Peter et son orchestre

Stéphane Duchêne | Mercredi 13 mars 2013

Voilà déjà presque un an qu'est sorti le premier extrait de Big Issues Printed Small, le prometteur et frustrant Twelve Twenty One. Frustrant car, dans l'intervalle, même le concert (magique) donné au Temple Lanterne en duo acoustique au printemps dernier, à l'occasion d'une tournée que nous appellerons "des églises", s'il dévoilait la plupart des chansons dudit album, n'avait guère permis de s'en faire une idée précise.

Pour cela, il fallait compter parmi les chanceux à avoir applaudi le Suédois l'année précédente, Salle Pleyel notamment, où il se livra à un tour de chauffe pré-enregistrement. Une préparation au long cours qui devait permettre un enregistrement live et analogique dans le studio de son producteur de toujours, Christoffer Lundquist, lauréat en 2011 du prix George Martin – dont les méthodes d'enregistrements avec les Beatles ont éclairé les deux compères.

Une manière de se mettre en danger qui n'en rend le résultat que plus époustouflant et, à l'image de ce processus de création inédit pour Von Poehl, commande qu'on y revienne pour mieux en saisir chaque détail, chaque inflexion, chaque instrument, note de haut-bois ou coup de métalophone. Les miniatures de Von Poehl, qui franchit ici un palier dans la hiérarchie des songwriters, s'y trouvent magnifiées par les arrangements remarquablement raffinés de la figure du rock suédois Martin Hederos (The Soundtrack of Our Lives, Hederos & Hellberg) et la spontanéité d'une prise directe ouverte à l'aléa.

Entre orchestrations classiques voire contemporaines (To The Golden Rose, l'intro quasi-Prokofievienne de Orders & Degrees) et envolées en cinémascope (Twelve Twenty One, Pious Man, 28 Paradise), la voix gracile et le phrasé très soul du Suédois se paient un merveilleux voyage en féerie pop. The Archeologist, 28 Paradise et la chanson-titre Big Issues Printed Small comptant sans doute parmi ses plus belles compositions, Von Poehl, blondinet poupin à l'indéfectible sourire, y apparaît tel le turbulent Nils Holgersson de Selma Lagerlöf : donnez-lui de quoi voler et il vous contera de grandes histoires un peu irréelles qui, même en petits caractères, se chargent, comme chez John Ford, d'imprimer leur propre légende.

Stéphane Duchêne

Big Issues Printed Small (PVP/Peter Von Poehl)

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Peter Von Poehl : « les instruments sont une palette d'émotions »

Pop | Composé à partir de claviers vintage, le dernier album du Suédois Peter Von Poehl, Sympathetic Magic, détonne sans dérouter dans l'univers musical délicieusement impressionniste d'un compositeur nourri d'images autant que de sons. Entretien avant sa venue au Ninkasi Kao.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 décembre 2017

Peter Von Poehl : « les instruments sont une palette d'émotions »

Pour votre précédent album, Big Issues Printed Small (2013), que vous qualifiiez de « symphonie lo-fi », vous aviez écrit tous les morceaux au préalable avant de les tester sur scène et de les enregistrer en une journée avec un orchestre dans les conditions du live. Comment vous y êtes vous pris cette fois pour Sympathetic Magic ? Peter Von Poehl : Ça ressemble davantage à la méthode que j'avais utilisée sur mon premier album, Going to Where the Tea Trees Are (2006) : quelque chose de plus bricolé, avec beaucoup de petits enregistrements successifs dans mon studio de Paris, qui étaient censés être des maquettes mais dont j'ai finalement gardé pas mal de choses. Mais le vrai déclencheur de l'écriture de ce disque, c'est que j'avais récupéré des claviers que j'avais ado à Malmö et que mes parents menaçaient d'envoyer à la décharge. Retrouver le son de ces synthés a un peu fonctionné comme une madeleine de Proust. Et comme ce sont des instruments que je ne maîtrise pas parfaitement, ça m'a aussi obligé, moi qui suis plus habitué aux guitares, à composer différemment. On sent sur ce disque une patte beauco

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Marie Modianesque

Littérature | Comédienne, ayant étudié l'art dramatique à la Royal Académie de Londres, poète, chanteuse et écrivain, on connaît Marie Modiano pour un recueil de poésie, Espérance (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 7 mars 2017

Marie Modianesque

Comédienne, ayant étudié l'art dramatique à la Royal Académie de Londres, poète, chanteuse et écrivain, on connaît Marie Modiano pour un recueil de poésie, Espérance mathématique, pour ses albums dont l'un est la mise en musique du recueil précité, par son compagnon Peter Von Poehl, et pour un étrange roman baptisé Upsilon Scorpii. On la connaît évidemment aussi pour être la fille d'un Prix Nobel de Littérature, Patrick Modiano. Une filiation difficile à passer sous silence. En revanche, on la connaît un peu moins pour une histoire toute personnelle, intime, qui est aussi un petit bout d'Histoire de la littérature et qu'elle raconte dans Lointain son deuxième roman. Une histoire comme on ne les invente pas, insatiablement romanesque : celle de sa rencontre, adolescente, avec un jeune américain en 1994 sur le Pont des Arts. Un type un peu errant, musicien, poète, écrivain, qu'elle ramènera à la maison et dont elle finira par découvrir qu'il est l'auteur d'un gigantesque manuscrit écrit en pattes de mouches sur lequel il est urgent de se penche

