Claude et Robert en tête

Pascale Clavel | Dimanche 6 janvier 2013

Peut-on dire, sans tomber dans le clin d'œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L'Opéra de Lyon vient de réussir l'exploit le plus impressionnant de ces dernières années, en choisissant comme clef de voute du prochain Festival Justice/Injustice Claude, premier opéra du compositeur Thierry Escaich. L'ancien garde des Sceaux en a écrit le livret d'après le court roman de Victor Hugo. Lorsqu'on sait que Jérémie Rhorer est à la baguette et Olivier Py à la mise en scène, on jubile par avance. N'en oublions pas le reste de la programmation musicale lyonnaise, riche et diversifiée, savoureuse et délicatement construite autour de quelques pépites à déguster sans modération. Le Festival de musique baroque notamment, qui fête ses 30 ans et fait pour l'occasion venir Marc Minkowski, le baroqueux qui résiste le mieux au temps. Il nous livrera en avril une Messe en ut de Mozart des plus inspirées. Les Journées Grame quant à elles, s'étirent dans le temps pour que nos oreilles puissent enfin s'installer dans leur siècle. De janvier à mai, elles nous invitent à un voyage inédit, mélange de genres où les arts visuels se cognent à la danse qui elle même se fracasse sur des musiques étonnantes. Et puis, pendant la délocalisation de l'Orchestre National de Lyon à la Bourse du travail pour cause de travaux, ne pas passer à côté de l'intégralité des œuvres concertantes pour piano de Rachmaninov où la fougueuse et russe Olga Kern risque d'enflammer la salle de haut en bas.

Pascale Clavel


Claude

De Thierry Escaich, livret de Robert Badinter d'après "Claude Gueux" de Victor Hugo, dir mus Jérémie Rhorer, ms Olivier Py par l’Orchestre et les chœurs de l'Opéra de Lyon, 1h30. Un ouvrier de la Croix-Rousse refuse la misère à laquelle le condamne son patron
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
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Retour réussi pour La Juive à l’opéra de Lyon

MUSIQUES | À l’occasion du festival Pour l’humanité, La Juive de Jacques Fromental Halévy a ravi le public. Créé en 1835, cet opéra a connu un immense succès au (...)

Sébastien Broquet | Mardi 22 mars 2016

Retour réussi pour La Juive à l’opéra de Lyon

À l’occasion du festival Pour l’humanité, La Juive de Jacques Fromental Halévy a ravi le public. Créé en 1835, cet opéra a connu un immense succès au XIXe avant de disparaître des scènes pour ne plus être joué que trop rarement. Les raisons d'un tel désamour ? L'éloignement du public du grand opéra français, une musique qui semble dépassée ? Un livret avec quelques faiblesses ne nous épargnant pas les clichés antisémites de la France de 1835 ? Les applaudissements plus que chaleureux qui ont accueilli la première lyonnaise démontrent que cet opéra mérite un immense respect. La musique est pleine de lyrisme, on retrouve le bonheur des duos, des trios qui font s’entremêler les voix dans une émulsion vocale dont l’opéra post-romantique s'est fait tant avare. Le tout est servi par des artistes de grande valeur, dont le ténor Enea Scala. La mise en scène d'Olivier Py est sobre, efficace et gomme les détails embarrassants du livret en évoquant de manière subtile l'histoire du XXe. Quant au chef Daniele Rustioni, sa baguette est précise tant pour la fosse que pour la scène. Un grand moment d’émotion pour cette Juive que l'on espère

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Olivier Py assassine Carmen

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon remet à l’affiche un Carmen qui avait pourtant déclenché, il y a 3 saisons, plus d’une mauvaise critique. Et pour cause : la mise en scène d'Olivier Py, guère visionnaire, passe complètement à côté du chef-d’œuvre de Bizet. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 5 mai 2015

