Saga Africantape

MUSIQUES | Deux ans après un festival formidablement chaotique, le label transalpin Africantape revient à Lyon le temps d'une soirée. L'occasion de considérer ce laboratoire du rock inouï et de revenir sur le parcours de Julien Fernandez, son exigeant et fuyant fondateur. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 10 mars 2013

Julien Fernandez, le fondateur et amiral du label Africantape, est typiquement le genre de gars qu'on ne peut pas encadrer. On ne dit pas ça parce que sa tête ne nous revient pas. Encore qu'on s'estime heureux de ne pas savoir son regard de teen blasé et psychotique (vous voyez Ezra Miller dans We Need to Talk About Kevin ?) accroché au-dessus de notre cheminée. Si on ose l'emploi de cette formule, c'est parce qu'il est à l'image de la musique qu'il publie : impossible de le faire rentrer dans une case, y compris dans celle qu'il lui manque – on ne s'explique pas autrement l'envie qui l'a pris en 2008, soit au plus fort de la crise du disque, de monter sa petite entreprise. Ce n'est pourtant pas faute de le connaître depuis une paye.

Il mourra pas gibier

Car avant de se la couler dur sur les bords de l'Adriatique (Africantape est basé à Pescara, en Italie), Julien Fernandez étudiait les beaux-arts à Nantes et, surtout, jouait de la batterie au sein du duo Chevreuil. Nous sommes alors au début des années 2000 et, à l'époque, avoir un nom à la con, jouer au milieu du public, prêter attention à la spatialisation du son – la plupart des membres de La Colonie de Vacances ne savaient même pas compter jusqu'à quatre que Tony Chauvin, le guitariste, s'essayait à la quadriphonie avec ses amplis - et se passer d'une basse n'est pas encore la norme dans le petit milieu du rock dit expérimental.

A l'avant-garde de l'avant-garde, Chevreuil arbore déjà ces quatre signes distinctifs. Il est surtout, avec ses compositions pleines de chausse-trappes rythmiques et d'harmonies dissonantes, parmi les premières formations européennes à rivaliser en intensité et en audace avec la référence de la noise indépendante (pléonasme), Shellac. Le trio de Steve Albini, intransigeant et inventif producteur dont le nom figure sur tous les grands albums électriques des années 90, a beau être l'influence la plus évidente de Chevreuil, il est loin d'être la seule : éduqué au hip hop avant que Nirvana ne lui donne pour de bon le goût du vacarme instrumental, Julien Fernandez avoue devoir autant à Led Zeppelin, The Jesus Lizard, Michael Jackson ou encore... Sabrina. Oui, la Sabrina de la piscine. Lard ou cochon ? On ne le saura sans doute jamais. Pas plus qu'on ne saura si Passe-Montagne, l'autre groupe avec lequel il a fait ses armes de mathématicien des fûts, sortira un jour du silence dans lequel il s'est muré.

Caught on Africantape

Cela ne devrait en tout cas pas survenir de sitôt, l'intéressé se disant aujourd'hui «fatigué de jouer de la musique», voire «pas fait pour ça». Un comble, considérant le nombre de musiciens hexagonaux revendiquant l'influence de Chevreuil (qui continue lui à se produire sur scène mais de manière très épisodique). On est toutefois tenté de le croire, au regard de la respectabilité, forcément chronophage et énergivore, acquise en l'espace de cinq ans par Africantape. Une respectabilité d'autant plus significative que le label doit son existence à un hasard - à l'origine, Fernandez voulait publier des livres et c'est pour des raisons économiques et par familiarité qu'il s'est tourné vers l'édition discographique – et qu'il est animé par une logique anticonformiste poussée à l'extrême.

A l'heure où, pour espérer quitter l'ornière, un label doit être exploité comme une marque, Africantape revendique en effet une esthétique «hermétique», à rebours de toutes les modes, même les plus marginales. D'ailleurs, pourquoi Africantape ? «J'aimais bien l'idée d'un nom qui n'avait rien à voir avec ce qu'il représente». La conséquence directe de cette posture à mi-chemin du dadaïsme et du Do It Yourself, c'est que la situation financière de la structure, si elle est loin d'être fragile, n'en est pas pour autant florissante : «Ça va, ça vient. Il y a des moments délicats, mais jusqu'à maintenant, je m'en suis toujours sorti. La santé économique d'Africantape dépend beaucoup de mon vrai travail : celui d'agent de presse européen pour d'autres labels (via l'agence 5 Roses Press, NDLR). Sans ce travail, le label existerait toujours, mais serait bien entendu beaucoup moins productif».

