai passé un an à écrire ces chansons, on a passé des mois à les travailler… Il était temps de les jouer !

H-Burns
Au Marché gare, vendredi 16 novembre à 20h30

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