Olivier Py assassine Carmen

Carmen, c’est cet opéra romantique qui a su en son temps bousculer tous les codes du genre. C’est aussi cette œuvre d’une puissance aussi rare qu’éblouissante qui, depuis sa création, exacerbe nos fantasmes les plus enfouis. Carmen, femme libre dans un XIXe siècle corseté par les conventions. Carmen, bohémienne et cigarière, héroïne rebelle éprise de liberté jusqu’à en mourir. Las, dans cette production, l’oeuvre n’a plus rien à voir avec celle de Bizet. Nous ne sommes pourtant pas les derniers à défendre les mises en scène qui s'attachent à dépoussiérer des univers quelques peu fânés. Mais là où Olivier Py croit faire montre d'un propos moderne, audacieux et transgressif, il n'est que scandaleusement hors sujet. On est d'emblée médusé devant ce décor monumental qui tourne et tourne encore. Un hôtel miteux d’un côté, un commissariat qui ne l'est pas moins de l’autre et les actes s’enchaînent, tantôt dans l’auberge de Lillas Pastia, tantôt sur une scène de music hall – où travaillerait Carmen – ou dans ses loges. Py tente à ce point de nous éblouir qu'il nous détourne du sujet. Bruyamment. Mille personnages arrivent et repartent : là un si

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"Orlando", la petite odyssée de Py

SCENES | Il y a des Py flamboyants, dans lesquels le metteur en scène (Olivier de son prénom) fait preuve d’une maîtrise et d’une générosité mémorables – son cycle autour (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Il y a des Py flamboyants, dans lesquels le metteur en scène (Olivier de son prénom) fait preuve d’une maîtrise et d’une générosité mémorables – son cycle autour des contes de Grimm mené depuis plus de vingt ans, Illusions comiques en 2006, Le Soulier de satin en 2003… Et puis il y a les autres. Oh, des pas forcément honteux, tant sa formule est rodée et efficace. Disons des Py mineurs. Orlando ou l'impatience, mise en scène d’un texte écrit par Py lui-même dévoilée l’été dernier au festival d'Avignon (qu’il dirige maintenant), est de ceux-ci. Py y ressasse ses éternelles préoccupations : des personnages liés au théâtre, du politique et la quête d’un père absent par un jeune idéaliste. Mais bien qu'il ait l’art et le talent pour glisser des réflexions pertinentes (sur le rôle des artistes) et enrober des piques de belles phrases (contre l’ancien ministre de la culture Frédéric Mitterrand, qui l’avait très inélégamment viré de l’Odéon en 2011), l’ensemble est beaucoup trop bavard pour captiver. Reste aussi cette magie du spectacle vivant, également portée par une poignée de comédiens dévoués – en tête les fidèles et excellents Philip

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Des airs de saison

MUSIQUES | En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait (...)

Pascale Clavel | Vendredi 3 janvier 2014

Des airs de saison

En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait plus. Quelques pistes pour se frayer un chemin de traverse dans un paysage musical parfois brumeux : en mars des Cantates de Bach par le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, à entendre au Festival de musique baroque de Lyon ; en avril, au même endroit, Marc Minkowski s’emparera avec fougue de La Passion selon saint Jean, pur bonheur. Du côté de l'Orchestre National de Lyon, on peut se frotter les mains, l’orchestre renouant pour de bon avec la musique vocale avec, en février, Roméo et Juliette de Berlioz, en mars les incontournables mais captivantes Carmina Burana et en avril La Passion selon saint Matthieu, dirigée par un Ton Koopman au sommet. Le Concert de L’Hostel Dieu offrira quant à lui un moment musical atypique, dialogue envoutant autour de la nuit, durant lequel les leçons de Ténèbres de Couperin s’emmêleront aux ragas des indiens. Piano à Lyon poursuit sur sa lancé

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Messe organique

MUSIQUES | «J’ai la partition de la moitié d’une messe, et qui donne les meilleures espérances», écrit Mozart en janvier 1783. Le compositeur avait promis l’achèvement (...)

