Un été boeuf

MUSIQUES | Ça alors ! Comme le temps passe vite. L'hiver a peine terminé voici venir le 21 juin, l'été et la Fête de la Musique. Ah ! Comme l'envie de tout voir est grande ! Mais comme c'est impossible, voici notre sélection rock-pop-jazz-variété, totalement subjective et non exhaustive. «100 % pur bœuf» assure l'organisateur, mais garantie sans flûte à bec. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Vendredi 14 juin 2013

Cette année à Lyon, la fête de la musique est, nous dit-on, garantie «100 % pur bœuf» et sera entièrement financée par Findus et la fratrie Spanghero (l'une de ces deux informations est fausse, l'autre contient un merveilleux jeu de mots). Surtout, le credo de cette année, c'est matin, midi et soir – ce qui fait beaucoup de bœuf, on vous l'accorde. Il faudra donc par exemple prendre une RTT ou profiter de sa pause de midi pour aller voir le joli plateau composé du prometteur folkeux Adam Wood et du plus pop... Poppy (en duo avec Silène) au Musée des Beaux-Arts entre 12h et 14h. Pour ceux dont la pause sandwich est trop courte, Adam Wood rejouera en fin de journée place Johannès Ambre, en groupe cette fois. Rappelons en tout cas que chaque année, le 21 juin est l'occasion de découvrir certains nouveaux talents. Remember Joe Bel l'an dernier et le chemin parcouru depuis.

Elargis ton monstre

Parmi les scènes emblématiques de l'événement, celle de Lerockepamort – associé au Marché Gare, au Périscope, à Thou Bout d'Chant et au 6e Continent – se pose là, avec entre autres Erwan Pinard, mais aussi Alexis & The Brainbow et Rank – à ranger au rayon de ceux dont on reparlera, respectivement en Phoenix venus de l'espace et en hybride lyonnais de Joy Division, avec basse aquatique et guitares déchirées à l'avenant, des Smiths et de Wedding Present. Sans oublier bien sûr les "hotissimes" Erotic Market de la divine Marine Pellegrini. Le tout se déroulant place de la République de 18h jusqu'au bout de la nuit (1h selon la police).

Quant au Périscope tout seul, il la jouera davantage expérimental – et le mot n'est pas vain avec des formations comme Hippie Diktat et Postcoïtum. Tandis que du côté de la Marquise on sonnera alternatif, progressif et même post-rock avec Pleïad – plus pop que post-rock à notre sens mais bon. De fait, Pleïad comme Porno Graffit auraient pu se produire au désormais traditionnel "Carrefour des inclassables" du CMTRA au Jardin des Chartreux où l'on naviguera entre free rock (MKF), électro-beat teinté d'Ethiopie (Abyssinie Club) et euh... Schvedranne, dont il vaut mieux se faire une idée soi-même.

Du côté du Ninkasi, cerné par les électroniciens qui envahissent chaque année le septième, on en profitera pour mettre en avant les petites pépites ramassées toute l'année au long des Ninka Tours et Tremplins Découvertes, parmi lesquelles la folkeuse mélancolique Charleen et les intenables Yeasty Kids. A suivre également, Enlarge Your Monster (place Ambroise Courtois, 19h30) et Ladybug and the Wolf (place Belleville, 18h30).

Mich' de Monac'

Dans la cour de l'Hôtel de Ville, prestige oblige, on jazzera tranquillou à l'initiative du Péristyle et au son du piano de Stéphane Vincenza, figure bien connue de la discipline et ci-devant fondateur du jazz-club La Clef de Voûte. Tandis que côté variété française, les amateurs seront comblés place Carnot avec la scène "La Variété au Sens Large" (comprendre "très large", y compris d'esprit) et la présence de l'illustre Michel Monaco qui pour des raisons fiscales pourrait se trouver obligé de se rebaptiser Michel Saint-Jean-Cap-Ferrat – auquel il a d'ailleurs rendu hommage (Ferrat, pas Saint-Jean-Cap). En l'espace d'une heure, celle de l'apéro, l'ancien protégé de Mick Micheyl (mais si, Mick Micheyl, souvenez-vous : 'gnifique, Mick Micheyl) promet de revisiter toute la chanson française des années 60 et 70 – ce qui vous pose un chanteur. Ses successeurs sur scène, dont le groupe No One Smokes, espèrent qu'il aura fini à temps.

Initiatives curieuses également que cette scène hip-hop, soul, funk et tutti quanti, sise square Sainte-Marie Perrin et baptisée "Bisous Dehors !" (pas la peine de gueuler) ou – asseyez-vous, ce sera mieux – cette "Reggaeillotière" (on vous avait prévenu). Soit la place Voltaire transformée en sound system à la gloire de Jah, de Zion, et du UK dub avec Light of Jah Soundsystem et Ras Mufasa. Pour ainsi dire, il ne manque plus que Snoop Lyon. La place Saint-Paul fera également la part belle aux musiques jamaïcaines sous l'égide de la Zion Foundation – à croire que le 21 juin est la journée internationale du rastafarisme. Big up Haïlé !

Pour le reste, on vous fait grâce des fanfares, multiples chorales, batucadas en pagaille et autres animations zumba (tout est dans l'agenda) – bon allez, d'accord, la zumba c'est place Gailleton à 21h mais on ne vous a rien dit et vous ne nous avez jamais lu – pour rappeler que la Fête de la musique, c'est aussi et même, serait-on tenté de dire, avant tout, des noms, improbables et déroutants, fruits de brainstormings orageux, d'éclairs de génie ou de pets foireux de l'esprit, qui donnent – ou pas – une idée de ce à quoi s'attendre. Il convient donc chaque année d'en livrer le palmarès pour la bonne bouche, afin d'éveiller les curiosités. En 2013, par exemple, on adore la Fanfare Pustule (on est rarement déçu quand une fanfare se baptise), les Suppos de Saturne, Les Onze y Trônent ou Pâté pour Chien. Pur bœuf, le pâté, CQFD.

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Lyon : un week-end d'art contemporain grâce au Mai d'Adele

Art Contemporain | L’association Adele propose un grand week-end d’art contemporain, avec une multitude de visites accompagnées dans des lieux d’art lyonnais et régionaux. La plupart sont gratuits.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 17 mai 2021

Lyon : un week-end d'art contemporain grâce au Mai d'Adele

À l’occasion de la réouverture des musées et des galeries, Adele (réseau d’art contemporain) marque le coup avec quatre jours de parcours artistiques accompagnés, dans le Grand Lyon (mais aussi dans la Loire, l’Ain et le Beaujolais). Le tout se décline par secteurs géographiques : Vieux Lyon, Terreaux, Pentes de la Croix-Rousse, Villeurbanne, etc. Trente-six lieux sont concernés mais, contre toute attente, les meilleures expositions seront à découvrir dans les petits plutôt que dans les grands. Pour les grosses expos des musées d’art contemporain, il faudra patienter : jusqu’en juillet à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne avec l’exposition personnelle de l’artiste et cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (du 1er juillet au 31 octobre), jusqu’à l’automne au Musée d’Art Contemporain avec l’exposition de la photographe Delphine Balley. Actuellement, les deux structures présentent des expositions collectives de jeunes ar

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Stéphane Caruana : « Hétéroclite était un OVNI il y a quinze ans, ça l’est toujours aujourd’hui »

Média | En avril 2006, Renan Benyamina, Dorotée Aznar et Marc Renau (directeur de la publication du Petit Bulletin) lançaient Hétéroclite, le journal gay mais pas que. 10 000 exemplaires (le double aujourd’hui), pour rendre visible cette minorité. Sans aucune concession, avec sérieux et drôlerie aussi, ce gratuit fête en ce printemps ses quinze ans. Son rédacteur en chef Stéphane Caruana revient pour nous sur cette aventure hors du commun.

