Sufjan Stevens

MUSIQUES | Silver & Gold – Songs for Christmas (Vol. 6-10) (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 décembre 2012

Point n'est besoin de préciser que depuis des décennies, l'album de Noël est devenue une tarte à la crème. Ou plutôt puisque c'est le thème, une bûche, bien crémeuse, dont l'opportunisme commercial le dispute à la digestibilité musicale. Tous les plus grands (Elvis, Sinatra, Beach Boys, on en passe...) se sont collés à l'exercice – et d'ailleurs les plus petits aussi, ce qui prouve bien à quel point on a raison.

 

On se souvient par exemple d'un exercice dylanien, Christmas in the Heart (2009), à faire fuir la magie de Noël à dos de rennes boiteux, poignardant pour le coup de manière assez littérale Noël en plein cœur – « in the heart » –, ce qui le rendait aussi rigoureusement indispensable que tout grincheux à la table du réveillon.

 

 

Mais force est de reconnaître qu'au fil des ans l'exercice obligatoire consistant en une reprise choucroutée, et momifiée de bolduc, de White Christmas ou de Jingle Bells est devenu un exercice de style à part entière en même temps qu'un réjouissant laboratoire d'exploration post-moderne de notre folklore judéo-pagano-chrétien.

 

Cette année, rien qu'en France, les projets de ce type sont multiples et certains, de Florent Marchet (Noël's songs qui ose la reprise électro-pop de Vive le vent) à la scène pop-folk clermontoise (Un Noël à la Coopérative de Mai, contenant une exceptionnelle reprise par les Cracbooms de Bon baisers de Fort de France de la Compagnie Créole), valent leur pesant de Mon Chéri ou de Pyrénéens.

 


Cracbooms - Bons baisers de Fort-de-France par noeltv

 

Petit Papa Stevens

Reste qu'en la matière, le folkloriste Sufjan Stevens, grand cartographe musical du mythe américain et champion toute catégorie du concept-album comme support de sa folie créatrice, reste le numéro 1. En 2006, le petit gars du Michigan nous gratifiait déjà d'un coffret 5 CD consacré à la Nativité, y incluant poster, stickers, (re)visitation et création de standards de Noël enregistrés au long des cinq années précédentes. Ce qu'il n'a jamais vraiment cessé de faire depuis puisque revoici le petit papa Stevens de retour avec 58 autres titres portant sur le même thème (le type est un peu obsessionnel) ! De quoi remplir à nouveau 5 CD mais aussi un coffret une nouvelle fois fourré de bonus jusqu'à la garde (dont des... tatouages éphémères pour faire des blagues à mémé pendant sa sieste).

 

Là on l'on pourrait penser que ce gros malin a raclé les fonds de tiroir pour se ménager quelques étrennes avec de menues maquettes bancales, on sera rapidement surpris par la qualité du résultat. Lequel est l'occasion pour Stevens, plus que sur n'importe lequel de ses albums dits « classiques », de dévoiler l'étendue de sa palette pop : que ce soit sous forme de miniatures, de reprises (le traditionnel écossais Auld Lang Syne, plus connu sous nos contrées via l'adaptation Ce n'est qu'un au revoir, mais aussi Bach, Mendelssohn, l'Ave Maria de Schubert ou le classique Let it snow ! immortalisé par Dean Martin), d'instrumentaux nihilistes (Even the Earth will perish and the universe give way) ou de morceaux inédits (dont certains avec les frères Dessner de The National).

 

Christmas will tear us apart

Entre une expérimentation électro (Maos Tzur) et un délire garage (Mister Frosty Man), ce qui sourd avant tout de cette œuvre multiple – à tous les sens du terme – c'est un aller-retour permanent entre enthousiasme juvénile (comme ce Santa Claus is coming to town, à chanter sous une douche de gros flocons) et mélancolie virant à la noirceur (le bouleversant Justice delivers it's Death), entre kitsch « tongue-in-cheek » assumé et beauté absolue, comme autant de variations sur l'ambivalence du sentiment familial et humain quant à notre rapport à Noël, son folklore obligatoire et atavique, le bonheur qu'il procure et la nostalgie qu'il trimbale comme un traîneau trop lourd.

