"Remember Attica !"

MUSIQUES | A 76 ans, le protée jazz Archie Shepp convie son big band sur la scène du Théâtre Antique pour jouer une pièce essentielle de l'Histoire – musicale mais pas seulement – américaine : "Attica Blues", sorti en 1972, un brasier de "Great Black Music" né des cendres de l'un des plus tristes et sanglants épisodes du militantisme noir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 juin 2013

Qui a vu Un Après-midi de Chien (A Dogday Afternoon) de Sidney Lumet se souvient sans doute de cette scène où Al Pacino, campant Sonny Wortzik, un braqueur de banque aux abois, tient tête à des forces de l'ordre tétanisées par son charisme exalté. Ralliant les badauds à sa cause au cri d'«Attica ! Attica ! Remember Attica !». Si le film sort en 1975, il se déroule en 1972 et s'inspire d'un fait divers survenu à Brooklyn cette même année. Or en 1972, les trois syllabes «A-tti-ca !» forment à la fois le cri de ralliement et le symbole d'une lutte contre le pouvoir au croisement du pacifisme et de l'antiracisme ; du Weather Underground, mouvement gauchiste particulièrement radical, aux Black Panthers.

Réputé pour accueillir certains des détenus les plus dangereux des Etats-Unis et nombre de dissidents politiques, le centre correctionnel d'Attica devient mondialement célèbre le 9 septembre 1971. Quelques jours plus tôt, menés par le militant d'extrême-gauche Sam Melville les détenus entreprennent une grève du... petit-déjeuner, suite à la mort du Black Panther George Jackson – auquel Bob Dylan consacre alors une chanson – lors de sa tentative d'évasion de la prison de San Quentin en Californie. La "grève" devient mouvement social, mettant en lumière l'état des prisons américaines et la manière dont sont traités les prisonniers (violences, racisme, une douche par semaine, un rouleau de papier-toilette par mois).

La situation s'envenime – des rumeurs à propos de prisonniers torturés circulent – jusqu'à la mutinerie et la prise d'otage de quarante-deux gardiens et civils. Problème : un gardien blessé lors des événements meurt quelques jours plus tard. Et si une partie des requêtes des mutins sont acceptées, le gouverneur Nelson Rockefeller rejette l'amnistie des responsables de la mort du maton, tout comme il refuse de se rendre sur place pour négocier. Le 13 septembre, il fait donner l'assaut par 500 policiers. L'opération est un carnage et fait trente-neuf morts : dix gardiens (dont neuf tués par la police) et vingt-neuf prisonniers (dont quatre tués par leurs codétenus).

Free (jazz)man

Aussi violent et traumatique fut-il dans la psyché américaine, l'événement a au moins eu le mérite d'améliorer le quotidien des détenus américains et de réveiller les consciences. C'est aussi en 1972, année des événements relatés dans Un Après-midi de chien et de la sortie de la chanson de John Lennon Attica State – ironiquement, son assassin, Mark Chapman, y est aujourd'hui enfermé que le jazzman Archie Shepp publie ce qui restera sans doute son album le plus marquant : Attica Blues.

A l'époque Shepp, auteur notamment des fabuleux Fire Music, Mama Too Tight et The Magic of Ju-Ju et connu pour la puissance tellurique de son jeu de saxophone et ses penchants pour la musique africaine, est déjà une figure du free jazz, proche de John Coltrane et parmi les artistes phares du label Impulse!. Mais il est également poète, dramaturge – diplômé d'Art dramatique du Goddard College, plus tard professeur d'histoire de la musique et, avant toute chose, un homme engagé, proche des thèses de Malcom X, comme beaucoup de free jazzmen – il lui dédiera Malcolm, Malcom, Semper Malcolm.

Matière noire

Bien qu'enregistré à l'initiative de son batteur Beaver Harris, Attica Blues est probablement le disque qui résume le mieux ce jazzman qui refuse les étiquettes, ses positions politiques et son immense curiosité musicale. Une sorte d'oeuvre somme où se télescopent l'influence de Duke Ellington et l'histoire du peuple noir et de ses chants : du negro spiritual au blues en passant par la soul – la musique des Black Panthers, qui rejettent justement le blues, perçu comme un symbole de l'esclavage – en passant par le funk et quelque chose de ce qui deviendra le rap. Bref, une histoire de le culture noire-américaine concentrée en un album autour d'un événement qui a contribué à la cristalliser et, un peu, à la libérer.