Pascale Clavel | Jeudi 28 mars 2013

Messe organique

«J’ai la partition de la moitié d’une messe, et qui donne les meilleures espérances», écrit Mozart en janvier 1783. Le compositeur avait promis l’achèvement de sa Messe en Ut mineur pour la guérison de sa femme Constance. Acte de foi pure, il en sort un chef d’œuvre de la musique sacrée, l’un des plus bouleversants de tous les temps, à placer sur un pied d'égalité avec la Messe en Si de Bach. Cette messe, l’une des premières ne relevant d’aucune commande officielle et la dernière qu'il ait composée, étonne par sa finesse et son élégance. Libéré enfin des contraintes que lui imposait l’archevêque salzbourgeois Colleredo, Mozart avait alors une envie folle de séduire un nouveau public. Inspirée, organique, démesurément bouleversante, l’œuvre n'en reste pas moins marquée, au niveau stylistique, par l’influence de Haendel et de Bach. A l'époque, Mozart vient en effet de découvrir le contrepoint fugué des deux maîtres et le Kyrie qui ouvre la messe résume assez bien cela : tout est sombre et lourd, avant que tout ne s’éclaire sur le Christe. Quant au solo de soprano qui transperce les mélodie

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Gagnez des places pour le festival Justice/Injustice

MUSIQUES | L'événement de la semaine (outre Quais du Polar, Hallucinations Collectives, Ça cloche, L'Original et Reperkusound, certes), c'est le festival (...)

Benjamin Mialot | Lundi 25 mars 2013

Gagnez des places pour le festival Justice/Injustice

L'événement de la semaine (outre Quais du Polar, Hallucinations Collectives, Ça cloche, L'Original et Reperkusound, certes), c'est le festival Justice/Injustice, imaginé par l'Opéra de Lyon. Soit trois soirées lyriques sur l’arbitraire et la violence du pouvoir, dont une qui verra la première de Claude, création d'après Victor Hugo de Thierry Escaich (musique) et Olivier Py (mise en scène) sur un livret de Robert Badinter. Le Petit Bulletin et la vénérable institution de la place de la Comédie s'associent pour vous faire gagner des places pour les représentations du Prisonnier de Luigi Dallapiccola (qui prend pour toile de fond l'Inquisition) et de Erwartung de Arnold Schoenberg (sur une femme perdue en forêt à la recherche de son amant disparu), mises en scène par  Alex Ollé et La Fura dels Baus et données successivement vendredi 29 mars à 20h. Comment en bénéficier ? Il vous suffit de nous appeler jeudi 28 de 18h

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L’opéra se fait justice

MUSIQUES | De tous les festivals qu’il a tricoté depuis son arrivée à la tête de l’opéra, Serge Dorny livre le plus spectaculaire, le plus visionnaire et le plus culotté : Justice/Injustice, qui réunit une création mondiale, trois œuvres contemporaines, des metteurs en scène au geste pur et des chefs faisant entendre une musique aux partis pris insensés et jubilatoires. Explications avec l'intéressé. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Lundi 25 mars 2013

L’opéra se fait justice

Le festival Justice/Injustice ne devrait-il pas s’appeler Festival Robert Badinter ?Serge Dorny : Non. J’ai une estime énorme pour Robert Badinter, je le vénère, je suis un "Badinterâtre", à la fois au niveau de l’engagement, de l’éthique, de la personne même. Mais l’opéra Claude, dont il signe le livret, est une œuvre parmi plusieurs. Quand je vois le festival, je vois quatre œuvres : Le Prisonnier de Dallapiccola et Erwartung de Schoenberg, Fidelio de Beethoven et une création mondiale, une nouvelle commande, à partir d'un texte de Victor Hugo, écrite par Robert Badinter et composée par Thierry Escaich. Bien évidemment le librettiste Badinter est une personne immense. Il a une place importante, le personnage est fascinant, intellectuellement et humainement. Sa détermination et son engagement sont exceptionnels. J’ai eu le privilège de travailler avec lui depuis quelques années et au-delà de la commande, j’ai rencontré un être à part.Comment s'est monté Claude ?C'est lors d’un dîner qu'il m’a pa