 

 

 

Au moment de la sortie de Songs for Christmas (Vols.1-5),  Stevens affirmait en avoir entrepris la conception pour apprendre à apprécier davantage Noël. En témoigne, peut-être mieux que tout autre, le morceau au long cours qui clôt l'ensemble et qu'est l'inénarrable Christmas Unicorn : véritable pièce montée de Noël confectionnée par un lutin ayant visiblement largement abusé 1) du sucre 2) du digeo 3) de la poudre de corne de licorne – et pas forcément dans cet ordre.

 

Un chef d'oeuvre de prêche, de transe même, psychédélico-stratosphérique dont le finale parvient, ce n'est pas le moindre des exploits, à fusionner son refrain avec le Love Will Tear Us Apart de Joy Division, l'une des plus belles chansons d'amour impossible de tous les temps – et, pour cette raison même, et quantité d'autres, l'une des moins écoutées/écoutables le soir de Noël – soudain crépitante de couleurs, de guirlandes, et même de positivisme forcené : « Love will tear us apart, chante la chorale de Sufjan, avant de marteler, it's all right I love you ». Car quand on n'a plus rien à se mettre derrière la cravate, que la bûche est engloutie, que les papiers cadeaux jonchent le sol, que l'esprit est embrumé, les griefs et la raison enterrés, voilà bien tout ce qu'il reste – hormis le citrate de bétaïne : l'amour. Les sentiments ne valant, comme les ingrédients d'un repas de Noël, que pour ce que l'on en fait.

Stéphane Duchêne


 

 

 

 

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Nicolas Mathieu : « la France périphérique est une poudrière »

Littérature | Roman noir de la désindustrialisation, portrait d'une jeunesse piégée dans la France périphérique et chronique des années 90 aux troublantes résonances contemporaines, "Leurs enfants après eux" (Actes Sud) de Nicolas Mathieu a remporté en outsider le Prix Goncourt 2018. Son auteur est l'invité d'ouverture de la Fête du Livre de Bron, pour une lecture musicale en compagnie du musicien Florent Marchet. Entretien avec un auteur de classe. À tous les sens du terme.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Nicolas Mathieu : « la France périphérique est une poudrière »

Leurs enfants après eux semble emblématique d'une génération d'auteurs qui a pris en charge – comme l'avait fait Aurélie Filipetti avec Les Derniers jours de la classe ouvrière en 2003 – le récit de la désindustrialisation et de ses conséquences. Cette génération, la vôtre, se sent-elle une responsabilité parce qu'elle s'est construite dans ce contexte ? Nicolas Mathieu : Je ne sais pas si ce sont les fils des derniers ouvriers qui on produit ces textes, en tout cas, il y a des auteurs qui ont grandi dans ces régions dites périphériques, qui arrivent aujourd'hui à maturité et les racontent. L'un des traits communs à ces régions, à une partie d'entre-elles, c'est d'avoir habité la crise. Ces livres parlent davantage de géographie que de désindustrialisation : la France pavillonnaire, le bord des campagnes. Mais j'ai dû mal à détourer des grandes tendances, je me demande toujours si c'est mon œil qui sélectionne et crée des vagues, des écoles, ou si c'est un phénomène qui se produit vraiment. Dans l'exergue, tirée du Siracide, qui ouvre votre roman et lui donne s

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Sufjan Stevens, dans tous ses États

MUSIQUES | Pour la première fois en concert à Lyon, le génie baroque 'n' folk Sufjan Stevens crée aussi l'événement en revenant clandestinement, et au détour d'un magnifique album de deuil maternel, à son grand projet : mettre sur disque son autre mère – patrie celle-là –, les États-Unis d'Amérique.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