La conscience politique est la matière première d'un disque auquel collabore notamment l'avocat William Kunstler, emblématique défenseur des Black Panthers, des Weathermen et de mutins d'Attica. Ainsi, sur le déchirant Steam, Shepp rend hommage à son cousin victime de la répression policière envers la lutte pour les droits civiques et sur Invocation : Attica Blues, dénonce «ceux qui pensent qu'ils sont dans leur bon droit, quand en ayant le pouvoir, ils prennent la vie d'un homme noir».

Mais de cette matière noire, à tous les sens du terme, Shepp fait une fête. L'oeuvre, rarement jouée en live – c'est dire si le spectacle est inratable –, est écrite pour big bands et se présente comme une incroyable bacchanale contestataire et exaltée, un manifeste de la "Great Black Music" qui suinte l'atmosphère des "dog days", ces journées d'été où la chaleur étouffante se mue en fièvre moite. Comme avec Al Pacino dans la fameuse scène d'Un Après-midi de chien, les cris de colère y deviennent cris de joie, l'éructation se mue en exaltation, la mélancolie en consolation et la révolte en célébration.

Archie Shepp Big Band - Attica Blues
Au Théâtre antique de Fourvière, lundi 17 juin


Archie Shepp big band


Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Archie Shepp, Louis Sclavis : libres !

Jazz | Double shot de pointures jazz cette semaine : Archie Shepp pose son saxo à l'Auditorium, Louis Sclavis squatte l'Opéra Underground. Enfin le réveil de la note bleue à Lyon ?

Sébastien Broquet | Lundi 8 octobre 2018

Archie Shepp, Louis Sclavis : libres !

Ce n'est pas toutes les semaines que les aficionados de jazz se régalent ainsi de deux concerts concomitants conviant une paire de figures cultes. Du côté de l'Opéra revisité underground, le bienvenu régional de l'étape qu'est Louis Sclavis ouvre les festivités. Le clarinettiste phare de la scène européenne s'avance en formule quartet (Benjamin Moussay au piano, Sarah Murcia à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie), avec sous le bras un nouvel opus enregistré lui en compagnie d'un autre allumé notoire, Bernard Lubat, merveille de tandem explorant en finesse l'improvisation, telle qu'énoncée par une certaine scène free française qui a su s'émanciper des canons étasuniens pour créer un idiome underground qui lui est propre (relire à ce sujet l'excellent ouvrage de Serge Loupien, La France Underground). Pour ce concert, Sclavis explorera sa création Characters on a Wall, où huit pièces sont mises en perspective d'œuvres picturales l'entraînant par exemple sur les pas de Darwich à Ramallah. Things have got t

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Jazz à Vienne rend hommage à John Coltrane avec Archie Shepp

Jazz à Vienne | Quoi de plus normal que de célébrer les 50 ans de la disparition du géant du sax ténor John Coltrane dans un festival de jazz ? Qui de plus qualifié pour cela que le vénérable Archie Shepp pour dire son suprême amour de celui qu'on appelait "Trane" ?

Stéphane Duchêne | Mardi 20 juin 2017

Jazz à Vienne rend hommage à John Coltrane avec Archie Shepp

Il y a des rencontres et des figures qui vous changent une vie. En ce qui concerne Archie Shepp, ce sera celle de John Coltrane. Shepp a 23 ans lorsqu'il voit Coltrane sur scène un soir de 1960, au Five Spot à New-York. Le jeune homme est déjà musicien (piano, clarinette, sax alto), jazzman, mais Coltrane est, lui déjà un poids lourd, comme on dirait en boxe et, plus que ça, un génie. La révélation est telle qu'elle pousse Shepp à passer, comme lui, au sax ténor. Rapidement, il fait partie avec des musiciens comme Cecil Taylor, Don Cherry et Ornette Coleman de ces pionniers, inspirés par quelques travaux remontant aux années 40 déjà, qui, las des conventions du be-bop ou du hard-bop décident d'en briser les conventions, d'en casser le tempo et d'en libérer les improvisations. Ce sont les débuts du free-jazz. Coltrane est lui aussi en train d'emprunter ce virage qui donnera lieu à quelques classiques du genre tels que A Love Supreme. La route des deux hommes n'a alors de cesse de se recroiser. Ascension C'est par l'entremise de Coltrane que Shepp signe chez Impulse ! où il

