The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock.

Xxx

De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me.

Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté – ces crépuscules qui se changent instantanément en aurore – tout n'y est que variations et brouillage des apparences. Brouillage comme ces grésillements entendus sur le très linkousien (entendre « à la Mark Linkous » de Sparklehorse, auquel il semble de bon ton de rendre hommage ces temps-ci) Wollaws, un morceau qui explose soudain en Xxx, comme aux plus belle heures de Dinosaur Jr, avant de repasser en mode Linkous avec Breathe : trois morceaux en un, un morceau en trois, exemple triptyque parmi d'autres d'un album pensé avant tout comme un tout, une déambulation à travers des influences et des univers multiples qui ne demandaient qu'à se connecter.

Ciel étoilé

EITSOYAM joue donc ici les vortex reliant ces mondes – à travers lesquels seul Mark Linkous semble habiliter à (tré)passer à l'infini, privilège des revenants et des passe-murailles – et nous livre un TDO d'une autre dimension – à tous les sens du terme donc – qui, dans telle autre réalité, eut été un groupe rock indé pur et dur (Wake Up, Always) ou dans tel autre un protée post-rock bien fondu (November).

Comme sur la pochette bleutée d'EITSOYAM, le groupe se dédouble et même plus que ça, la lumière rendant les ombres fantomatiques, la nuit étouffant les sons des spectres, engourdissant les impressions, étourdissant les sens. Car ici qu'une chanson soit titrée November ou Summer (superbe finale de l'album), Light Games ou Candle, quoi qu'il arrive on y voit mal, il pleut à l'intérieur, et le plafond s'ouvre en une constellation qui se referme sur nous. De sorte que comme chez Ralph Waldo Emerson ce « ciel étoilé qui tombe la nuit [nous] fasse d'éternelles funérailles ». Eternelles et délicieuses.

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Vundabar, à bonne école et au Sonic

Noisy Pop | Héritiers d'une tradition née dans le Massachusetts, Vundabar endosse avec une facilité déconcertante le legs d'une pelletée d'illustres aînés, fait de surf-music, de proto-punk, de noisy-pop et toutes ces sortes d'indie-choses bruyamment mélodiques.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 juin 2017

Vundabar, à bonne école et au Sonic

Il y a presque trois ans, en ouverture de Sebadoh au Marché Gare, les plus observateurs des spectateurs – du moins ceux qui n'étaient pas trop transis d'impatience à l'idée de retrouver leurs vieilles idoles Lou Barlow et Jason Loewenstein pour ne pas faire œuvre d'une inattention compréhensible – avaient sans doute remarqué ces jeunes Vundabar chargés de chauffer la salle, dignes héritiers de la tradition rock du Massachusetts. Car c'est bien dans leur état natal, à l'ombre de certaines des grandes universités (Harvard, Cambridge, M.I.T. Amherst...) ou dans les banlieues de Boston, qu'est née la fine fleur de la power-pop et du rock à guitares indie : Dick Dale, père du surf rock ; les Géo Trouvetou proto-punk The Modern Lovers ; le Galaxie 500 du velvetolâtre Dean Wareham ; The Cars, inventeurs de la formule power ; le mélange rock milky-way (croustillant à l'extérieur, moelleux à l'intérieur) des Pixies ; Dinosaur Jr. et ses finesses techniques logées dans un grand fracas je-m’en-foutiste ; Sebadoh, exutoire de l'aigre-doux Lou Barlow, également bassiste de Dinosaur Jr., et pour ainsi dire Weezer, sorte de Beach-boys noisy nés dans la cabo

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Dinosaur Senior

MUSIQUES | Créature à trois pattes et famille dysfonctionnelle, Dinosaur Jr. fut l’un des piliers de l’indie rock des années 80-90 et un annonciateur du grunge, avant d’exploser en une déflagration d’egos et de non-dits. Miraculeusement rabiboché en 2005, le mastodonte de J. Mascis et Lou Barlow connaît une seconde jeunesse plus sereine mais tout aussi bruyante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