Sufjan Stevens, dans tous ses États

Peut-être notre perception est-elle légèrement biaisée par cette chanson qu'il consacra au tueur en série John Wayne Gacy Jr. et dans laquelle il confiait «And in my best behavior / I am really just like him / Look beneath the floorboards / For the secrets I have hid», mais on ne peut s'empêcher de penser que Sufjan Stevens est affublé de certains travers du tueur en série moyen. Un caractère obsessionnel, une enfance difficile (un classique) et une tendance à la collectionnite : ici, philatélie des souvenirs, réels ou fantasmés, tordus par la mémoire ; des figures, des lieux, mythiques ou anecdotiques. Pour Sufjan Stevens, il n'y a que par cette forme d'entomologie, pour laquelle il se nourrit de recherches poussées, que l'on peut conter et comprendre l'Histoire américaine, cette géographie : «Ne possédant pas l'Histoire des Européens, nous tirons notre fierté des détails» répète-t-il à l'envi. Au lieu de collectionner les cadavres comme Gacy, Stevens en fait d'exquis en déterrant ses fétiches de la Grande Amérique, enfouis sous le tapis avec ses propres secrets.

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Sufjan Stevens au Radiant-Bellevue

MUSIQUES | C'est pas moins d'une dizaine d'années d'attente (mettons depuis la sortie de Seven Swans) qui sera récompensée le 27 septembre prochain (...)

Benjamin Mialot | Lundi 20 avril 2015

Sufjan Stevens au Radiant-Bellevue

C'est pas moins d'une dizaine d'années d'attente (mettons depuis la sortie de Seven Swans) qui sera récompensée le 27 septembre prochain quand, pour la première fois de sa géniale carrière, Sufjan Stevens se produira à Lyon (au Radiant-Bellevue). D'ici là, on devrait atteindre sans problème le millier d'écoutes de Carrie and Lowell, son septième album, désarmant retour à l'épure pop/folk en forme de confession familiale. Ouverture de la billetterie jeudi 23 avril à 10h.

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Perdu dans l'espace

MUSIQUES | Au Petit Bulletin on a toujours aimé Florent Marchet. Et ce depuis les débuts discographiques du Berrichon il y a une décennie tout juste. On a aimé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 avril 2014

Perdu dans l'espace

Au Petit Bulletin on a toujours aimé Florent Marchet. Et ce depuis les débuts discographiques du Berrichon il y a une décennie tout juste. On a aimé Gargilesse, Rio Baril et Courchevel parce qu'on aime voyager avec lui. Or c'est à l'amour qu'on porte à un chanteur qu'on peut voir jusqu'où il peut aller trop loin. Car on a eu plus de mal à embarquer pour la Bambi Galaxy, le projet pop intersidéral que nous a livré Marchet en guise de dernier album en date. Un délire certes accrocheur mais qui s'égare parfois à force de vouloir se (nous) perdre dans l'espace. Entre "Sébastien Tellier meets 2001, l'Odyssée de l'espace" et Michel Houellebecq en guest star d'un hypothétique Battlestar Galactica : the musical, Bambi Galaxy est fascinant à bien des égards et aligne son lot de grandes chansons rétrofuturistes. Mais le jusqu’au boutisme du concept – chose avec laquelle Marchet est généralemen

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Bob Dylan ou la quête du Greil

CONNAITRE | A la poursuite de la chimérique Vérité dylanienne depuis près de 50 ans, et déjà auteur de plusieurs ouvrage sur la question, le critique rock et théoricien pop Greil Marcus compile près de 40 ans d'articles sur l'homme qui a révolutionné le rock. Drôle, souvent acide, d'une érudition sans borne, "Bob Dylan by Greil Marcus" constitue l'énième chapitre patchwork de la quête d'un Graal sans doute plus belle que sa résolution. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 28 octobre 2013

Bob Dylan ou la quête du Greil

En 1963, Greil Marcus, 18 ans, assiste à un concert folk dans le New Jersey. Joan Baez y convoque sur scène un jeune chanteur à l’allure étrange que Marcus, scotché, croise ensuite par hasard à l’arrière de la scène : «J’ai aperçu ce type, dont je n’avais pas bien saisi le nom, alors je suis allé vers lui. Il était en train d’essayer d’allumer une cigarette, il y avait du vent, ses mains tremblaient ; il ne prêtait attention à rien d’autre que l’allumette. Ma stupéfaction était telle, que ma bouche s’est ouverte : “Vous avez été formidable”, ai-je dit. “J’ai été nul à chier”, a-t-il rétorqué sans même lever la tête».   L’échange résume 50 ans de ce qui se tisse alors entre celui qui vient instantanément d'entrer en religion et l'oeuvre de son idole, décortiquée avec la patience du légiste, la perversité du fétichiste et la justesse morale d'un Salomon. Mais un autre fait illustre le rapport compliqué entre l’exégète exigeant et le missionnaire démissionnaire : Bob Dylan by Greil Marcus

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Let's folk !