Nadja Pobel | Vendredi 30 avril 2021

Stéphane Caruana : « Hétéroclite était un OVNI il y a quinze ans, ça l’est toujours aujourd’hui »

Quand le premier numéro parait en avril 2006, ce journal était-il un OVNI dans le paysage de la presse ? Et comment le définir aujourd’hui ? Stéphane Caruana : C’était un OVNI il y a 15 ans, ça l’est toujours aujourd’hui. C’est une proposition unique en son genre dans le sens où il n’y a pas, en France, de gratuit LGBT+ avec un vrai contenu de qualité sur l’aspect culturel, un ancrage communautaire auprès des associations, des commerçants gay et lesbiens de Grenoble, Lyon, Saint-Étienne. Les autres publications gratuites sont généralement uniquement orientées vers un public d’hommes gay et ce sont des pages de pub avec un contenu réduit au strict minimum disponible dans les bars et les boites. Le journal a été complété par deux offres parallèles, Sissy et Out. Que recouvrent-elles ? Out a été proposé pour marquer le temps de la Marche des Fiiertés, distribué à ce moment-là. L’idée est d’avoir un support qui permette de trouver toutes les adresses des associations et commerces sur la ré

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Rammstein verra le Parc OL, mais en 2022

Report, encore | Le report de la tournée de Rammstein a été officialisé ce mercredi : rendez-vous en 2022 pour voir le groupe allemand au Parc OL de Décines.

Sébastien Broquet | Mercredi 24 mars 2021

Rammstein verra le Parc OL, mais en 2022

C'était prévu en 2020. Puis en 2021. Et ce sera, normalement, en 2022. Rammstein a officialisé ce matin le report à l'été prochain de l'intégralité de sa tournée des stades, qui passera finalement par le Parc OL les vendredi 8 et samedi 9 juillet 2022. Les billets déjà achetés restent évidemment valables pour ces deux nouvelles dates. Pour celles et ceux qui préfèrent se faire rembourser, ce sera possible du 24 mars 2021 au 31 décembre 2021 auprès des points de vente habituels. Toutes les informations ici concernant ce nouveau report pour cause de Covid-19 des concerts du groupe de métal / indus.

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Martha Spinoux-Tardivat, la pétillante nouvelle directrice des Clochards Célestes

Théâtre | À 34 ans, Martha Spinoux-Tardivat vient d’être nommée directrice des Clochards Célestes, où elle exerçait déjà en accompagnant avec entrain tant les artistes que les spectateurs et spectatrices. Portrait.

Nadja Pobel | Jeudi 18 février 2021

Martha Spinoux-Tardivat, la pétillante nouvelle directrice des Clochards Célestes

Depuis six années, Martha Spinoux-Tardivat est un phare aux Clochards Célestes. Enjouée, professionnelle tant à l’égard des compagnies invitées que du public, des professionnels et des étudiants qui parfois font halte pour leur formation dans ce théâtre de 49 places. Martha est arrivée sous l’ère d’Élisabeth Saint-Blancat et aura prolongé son apprentissage aux côtés de Louise Vignaud dans la foulée. Le 27 août dernier, elles étaient réunies sur la place Chardonnet pour un hommage à la comédienne-directrice décédée d’un cancer six jours plus tôt. Une cérémonie simple, chaleureuse et émouvante pour celle qui porta haut, de 1986 à 2017, cette maison fondée en 1978. Alors, quand Louise Vig

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Les Clochards Célestes annulent leur saison

Théâtre | Ils sont les premiers à Lyon, certainement pas les derniers. À l'instar de ce qu'a fait le Centre Dramatique National de Toulouse en janvier, le théâtre des Clochards Célestes annonce tirer un trait sur le reste de sa saison face à l’incertitude perpétuelle d’une date de réouverture des lieux culturels.

Nadja Pobel | Mercredi 3 février 2021

Les Clochards Célestes annulent leur saison

Aux Clochards Célestes, 14 spectacles sont reportés à l’an prochain — dont le Subutex, adapté de Virginie Despentes, qui devait clore le calendrier à l’orée de l’été. Tant d’autres depuis septembre avaient déjà dû rester au placard... « Alors qu'on nous demande de rester en suspens, prêts à ouvrir quand on nous donnera enfin le feu vert, à une date indicible, je fais le choix de reporter intégralement la saison du Théâtre des Clochards Célestes à l'année prochaine. Puisque cette saison est exceptionnelle, assumons-la comme telle. Attendre le mois de mai pour savoir s'il sera possible ou non de jouer en juin, c'est demander aux compagnies programmées de se maintenir dans le qui-vive ; leur proposer d'ores et déjà un report, c'est leur offrir la possibilité de penser l'avenir. Et c'est nous l'offrir aussi » affirme la directrice Louise Vignaud dans un communiqué paru ce mercredi 3 février. Et c’est probablement là, la plus grande marque de considération due aux spectateurs et spectatrices comme a

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Lyon : y aura-t-il du bon chocolat à Noël ? (spoiler : oui)

Chocolatiers | Crise sanitaire mondiale, afflux de rumeurs alarmistes sur la santé des cacaoyers, consommation en hausse… Aurait-on des raisons de redouter une pénurie de chocolat en cette fin 2020 ? Chez les grands chocolatiers de la région Pralus, Bonnat et Bernachon, aucune. Ouf…

Vincent Raymond | Vendredi 4 décembre 2020

Lyon : y aura-t-il du bon chocolat à Noël ? (spoiler : oui)

Le cerveau malade ayant scénarisé l’année 2020 eût pu, en guise d’apothéose perverse et maléfique, imaginer non point la fin des haricots mais celle des fèves de cacao. Un Noël sans papillotes ni truffes, dépourvu d’orangettes, de bûches et de bouchées au chocolat ; bref sans le divin réconfort de la théobromine, ce qui aurait plongé le monde dans la plus amère des afflictions. Pour ne pas dire dans un état de manque : chaque foyer hexagonal a en effet dévoré plus de 8 kg de chocolat en 2019*. Et il se peut fort qu’à la faveur des confinements, la consommation des Français et Françaises ait sensiblement augmenté ces derniers mois. L’hypothèse n’avait rien de si ubuesque, car depuis quelques années, la situation de la filière est régulièrement sujette à des alertes. Premier péril annoncé, la problématique du réchauffement climatique : une hausse des températures de 2, 1°C prévue d’ici 2050 dans les pays équatoriaux fait courir un risque mortel aux cacaoyers ne pouvant s

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Lyon : plus personne pour hurler la nuit

Clubbing | La nuit, c'est fini, pourrait-on affirmer en paraphrasant la Mano Negra. Clubs et discothèques sont à l'agonie, oubliés des discours et souvent des aides nationales, tenus par la ministre de la Culture à l'écart de son périmètre d'action. Les cris d'alarme se multiplient, des artistes aux syndicats : tour d'horizon de la situation à Lyon. Retournera-t-on danser du côté du Terminal, du Azar, du Petit Salon ou du Sucre ?

