Décollage en douceur

MUSIQUES | Passionné de disco et de pop 70’s et 80’s, Aeroplane insuffle dans sa musique une subtilité mélodique et un groove qui la distingue instantanément du lot. Rencontre avec un DJ-producteur singulier, qui refuse de céder à la « pression du dancefloor ». Propos recueillis par Damien Grimbert

Benjamin Mialot | Lundi 25 février 2013

Quel est votre background culturel ?
Aeroplane :
Je viens de la région de Charleroi, en Belgique. J'ai passé la plupart de ma vie là-bas. J'ai grandi dans une famille d'Italiens, dans laquelle on écoutait évidemment beaucoup de musique italienne. Quand j'ai été en âge de comprendre la musique, en 1986, 1987, une bonne partie était produite par tous les mecs qui avaient fait de l'italo-disco les cinq années d'avant. Donc ça sonnait très électronique, c'était une espèce de pop très sucrée, très "over-the-top" dans les harmonies, mais produite de manière électronique avec des DX7 [synthétiseurs – NDLR], des boîtes à rythmes… Et je pense qu'encore aujourd'hui, c'est un des musiques qui m'influence le plus.

Étant donné votre passion pour la musique des années 70 et 80, vous n'avez pas parfois la tentation de ne passer que des vieux disques ?
C'est un peu difficile, parce le public d'Aeroplane se divise vraiment en deux parties. Il y des gens qui comprennent les références que je fais aux années 80, les synthés analogiques, le temps que je passe à essayer de faire en sorte que ça évoque vraiment cette période… Et puis il y a les plus jeunes, qui eux m'ont découvert avec le remix de Friendly Fires, Youtube, et tous mes remixes un peu plus dance. Du coup, quand je joue dans des clubs, j'ai plutôt affaire à des gens qui s'attendent à des trucs nu-disco, des trucs plus modernes. Donc même si j'ai la tentation de jouer de l'italo-disco ou des morceaux que je considère comme des classiques, des trucs que je porte vraiment dans mon cœur et que je jouerais si j'étais seul dans le club, c'est souvent un peu compliqué. De temps en temps, je le fais : quand ça sonne encore moderne, je le joue parce que finalement, si c'est bien et que les gens dansent, l'année n'a pas vraiment d'importance.

Être cantonné dans le domaine de la "club music", malgré la dimension très pop de vos morceaux, et le soin que vous portez à la composition, ce n'est pas parfois un peu frustrant ?
C'est frustrant dans le sens où quand tu écris de la dance music, c'est 20% de la musique et 80% du "comment ça sonne"… Il y a un formatage assez fort, tu as finalement peu de solutions possibles si tu veux que les gens dansent et reconnaissent cette touche "club" directement. Donc effectivement, tu peux moins t'exprimer dans les harmonies, la composition. Si le truc ne tourne pas en boucle, c'est déjà un peu plus compliqué de jouer ça en club. S'il y a trop de changements d'accord, de mélodies, ou même trop d'éléments différents, le mix final va sonner beaucoup moins puissant que certaines grosses productions. Quand je fais un mix "club", c'est vrai que je m'impose déjà plein de limites, il y a des zones de ce que fais dans lesquelles je ne peux pas trop aller, parce je sais que ça va me poser problème si je joue ça dans un club. Mais je viens de commencer un nouvel album, et là en revanche, c'est un espace où j'essaie de m'exprimer à 100% dans ce que j'aime, sans prendre en considération le fait que je vais jouer ces morceaux dans un set.

Pouvez-vous nous expliquer ce concept de «gaieté triste» dans vos morceaux ?
C'est lié à ce dont je parlais au début, ce truc que tu as dans la musique italienne, ce côté mélancolique, nostalgique… Un accord va t'évoquer un merveilleux moment qui s'est passé dix ans plus tôt, mais en même temps te rendre triste parce que c'était il y a déjà dix ans, et que tu as toujours envie d'y être. Ça crée des sentiments mitigés en toi, tu ne sais pas si c'est bien ou pas, mais la musique produit un effet sur toi, tu ne sais pas si tu dois sourire ou pleurer, et généralement, tu souris avec les larmes aux yeux. C'est un truc bien spécifique, une émotion bien particulière, qui est celle qui m'interpelle le plus dans la musique. En tant qu'auditeur, c'est ça que j'ai envie de retrouver. Et j'essaie aussi d'insuffler ça dans ce que je fais, à travers les accords. C'est l'un des trucs que j'aime le plus faire : trouver des accords qui sont un peu hors du commun, et qui provoquent justement cette espèce de sentiment.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Cette semaine, j'ai commencé à travailler sur un nouvel album. L'idée, c'est d‘écrire un morceau par jour pendant tout décembre et janvier, puis de trier, enregistrer et produire les dix ou douze meilleurs morceaux. On a fait la première sortie de mon label Aeropop il y a un peu moins d'un mois, In Her Eyes, un morceau que j'ai fait avec Jamie Principle, un vocaliste légendaire de Chicago. La prochaine sortie devrait paraître avant la fin de l'année, et l'on bosse déjà sur les trois ou quatre suivantes. Donc entre maintenant et avril, le focus va être sur Aeropop pendant que moi, dans l'ombre, je travaille sur l'album. Et puis toujours beaucoup de dates DJ, une tournée en Australie, une nouvelle tournée en Amérique au mois de mars, et enfin plein de remixes.

Maison Fraîche 15
Aeroplane + Orage + Excellior + Hôtel Particulier
Au Platinium, vendredi 1er mars

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