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Concerto contemporain

MUSIQUES | L’Auditorium de Lyon programme le Concerto pour clarinette de Thierry Escaich, œuvre contemporaine, fraichement écrite par un compositeur hors cadre. De l’émotion en abondance, du spirituel en ligne de fond. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 7 février 2013

Concerto contemporain

Thierry Escaich est une figure incontournable et inclassable de la scène musicale contemporaine dont l'œuvre, savante et charnelle, profonde et joyeuse, tempétueuse et consolante, s’inscrit dans son temps. Le critique musical Gérard Condé a des propos radicaux pour définir son univers : «Sa musique est de celles, assez rares, qui parlent immédiatement. Dès lors, à quoi bon en parler ?». Une fois dit cela, on peut rappeler tout de même que sa musique est défendue à travers le monde par les plus grands solistes, de Bertrand Chamayou à Gautier Capuçon, du Quatuor Ysaÿe aux ensembles vocaux A Sei Voci ou Sequenza. Elle ressemble souvent à un dialogue interne où des voix s’entrechoquent, s’entrelacent, où le tout se mue en polyrythmies complexes et d’une grande virtuosité. A d’autres moments, le vide s’y installe comme un contrepoint urgent.   Le compositeur et le clarinettiste Thierry Escaich, le compositeur ; Paul Meyer ; le clarinettiste. De cette amitié est né le Concerto pour clarinette, comme l'aboutissement évident d'une collaboration de longue date. Par la suite, la résidence d'Escaich à l’Auditorium de Lyon a permis d’envisager la

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Causeries citoyennes

CONNAITRE | Souvenez-vous… Il fut un temps où Eva Joly était candidate à l’élection présidentielle, Bernard-Henri Lévy philosophe, Martin Hirsch ministre du gouvernement (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 12 janvier 2013

Causeries citoyennes

Souvenez-vous… Il fut un temps où Eva Joly était candidate à l’élection présidentielle, Bernard-Henri Lévy philosophe, Martin Hirsch ministre du gouvernement Fillon… Et, plus sérieusement, un temps où, contre vents et marées de l’opinion, Robert Badinter défendit l’abolition de la peine de mort, votée en 1981. Cette brochette de guest stars interviendra dans le cycle de rencontres Causes communes, autour du thème large de la justice, organisé par la Villa Gillet, le Théâtre de la Croix-Rousse et l’Opéra. On y "causera" d’Europe (avec Eva Joly), d’ingérence humanitaire (avec BHL), de pénalisation et d’incarcération (l’une des conférences a priori les plus passionnantes qui réunira, en avril, Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire International des prisons, le philosophe spécialiste de Michel Foucault Frédéric Gros et l’intellectuellement très revigorant magistrat Serge Portelli). Cette semaine, Martin Hirsch interviendra sur la notion de solidarité en compagnie du sociologue Nicolas Duvoux et du philosophe Jean-Fabien Spitz. Et Robert Badinter, engagé aujourd’hui contre les sinistres conditions de détention en nos prisons, parlera de «Victor Hugo et la justi

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Quelques Grame de finesse

MUSIQUES | La 7e édition des Journées GRAME prend de l’ampleur et montre par cette extension que la création contemporaine est mouvante, vivante et absolument de son temps. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 10 janvier 2013

Quelques Grame de finesse

Les mélomanes ont souvent un problème avec leur époque. Combien de fois entendons-nous la litanie «mes oreilles s’arrêtent à la fin du XIXe» ? À cette aune, l'existence de GRAME est une bénédiction ; que ses journées s’allongent, c’est encore plus louable. Et on ne peut qu’être admiratif de l’acharnement du directeur artistique James Giroudon ; il a su fabriquer, dans un paysage lyonnais où il ne faut pas trop secouer les habitudes musicales, un objet rare et précieux. Car les Journées dressent un état des lieux d’une musique exigeante qui bouscule les conventions. Temps fort de la création contemporaine, elles invitent à de nombreuses évasions : vers la Corée, au travers de rencontres entre arts sonores et visuels, mais aussi dans une excursion à travers danse et musique avec la chorégraphe Michèle Noiret, les classes de danse du CNSMD et la grande Anne Teresa de Keersmaeker. 26 compositeurs, 13 pays représentés, 10 créations : tout un programme qui bouscule les codes, se joue des frontières et mélange joyeusement les esthétiques les plus éloignées les unes des autres. Parti pris… … celui de pointer du doigt deux créations étonnantes au sei