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Les Pixies aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Après Etienne Daho, Stromae et Phoenix, une quatrième tête d'affiche musicale rejoint la programmation des Nuits de Fourvière 2014 : les Pixies. La bande de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 janvier 2014

Les Pixies aux Nuits de Fourvière

Après Etienne Daho, Stromae et Phoenix, une quatrième tête d'affiche musicale rejoint la programmation des Nuits de Fourvière 2014 : les Pixies. La bande de Frank Black, qui préfigura le grunge à la fin des années 80 et "offrit" à David Fincher l'un des plus beaux génériques de l'histoire du cinéma, se produira le 2 juillet sur la scène du théâtre antique (mais sans Kim Deal, qui a quitté le groupe l'été dernier). Mise en vente des places le lundi 17 mars.

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The Jackson One

MUSIQUES | Visage de déesse grecque et crinière de gorgone folk, Valerie June charrie par la seule grâce de sa voix, un univers rempli de disques sans âge et de bêtes du Sud sauvage. A la croisée des chemins entre Dolly Parton et gospel ensorcelleur. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 11 juillet 2013

The Jackson One

«We got married in a fever, hotter than a pepper sprout / We've been talkin' 'bout Jackson, ever since the fire went out / I'm goin' to Jackson, I'm gonna mess around / Yeah, I'm goin' to Jackson / Look out Jackson town». On n'a jamais trop su à quelle Jackson Johnny Cash et sa femme June faisaient référence dans cet immortel duo où il s'agissait ni plus ni moins que de prendre la ville, de la mettre à ses pieds et d'y mener grande vie. Mais même s'il n'a pas écrit cette chanson – œuvre de Billy Wheeler, reprise par un autre fameux "couple" : Lee Hazlewood et Nancy Sinatra – au vu de la situation géographique de Johnny Cash, on peut sans crainte opter pour Jackson, Tennessee. Et comme l'Histoire fait bien les choses, c'est précisément là qu'a vu le jour une autre June, Valerie de son prénom, que l'on pourrait fantasmer en fruit des pérégrinations énoncées dans ladite chanson. La gamine du Tennessee a néanmoins quelque chose – et aussi quelque

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A bout de soufre

MUSIQUES | Au milieu d'une tournée dantesque dans la droite ligne du tellurique "Kveikur", les Islandais ascensionnels et sensationnels de Sigur Rós entendent bien, en quasi clôture des Nuits de Fourvière, faire trembler le Théâtre antique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 11 juillet 2013

A bout de soufre

«Le feu sous la glace». S'agissant de musique islandaise le cliché est non seulement éculé mais surtout rongé jusqu'à l'os. Et pourtant, à l'écoute des deux derniers albums de Sigur Rós, parus à quelques mois d'intervalles à peine, c'est bien la première image qui vient en tête. Surtout quand on sait que Brennisteinn, premier extrait du récent Kveikur, qui ouvre également les concerts de la tournée afférente,  signifie «soufre» et que le second a pour titre Ísjaki, soit «iceberg». Qui plus est, après le glacé et contemplatif Valtari, le groupe islandais fracasse ici thermomètres, échelle de Richter et compteurs Geiger dès les premières notes dudit Brennisteinn. Les infra-basses, semblables à celles des bandes-annonces de blockbusters qui font le bonheur des systèmes de son 5.1, rappellent sans doute aux Islandais les tremblements de terre quasi-incessants qui secouent leur pays. Entre temps, Sigur Rós a connu ce qui aurait pu

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Parfait équilibre

SCENES | Quand la prouesse physique et technique est au service d’une histoire simple et racontée sans filtre, cela donne Pour le meilleur et pour le pire, (...)

