Les douze kicks de minuit

MUSIQUES | A Édimbourg, les réjouissances du Jour de l'an, connues sous le nom gaélique de Hogmanay, durent trois jours dont deux fériés. Pour dire que leur acmé consiste en un feu d'artifice et une retraite aux flambeaux, c'est généreux. Généreux et injuste, vu ce qu'on nous réserve ici en matière de clubbing. Qualitativement parlant.

Benjamin Mialot | Vendredi 14 décembre 2012

Photo : Kiki par Florian Kolmer


Les acteurs de la vie nocturne lyonnaise sont des anticonformistes patentés – ou des petites natures, selon le côté duquel penche votre balance karmique - : alors que le réveillon de la Saint-Sylvestre est le soir de l'année qui, pour des raisons plus ou moins valides, est celui qui se prête le mieux à une course de fond sur dancefloor, ils préfèrent pour la plupart le passer chez eux à démembrer d'innocentes crevettes et à se biturer à la Clairette de Die.

Notez donc que si, une fois n'est pas coutume, ce papier consacré aux soirées à tendance amplifiée du nouvel an est le parent pauvre de ce supplément, c'est à eux qu'il faut le reprocher. Ceci étant clarifié, modérons notre vindicte : le 31 venu, tout ne sera pas que bals pour célibataires et dîners-spectacles prônant le port du boa en plumes.

C'est parti mon Kiki

Au Ninkasi Gerland par exemple, après le drapeau anglais, c'est celui des États-Unis qui sera hissé. Côté Kafé, une paire de DJs (dont Klément Vanukki, l'un des protégés de la maison) veillera à retranscrire en musique la tension mêlée de coolitude qui habite le Bronx, tandis que côté Kao l'ambiance sera, nous dit-on, à la redécouverte de la disco des eighties et de la dance des nineties. A deux pas de là, au Blogg, on a mis les petits plats dans les grands : de Uzul, fondateur du groupe Kaly Live Dub et expert en dubstep musclé, aux gobeurs d'acid techno du Qatarsix Crew, ce sont pas moins de quinze personnes qui se relaieront aux platines. Reste à voir si eux aussi se soumettront au dresscode rétro recommandé pour l'occasion. Au moins pour l'effeuilleuse burlesque chargée d'injecter un peu de volupté au déchaînement électronique qui s'annonce, la question ne se pose pas. 

Sa présence nous offre en tout cas une transition toute trouvée vers le "Nouvel An Orgie" organisé par Art Feast à la Marquise, bien que la débauche charnelle s'y limitera à quelques frottis-frotta sur fond de techno et de house avec la bénédiction, notamment, du collectif Station Essence. Reste que pour le dépaysement, c'est comme en 2011 à Elektro System qu'il faudra s'en remettre, sa fameuse Croisière Berlinoise s'apprêtant à embarquer, au départ de la Plateforme, Kiki, pilier du label Bpitch Control, et surtout le mystérieux duo Claptone, remarqué cet été avec Cream, petite bombe deep house construite sur un sample du Wu-Tang Clan. Ah ! Ils vont moins faire les malins à Édimbourg, quand ils nous sauront en train de danser dessus.

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Science infuse : "Dans un jardin qu'on dirait éternel" de Tatsushi Ōmori

Comédie dramatique | À Yokohama, les jeunes Noriko et Michiko décident de suivre l’enseignement prodigué par Madame Takeda : le rituel de la cérémonie du thé. Une tradition codifiée, gravée dans le marbre du temps que Noriko respectera durant des décennies et qui va étonnamment guider sa vie…

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Science infuse :

La regrettée Kirin Kiki semblait faire dans ses dernières années grand cas des questions de transmission de culture gastronomique : n’était-elle pas dépositaire des secrets des dorayaki — ces savoureux gâteaux à la pâte de haricot rouge — dans Les Délices de Tokyo (2014) ? Tenant à la fois du marqueur social et de la symbolique de l’attachement à l’identité nippone dans ce qu’elle a de plus profond, le rite culturel de la préparation du thé est aussi une leçon de philosophie appliquée : comment une activité aussi anodine en apparence, presque triviale dans sa répétition, peut-elle remplir une existence au point de l’épanouir ? Justement parce que celles qui s’y consacrent atteignent à une forme de perfection, de grâce absolue, d’oubli d’elles-mêmes par la dévotion suprême à leur art. Au fond, ce n’est pas tant la liturgie du thé qui est enseignée, mais l’accomplissement de l’effacement et la transmission de ce savoir. Tatsushi Ōmori illustre dans sa mise en sc

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Notre petite sœur : "Une affaire de famille"

Palme d'Or | de Kore-eda Hirokazu (Jap ; 2h01) avec Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Notre petite sœur :