Manon Ruffel | Mercredi 9 décembre 2020

Lyon : plus personne pour hurler la nuit

« Fermé jusqu’à nouvel ordre » affichent tristement les sites Internet du Sucre, du Terminal ou encore du Petit Salon... Voilà huit mois que les clubs et autres lieux de fêtes nocturnes ont fermé leurs portes. « La fête est terminée », dit Laurent Garnier dans sa lettre ouverte publiée le 26 octobre à l'attention de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, pour qui manifestement le monde de la nuit n’appartient pas au secteur culturel — elle répète que c'est du ressort du ministère de l'Intérieur. « On va dire que le monde de la nuit se repose », préfère ironiser Cédric Dujardin, directeur général de Culture Next en charge du Sucre, qui avait pu ouvrir sa partie rooftop cet été. « Ça nous a permis de garder un lien avec une partie de notre public, et surtout de faire travailler nos personne

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La Salle Rameau, revue et corrigée

Lyon | Le projet de nouvelle Salle Rameau a pris du retard, pour cause de crise sanitaire, mais son futur était aussi une question au vu des changements à la tête de la Ville : on fait le point.

Sébastien Broquet | Lundi 19 octobre 2020

La Salle Rameau, revue et corrigée

Dans la foulée de l'abandon des Ateliers de la Danse au Musée Guimet, ça aurait pu être l'un des dossiers chauds de la rentrée dans le monde culturel : le devenir de la Salle Rameau, projet désormais porté par le promoteur immobilier La Compagnie de Phalsbourg et pour la partie contenu par Scintillo, la société de Steven Hearn. On sait qu'alors maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert n'avait pas été tendre avec ce choix opéré par l'ancien exécutif. Certaines sources disant même que l'attitude du jury réuni en octobre 2018 avait été plutôt clémente pour ce dossier qui provisionnait une somme conséquente pour les travaux, beaucoup moins avec celui porté par le promoteur Carré d'Or et l'agence Urban Project de Damien Beaufils (le troisième projet, emmené par Les Chevaliers du Fiel, partait de bien

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Dégueu-dogue : "Chien Pourri, la vie à Paris !" de Davy Durand

Animation | À la fois naïf et potache, Chien Pourri la vie à Paris ! est une réussite.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Dégueu-dogue :

Il ressemble à une serpillère mitée, empeste alentour, possède un Q.I. négatif mais Chien Pourri est un brave toutou plutôt chanceux. Tant mieux, car d’autres bestioles lui cherchent des noises, à lui est à son pote Chaplapla… Cette irrésistible adaptation d’une série jeunesse parue à l’École des Loisirs se déroule certes dans un Paris de carte postale, mais conserve le décalage de ton dont Aubier & Patar (les papas de Pic Pic André Show, ici rejoints par Davy Durand) sont coutumiers. À la fois naïfs et potaches, les épisodes de ce programme joliment troussé, jouent sur un registre pue-pue cracra aussi hilarant pour les toutes-petites que les grandes narines. Chien Pourri la vie à Paris ! ★★★☆☆ Un film d'animation de Davy Durand, Vincent Patar & Stéphane Aubier (Fr-Bel-Esp, 1h00)

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5 pièces de théâtre à ne pas rater en cette rentrée

À réserver | Au théâtre, c'est ouvert. Et l'on peut réserver pour la saison : voici cinq pièces sur lesquelles vous pouvez miser en toute confiance.

Nadja Pobel | Mercredi 23 septembre 2020

5 pièces de théâtre à ne pas rater en cette rentrée

Ivres Parmi les 42 spectacles à l’affiche des Célestins cette saison, ne pas rater Ivres ! La jeune metteuse en scène Ambre Kahan n’a pas manqué d’ambition en choisissant Ivan Viripev. Quatorze personnages ivres morts (l’ivresse du pouvoir, de la religion, de l’amour…), autant d’acteurs (et un musicien, Jean-Baptiste Cognet) au plateau et ce désir d’aller au plus près de la langue (qu’elle a retraduit pour l’occasion avec une acolyte), de jouer du déséquilibre avec un sol désaxé. La comédienne, formée au Théâtre National de Bretagne, porte ce projet depuis des années avec ses camarades d’école à qui elle fait vivre de véritables trainings sportifs pour mieux toucher à ce texte qu’elle définit comme « un réveil au sein de la bienveillance ». Au Théâtre des Célestins du mardi 3 au samedi 7 novembre Virus C’était prévu bien avant. Et ça tombe à pic. Yan Duyvendak nous avait déjà convié au procès d’Hamlet (Please, continue), voici

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Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Rentrée Culturelle | Lyon, en zone rouge : les théâtres rouvrent de façon trompeuse avec des jauges réduites à 60%. Heureux de revoir le public, les directeurs des grande salles font le point sur ce moment fragile. Et sans date de fin.

Nadja Pobel | Jeudi 24 septembre 2020

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Il y a les mesures visibles (les masques obligatoires, l’espacement d’un fauteuil entre différents groupes). Et ce que l'on voit moins. Tout va bien ? Pas tant que ça : « on n’avait pas envie de faire comme si rien ne s’était passé » dit Stéphane Malfettes. D’où ces « premières nécessités » que le directeur des Subs a imaginées cet été : des concerts allongés (Christina Vantzou, un membre des divins Ez3kiel…), des balades avec les Femmes de Crobatie. Gratuites ou peu chères, ces propositions sont à la portée de toutes les bourses — sous conditions de réserver fissa. Peu seront servis et « on n’a pas envie de faire toute la saison comme ça ». Tout n’est pas reporté sur cette même saison, car l’hiver est peu sûr : « c’est un cauchemar pour les artistes, surtout avec des créations » dit-il. Exit Clédat & PetitPierre et Nina Santes : « en deuxième partie de son spectacle, les gens devaient venir sur scène, on ne peut plus le faire. Elle est la première à être soulagée de ce décalage d’un an. » La crainte est grande chez les directeurs de voir la rentrée prochaine totalement encombrée. Et mêm

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Emmanuel Venet : le fou et l'artisan

Psychiatrie | « Sur une vie entière, environ un tiers de la population a souffert, souffre ou souffrira d'une pathologie psychiatrique » souligne, dans son (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