MUSIQUES | Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2013

Let's folk !

Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne. D'abord, autour de l'ouvrage Folk et Renouveau (Le Mot et le Reste), publié en 2011 par Bruno Meillier et l'immense Philippe Robert : une plongée dans pas moins de neuf décennies d'americana, d'Harry Smith à Bon Iver, en passant par les incontournables Dylan, Donovan, Young, Jansch et consorts pour comprendre non seulement d'où elle vient mais également où elle va. À ce titre, il sera aussi utile d'aller à la rencontre de Yann Tambour, alias Stranded Horse, petit gars du Cotentin bercé au rock anglais et toqué de kora, instrument traditionnel mandingue dont la pratique est traditionnellement réservée à la caste des griots mais dont il fait son miel en même temps qu'une drôle de tambouille, entre folk, musique africaine et pop anglo-saxonne. Sur le sublime Humbling Tides, il reprenait par exemple

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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Quand la pop (music) n'est plus pop(ulaire)

MUSIQUES | Ambition, commandes, volonté d'aller voir plus loin, de David Byrne à Sufjan Stevens, de Paul McCartney à Chilly Gonzales, nombreux sont les musiciens pop qui se sont aventurés hors de leur pré-carré : sur les terres de l'expérimental, du classique, voire des deux en même temps. À l'occasion du passage de Gonzales pour deux concerts aux Subsistances autour de son projet piano solo, revue d'effectif de quelques popeux sortis de leurs gonds. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Quand la pop (music) n'est plus pop(ulaire)

Gérard Manset – La Mort d'Orion (1970)Dans le paysage pop français, Gérard Manset est un OVNI. Dès son deuxième album, l'auteur d'Animal on est mal – qui a son petit succès pendant les événements de mai 68 – se met en tête de composer La Mort d'Orion : un objet musical resté à ce jour unique, oratorio cintré, audacieux et boursouflé, mélange de rock progressif et de musique classique, ponctué de passages à couper le souffle et nourri de paroles mansetiennes en diable qui font parfois pouffer – qui d'autre pour faire rimer sans rire «preux chevalier teutonique» et «lépreux satanique». Malgré les succès futurs, comme Il voyage en solitaire, et les collaborations avec, à la louche, 75% des chanteurs français, La Mort d'Orion, restera à jamais l'œuvre mythique de Manset et le premier album-concept français. On s'arrachera ainsi les rééditions d'un disque vendu à 20 000 exemplaires à sa sortie. Lou Reed – Metal Machine Music (1975)Passons sur certains de ses albums-concept mégalo ou

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The Daredevil Christopher Wright

MUSIQUES | The Nature of Things (Almost Musique)

Stéphane Duchêne | Lundi 1 octobre 2012

The Daredevil Christopher Wright

Que sait-on au juste de l'Etat du Wisconsin, pendu comme une balloche au sud de la frontière canadienne ? Qu'il borde le lac Michigan d'un côté et la Highway 61 chère à Bob Dylan de l'autre. Qu'on y brasse de la bière en grande quantité, pour oublier qu'on vit à Milwaukee ou Madison. Que les Packers de Green Bay (football américain) y sont la seul équipe du sport professionnel américain à fonctionner sous le régime de la coopérative et à appartenir à ses 112 000 supporters (en violation totale mais tolérée des règles en vigueur dans son championnat). Et enfin qu'il est le théâtre des Jours Heureux de Ritchie Cunningham et Arthur Fonzarelli alias Fonzie. Mais depuis quelques temps, on sait aussi qu'on y trouve des barbus à la voix délicate qui aiment à s'isoler dans des cabanes en bois pour écrire des chansons tristes, tel Justin Vernon aka Bon Iver qui, suite à une rupture amoureuse se retira un jour dans les bois aux alentours d'Eau Claire – ville vestige de la Nouvelle-France, province coloniale, française donc, abandonnée en 1763. On ne s'étonnera pas de savoir, à l'écoute de leur musique et