Le fantasque Osamu est l’affectueux père d’une famille vivant de petites rapines et autres combines. Un jour, il ramène à la maison une gamine maltraitée par ses parents et convainc sa femme de la recueillir comme si elle était leur fille… Personne ne niera que Kore-eda a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de dresser des portraits de familles nippones singulières — c’est-à-dire appelées à se reconfigurer à la suite de la perte ou de l’ajout subit d’un membre. Pour Une affaire de famille, il empile les tranches de vies canailles, s’amusant dans un premier temps à faire défiler des instantanés du “gang“ Osamu. Plus attendrissant que redoutable, ce père aimant tient davantage du bras cassé folklorique “toléré“ par ses victimes que du féroce yakuza. Si le point de vue rappelle celui de The General (1997) de Boorman ou les Arsène Lupin dans la façon de construire une figure avenante à partir d’un malfrat, la modicité des larcins d’Osamu le dispense d’avoir à narguer les forces de l’ordre : l’estime dont il bénéficie demeure ici circons

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Au Rikiki, on joue la comédie

Café-Théâtre | Le vivier foisonnant du café-théâtre continue de s’épanouir... Un nouveau lieu ouvre ses portes sur les pentes de la Croix-Rousse, dès ce mercredi 12 septembre : Au Rikiki.

Lisa Dumoulin | Lundi 10 septembre 2018

Au Rikiki, on joue la comédie

Ça bouge rue de l’Annonciade : Anne-Marie Potel et Elina Barguil ont repris le café-théâtre Les Vedettes pour installer Au Rikiki. Aux rênes de la compagnie de théâtre amateur Les Affreux depuis bientôt six ans, où Elina était metteuse en scène de la troupe, elles décident il y a un an de voir plus grand. Après avoir été à elles deux responsable commerciale, guide accompagnatrice, serveuse, cameraman… leur complémentarité professionnelle et personnelle et le cap des 30 ans les pousse vers la réalisation de ce rêve. Côté salle, 70 places assises où vous pourrez applaudir des comédies de boulevard, jouées par des compagnies amateures ou professionnelles, et des pièces plus contemporaines ou des seuls-en-scène. « On n’aime pas trop les étiquettes » explique Anne-Marie Potel, « mais ce sera toujours de la comédie. » L’espace café a été réaménagé pour servir de la petite restauration : des planches à partager, végétariennes ou pas, des salades, des tartines, conçues à partir de produits locaux. Perrine Rouland pour ouvrir La saison s’ouvrira avec Pied R

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Uzul Prod renouvelle son flow au Marché Gare

Hip-Hop | Retour d'Uzul Prod sur une scène lyonnaise (au Marché Gare) mais aussi dans les bacs avec un nouvel album, Continental Drifts.

Sébastien Broquet | Mardi 30 mai 2017

Uzul Prod renouvelle son flow au Marché Gare

Un peu plus de dix ans déjà que Uzul Prod parsème les dancefloors estampillés bass music de ses sons torturés, lourds et inquiétants, parfois aérés de samples exotiques autrefois, de harpe et de violoncelle aujourd'hui. Né comme un side-project en marge de Kaly Live Dub, mené par leur maître ès machines (et ancien chanteur !) Stéphane, renommé Uzul, acoquiné avec un proche de la famille Jarring Effects (Tito de Picore), l'entité Uzul Prod est progressivement devenue créature à part entière, surfant sur les crêtes du dubstep balbutiant le plus incisif avant de s'évader vers un hip-hop expérimental plus proche de ses convictions que les dérives à la Skrillex. Entre-temps, des pointures du genre comme Skream et N-Type l'ont remixé. Mais c'est de l'histoire ancienne : aujourd'hui, ces sont les rois du flow Oddatee (décidemment incontournable dans la ville), Moodie Black et K-The-I qui posent leurs rimes incandescentes sur des beats vrillés se nourrissant bien plus d'une électronique très noisy, à la Techno Animal, Amon Tobin ou le Scorn de Mick Harris (avec qui ils ont tourné), que de l'instru pour autotune. C'es

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Clubbing : notre top 3 pour ce week-end

MUSIQUES | 01.04.16 > Les Valseuses BASS MUSIC PARTY Un before tout en basse ? Direction Les Valseuses où l'un des piliers de la scène dubstep (...)

Sébastien Broquet | Mardi 29 mars 2016

Clubbing : notre top 3 pour ce week-end

01.04.16 > Les Valseuses BASS MUSIC PARTY Un before tout en basse ? Direction Les Valseuses où l'un des piliers de la scène dubstep française officie aux platines : Uzul, largement repéré ici pour sa maîtrise des machines au sein de Kaly Live Dub. Depuis 2004, Stéphane a lancé ce side project resté un peu dans l'ombre, mais fort respecté par la scène dubstep internationale depuis son album Travelling Whithout Moving, remixant même la référence en la matière, Skream. Pour ce DJ set, toute la palette sera revisitée, du trap à la UK bass. Wobble. 02.04.16 > Le Sucre GARÇON SAUVAGE La soirée la plus déjantée de la ville part à la recherche de la plus belle drag queen, en mode madame de Fontenay, avec élection de miss très Divine (il faut s'inscrire sur Facebook). Parmi les épreuves, un lancer de sac à main : « comment avoir la classe tout en étant une femme précise, moderne et élégante » nous dit-on... César & Jason, les deux DJ résidents du Terminal, assureront la part