Emmanuel Venet : le fou et l'artisan

« Sur une vie entière, environ un tiers de la population a souffert, souffre ou souffrira d'une pathologie psychiatrique » souligne, dans son Manifeste pour une psychiatrie artisanale (Verdier) tout juste paru, le psychiatre et écrivain lyonnais Emmanuel Venet. Pourtant, on constate une chute libre du nombre de lits en psychiatrie. Les structures de proximité ferment ou fusionnent, les services d'urgence multiplient les grèves... A contrario, les établissements spécialisés du privé ont le vent en poupe, réservés à certains types de pathologies et surtout à une clientèle relativement aisée. L'état des lieux d'Emmanuel Venet est amer et se double d'un inquiétant changement de paradigme thérapeutique : l'approche humaniste et individualisée de la psychiatrie est remplacée par un traitement à court terme et superficiel des symptômes, une volonté thérapeutique qui vise davantage à (ré)adapter les patients au monde socio-professionnel, plutôt qu'à libérer leur créativité psychique. « Face à ce rouleau compresseur, il est temps de rappeler que l'ex

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Elle en connaît un rayon : "Honeyland" de Tamara Kotevska & Ljubomir Stefanov

Documentaire | Où l'on suit l'ultime apicultrice traditionnelle des montagnes macédoniennes, Hatidze Muratova.

Vincent Raymond | Mercredi 16 septembre 2020

Elle en connaît un rayon :

Ultime apicultrice traditionnelle des montagnes macédoniennes, Hatidze vit isolée en compagnie de sa vieille mère impotente. Sa relation apaisée à la nature est chamboulée par l’installation à côté de chez elle d’une smala folklorique et inconséquente qui va parasiter ses ruches… Ce documentaire étonne à plus d’une enseigne. Par son esthétique, tout d’abord : miracle d’une photographie parfaitement composée et contrastée, capable de magnifier l’âpreté des décors, la misère des intérieurs, l’ingratitude des physiques. Par sa forme, ensuite : si l’on sait qu’un documentaire est souvent scénarisé, celui-ci présente une construction dramatique d’une impeccable linéarité pouvant rivaliser avec nombre de fictions (donc celles de Kusturica, pour rester dans l’ambiance et la proximité géographique ; mais sans la musique) tant la caméra sait anticiper certaines séquences-clefs, tant les rebondissements sont variés. Un hymne à l’or liquide des travailleuses du miel, à une lisière aussi floue que troublante entre cinéma et réel. Honeyland ★★ύ

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Les yeux dans les rouges-et-bleues de l'Olympique Lyonnais : "Les Joueuses"

Documentaire | ★★★★☆ Documentaire de Stéphanie Gillard (Fr, 1h28) avec Wendie Renard, Ada Hegerberg, Delphine Cascarino…

Vincent Raymond | Jeudi 3 septembre 2020

Les yeux dans les rouges-et-bleues de l'Olympique Lyonnais :

Saison 2018-2019. L’équipe féminine de l’OL est en lice pour un triplé : Championnat et Coupe de France, Championnat d’Europe. Des entraînements aux vestiaires, des terrains aux victoires, le portrait d’un groupe bâtissant sa légende autant qu’il popularise son sport… On pèse nos mots en parlant d’un documentaire historique. Parce que Stéphanie Gillard montre le labeur quotidien de ces pionnières perfectionnistes (« Ce qu’il faut de sanglot pour un air de guitare », dirait Aragon) mais aussi leur enthousiasme à vivre de leur passion — si elles remercient volontiers le président Aulas, elles le titillent toujours un peu quant à l’écart abyssal entre filles et garçons. Investies sur le terrain comme le prouvent de spectaculaires mais rares images de matches (question de droits, sans doute), les joueuses le sont aussi en faveur de la relève : l’iconique équipe se trouve en effet à un moment charnière où les “aînées“ (Renard, Fischlock, Bouhaddi…) guident avec bienveillance les nouvelles recrues (Bacha…). D’autant plus précieux à voir que la couverture médiatique dont ces athlètes bénéficient d

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Élisabeth Saint-Blancat est décédée

Disparition | Élisabeth Saint-Blancat s'en est allée. Celle qui fut la directrice de 1986 à 2017 du Théâtre des Clochards Célestes est décédée des suites d'un cancer le 19 août, (...)

Nadja Pobel | Vendredi 28 août 2020

Élisabeth Saint-Blancat est décédée

Élisabeth Saint-Blancat s'en est allée. Celle qui fut la directrice de 1986 à 2017 du Théâtre des Clochards Célestes est décédée des suites d'un cancer le 19 août, à 75 ans. Elle n'aura cessé de voir des spectacles (plus de 200 par an) dans les grandes structures mais aussi les MJC, les hangars pour voir ce que les jeunes artistes fabriquaient et les accompagner dans leur éclosion. Joris Mathieu (cie Haut et Court), Ivan Pommet (Théâtre Mu), Quentin Dubois et tant d'autres sont nés auprès d'elle. Un chaleureux hommage lui a été rendu sur la place Chardonnet au soir de ses obsèques, jeudi 27. Ses proches ont rappelé à quel point cette comédienne, danseuse, chanteuse était obsédée par la justesse et clamait à l'envi « Merci la vie ! »

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Le port du masque désormais obligatoire au cinéma et au théâtre

Covid-19 | Le port du masque sera désormais obligatoire pendant les séances de cinéma, les représentations de théâtre et dans les autres lieux culturels. Le premier (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 26 août 2020

Le port du masque désormais obligatoire au cinéma et au théâtre

Le port du masque sera désormais obligatoire pendant les séances de cinéma, les représentations de théâtre et dans les autres lieux culturels. Le premier ministre l'a annoncé ce matin sur l'antenne de France Inter, où Jean Castex répondait aux questions de Léa Salamé. La décision a été prise mardi lors du conseil de défense. S'il a ajouté « oui, je dis aux Françaises et aux Français : allez au cinéma, allez au théâtre, vous ne risquez rien », il faudra donc être masqué. Ce qui, de toute évidence, devrait encore faire baisser la fréquentation des salles de cinéma déjà lourdement impactées depuis le début de la crise sanitaire. La date de mise en œuvre de cette mesure n'a pas encore été communiquée mais devrait être effective rapidement. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a ensuite précisé sur Twitter que dans les zones où le virus circulait peu, la distanciation sociale serait supprimée pour les lieux de spectacle et seul le port du masque serait obligatoire. Dans le

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Villeurbanne : Stéphane Frioux adjoint à la Culture

Élections Municipales 2020 | Il aura fallu quelques jours au nouveau maire de Villeurbanne et l’issue du deuxième conseil municipal pour attribuer les délégations à ses adjoints. (...)