Dinosaur Senior

Avec quelques autres, Dinosaur Jr. a contribué à semer le vent dont Nirvana récolta la tempête. Et s’il fallait comparer chacun des piliers de l’indie rock à un Cavalier de l’Apocalypse, nous dirions que Sonic Youth fut Pestilence (aussi appelé Conquête), le déclencheur, introduisant dans le fruit le ver d’une révolte sonique (voir encadré) ; les Pixies seraient Guerre, cheval rouge comme le visage hurlant de Black Francis, imposant la dynamique furieuse et létale du morceau qui brise la nuque ; Nirvana, bien sûr, serait Mort, incarnant à la fois l’avènement ultime de l’Apocalypse, la Révélation et dans le même temps l’achèvement du mouvement par le geste symbolique que l’on sait. Manque le troisième cavalier, Famine. C’est Dinosaur Jr., cheval (de trait) noir claudiquant car, comme dans la Bible, porteur d’une balance qu’il n’a jamais su maintenir en équilibre. Famine, car Dinosaur Jr. dont on a dit qu’il était à Nirvana ce que Chuck Berry fut aux Beatles, laissa quoi qu’on en dise le monde de l’indie rock sur sa faim, se fossilisant dans sa propre aigreur. «Ear-bleeding

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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Just rock & folk

MUSIQUES | Musique / Débuts en douceur pour la cinquième édition du festival Just Rock ? sous la forme d'un savoureux parcours folk en guise d'amuse-gueule. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 octobre 2011

Just rock & folk

Pour sa cinquième édition, Just Rock ? a décidé de resserrer les rangs. Là où les éditions précédentes étaient plus éparses, cette année, le festival lyonnais ne s'étendra plus que sur les deux dernières semaines d'octobre, histoire de maintenir l'attention du public. Mieux, il débute par là où il s'était achevé l'an dernier, à savoir le parcours folk. Un événement qui tient particulièrement à cœur aux organisateurs et qui pour le coup visite, au gré d'une déambulation sur le thème du folk, des lieux qui ont l'originalité de sortir du cadre de la musique. La chose se tient le 15 octobre dans le 1er arrondissement et on pourra une après-midi durant aller d'un appartement lyonnais à la Mairie du 1er, en passant par le Passage Thiaffait sur les pentes de la Croix-Rousse. Et assister ainsi dans ces lieux inhabituels aux prestations de toute une pléiade d'artistes folk au sens très large. Qu'il s'agisse du poupon Clermontois bien implanté Zak Laughed (Mairie du 1er arrondissement, 13h30) ou de son homologue Ronan Siri, pour l'instant moins connu mais dont le talent d'auteur-compositeur n'attend plus qu'un album pour exploser pour de bon. Demi-folk

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Le Kid

MUSIQUES | Portrait / Zak Laughed, musicien. Du haut de ses 15 ans, ce fer de lance d’une scène clermontoise qui rêve d’Amérique, fait sensation avec son album, «The Last Memories Of My Old House». Il vient le défendre sur la scène de l’Epicerie Moderne. Comme un grand. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 29 janvier 2010

Le Kid

On pourrait appeler ça l’«Auvergnamericana». Une aspiration à perpétuer les mythes américains et ses véhicules artistiques, avec les Monts d’Auvergne et les scènes clermontoises en lieu et place des Appalaches et des bouges d’Alabama. Des bougnats pur chou en guise de rednecks. Qu’ils se nomment Cocoon, Mustang, St Augustine ou Delano Orchestra, tous exploitent à leur manière un bout du filon de cette ruée vers l’or musicale qu’ils ont initiée. Pur produit de cette jeunesse tombée du berceau sur une pile de vinyles parentaux répertoriant les pères fondateurs de l’Americana, Zacharie Boisseau alias Zak Laughed (comme «Zach-a-ri»), 15 ans, bouille de skater sorti de chez Gus Van Sant et voix de jeune Michael Jackson blanc, période «My Girl», en moins vibratile. À ranger paresseusement parmi les baby-rockers, donc. Mais le rock n’est pas qu’une affaire de classe d’âge et c’est davantage aux côtés d’anciens jeunes prodiges, aujourd’hui trentenaires, que s’inscrit Zak Laughed : l’Australien Ben Lee et le New-yorkais Adam Green, jadis précoces experts en comptines débraillées. Comme eux, Zak, sur scène à 12 ans, a commencé l’artisanat à peine la dizaine franchie, épluchant les chansons d

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