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L'ombilic du dessin au Musée d'art moderne et contemporain

ARTS | Le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne propose simultanément cinq nouvelles expositions, toutes passionnantes. La plus troublante d'entre elles, "Intrigantes incertitudes", est consacrée à l’inquiétante étrangeté du dessin contemporain.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 mars 2016

L'ombilic du dessin au Musée d'art moderne et contemporain

Chez les grands artistes classiques, le dessin servait surtout d'esquisse, d'étape intermédiaire de travail... À posteriori, nous sommes déjà touchés par la fragilité des traits et des figures, par le désir naissant et hésitant de l’œuvre à venir. Cette fragilité propre au dessin, les artistes contemporains s'en saisissent souvent pour représenter une incertitude non plus de forme, mais de fond. L'incertitude du médium rejoint l'incertitude même des choses, leur inquiétante étrangeté, notre difficulté à les appréhender de manière claire et distincte. « Même si le dessin est mimétique, comme on dit, écrivait Jacques Derrida, reproductif, figuratif, représentatif, même si le modèle est présentement en face de l'artiste, il faut que le trait procède dans la nuit. Il échappe au champ de la vue. » Lorand Hegyi, directeur du MAMC, a rassemblé une quarantaine d'artistes internationaux pour son exposition consacrée au dessin : « Intrigantes Incertitudes, écrit le commissaire, explore la question du doute et de l’incertain. Le visiteur est invité à parcourir les "royaumes intérieurs" des artistes, peuplés de questions, de fantômes et de rêves, e

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Les Délices de Tokyo

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Délices de Tokyo

Auteure de l’éprouvant Forêt de Nogari (2007) – condensé de cinéma abscons – Naomi Kawase trouve dans Les Délices de Tokyo une manière de rédemption en abordant la thématique de la gastronomie : elle insuffle une sensualité simple et joyeuse à son cosmos – toujours autant focalisé sur la transmission in extremis entre les générations. Car la nourriture a cette irremplaçable vertu d’assouplir les âmes, en plus de réjouir les papilles ou les pupilles ; les précédents Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) ou Au petit Marguery de Laurent Bénégui (1995) en témoignent. Discipline suivant une liturgie complexe, exercée par des artistes dans l’abnégation d’eux-mêmes, la tradition culinaire est ici montrée comme un ciment culturel intime et poétique. Elle est aussi le révélateur de ce Japon à la mémoire si sélective, toujours prompt à brandir avec fierté l’héritage d’un Empire millénaire, en occultant les aspects gênants de son histoire contemporaine. Les clients se pressent pour dévorer des gâteaux à la pâte de haricot rouge ; ils vont lâchement déserter en apprenant que celle qui les a confectionnés

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Insomniaque - Semaine du 19 au 25 mars

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la soirée "La Crème de la crème" au Double Mixte, James T. Cotton au Sucre et Grems au Club Transbo. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

Insomniaque - Semaine du 19 au 25 mars

21.03 La crème de la crème Nous attendons beaucoup de La Crème de la crème, le troisième film du trublion Kim Chapiron, dans lequel des étudiants en école de commerce mettent en place un réseau de prostitution au sein de leur établissement. Nous attendons logiquement autant de la soirée éponyme qui promouvra la chose au Double Mixte. Surtout au regard de son line-up, composé de Claptone, de la superstar du remix The Magician (que de nuits passées à danser sur sa version du I Follow Rivers de Lykke Li...) et du mélodiste techno Joris Delacroix. 21.03 Macadam Mambo Analogique Residence Quel est le point commun entre entre la techno intoxiquée de James T. Cotton et la jungle bon marché de Soundmurderer & SK-1 ? Le même qu'entre la house bagarreuse de JTC, le post-punk pour série B de Charles Manier et l'abstract hip hop maxi-moelleux de Dabrye : le

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Insomniaque - Semaines du 24 décembre au 7 janvier

MUSIQUES | Les trois RDV nocturnes à ne pas manquer pendant les fêtes : Marshall Jefferson au DV1, Clara Moto au Sucre et Claptone au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 18 décembre 2013

Insomniaque - Semaines du 24 décembre au 7 janvier

28.12 I'm Marshall Jefferson Question musique. Indice visuel ci-contre. Top ! Né à Chicago, je débute comme producteur, enregistrant en 1985 un morceau qui préfigurera l'acid house : l'hilare et clignotant I've Lost Control de Sleezy D. Move Your Body, mon premier tube, considéré avec ses chœurs quasi-évangéliques et ses piqués de basse funky comme une pierre fondatrice de la house, paraitra l'année suivante. La suite de ma discographie aura beau rester un cran en dessous de ces classiques, elle fera honneur à ma réputation de pionnier. C'est d'ailleurs en cette qualité que me reçoit le DV1. Je suis ? Marshall Jefferson ! Bravo, vous savez lire.   03.01 InFiné Label Night

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