Vincent Raymond | Vendredi 17 juillet 2020

Villeurbanne : Stéphane Frioux adjoint à la Culture

Il aura fallu quelques jours au nouveau maire de Villeurbanne et l’issue du deuxième conseil municipal pour attribuer les délégations à ses adjoints. Loin d’être anodines, leur distribution et leur ordre protocolaire font un peu office de “discours de politique générale“ bis, traduisant les priorités d’un nouvel exécutif. Ainsi, sur les 21 adjointes et adjoints nommés peut-on observer qu’au premier rang des préoccupations de Cédric Van Styvendael figurent la transition écologique (normal puisque sa liste a bénéficié pour le second tour de l’appoint non négligeable des Verts de Béatrice Vessiller), du développement économique, de la ville inclusive, de la végétalisation, loin de devant la sécurité (8e rang) et surtout devant la culture, 14e délégation. Enrichie des universités et de la vie étudiante, celle-ci échoit à

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Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

Opéra de Lyon | Pour sa dernière danse estivale, et au vu des conditions sanitaires, le directeur de l'Amphi et du Péristyle de l'Opéra a concoté une formule pour le moins originale du traditionnel Festival du Péristyle pour lequel l'Opéra Underground n'aura sans doute jamais aussi bien porté son nom.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juillet 2020

Festival du Péristyle : festival souterrain, musiques à tous les étages

En matière d'événements culturels on aura vu naître, dans les germes de la Covid-19 et de la distanciation sociale, toute une gamme de festival virtuels, limités, diminués et même de non festivals, comme autant de manière d'enfourcher le tigre de l'imagination et du système D. Le Festival du Péristyle, dont la vocation a été jusqu'ici de nous faire voyager en musiques tout autour du monde au pied de l'Opéra de Lyon, n'échappe pas au phénomène. Et nous offre, lui, une édition "souterraine" pour rompre le silence comme en loucedé. Où l'on nous promet un monde "mi-physique, mi-virtuel". Soit sans scène extérieure mais avec des musiciens jouant malgré tout en live pile sous nos pieds. L'idée : des concerts, donc, donnés dans l'amphithéâtre qui accueille la majorité des concerts de l'Opéra Underground l'année durant. Sauf que ces concerts se joueront sans public. Ou presque. Car ledit public sera un étage au-dessus et en plein air, sur le Péristyle, là-même où seront diffusés ces concerts en son, en images et en livestream sur des plateformes num

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Toute entrée est définitive : "Exit" de Rasmus Kloster Bro

Thriller | Rie effectue un reportage dans les profondeurs du chantier de métro de Copenhague, où s’active une foule cosmopolite. Un grave incident survient la bloquant dans un sas de décompression avec deux ouvriers. Sous terre, sans air… Qui s’en sortira, et à quel prix ?

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Toute entrée est définitive :

Claustrophobes qui entrez dans une salle obscure pour voir ce film, abandonnez tout espoir — ou faites demi-tour séance tenante, car Exit n’est pas fait pour vous ! Oppressant dès les premières images de descente dans les entrailles de la terre, malaisant également dans ce qu’il nous montre de ces chantiers invisibles pour la surface, où s’activent des ouvriers venus du monde entier. Non pour construire le « magnifique ouvrage d’art symbole d’union entre les peuples » que suggère la journaliste avec une emphase extatique, mais pour empocher la prime de risque (en espérant ne pas perdre la vie). Le fait que l’un soit un réfugié ayant survécu à l’épreuve de la traversée de la Méditerranée ajoute une dimension géopolitique intéressante ; malheureusement Rasmus Kloster Bro la greffe assez maladroitement dans son récit, clairement pour meubler par la parole une stase de l’action — dans un registre similaire, l’étonnant Tunnel

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L’adolescence au tapis : "L'Envolée" d'Eva Riley

Drame | Mère décédée, père au comportement infantile, démissionnaire et absent… À 14 ans, Leigh s’assume toute seule, tenant grâce à la gymnastique. Las, ses résultats sont en berne depuis peu. L’arrivée d’un grand frère, jusqu’alors inconnu et un brin voyou, va faire évoluer son caractère…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

L’adolescence au tapis :

Rien de nouveau sous le soleil de cette satanée Angleterre : une banlieue entre pavillons premier prix et villas de quartiers huppés, de la misère sociale, des ados qui zonent et des adultes qui picolent. Et puis, au club gym, Leigh la petite prolo se fait chambrer par les “copines“ trop stylées, trop méchantes, trop blondes, trop friquées, trop pétasses… Avouons que le cadre est connu, proche du cliché. Mais Eva Riley sait se centrer sur le ressenti de son personnage et le transmettre sans un mot de trop. Confrontée trop tôt à la solitude, Leigh cherche des yeux une attention — ses regards vers les autres mères en disent long. Pas forcément quelqu’un qui l’admire, juste une présence qui fasse d’elle une “fille normale“, et non une orpheline mendiant de l’affection… et refusant la pitié tout à la fois. La relation ambiguë, semi incestueuse, qu’elle noue avec son demi-frère Joe tombé du ciel, témoigne de sa confusion : parce qu’il la fascine par la liberté qu’il incarne, son audace juvénile, sa qualité de presqu’adulte et qu’elle est en manque de repère, elle plaque sur lui des senti

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Aux Clochards Célestes, reprendre par les répétitions

Théâtre | Pas encore ouvert au public, le réseau des Scènes Découvertes accueille des artistes au travail. Visite aux Clochard Célestes où, plus que jamais, tous sont heureux de se retrouver.

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

Aux Clochards Célestes, reprendre par les répétitions

Habituellement, aux Clochards Célestes, seule la salle de répétition peut servir à s'exercer mais en l’absence de programmation, même le plateau contigu peut remplir cette fonction. Deux salles. Deux troupes. Deux arts. Dans la première, ce sont les circassiens jongleurs de la compagnie EAEO. Ils créeront Unplugged, en septembre à l'Atelier du Plateau à Paris — au lieu d'avril dernier. Le confinement a été compliqué : « le bruit de nos balles qui tombaient au sol commençait à faire péter un plomb à nos voisins » dit Neta qui chaque jour poussait, avec son complice Éric, les meubles de leur appartement pour dégager l'espace et pratiquer. « Aux Clochards, c'est génial dit Éric. On peut travailler vraiment, "loser" aussi sur une chose qui marche pas, s'asseoir une heure et réfléchir à ce qu'on fait. C'est impossible quand on dispose seulement d'un créneau d’entraînement de deux heures dans un espace dédié au cirque. » Pas besoin de hauteur ou d'attaches pour eux qui, sept heur

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« Le jour où l'on a le droit, il y aura direct un concert programmé »

Le Sonic | Cette péniche est l'emblème des nuits rock et underground de Lyon, le lieu d’accueil des artistes exigeants d'une certaine scène indie lors de leurs tournées dans l'hexagone : le Sonic incarne l’indépendance et toutes les difficultés inhérentes quand on choisit cette voie, aujourd’hui démultipliées par les crises sanitaire et économique contre lesquelles les deux patrons, Stéphane Bony et Thierry Vignard, luttent pour faire survivre une autre vision de la culture. État des lieux.