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Py à demi

SCENES | Ni vraiment ennuyeuse ni vraiment convaincante, la version de "Roméo et Juliette" par Olivier Py est en constante demi-teinte et ne restera pas dans les annales. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 9 janvier 2012

Py à demi

Il ne fait pas toujours dans la dentelle. Olivier Py s’amuse avec un rien et joue les fantoches avec le texte shakespearien qu’il revisite à sa sauce : gay. Avec lui, la sexualité n’est pas un sujet que l’on contourne mais que l’on aborde frontalement : «traduire ˝fils de pute˝ par ˝faquin˝ m’a toujours embêté» dit-il. Alors il s’en donne à cœur joie dans la scène 4 de l’acte II lorsque Roméo est poussé dans ses derniers retranchements par son ami Mercutio. Les jeux de mots comme «se faire secouer la poire» qui donne «skakes pear» font rire l’assemblée. Ou pas. Les deux hommes miment sur scène un jeu sexuel explicite accueilli par des «oh» et des «ah» d’embarras dans la salle qui ne pointe pourtant pas le vrai problème de Py. De sexualité et de blagues salaces, il a toujours été question dans le texte de Shakespeare. Mais cette soi-disant provocation d’Olivier Py masque surtout son manque d’idées, à l’image d’un décor bien pauvre et uniquement fonctionnel (quelques caisses et escaliers roulants sans cesse manipulés). Les acteurs ne font que courir, pour entrer et sortir du plateau au sprint, donnant plus l’impressi

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Baisers à la française

MUSIQUES | Festival French Kiss deuxième mouture à l’Auditorium. Le directeur général Laurent Langlois y tient comme à la prunelle de ses yeux et promet un "festival qui embrasse tout le répertoire de la musique française". Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 5 janvier 2012

Baisers à la française

Voici un Festival qui décline la musique française de tous les temps, de tous les univers, de tous les styles. Le public risque de ne pas trop savoir où il met les pieds et pour s’y retrouver, quelques pistes sont nécessaires : tout d’abord se concentrer sur un programme dense et décousu puis choisir un peu à l’aveuglette. Par prudence, nous attendrons de voir ce que la deuxième proposition va donner. Cette saison, le concept est simple et peut être vu sous la forme d’un grand patchwork où il faut aller piocher pour que de petits bijoux apparaissent de-ci, de-là. La présence du Requiem de Maurice Duruflé sur le programme suffit à elle seule pour donner envie d'y être. Cette œœuvre contemporaine aux accents grégoriens et aux mélismes envoûtants est une pure merveille d’écriture, un vrai bouleversement pour les oreilles d'une beauté musicale rare. Bernard Tétu à la direction, ses solistes au chant, Vincent Warnier à l’orgue et c’est toute une salle qui pourrait croire en Dieu durant quelques heures. Autour du Requiem de Duruflé, dans cette même soirée, ce sont des œuvres de Fauré, Caplet et Thierry Escaich qui viendront amplifier le discours quasi mystique et d’u

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Fin de cycle

MUSIQUES | Entretien / Thierry Escaich est un compositeur qui dilate le temps, joue avec les couleurs et expose une œuvre visionnaire. Pour sa dernière saison en résidence à l’Orchestre National de Lyon, il compose un concerto pour violon et orchestre. Rencontre fascinante avec un véritable créateur. Propos recueillis par Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 1 octobre 2009