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant le concert du Suédois au Transbordeur, on pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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Von Poehl aux œufs d'or

MUSIQUES | Quatre ans après "Mayday" et un an après un premier single alléchant, le parigot-Suédois revient enfin avec l'ultra-raffiné "Big Issues Printed Small" : près de trois ans de préparation sur scène avec orchestre, une journée d'enregistrement live en Suède et sans doute son meilleur album à ce jour. Qu'il nous présente ici, avant de le faire sur la scène de l’Épicerie Moderne en duo acoustique. Propos recueillis par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mercredi 13 mars 2013

Von Poehl aux œufs d'or

L'an dernier tu as joué dans un certain nombre de lieux "insolites", notamment au Temple Lanterne à Lyon. Quels souvenirs gardes-tu de cette tournée ?Peter Von Poehl : La préparation de l'album avait été longue, avec beaucoup de concerts en formation de 17 à 40 musiciens, pour aboutir à ce que je voulais : un enregistrement live sur une journée. Tout était très organisé, très calé, avec des partitions écrites jusqu'au moindre triangle. A la fin de l'enregistrement, j'ai eu envie de revenir sur scène d'une manière totalement différente, en duo avec le violoncelliste Zack Miskin. Quant à cette idée de jouer dans des endroits "différents", c'était en moi depuis longtemps. Dans les salles de concert, on a un rituel, des habitudes. Quand on se retrouve dans un temple, une église ou même une usine de tapis, ça raconte autre chose avant même qu'on ait joué une seule note. Le public se comporte différemment, comme intimidé par le lieu. Pour moi également les sensations étaient vraiment différentes, et elles ont été propres à chaque lieu où j'ai joué lors de cette tournée.

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Le Marchand du Temple

MUSIQUES | Le revoilà notre Vagabond du Grand Nord préféré, Peter Von Poehl, ce Suédois qui comme l'Italo-Anglais Piers Faccini a choisi la France comme pays d'adoption. (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 5 avril 2012

Le Marchand du Temple

Le revoilà notre Vagabond du Grand Nord préféré, Peter Von Poehl, ce Suédois qui comme l'Italo-Anglais Piers Faccini a choisi la France comme pays d'adoption. Le voilà d'ailleurs si attaché à notre beau pays, qu'après avoir épousé la fille d'un écrivain patrimonial, Marie Modiano (fille de Patrick donc), il a choisi de parcourir le «long manteau d'églises qui recouvre la France», si cher à notre Président et à sa plume Henri «Hulk» Guaino. On rigole, mais l'idée est assez belle – contourner le circuit habituel des salles de concert et autres Scènes Musiques Actuelles au profit de chapelles, d'églises et de temples – et conduit Peter Von Poehl à se produire à Lyon dans un endroit plutôt inédit pour tout amateur de pop : le Temple Lanterne, antre protestante de la rue du même nom. À lieu intimiste, prestation intimiste, puisque ce sera l'occasion de découvrir les classiques de ses deux premiers albums Goin

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Le Vagabond du Grand Nord

MUSIQUES | Peter Von Poehl, chanteur et musicien suédois, auteur de "May Day", fruit très savoureux d’un incessant vagabondage géographique et artistique entre Suède, Allemagne et France. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Dimanche 22 mars 2009

Le Vagabond du Grand Nord

Le premier album de Peter Von Poehl, Going to where the tea-trees are, devait au départ s’appeler Mummenschanz, ce qui, en allemand, désigne une sorte de "bouffon musicien itinérant". Bouffon, on ne saurait trop dire, mais musicien itinérant, il l’a toujours été. Entre son pays, la Suède, l’Allemagne, patrie de son père, où il a vécu plusieurs années, et Paris qui l’a adopté, le blond Peter, en tournée perpétuelle depuis trois ans, ne tient pas en place : «J’essaie de faire la paix avec cet aspect de ma personnalité" confie, dans un français parfait, celui qui sur le single Parliament chante «I’m still a stranger in this land». «En ce moment, c’est plus compliqué que jamais car je n’ai plus d’appartement. Je sais juste que je suis en France jusqu’en mai et qu’en juin je vais passer quelques temps à Stockholm, où je vais peu car je suis du sud de la Suède.» La Suède, 8 millions d’habitants mais troisième exportateur de musique après les USA et l’Angleterre, Peter l’a quittée très jeune et l’aime à distance, n’y revenant quasiment que pour enregistrer ses disques, règle à laquelle il ne déroge pas : «C’est difficile

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