Sébastien Broquet | Mercredi 17 juin 2020

« Le jour où l'on a le droit, il y aura direct un concert programmé »

Vous avez réouvert le 2 juin : comment faire en l’absence de concerts ? Thierry : On ouvre sur une autre activité, sur d’autres horaires : c’est compliqué. En mode bar, le soir, mais sur un emplacement pas du tout adapté pour ça. On rame, dans notre coin. Stéphane : On a changé 100% de notre modèle économique. Avant, c’était 75% club et 25% concert pour les rentrées d’argent. Là, on est sur… autre chose. Du bar. Terrasse et intérieur en mode dinner. Sans offre de bouffe, pour le moment, mais on travaille pour changer ça : on va le faire nous même, avec les moyens du bord. C’est pas folichon : on a du monde un peu le week-end. Thierry : On est un peu victime de notre modèle économique, basé sur l’indépendance. Déjà avant c’était chaud, et ça fait longtemps que l’on demande à changer l’emplacement de la péniche, parce qu’ici commercialement parlant, c’est terrifiant. On survit bon gré mal gré du fait de notre activité particulière. Mais le moindre grain de sable… Et là c’est un gros caillou dans la machine, pas un grain de sable : c’est très co

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Elle fut la première : "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché"

Documentaire | Première femme-réalisatrice de l’histoire du cinéma, Alice Guy-Blaché a joué un rôle essentiel dans le devenir cet art naissant : un documentaire édifiant, malgré une forme un peu galvaudée. (Un article signé Anna Soloviova)

Vincent Raymond | Jeudi 25 juin 2020

Elle fut la première :

Née en 1873, Alice Guy-Blaché commence à travailler comme sténographe avec Léon Gaumont, l’un des producteurs de l’aube du cinéma. Elle est l'autrice de la première fiction cinématographique, La Fée aux choux (1896), avant de superviser une grande partie de la production Gaumont. Envoyée en 1907 aux États-Unis, elle y crée sa propre maison de production qui connait un essor important, avant de s’effondrer. S’appuyant sur un travail d’enquête minutieux, ce documentaire met en avant les qualités de l’œuvre cinématographique de cette pionnière longtemps passée sous silence, soulignant sa grande maitrise technique, son progressisme moral (féminisme, inclusion des acteurs noirs), ou encore son mantra à l’adresse des acteurs : « be Natural ». Porté par la voix-off de Jodie Foster, actrice et réalisatrice dont l’engagement et le talent en font une manière d'héritière d’Alice Guy

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Au théâtre, on commence à rouvrir

Covid-19 | Dès le 2 juin, les théâtres pouvaient donc rouvrir, selon Édouard Philippe. Rien n'est moins sûr, après un si long arrêt. À l'heure où les lieux subventionnés présentent leur prochaine saison, certains dans le privé essayent d'accueillir, de nouveau, leur public.

Nadja Pobel | Dimanche 7 juin 2020

Au théâtre, on commence à rouvrir

Début mai, le rapport de l’infectiologue François Bricaire faisait l'effet d'une bombe dans le milieu du théâtre : il préconise alors des comédiens masqués et une distanciation d'1, 50m entre chaque personne dans le public, donc des taux de remplissage qui tomberaient à 30% de leur capacité initiale... Édouard Philippe a beau avoir annoncé, dans son allocution du 28 mai, l'ouverture possible des théâtres dès le 2 juin, c'est tout bonnement injouable : ce serait à perte. Du côté des théâtres subventionnés, les artistes ne sont pas prêts : il n'y a pas eu de répétitions pour les grosses productions. Les cafés-théâtres peuvent s’adapter plus facilement. Ainsi, le Rideau Rouge, qui accueille habituellement des spectacles de troupe, fera place à des one-man-show comme son cousin du Boui Boui dont c'est l'activité principale. Les deux salles de Stéphane Casez sont ouvertes depuis le 5 juin à 60% ou 70% de leur jauge. Car les conditions se sont considérablement assouplies dans le décret finalement paru le 31 mai :

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Rammstein verra le Parc OL en 2021

Metal | Le groupe de metal à forte consonance indus Rammstein devait donner deux concerts au Parc OL cet été. Et comme toutes les tournées, celle-ci a été annulée en (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 20 mai 2020

Rammstein verra le Parc OL en 2021

Le groupe de metal à forte consonance indus Rammstein devait donner deux concerts au Parc OL cet été. Et comme toutes les tournées, celle-ci a été annulée en raison du Covid-19. Mais contrairement à Paul McCartney, également prévu cet été, les Allemands verront bel et bien l'enceinte de Décines, l'année prochaine : ce sera les 9 et 10 juillet 2021. Les détenteurs d'un billet pour l'un des concerts de 2020 peuvent les conserver pour l'année prochaine : ils restent valables, mais uniquement pour le même jour (pas d'échange entre le premier et le second concert). Ceux qui n'ont pas une visibilité à aussi long terme sur leur calendrier de festivités peuvent se faire rembourser avant le 30 novembre.

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Cannes sans Cannes : résistance à distance pour les producteurs

Cinéma | Mi-mai, la planète cinéma se retrouve toujours à Cannes. Sauf cette année, puisqu’à l’instar de toutes les grandes manifestations, le festival international du film a dû déclarer forfait. Comment les producteurs rhônalpins composent-ils avec ce contretemps majeur ?

Vincent Raymond | Mercredi 20 mai 2020

Cannes sans Cannes : résistance à distance pour les producteurs

On n’aurait jamais imaginé les croiser à Lyon à cette période de l’année. Mais pour ces familiers de la Croisette, mai 2020 se vit sur les pavés, loin de la plage. Loin aussi des salles obscures, des travées du marché du film, voire des soirées réputées pour leur faste. Au moment où les exploitants et les distributeurs espèrent entrevoir le bout du tunnel avec une réouverture murmurée pour la mi-juillet, alors que les tournages commencent à se reprogrammer — dans des conditions hautement sécurisées —, les producteurs continuent à travailler pour qu’il y ait encore du cinéma sur les écrans, demain. Vaille que vaille… Vincent Michaud Producteur (2 Hérons productions) « On fait le festival de Cannes au bureau ! Mardi 12 mai, le jour de l’ouverture, j’ai reçu des amis producteurs lyonnais et parisiens devant une magnifique toile des marches du festival, acquise il y a deux ans (rires). Sinon, les rendez-vous se font avec Zoom, au lieu de se faire dans le Palais ou dans les pavillons des commissions régionales. Toujours le 12

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Le ministre de la Culture touché par le coronavirus

Covid-19 | Le ministère de la Culture l'a annoncé ce lundi soir à l'AFP : le ministre Frank Riester a été diagnostiqué positif au coronavirus, tout en précisant qu'il (...)

Sébastien Broquet | Lundi 9 mars 2020

Le ministre de la Culture touché par le coronavirus

Le ministère de la Culture l'a annoncé ce lundi soir à l'AFP : le ministre Frank Riester a été diagnostiqué positif au coronavirus, tout en précisant qu'il était « en forme ».

