Maniaco-agressive

MUSIQUES | Après quelques livraisons faussement apaisées, Shannon Wright revient au Clacson avec la porte dans la main. Et un disque, "In Film Sound", qui confirme les tendances bipolaires de son rock, autant à l'os qu'à fleur d'âme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 avril 2013

C'est par un grand coup de pied dans la porte que débute le dernier album de Shannon Wright, In Film Sound. Une porte qui, à l'image de la pochette surgraffée du disque, ressemble à s'y méprendre aux toilettes, noires celles-ci, de feu le CBGB – où il n'était conseillé de se rendre qu'en cas d'extrême urgence combinée à une sérieuse anosmie.

Certes, on a connu l'éternelle jeune femme plus apaisée, lorsqu'elle collaborait avec Yann Tiersen, calmait le jeu (sans pour autant calmer le reste) sur Let in the Light et Honeybee Girls, reprenant même Asleep des Smiths avec l'évanescence qui sied à son sujet et à son interprète originel.

Mais dans la bouche de Shannon Wright, le miel finit toujours, on ne sait trop pourquoi (le sait-elle elle-même ?), par se transformer en vinaigre. Ce vinaigre avec lequel elle attrape les mouches (et les abeilles) pour mieux leur claquer le beignet d'un riff paralysant, d'une rythmique sourde, d'un cri qui tue. Comme si aussi, le fait de laisser entrer la lumière était une manière de l'emprisonner, de s'emprisonner soi-même (Captive to Nowhere, chante-t-elle).

Phases maniaques

Secret Blood, déjà, retrouvait à intervalles réguliers cet ADN mangeur de bonheur. Qu'on ne s'y trompe pas, si In Film Sound voit se succéder orages et accalmies relatives, ombres et brouillards, c'est qu'il a un fonctionnement non seulement binaire comme toute chose rock, mais surtout bipolaire : les phases maniaques, colériques, merdeuses et bravaches alternant avec les phases d'abattement et de tristesse infinie caractéristiques de cette maladie de l'âme (Bleed). Quand on n'est pas carrément à cheval sur une phase de transition (Mire).

Dans un précédent article, nous comparions la Wright, dans ses révoltes comme dans ses charmes, à la Claire Fisher de Six Feet Under. Aujourd'hui, In Film Sound bien en tête, on la renverrait volontiers à la Carrie Mathison d'Homeland, agent anti-terroriste de la CIA, midinette esseulée et paranoïaque. La ressemblance physique n'y est plus mais la colère qu'on ne parvient plus à garder rentrée affleure puis explose de la même manière. Comme le cri, la crise, d'une jeune femme d'autant plus habituée à son désespoir qu'elle ne sait que trop bien comment en allumer la mèche.

Shannon Wright + Boy & the Echo Choir
Au Clacson, lundi 15 avril


Shannon Wright + Boy and the echo choir


Le Clacson 10 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Shannon Wright, l'état Providence

Rock | Énième concert lyonnais pour la métronomique Shannon Wright, avec cette fois un album, Providence, qui déroute l'accès à ses sombres états d'âmes, sous la forme d'un bouleversant piano-voix.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Shannon Wright, l'état Providence

Ainsi va l'artisanat wrightien : comme ses illustres homonymes pionniers de l'aviation, lorsque Shannon Wright décolle, on ne sait jamais vraiment quelle sera la durée du vol, ni dans quel état va nous laisser l'atterissage. Ce qui, au vrai, tient davantage du saut de la foi que de l'expérience icaresque. Or, dans la carrière de la Floridienne, toute en fragilité bruitiste et tempêtes sous un crâne de cristal, on a connu quelques affaissements salvateurs, turbulences en forme d'accalmie qui nous tiraient les tripes vers le bas dans le vertige du trou d'air. Chez Shannon, ces moments se manifestaient par un soudain rendu des armes, la reddition d'une âme fatiguée de sa propre rage sonique, s'abandonnant, le temps d'une douce éruption, à la torch song existentielle, au lacrimae rerum éperdu. Une tendance qui jaillissait ça et là comme autant d'enclaves au milieu de la "noise parade" qu'elle avait entrepris de faire tonner entre nos oreilles. On en trouvait traces sur à peu près chacun de ses disques les plus récents – sous la forme d'une ballade débranchée, d'un