Nadja Pobel | Mercredi 3 juillet 2013

Parfait équilibre

Quand la prouesse physique et technique est au service d’une histoire simple et racontée sans filtre, cela donne Pour le meilleur et pour le pire, deuxième création du Cirque Aïtal, duo de haut vol composé de Victor Cathala et Kati Pikkarainen. Sous chapiteau, sur une piste en terre - la piste aux étoiles est cachée en-dessous et sera dévoilée plus tard - les deux acolytes jouent les amoureux entre disputes, réconciliations et amour infini. Sans paroles mais au rythme des chansons qui passent sur la bande FM dans leur vieille Simca 1000 rouge, ils inventent leur langage, sur la base d'une maîtrise impressionnante d’un porté spécifique, le main à la main : Kati se hisse sur son compagnon pour tendre haut l’antenne de l'auto-radio et mettre fin à ses grésillements puis, habillée en mécano, grimpe au bout d’un mât chinois bricolé à partir du pot d'échappement de la voiture, effectue des plongeons, rattrapée à la seule force des bras par Victor... Nulle action ne vire à la démonstration de puissance, chacune constitue un élément de ce récit (quasi) muet. Lorsque Victor casse des planches en bois avec son fron

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Léger, léger

SCENES | Dans le cadre des Nuits de Fourvière et pour célébrer ses trente ans, le Cirque Plume investit le Parc de Parilly durant un mois avec "Tempus fugit ?", une décevante succession de numéros sans âme ni génie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 1 juillet 2013

Léger, léger

Jusqu'au début du mois d'août, le Cirque Plume offre les premières représentations mondiales (à part un rodage à domicile, à Besançon) de sa nouvelle création, Tempus fugit ?, à un public lyonnais qui le lui rend bien : près de mille personnes chaque soir, vingt-neuf dates complètes auxquelles s’en sont rajoutées deux... Pourtant, force est de constater que le résultat est loin d’être à la hauteur de l’événement. Et c’est d’autant plus flagrant que l’offre en nouveau cirque n’a jamais été aussi dense dans l’agglomération lyonnaise, à commencer par ce que proposent les Nuits de Fourvière, justement : le collectif Les 7 doigts de la main les années précédentes, le très bon Opus cette année (par Circa et le Quatuor Debussy) et l’excellent Pour le meilleur et pour le pire par le Cirque Aïtal. Le festival UtoPistes des Célestins a aussi permis ces derniers jours de revoir les fascinants Yoann Bourgeois et Mathurin Bolze (Nuage) en plein air ou d

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A la folie

MUSIQUES | La folie douce ne semble pas décidée à déserter, après trente-quatre ans de carrière, la musique des forts bien nommés Madness, increvables figures de proue du ska britannique – et mondial. Pas plus que l'enthousiasme ne menace de quitter une formation jamais aussi redoutable qu'en live. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 juin 2013

A la folie

Oui oui si si ja ja da da. Si un groupe voulait, avec toute la force de conviction qui le caractérise, montrer à quel point il voit depuis toujours les choses de manière positive, il ne s'y serait pas pris autrement que Madness. En baptisant ainsi son dernier album, la troupe du chanteur Suggs entend ainsi faire passer dans toutes les langues un message vieux de trente ans et plus. De leur ska originel, il ne reste pas grand chose ou, disons, beaucoup plus que cela. Peut-être parce que Madness – nom hérité d'un titre du Jamaïcain Prince Buster – est avant tout un grand groupe pop, qui au fil des années s'est goinfré, avec une gourmandise non feinte, de tous les styles passant à sa portée : on y croise reggae (normal, atavique), ambiances kinksiennes, mambo, northern soul et même mariachis. Avec ce tour de force que l'ensemble demeure, bien entendu, indécrottablement british, ne serait-ce que par son sens de l'humour, et estampillé rude boys, du nom de ces gam

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À Fourvière exactement

SCENES | Emmanuel Daumas donne une seconde vie à "Anna", téléfilm culte de Pierre Koralnik diffusé en 1967. Exit Jean-Claude Brialy et Anna Karina (mais pas Serge Gainsbourg, auteur de la mythique bande son de cette histoire d'amour évitée) et place à d’anciens élèves de l’ENSATT, dont Cécile de France. En attendant de l'entendre interpréter "Sous le soleil exactement", entretien avec le metteur en scène et coup d'oeil sur les répétitions. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 20 juin 2013