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Elsa Zylberstein vient présenter "Tout nous sourit"

Avant-Première | Actuellement en tournage du biopic consacré à Simone Veil sous la direction d’Olivier Dahan ; déjà à l’affiche de trois films depuis début 2020 (Selfie, Je ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Elsa Zylberstein vient présenter

Actuellement en tournage du biopic consacré à Simone Veil sous la direction d’Olivier Dahan ; déjà à l’affiche de trois films depuis début 2020 (Selfie, Je ne rêve que de vous, J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part), Elsa Zylberstein peut dire que tout lui sourit. Elle vient justement présenter son quatrième film de l’année, Tout nous sourit, en compagnie de la réalisatrice Melissa Drigeard à une date qui ravirait l’un de ses réalisateurs fétiches, Claude Lelouch. Espérons qu’elle soit aussi superstitieuse que lui… Tout nous sourit À l’UGC Confluence ​le vendredi 13 mars à 20h

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Loup y es-tu ? : "L'Appel de la forêt"

Aventure | La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en maître et son éveil à son instinct primitif, jusqu'à ce que le loup en lui parvienne enfin à s'exprimer à nouveau…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Loup y es-tu ? :

À l’instar de Joseph Conrad, Jack London “vécut“ avant d’écrire (même s’il sut marier les deux de concert) et donc écrivit sur l’aventure en connaissance de cause. Ce n’est sans doute pas un hasard si ses romans d’apprentissage rencontrent encore aujourd’hui un succès inentamé par-delà les générations et au-delà des transpositions — en témoigne la récente variation sur Martin Eden signée par Pietro Marcello. Plus remarquable encore est le fait que le roman d’apprentissage d’un non-humain, un chien, touche autant nos congénères ; d’autant qu’à rebours de son époque exaltant l’industrialisation triomphante, London y exaltait des valeurs quasi rousseauistes de retour à la nature ! Par un des étranges renversements auxquels l’Histoire nous a habitués, les notions de recherche ou de préservation de l’étincelle de sauvagerie innée sont au cœur des préoccupations contemporaines : à l’asservissement et la standardisation urbaine jadis célébrés, on préfère désormais l’authentique et la nature. L’Appel de

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Quelques touches de désespoir : "Lara Jenkins"

Drame | 24 heures de la vie de Lara Jenkins, retraitée solitaire qui, après avoir manqué son suicide le matin de ses 60 ans, tente d’approcher son pianiste de fils s’apprêtant à créer le soir-même sa première composition. De maladroites retrouvailles enrobées de fiel, de non-dits et souffrances recuites…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Quelques touches de désespoir :

Qui pourrait aimer Lara Jenkins ? L’héroïne-titre du nouveau Jan-Ole Gerster (Oh boy !) n’a rien d’aimable et cette sexagénaire anguleuse ne se prive pas de le montrer. Égarée dans les lignes froides d’une ville de béton géométrique et la bile de son ressentiment, Lara aura été — on le découvre — une fonctionnaire efficace mais peu appréciée de ses subalternes, une voisine ne s’occupant pas (des affaires) des autres, une mère exigeante prodiguant des leçons de piano à son fils avec une rigueur à la mesure de son perfectionnisme. Bref, une figure d’un bloc d’austérité brute semblant s’ingénier à saboter toute manifestation d’amitié ou de tendresse. Mais une autre vérité se fait jour peu à peu, éclairant ce portrait subtil de bienvenus bémols. Personnage ingrat et froid qu’on aurait pu croiser chez Chabrol ou Haneke campé par Isabelle Huppert — ne vous méprenez pas : Corinna Harfouch s’avère parfaite dans le rôle —, Lara n’est pas exempte de circonstances atténuantes. On découvrira (avec elle) comment la crainte de ne pas être une concertiste exceptionnelle l’a conduite à

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Stéphane Guillon : « on joue toute sa vie le même spectacle »

Humour | « Aznavour a fait ses premiers adieux à 65 ans, on connaît la suite… » : c’est sur ces mots que s’ouvre le dernier spectacle de Stéphane Guillon, Premiers adieux, sous la forme d’un pot de départ et d’un bilan de trente ans de carrière. Dialogue à l’occasion de sa venue au Radiant-Bellevue le jeudi 20 février.

Elliott Aubin | Mardi 11 février 2020

Stéphane Guillon : « on joue toute sa vie le même spectacle »

Avec son sourire malicieux et son insolente ironie, Stéphane Guillon aborde ses thèmes de prédilection dans ce spectacle : comme dans ses légendaires revues de presse, on retrouve évidemment de la politique, mais il évoque aussi le couple, la famille, la mort, les religions, l’humanitaire, les réseaux sociaux, etc. L'humoriste s’aventure sur quelques sujets plus sensibles pour dénoncer « les interdits ». Et définit même la scène comme le dernier espace de liberté. « On s’y retrouve désormais, dit-il, comme à l’époque de la prohibition. Le public sait qu’il ne devrait pas rire, mais rit tout de même et c’est encore meilleur. » À propos de religion, celui qui revendique son « droit à l’outrance » semble très timide lorsqu’on l’interroge au sujet de Mila

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Le Voyage du Dr Dolittle | Avenant mais peu loquace, Robert Downey Jr. est venu brièvement à la rencontre de la presse pour présenter son nouveau personnage, le Dr Dolittle.

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce nouveau personnage de scientifique atypique ? Robert Downey Jr. : Cela fait plus de dix ans que je fais des films où les enfants se cachent les yeux lorsqu’apparaissent les aliens. Je me suis dit qu’il était temps que je fasse un film de famille : je n’en avais jamais fait. Et je vois que tout le monde s’y amuse. WC Fields disait qu’il ne fallait jamais jouer avec un enfant ni avec un animal. Or vous partagez l’affiche avec deux jeunes partenaires et un zoo complet. Est-ce que vous aviez envie de relever un défi punk ou de donner tort à Fields ? Oh, Fields ! C’était un dingue — un doux dingue ! Et apparemment, il disait ça aussi des téléphones et de la nourriture, alors… Après avoir côtoyé — par écran interposé — tout ce bestiaire, quel est votre animal préféré ? Je suis un homme à chats. Totalement. Et donc, dans le film, j’aime Barry le tigre, parce qu’il est complètement barré.