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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Courchevel, mon amour

MUSIQUES | Musique / Après "Rio Baril", Florent Marchet fait son retour avec le magnifique "Courchevel", où il réussit une fois de plus le mariage de la pop et de la chronique sociale.

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 novembre 2010

Courchevel, mon amour

Il y a un an, Arnaud Fleurent-Didier avait frappé un grand coup (critique en tout cas) dans le paysage musical français avec l'impressionnant La Reproduction. Un pur disque d'outsider redonnant à la chanson française ses lettres de noblesse pop, à coups de questionnements existentiels aux mots ciselés et aux arrangements généreux. Florent Marchet appartient à la même catégorie. Son Courchevel, sorti cet automne, n'est pas son coup d'essai, loin de là (en 2007, son western social Rio Baril avait déjà impressionné). Il n'en est pas moins un coup de maître de la part du Berrichon, loin de se reposer sur ses lauriers ou, comme sur la pochette du disque, sur sa peau de bête. Comme Arnaud Fleurent-Didier, Florent Marchet est l'un de ces grands garçons aux airs un peu désuets qui observent leur monde avec l'air de ne pas y toucher, mais un regard qui met à poil. C'est pour mieux en dresser un portrait cinglant et sans concession. Quand Fleurent-Didier revisitait de fond en comble, du microscopique au macroscopique, l'héritage «français monsieur !», Marchet semble, lui, fouiller les entrailles d'une génération un peu floue, symptôme de la c

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L'histoire sans fin

MUSIQUES | Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob (...)

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

L'histoire sans fin

Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob Dylan a beau en récuser l'appellation, il n'en demeure pas moins que cette tournée éternelle (100 dates par an depuis lors) est un peu l'Odyssée de cet Ulysse folk. Avec un cahier des charges à la fois simplissime et très compliqué : changer de set list tous les soirs et ne jamais jouer un morceau deux fois de la même manière. Pour cela, Dylan s'est entouré de musiciens de confiance, dont le plus ancien à ses côtés s'appelle... Tony Garnier.

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Country for Old Bob

MUSIQUES | Musique / Au crépuscule de sa carrière et au turbin de son Never Ending Tour depuis 22 printemps, Bob Dylan est revenu depuis quelques années à ses premières amours : la country et le blues, dignes grands-parents d'une des plus grandes œuvres musicales du XXe siècle. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

Country for Old Bob

Dans La République Invisible, l'un des indispensables ouvrages d'exégèse de Bob Dylan, Greil Marcus écrivait : «Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir à un tournant décisif de l'espace-temps culturel que d'être ce tournant décisif». Un résumé parfait de l'influence de Bob Dylan sur son époque : dans les années 60, Dylan n'était pas seulement le pilote, il était la route. Non qu'il l'ait souhaité : lui qui se voulait simple conteur comme son idole Woody Guthrie, bluesman comme Muddy Waters, poète comme Allen Ginsberg, ne s'était jamais réellement rêvé porte-parole d'une génération ou prophète folk. Mais en art comme en religion, parfois le peuple choisit pour vous, vous hisse sur un autel ou vous colle sur une croix. Quoi qu'il en soit, Dylan a révolutionné la musique de son temps, mis l'Ancien Testament folk sur la carte de la branchitude, puis électrifié ce folk pour écrire quelques-unes des plus beaux évangiles rock de l'Histoire, cette fameuse trahison de Newport que les fans des débuts ont tenue pour un péché originel. Le Zim' a vécu mille vies. Il a été l'égal des Beatles, qu'il initia à la drogue et à l'abstraction ; il a c

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BOB DYLAN Christmas in the Heart Columbia