Alchimie chimie Ya

Ce n'est pas peu dire, Africantape s'apprêtant à glisser dans les bacs sa quarante-troisième référence, en l'occurrence le nouvel album de Ventura, trio suisse excellant dans la pratique du clair-obscur mélodique, celle-là même que Sonic Youth et les Pixies ont élevé au rang d'art. Auparavant, le label a révélé Aucan et son post-dusbtep élégiaque, Marvin et sa dance noise épileptique ou encore Peter Kernel et son art punk doucement zinzin, accompagné la mue pop des bruyants bidouilleurs d'Honey for Petzi, pris le risque de commercialiser les invendables et néanmoins passionnants projets multimédias du rappeur et vidéaste Alexis Gideon, offert l'asile (au sens propre) aux mystiques perforateurs de tympans d'Extra Life, sauvé du quasi naufrage de Touch & Go (historique enseigne bruitiste, où loge notamment Shellac) les Shipping News...

Autant de projets immensément dissemblables, aussi bien du gros de l'industrie que les uns des autres, mais dont l'accomplissement repose sur un même processus : la transmutation d'une matière vile – le bruit - en un matériau noble - la musique. On comprend mieux pourquoi lorsqu'on lui a demandé à l'écoute de quels artistes il s'était construit, Julien Fernandez – qui d'ailleurs, sur le site de sa structure, fait de ses disques des œuvres plastiques en les bousillant - a, dans une de ces saillies ambiguës dont il a le secret, glissé le nom de l'alchimiste suisse Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, alias Paracelse.

Africantape Night : Peter Kernel + NED + Three Second Kiss
au Clacson, jeudi 14 mars


African tape night

Peter Kernel + Ned + Three seconds kiss
Le Clacson 10 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

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Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Entretien | Queer Lion à la Mostra de Venise, le quinzième long-métrage d’Anne Fontaine est une adaptation aussi lointaine que promet de l’être son futur Blanche-Neige, qu’elle tournera en avril et mai entre Lyon et Vercors avec Isabelle Huppert…

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Adapté d’un livre racontant une “renaissance” passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec En finir avec Eddy Bellegueule dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite avec Édouard Louis [l’auteur du livre, NDR], on est tombé d’accord sur le fait que ce n’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à partir d’une enfance traumatisante et difficile. Mais j’ai aussi mis beaucoup d’éléments personnels : j’ai moi aussi changé de nom quand j’avais 17 ans, j’ai été actrice… J’ai construit l’histoire avec des points communs, et elle un peu mienne. Y avait-il chez vous le même bes

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10 concerts à ne pas manquer en décembre

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Oxia Dans le cadre du festival Elekt’rhône, Oxia viendra faire danser le Petit Salon en début de mois. Incontournable derrière les platines de la région, le Grenoblois propose depuis plus de dix ans une techno en perpétuelle évolution. Agrémentant ses tracks de funk, de rythmes tribaux ou proposant une techno minimale dans la plus pure tradition du genre, Oxia a toujours su utiliser la bonne recette au bon moment. Au Petit Salon le vendredi 2 décembre Benjamin Biolay Après avoir passé plusieurs années au fond du gouffre, mélangeant spleen, alcool et médicaments, Benjamin Biolay est de retour avec Palermo Hollywood, un album placé sous le signe du renouveau. Enregistré en Argentine, cet opus permet enfin au chanteur de laisser s'exprimer son côté festif – si, si, il en a un – sans délaisser sa moitié mélancolique. Biolay s'est

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11.12 CLFT invite... Étrange fin d'année que celle-ci, où le moindre beauzarteux sous ketamine se sent la hardiesse d'un William Wallace («Ils peuvent nous ôter la vie, mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté de danser !»). On se rassure en se disant que certains n'ont pas attendu d'être terrorisés pour faire acte de résistance nocturne. Ainsi de CLFT, dont la résidence au Transbordeur fera une fois encore la part belle à la techno la plus fonctionnelle qui soit (au sens de fonction vitale), en la ténébreuse et métallique présence des Londoniens Fundamental Interaction et Ben Gibson.

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Benjamin Mialot | Vendredi 26 décembre 2014

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Les Quatre Fantastiques. Le Club des 4. Les quatre cavaliers de l'Apocalypse. Les quatre filles du docteur March. Les quatre Charlots mousquetaires. L'union ne fait jamais autant la force que lorsque la somme des individus la constituant est égale à ce nombre qui, en Extrême-Orient, symbolise le chaos. Ce même chaos que les groupes Marvin, Electric Electric, Pneu et Papier Tigre, soit le dessus du panier de la noise d'origine française, ordonnent en prenant soin de ne pas le faire disparaître, pour reprendre une formule du réalisateur mexicain Michel Franco – dont on n'aime pas franchement le cinéma, mais c'est une autre histoire. Depuis deux ans et demi, ils le font de concert sous le nom de La Colonie de Vacances. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes : quatre scènes réparties dans autant de coins du lieu d'accueil, en l'occurrence Grrrnd Zero, onze musiciens, quatre batteries, cinq guitares, trois claviers (le compte n'est pas bon, c'est normal, il y en a un qui triche), deux heures de furie sonique, un nombre indétermin