À Fourvière exactement

, D’où vient cette idée d’adapter le téléfilm Anna à la scène ? C’est une commande des Nuits de Fourvière ?Emmanuel Daumas : Au départ c’est Jean-Marc Ghanassia [agent et producteur, NdlR] qui a eu l’idée. Quand il me l’a soumise, je ne connaissais pas le téléfilm, mais j’avais beaucoup écouté l'album de Gainsbourg, que j’aimais et connaissais même par cœur. Ce projet m’a donc tout de suite vraiment excité et je me le suis approprié facilement. Dans le téléfilm, les deux protagonistes ne s’adressent pas la parole, ce qui est très peu théâtral. Comment peuvent-ils tenir tous les deux sur une même scène ?C’est vrai que quand on voit le film, l’idée d'en faire un spectacle musical, une espèce de concert amélioré par ces petites histoires, peut paraître étrange. Le film est déstabilisant. En revanche, quand on lit le scénario, on se rend compte qu'il est très bien construit, que ce petit conte de personnages qui s’aiment et ne se rencontrent pas est efficace. J’ai pensé qu’on aurait beaucoup d’éléments à transformer ou de choses à ajouter mais

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A la Cave comme au ciel

MUSIQUES | Sous la voûte céleste de Fourvière, Nick Cave et ses mauvaises graines vont tenter, le 27 juillet, de repousser les limites du ciel aux commandes d'un album bouleversant : le bien nommé "Push the Sky Away". Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mardi 18 juin 2013

A la Cave comme au ciel

C'est sans conteste l'un des événements de l'année : la venue à Fourvière de Nick Cave et de ses Bad Seeds, en pleine tournée de Push the Sky Away. Un titre qui sied bien aux circonstances dans lesquelles l'Australien et son groupe vont jouer - sous la voûte étoilée, mais s'il pleut il sera bienvenu de demander au ciel de se pousser un peu. Un titre qui pourrait aussi faire office de résumé d'une carrière ayant toujours repoussé les limites, et même de testament, façon de dire au ciel : «pousse-toi de là et fais moi une petite place dans ton panthéon». Push the Sky Away ressemble en effet à une splendide veillée funèbre, à un dernier gospel – le sublime Wild Lovely Eyes, à un dialogue avec des puissances qui nous dépassent, à une murder ballad dont Cave serait le personnage principal – ce Water's Edge qui résonne du mythique Mercy Seat, merveilleusement repris en son temps par Johnny Cash et donne

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Nueva York

MUSIQUES | Du Spanish Harlem Orchestra à Marc Ribot en passant par le cintré Kid Creole, ce sont trois facettes de la très vivace tradition latino de New-York qu'entendent nous faire découvrir les Nuits de Fourvière. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 juin 2013

Nueva York

Incarnation moderne linguistique et sociologique autant que culturelle de la Babel antique, New York aura été bien plus qu'une des capitales mondiales de la contre-culture, des beats, du folk, du punk, du free jazz, du hip hop et de nombreux courants underground. La Grosse Pomme est aussi le creuset d'un métissage culturel et artistique, hérité de ses différentes vagues d'immigrations, et notamment le berceau de la salsa, musique au croisement des rythmes traditionnels cubains (mambo, guaracha et surtout son montuno...) et porto-ricains (bomba, plena...), emportés dans leurs valises par des hispaniques installés dans Spanish Harlem, ancien quartier...italien d'East Harlem. Devenu un terme générique aux multiples variantes, la salsa est le symbole de la vivacité des musiques latino. Mais elle compte aussi, parmi la jeune génération de "nuyoricains", ces New-yorkais d'origine porto-ricaines, quelques gardiens de la tradition. C'est le cas, comme l'indique le titre de l'album Viva la Tradicion !, du Spanish Harlem Orchestra, né dans le "barrio" d'East Harlem – même si partir en quête de tradition séminale da

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Orchestral Manoeuvre in the Dark

MUSIQUES | «Quand un vrai génie paraît en ce monde, on peut le reconnaître à ce signe que tous les imbéciles sont ligués contre lui» écrivait le bon Jonathan Swift dans Pensées (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 30 mai 2013