MUSIQUES | En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 décembre 2009

BOB DYLAN
Christmas in the Heart
Columbia

En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les enfants, et sans nous mouiller, que le Père Noël c’est de la foutaise. On est d’ailleurs beaucoup plus proche ici de «Le Grinch chante Noël» que de Tino Rossi ou des roucoulades à la cannelle d’un Elvis. En fait, c’est comme si, de sa voix la plus rauque (visiblement, quelqu’un a abusé de marrons trop chauds), le vieux Bob s’était mis en tête de «saloper» d’un glaçage de fiel et de dérision, les habituelles sucreries et autres bondieuseries (il faut l’entendre grincer «Amen» !) inhérentes à l’arrivée du Petit Jésus et à la descente d’un gros bonhomme dans le conduit de la cheminée (son "Here Comes Santa Claus" paraît échappé de chez Tim Burton). Marquant une distance amusée avec les bons sentiments d’usage, il parvient même à nous faire ressentir l’angoisse que peut être pour beaucoup la période des fêtes : comme son interprétation de "Little Drummer Boy", retrouver sa famille à Noël peut donner l’impression de monter au front. Bien sûr, au finale, c’est le miracle de Noël, Bob apparaît tel qu’en lui-même : comme les vieux grigous des

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Sufjan Stevens The BQE (Asthmatic Kitty)

MUSIQUES | Cartographe autant que musicien, Sufjan Stevens est un peu devenu le Google Maps de la pop américaine. S’il n’a, pour l’instant, pas poursuivi (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 octobre 2009

Sufjan Stevens
The BQE
(Asthmatic Kitty)

Cartographe autant que musicien, Sufjan Stevens est un peu devenu le Google Maps de la pop américaine. S’il n’a, pour l’instant, pas poursuivi directement son projet de consacrer un album à chacun des États Unis d’Amérique (l’Illinois et le Michigan sont déjà dans la boîte), le Mozart de Detroit n’en continue pas moins de démanteler par petites touches le mythe américain. C’est encore le cas ici avec The BQE, pièce entièrement instrumentale consacrée à la Brooklyn Queens Expressway, mythique voie express reliant comme son nom l’indique le quartier new-yorkais de Brooklyn à celui du Queens. A l’origine The BQE était un spectacle multimédia (cinéma, danse) symphonique créé en 2007 par Stevens et mis en musique pour son groupe et un orchestre de chambre. Deux ans plus tard, The BQE est édité sous la forme d’un coffret CD-DVD, qui nous permet, au-delà de l’originalité de ce projet récompensé par un prix, d’appréhender les obsessions symphoniques de Sufjan Stevens. Convoquant aussi bien Gershwin, Terry Riley que… Autechre, le petit génie s’en donne à cœur joie. Et s’abandonne avec bonheur aux joies du classicisme musical tout en en faisant littéralement exploser les carcans au gré de se

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I'm not there

ECRANS | I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm (...)

| Mercredi 5 décembre 2007

I'm not there

I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm other : ici, Dylan n'est ni un homme, ni une femme, les deux peut-être, un autre sûrement, jamais appelé par son nom, démultiplié en une myriade de personnages et d'acteurs différents incarnant ses «nombreuses vies». Todd Haynes prend soin de maquiller ces vies-là, en bousculant les formats et les genres : noir et blanc chic ou crado, couleurs chatoyantes ou volontairement ternes, western hors du temps, road movie, drame intimiste... Le tout mélangé selon un sens du montage musical et jamais chronologique. Dans son précédent film, Loin du paradis, Todd Haynes se nourrissait aussi au sein d'une référence esthétique, en l'occurrence les mélodrames de Douglas Sirk. Mais il n'en oubliait pas pour autant de raconter une histoire forte avec des personnages qui vivaient leur vie au-delà de ce mimétisme cinématographique. Dans I'm not there, il ne reste plus que le corpus référentiel, la collection d'images sonores copiées puis extrapolées ; un matériau tellement complexe et fétichiste qu

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La Métamorphose

ECRANS | Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, (...)