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Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

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A cœur ouvert

MUSIQUES | Quatre ans après A l'Aveuglette, Françoiz Breut est de retour avec "La Chirurgie des Sentiments" et un concert à l'Epicerie Moderne. À cette occasion, elle se confie de bon cœur sur ce disque du changement dans la continuité. Et sur le reste : la musique, l'écriture, la vie, Bruxelles... Texte et entretiens: Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

A cœur ouvert

La Chirurgie des sentiments est un titre qui pourrait facilement résumer votre discographie...Françoiz Breut : Sans doute parce que je continue d'y décortiquer le sentiment amoureux. Mais j'y parle aussi de plein d'autres choses (rires). Je travaille un peu par phases : les idées arrivent et d'autres par-dessus, puis elles reviennent. Je construis mes textes et mes albums à partir de cette succession d'idées. Quant à la chanson qui donne son titre à l'album, elle parle du fait qu'on a beau essayer d'être rationnel, le cœur est toujours là qui nous fait faire des choses auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Et c'est très bien, parce qu'au fond, on en a besoin. Le premier titre de l'album, BXL Bleuette, est consacré à Bruxelles, où vous vivez. L'amour des villes, la géographie, le voyage, c'est une autre constante de votre œuvre...C'est vrai : depuis le premier disque, je suis passée par Tarifa, par Portsmouth, par Dunkerque. J'ai aussi parlé des villes en général dan

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La Valse de Yann

MUSIQUES | Sans doute fatigué de ses bretonnades et de ses poulaineries, de lui-même peut-être aussi, Yann Tiersen a un jour fini par mettre le cap sur les États-Unis, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 8 avril 2011

La Valse de Yann

Sans doute fatigué de ses bretonnades et de ses poulaineries, de lui-même peut-être aussi, Yann Tiersen a un jour fini par mettre le cap sur les États-Unis, où il a beaucoup tourné. Puis l'an dernier en est revenu avec un album impressionnant de dépouillement, le splendide "Dust Lane". Peut-être son premier album de rock, poussiéreux et sans concession qui laisse dans la bouche un goût de cendre. Mais surtout de reviens-y. Comme à l'Epicerie Moderne, mardi 19 avril.

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Brestois émois

MUSIQUES | Musique / Au Théâtre de Villefranche, Miossec et Yann Tiersen uniront leurs voix pour un spectacle composé de morceaux inédits écrits à quatre mains. Une première pour ces deux figures emblématiques d’une génération de rockers français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 janvier 2009

Brestois émois

Ça commence comme une histoire pas drôle : quand un musicien breton rencontre un chanteur breton, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des chansons. Voilà, ce n’est absolument pas drôle, mais c’est pourtant bien ce qui s’est produit entre Christophe Miossec et Yann Tiersen. Les deux Brestois se sont déjà croisés, partageant des affiches de concert et enregistrant même un morceau sur un album de Tiersen, le dernier, Les Retrouvailles. Ça s’appelait Le Jour de l’ouverture, et il a dû leur laisser un goût d’inachevé dans la bouche : en effet, ils avaient convié un troisième larron, l’incontournable Dominique A., dont la majesté vocale écrasait les timbres fluets de ses deux camarades. Rendez-vous manqué ? Toujours est-il qu’en début de saison, ils annonçaient officiellement leurs noces musicales sur scène, le temps d’une tournée qui est aussi un bon moyen de faire un bilan de leurs carrières respectives. Les noces rebellesCar Miossec, qui avait donné un sacré coup (dans le nez) au rock d’ici avec son album inaugural Boire, a depuis connu des fortunes diverses. Concerts boiteux, disques inégaux (on en retiendra deux : Baiser et surtout le sous-estimé Brûle), ventes alimentaires

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