Fin de cycle

Petit Bulletin : Pouvez-vous faire un court bilan de cette résidence de trois ans à Lyon ?Thierry Escaich : Avoir expérimenté l'écriture vocale soliste, ce que je n'avais que fort peu fait antérieurement, fut un des points importants de mon travail. Ce furent mes "Nuits Hallucinées" pour Mezzo et orchestre. Cela me prépare pour un prochain opéra qui se dessine peu à peu. Mais aussi j’ai eu le plaisir de travailler avec un orchestre au potentiel énorme, tant techniquement que musicalement. L'énergie avec laquelle tous les instrumentistes ont défendu mon ‘Double Concerto’ ou encore mon ‘Concerto pour orgue’ restera une émotion très forte. Et puis ces concerts de musique de chambre où l'on a cherché ensemble - les musiciens de l'orchestre et moi-même au piano ou à l'orgue - du répertoire, où l’on a monté des programmes avec des formations souvent originales restent des moments inoubliables. Ce sera un beau souvenir musical mais aussi humain. Que dire par avance au public lyonnais de votre dernière création ? Comment s'est formée l'idée d'un concerto pour violon ?C'est une pièce en un seul mouvement, mais où l'on entend clairement quatre épisodes : d’abord

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Miroir, mon beau miroir

MUSIQUES | Classique / Thierry Escaich va faire de l’ombre à Fauré, Sibelius et Bizet dans la même soirée. Son Miroir d’ombres pour violon, violoncelle et orchestre éblouit tant qu’on en oublierait le reste. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Dimanche 8 juin 2008

Miroir, mon beau miroir

Le reste, parlons en. Le concert proposé deux soirs de cette semaine par l’Auditorium est de belle constitution avec deux Pelléas et Mélisande de factures très différentes. Celui de Fauré, suite pour orchestre presque immatérielle, comme une incroyable histoire en suspens, et le Pelléas de Sibelius, venu du froid, plus charnel et terriblement mélancolique. À ces œuvres rarement programmées, viennent s’ajouter de larges extraits de l’incontournable Arlésienne de Bizet. Faut-il toujours rassurer le public ? Est-il toujours nécessaire de programmer un «tube» – certes plaisant - parce que dans la même soirée ce public va entendre une œuvre contemporaine et qu’il a encore peur de son propre temps. Pourtant, avec Miroir d’ombres, Thierry Escaich a composé une œuvre à la fois ancrée dans son temps et tellement en dehors. Une œuvre bouleversante de tendresse et d’humanité. Il est bon de le signaler lorsque souvent les créations contemporaines paraissent âpres, inatteignables et incompréhensibles. Commandé à Thierry Escaich par l’Orchestre National de Lille en 2005 lors d’une résidence, Miroir d’ombres est un double concerto pour violon, violoncelle et orchestre aux teintes inquiétantes. To

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«Une approche instinctive et poétique de la création»

MUSIQUES | Portrait / Thierry Escaich, compositeur, organiste, improvisateur, poursuit sa résidence à L'Orchestre National de Lyon avec délectation et sérénité. Pascale Clavel

Dorotée Aznar | Mercredi 21 mai 2008

«Une approche instinctive et poétique de la création»

Aller à la rencontre d'un compositeur français actuel des plus inspirés est une expérience singulière. Thierry Escaich arrive des États-Unis, part en répétition dans une heure, a un concert ce soir, un autre demain et pourtant, l'homme est accueillant, prêt à nous parler de la création artistique en toute simplicité. La porte est ouverte, on entre sur la pointe des pieds, on est avec Bach, Mozart et Brahms tout à la fois, on se sent en équilibre fragile au bord de cet incroyable univers qu'est la création artistique. Thierry Escaich est un musicien boulimique d'apparence tranquille et il suffit de lire la longue liste de ses premiers prix de conservatoire pour être déjà dans un total éblouissement : harmonie, contrepoint, fugue, orgue, improvisation, analyse, composition et orchestration. Lui n'en parle pas, c'est sa force tranquille, son bagage obligé pour un compositeur aux œuvres plutôt intranquilles. On apprend par bribes, au fils d'un entretien qui rappelle ses compositions - un peu hors du temps, un peu morcelé - le temps qu'il faut pour écrire. De Bach à lui-mêmeL'œuvre de Thierry Escaich, colossale et éclectique, prend ses sources à des endroits aussi divers qu

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