Marlène Thomas | Mercredi 5 décembre 2007

La Métamorphose

Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, l'ascension d'un Bob Dylan passant successivement du statut de jeune espoir (1963) à celui d'idole (1964) puis de Judas renié par ses ouailles (1965) à l'occasion du célébrissime tournant de sa carrière : son fameux passage à l'électricité. Le tout livré brut, sans voix-off ni analyse, entre moments pénibles montés à la va-comme-je-te-pousse (coulisses, duos avec Joan Baez et sa voix de cafetière) et instants de grâce : comme quand, en 1965, sur Love Minus Zero, les feuillages des arbres éventés derrière lui se confondent avec la tignasse rimbaldienne de celui qui a, comme le dit un speaker, «le doigt sur le pouls de sa génération». Bob Dylan - Love minus zero-no limit (live 1965) par Bamb

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Tous fans de Dylan

MUSIQUES | B.O. / Dylan repris par la crème des musiciens internationaux : une bande originale qui prolonge le concept du film... CC

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Tous fans de Dylan

Dans I'm not there, pas plus qu'on ne le voit à l'image ou qu'on ne prononce son nom, on n'entend chanter Bob Dylan. Du coup, le concept de sa bande originale pharaonique (un double CD, deux heures quarante de musique !) semblait tout trouvé : réunir tout ce que la planète compte de rockers talentueux pour s'approprier les chansons de Dylan et en livrer des reprises fidèles ou très personnelles. Dans la voix de DylanPour cela, Haynes a monté, comme il l'avait déjà fait pour Velvet Goldmine, un super-groupe qui a méchamment la classe : Lee Ranaldo (de Sonic Youth), Tom Verlaine (de Television), John Medeski (de Medeski, Martin & Wood)... Réincarnés en The Band, ils prennent visiblement plaisir à préparer le terrain à quelques voix d'exception. Eddie Veder (ex-Pearl Jam), Stephen Malkmus (ex-Pavement) et Karen O se prêtent à l'expérience : c'est la partie «comme Dylan» du disque, pas forcément la plus surprenante. TransformistesBeaucoup plus amusante est la manière dont certains plient Dylan à leur univers musical : Cat Power fait la jonction entre le blues et la soul de Memphis dans sa relecture de Stuck inside a mobile ; Antony and the Johnsons envoient effe

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Dylan is Dylan(s)

ECRANS | Cinéma & Musique / L'Institut Lumière propose pendant un week-end la totalité des images de et avec Bob Dylan, un ensemble hétéroclite qui est le meilleur mode d'emploi pour entrer dans «I'm not there», faux biopic de Todd Haynes consacré au chanteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Dylan is Dylan(s)

Les rapports entre Dylan et le cinéma ne sont pas faciles à résumer. Fasciné puis déçu, le chanteur est passé devant puis derrière la caméra, s'est retrouvé à jouer son propre rôle ou des personnages taillés sur mesure dans de grands et de petits films, s'est laissé filmer au naturel avec gourmandise avant de réclamer, avec fermeté, de récupérer son droit à l'image. De tout ça, pourtant, il ne reste qu'une poignée d'œuvres, documentaires à chaud ou rétrospectifs, fictions tronquées ou mineures, toutes présentées pendant ce week-end à l'Institut Lumière. Or, c'est bien les images de Dylan, et non son image de musicien mythique et polyvalent, qui a inspiré Todd Haynes dans I'm not there, un film qui n'est dans le fond qu'une recréation assez fétichiste de ces «documents», avec ce qu'il faut de rêverie autour pour en faire une fiction. Kaléidoscope inégalAinsi, dans le film, quand Richard Gere devient un des multiples alias de Dylan, il incarne un cow-boy vieillissant et écolo, synthèse théorique entre son personnage dans ce drôle de machin qu'est Masked and Anonymous et celui du troubadour fantôme hantant guitare au poing l'Ouest décadent de Pat Garrett and Billy the kid.