Orchestral Manoeuvre in the Dark

«Quand un vrai génie paraît en ce monde, on peut le reconnaître à ce signe que tous les imbéciles sont ligués contre lui» écrivait le bon Jonathan Swift dans Pensées sur divers sujets, moraux et divertissants. Si l'on s'en tient là, se pose alors le cas du Lyonnais Woodkid dont le sobriquet est devenu sur les réseaux sociaux une insulte («Va donc hé, Woodkid !»). Mais faire de lui un génie précisément pour cette raison, aussi respectueux que l'on soit des fulgurances de l'auteur de Gulliver, serait infiniment malhonnête. Certes les orchestrations sombres et galopantes de The Golden Age vous chopent assez facilement par le col mais pour ne pas vous emmener bien loin. Le problème étant que ces dernières constituent la colonne vertébrale de morceaux dont elles ne devraient être que l'habit d'apparat. Tout y est donc monté à l'envers et là où beaucoup d'albums se dévoilent avec le temps, The Golden Age est une sorte d'illustration musicale de l'obsolescence programmée : au fil des écoutes, l'envie se désagrège. On sait – pour l'avoir vu – qu'un Antony Hegarty – passé deux f

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Nuits de Fourvière 2013 - La programmation

MUSIQUES | Pour certains, le début du printemps coïncide avec la floraison des crocus et le réveil des hérissons. Pour d'autres, elle s'incarne dans un bouillonnement hormonal, dans une atmosphère révolutionnaire ou dans une recrudescence de la présence de punks à chien (les hirondelles des citadins). Au Petit Bulletin, le printemps devient réalité au moment où les Nuits de Fourvière dévoilent l'intégralité leur programmation. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 23 mars 2013

Nuits de Fourvière 2013 - La programmation

Cette année, c'est ve lundi 25 mars à 11h que les Nuits de Fourvière ont annoncé qui, à l'instar de M (13 juin), Dead Can Dance (27 juin), Crosby, Stills & Nash (16 juillet) et Nick Cave (27 juillet), aura cet été l'insigne honneur d'être enseveli sous des coussins – au contraire du Cirque Plume qui, pour rappel, investira le Parc de Parilly du 28 juin au 1er août. La colline a des vieux S'il fallait résumer la teneur de cette édition 2013 des Nuits en un mot qui n'existe pas, ce serait vénérabilité. Et pour cause ! L'événement a beau accueillir chaque année son lot de mythes vivants, on a rarement vu une telle concentration d'artistes aux carrières longues comme des jours sans communiqués de presse (notre pain quotidien) à son affiche. Jugez plutôt : outre le rereretour du metteur en scène Georges Lavaudant (en ouverture du 4 au 12 juin avec un Cyranoc de Bergerac), les antiques hauteurs de Lyon verront défiler les chorégraphes Angelin Preljocaj

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Nuits de Fourvière - En attendant la prog

MUSIQUES | En attendant de savoir qui, à l'instar de M (13 juin), Dead Can Dance (27 juin), Crosby, Stills & Nash (16 juillet) et Nick Cave (27 juillet), aura (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 22 mars 2013

Nuits de Fourvière - En attendant la prog

En attendant de savoir qui, à l'instar de M (13 juin), Dead Can Dance (27 juin), Crosby, Stills & Nash (16 juillet) et Nick Cave (27 juillet), aura cet été l'insigne honneur d'être enseveli sous des coussins – au contraire du Cirque Plume qui, pour rappel, investira le Parc de Parilly du 28 juin au 1er août, Géraldine Mercier, sécrétaire générale des Nuits de Fourvière, nous dit deux mots de ce qui vous attend. Benjamin Mialot & Nadja Pobel

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Le Cirque Plume à Fourvière

SCENES | Le Cirque Plume, troupe franc-comtoise qui depuis trente ans mêle comme aucune autre virtuosité et poésie, fête en 2013 ses trente années d'activité avec Tempus (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 janvier 2013

Le Cirque Plume à Fourvière

Le Cirque Plume, troupe franc-comtoise qui depuis trente ans mêle comme aucune autre virtuosité et poésie, fête en 2013 ses trente années d'activité avec Tempus Fugit, oeuvre musicale et acrobatique sur le temps et la mémoire. Après Besançon, c'est Lyon qui en aura la primeur dans le cadre des Nuits de Fourvière. Le festival accueillera en effet le spectacle du 28 jun au 1er août au Parc de Parilly, là où Zingaro avait installé son écurie mobile l'an passé. Les places sont d'ores et déjà en vente à l'adresse suivante : http://www.nuitsdefourviere.com

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