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Quel nom donner à son enfant ? Les forums de discussion bruissent de débats sur la question. Lesquels n'échappent jamais au dressage d'une liste de "prénoms à la con", où figure en bonne place Marvin. Pourquoi pas. Marvin, c'est le grand dadais de Maman j'ai raté l'avion, c'est le robot dépressif du Guide du voyageur galactique, c'est Marvin Gaye, soul singer toxicomane qui a lancé Phil Barney... Pas vraiment des modèles. Sauf que c'est aussi Marv, le marginal aux poings granitiques qui tient le premier rôle de Sin City. Et c'est surtout Marvin, trio montpelliérain qui partage avec lui un sacré savoir-faire en matière de claquage de beignet. La comparaison s'arrête là : sa marque de fabrique, le groupe ne l'imprime pas avec ses phalanges, mais avec des morceaux formidablement couillus et pêchus, où se devinent les influences conjointes de la disco robotique de Daft Punk, de la noise tarabiscotée de Shellac, de la proto-techno autoroutière de Kraftwerk, et du heavy metal monumental de Led Zeppelin (Immigrant Song fait d'ailleurs partie de leur pool de r

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Electro / À en croire les plus visionnaires des commentateurs, le dubstep est mort. Terminé le boom boom syncopé, les woo woo woo à basse fréquence et les mélodies taillées comme des barres de logements sociaux. Et tant pis si les mêmes assuraient, il y a cinq-six ans de cela et les mains en position «c'est hénaurme !», que cette musique née dans les soirées interlopes du sud de Londres était LA grande rupture que le monde attendait depuis l’avènement de la house et de la techno au début des années 80. Ne les écoutez pas, ce sont des idiots. Pas tant parce qu'ils ont sous-estimé le potentiel de leur poulain, mais parce qu'ils sont vraisemblablement passés complètement à côté de l'extraordinaire deuxième album du trio italien Aucan. Son nom : Black Rainbow. Le coup de génie de ses auteurs : avoir mis la pédale douce sur les ambiances futuristes qui caractérisent usuellement le genre pour mieux lui rendre, à coups d’œillades au math rock, au trip hop, à l'electronica et au drone, sa fonction première d'excitant anatomique (poils qui se dressent, poumons qui pulsent, nuques qui s'entortillent...). La résurrection live est pour la nuit

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Vous voyez l'ambiance du Piranha 3D d'Alexandre Aja ? Avant que la poiscaille préhistorique ne pointe le bout de ses ratiches acérées. Les alcools forts ruisselants sur des popotins galbés, les t-shirts gorgés d'eau et les poitrines gonflées par le désir de vivre qu'ils peinent à contenir, les bellâtres aux caméscopes turgescents, le hip hop à grosses sneakers, les bateaux tout juste livrés par le concessionnaire du coin, tout ça. Et bien Peter Kernel, c'est tout le contraire. C'est Springbreak vu par les joueurs d'échecs et les étudiants en graphisme : une sono qui crache le meilleur de la musique électrique indé des années 90, des corps ordinaires tatoués au feutre noir, des girafes de soda, des antivols qui valent plus chers que les vélos qu'ils protègent et des souvenirs fixés via filtre polarisant. C'est un trio basé en Suisse (premier pays producteur de décibels d'Europe, on ne le dira jamais assez) dont la musique charrie des échos de la noise arithmétique de Shellac, du hardcore indépendantiste de

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«Les jolies colonies de vacances / Merci maman, merci papa / Tous les ans, je voudrais que ça r'commence / You kaïdi aïdi aïda». Nous aussi, monsieur Perret, on voudrait que tous les ans ça r'commence, à la condition express que Marvin, Pneu, Papier Tigre et Electric Electric tiennent systématiquement les rênes, comme ils le feront le 6 octobre à l’Épicerie Moderne dans le cadre du Riddim Collision. Car voyez-vous, monsieur Perret, et voyez-vous, chers lecteurs planqués derrière ce brave chansonnier octogénaire, ces quatre groupes isotopes, non contents de constituer la fine fleur de la noise avant-gardiste tricolore, se produisent depuis quelques mois simultanément. En quadriphonie, pour être précis. Soit trois batteries, quatre guitares, quatre basses et claviers encadrant le public pour un vacarme de tous les diables à base de rythmes mathématiques, de guitares abrasives et de mélodies atonales, le tout sous le saint patronage de Steve «Shellac» Albini. De là à dire que les particularismes de chaque entité s'y retrouvent diluée jusqu'à l'indistinction, il n'y a qu'un pas que nous vous intimons de ne pas franchir : les pulsions tribales des Strasbourgeois de Electric Electric,

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