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Je est tous les autres

MUSIQUES | Musique / Avec son deuxième album, Rio Baril, Florent Marchet s'est propulsé dans la catégorie des grands auteurs du rock français, assumant une réflexion politique englobée dans une forme orchestrale et romanesque. Il sera à l'Épicerie Moderne jeudi 10 mai. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2007

Je est tous les autres

Florent Marchet aurait pu rester un de ces chanteurs français prometteurs noyés dans la masse des nouveaux arrivants. Son premier disque, Gargilesse, était en effet un joli coup d'essai, mais n'était jamais loin d'un certain académisme à la française. Cet académisme-là était particulièrement latent sur les meilleures chansons de l'album : Je n'ai pensé qu'à moi et Tous pareils. En effet, si Marchet a l'audace de décrire ce que d'autres préfèrent cacher - le conformisme ambiant ou l'incapacité à s'ouvrir à l'autre et à lui prêter l'attention qu'il/elle mérite - il le fait encore sous la forme allusive de l'auto-confession ou de la description par le petit bout de la lorgnette. Le «je» règne toujours, mais on le sent prêt à céder sous la pression d'un «nous» beaucoup plus ambitieux. La vie normaleAmbitieux, c'est le mot qui qualifie le mieux Rio Baril, son deuxième album. Dès son générique à la Ennio Morricone, Florent Marchet passe du plein écran au cinémascope, apporte de l'air à sa musique, change de focale et prépare l'arrivée de ses personnages. Nous sommes dans une petite ville française, imaginaire certes, mais qui doit ressembler beaucoup aux villages de son Berry

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Like a Rolling Stone

CONNAITRE | Greil Marcus / Points Seuil

| Mercredi 18 juillet 2007

Like a Rolling Stone

Paru en 2005 à l'occasion des quarante ans de l'enregistrement de Like a Rolling Stone, le premier tube post folk de Bob Dylan, l'essai consacré par Greil Marcus à l'une des chansons les plus mythiques des années 60 est désormais accessible en poche. Près de 300 pages consacrées à cet enregistrement de six minutes, réalisé dans le studio A de la maison de disques Columbia, dont la portée dépasse largement le cadre musical. Car si celle-ci constitue un moment charnière dans la carrière de Dylan (passage au pop-rock, pour le dire vite), elle est aussi une clef pour comprendre l'état social et idéologique des États-Unis au cours d'une décennie mouvementée notamment marquée par les émeutes de Watts et les prémices de la guerre du Vietnam. Une chanson qui comptera d'ailleurs beaucoup dans le «malentendu» autour de Dylan, qui endossait ici une étiquette d'artiste contestataire qui allait (à tort ?) lui coller à la peau durant toute sa carrière. Greil Marcus, déjà auteur de livres références sur la culture populaire américaine (Mystery train ou Lipstick Traces, dans lequel il se penchait sur les Sex Pistols et leur chanteur emblématique, John Lydon), donne ici une analyse détaillée de Lik

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SUFJAN STEVENS

MUSIQUES | Songs for Christmas / Asthmatic Kitty/Differ-ant

| Mercredi 13 décembre 2006

SUFJAN STEVENS

On se doute bien que Sufjan Stevens ne viendra jamais à bout de son pharaonique projet : consacrer un disque à chacun des États américains. Après les magistraux opus consacrés au Michigan et à l'Illinois, il lui en reste quand même 48, et on ne peut pas pondre si facilement un album sur le Delaware. Il poursuit néanmoins son travail d'entomologie de l'Amérique, avec, cette fois, un coffret enregistré entre 2001 et 2006 retraçant en 5 CD sa vision du Noël américain (qu'il déteste, dit-on). Et au-delà du clin d'œil aux habituels puddings discographiques type Machinchose chante Noël et des bonus pour rire (stickers, poster de la Stevens Family en Père Noël...), il y a les chansons, magnifiques. Ici, elles sont le plus souvent dénuées de cette grandiloquence qui a permis à Stevens d'inventer une forme de folk symphonique érigeant des cathédrales de poils sur les bras de ses auditeurs. Mais d'un coup de banjo, avec trois notes de piano, une harmonie vocale minimale, et les grelots et carillons de circonstance, elles vous donneront envie, le soir de Noël, d'étreindre longuement votre vieille tante barbue qui sent le gruau. Et peut-être de la faire danser sur le virevoltant Come On ! Let'

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