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Parle à mon zoo, ma reine est malade : "Le Voyage du Dr Dolittle"

Comédie | Reclus en son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolitlle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la Reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Parle à mon zoo, ma reine est malade :

Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lofting, ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’auto-destructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron-Man, dans un décor paradoxalement plus “disneyen“ que celui de la franchise Marvel — la séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que le comédien a effectué une part non négligeable de sa carrière sous le signe du mime. Ce Voyage n’en est pas moins trépidant et si le conte s’avère plaisan

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Ondes de choc : "Waves"

Drame | Jeune espoir de la lutte, Tyler cache à son père — lui-même ancien sportif de haut niveau ayant réussi sa reconversion — la gravité de douleurs lancinantes. Son stress le plonge dans la surmédication, altère son humeur, cause sa rupture et va provoquer une cascade de drames à l’échelle familiale…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Ondes de choc :

Les ambitions de Trey Edward Shults sont manifestes : illustrer la théorie des dominos en l’appliquant à une famille où la pression excessive d’un père control freak va bousiller la vie de son fiston en provoquant d’irréparables dégâts collatéraux — un indice : ça va mal se finir, et au tribunal. Mais aussi désagréger ladite famille. Au passage, le fait que celle-ci soit afro-américaine ajoute une lecture sociologique supplémentaire : la stricte méritocratie ne suffisant pas dans un contexte hyperconcurrentiel au sein d’une population où une forme de ségrégation perdure, on peut supposer que l’acharnement du père à voir son rejeton suivre scrupuleusement ses traces pour conserver son statut fraîchement acquis est lié à un complexe de classe. Volontiers démonstratif — et surtout, répétitif — dans son arsenal stylistique multipliant panoramiques circulaires en milieu clos et effets clinquants, Shults s’offre cependant une belle séquence abstraite au mitan de son film confinant au cinéma expérimental. Un pur moment hallucinatoire faisant sens symboliquement et narrativement puisqu’il fait office de transit

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Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Restaurant | Un néotorréfacteur vénissian deale désormais ses grains sur les Pentes. À accompagner d'une nourriture d'inspiration street et asiatique.

Adrien Simon | Mardi 14 janvier 2020

Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Les années 10 du XXIe siècle auront chamboulé le contenu de nos verres, chopes, mugs, tumblers et tasses. Discrètement (on boit toujours les mêmes breuvages), mais durablement : ce fut l'explosion du vin nature, des brasseries artisanales, des cocktails d'auteurs, et puis d'une nouvelle forme de torréfaction. Concernant le café, le ravalement avait débuté lors de la décennie précédente. Notamment outre-Atlantique où l’on nomme ça la « troisième vague ». Un genre de reboot de ce qui fut engagé dans les années 60 par des hippies-torréfacteurs contre l'industrialisation du petit noir (et qui donna malheureusement Starbucks à la fin). Renouveau à la fois en ce qui concerne le produit (pousser plus loin le sourcing des grains, adapter la torréfaction à ces derniers, et développer différentes extractions) et le way of life associé (le néo-kawa américain est indissociable du laptop). S’il y a dix ans les sceptiques pouvaient réduire ce nouvel élan à une mode pour hipsters, il est difficile aujourd’hui de ne pas voir un mouvement de fond : c’est en tout c

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Tavernier, Huston et Lang à l’Institut Lumière

Reprise | L’Institut Lumière fait d’une pierre deux, voire trois coups, en conviant son président Bertrand Tavernier pour un rendez-vous autour de la réédition de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Tavernier, Huston et Lang à l’Institut Lumière

L’Institut Lumière fait d’une pierre deux, voire trois coups, en conviant son président Bertrand Tavernier pour un rendez-vous autour de la réédition de son pavé d’entretiens avec des cinéastes d’Hollywood, Amis Américains. Tout juste auréolé d’une Étoile d’Or remise à Marrakech par son ami Harvey Keitel, le cinéaste-historien dédicacera son volumineux ouvrage à l’entracte de la soirée composée de deux films — difficile de faire moins. D’abord, Quand la ville dort (1950) de John Huston (Asphalt Jungle, à ne pas confondre avec While the City Sleeps, La Cinquième Victime de Fritz Lang), qui vit Sterling Hayden, bien avant L’Ultime Razzia, camper le cerveau d’un casse. Suivra fort logiquement puisque le cycle Fritz Lang bat son plein à l’Institut Lumière, une réalisation américaine du maître allemand, Espions sur la Tamise / Le Ministère de la peur (1944). Adapté de Graham Greene, ce thriller d’espionnage censé se dérouler en Angleterre mêle malgré lui le personnage de Ray Milland à

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A.Stella, un vertige simple

Peinture | Autour de la thématique du "blanc", six artistes féminines exposent à l'Estancot. Parmi elles, A.Stella qui présente quelques œuvres issues d'un travail au long cours proprement vertigineux.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 décembre 2019

A.Stella, un vertige simple

Dans un lieu atypique, l'espace de travail et d'exposition Estancot, la commissaire Marie-Agnès Charpin a réuni six artistes (Frédérique Fleury, Thaïva Ouaki, Dominique Torrente...) dont les objets, les photographies, les images résonnent avec le blanc. Cette exposition est aussi l'occasion de découvrir à Lyon un petit fragment de l’œuvre immense de l'artiste stéphanoise A.Stella (née à Chypre en 1958). Depuis une vingtaine d'années, A.Stella a "élu" cinq graphèmes qui ressemblent à cinq lettres (E, Y, U, T, C). À partir de ces formes géométriques extrêmement simples, elle construit, contre toute attente, un véritable univers. Comme si ces cinq motifs étaient un alphabet rendant possible tout un langage, ou un ADN rendant possible tout un monde... Tout ou rien A.Stella a d'abord peint ces graphèmes en mat et leur négatif complémentaire en brillant, opposant ainsi des pleines et des creux. Puis elle a imaginé toutes sortes de combinaisons entre plusieurs toi

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Comme de l’eau de roche : "Le Cristal magique"

Animation | La sècheresse ayant gagné la forêt, Amy l’intrépide hérissonne part à la conquête du cristal magique censé pourvoir en eau l’ensemble du territoire, et que le roi des ours a dérobé. Pour l’aider dans son aventure, son seul ami, l’écureuil timoré Tom, ne sera pas de trop…

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Comme de l’eau de roche :

Surmontez sans hésiter “l’audace graphique“ à l’allemande de l’affiche — vous savez, ce mariage aventureux de polices massives et de dégradés WordArt qui appuient l’expression un peu figée des protagonistes — ; vos jeunes enfants vous remercieront, car le film vaut mieux que cette vitrine. Construit sur le classique principe du conte à quête initiatique, Le Cristal magique vante les vertus de l’entraide, de la complémentarité, du partage des biens communs plutôt que la concentration des richesses au profit des plus puissants, de l’intelligence contre la force physique. Non, il ne s’agit pas d’une métaphore crypto-marxiste, mais de l’illustration très concrète d’une question actuelle et pragmatique : l’accaparement de ressources vitales par des ploutocrates sans scrupules provoque bien l'extermination de leurs congénères dans un écosystème, fût-il notre biosphère. Transposez cette avidité pour l’eau aux forêts d’Amazonie, au palmier à huile d’Indonésie et de Malaisie, aux hydrocarbures un peu partout sur le globe et vous constaterez qu’il y a des leçons à tirer d’un film d’animation destiné aux plus de 3 ans…

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Que de promesses ! : "Le Meilleur reste à venir"

Comédie dramatique | Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Que de promesses ! :

Le succès du Prénom (2012) — leur précédente coréalisation — a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants — c’est-à-dire à leurs travers — à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache & Toledano, Delaporte & La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicomorphes de leur B.O., les séquences tendresse de leurs protagonistes, les personnages secondaires prétextes inutiles ou mal exploités. Interchangeable et dispensable. Le Meilleur re

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La famille nombreuse de Delphine Balley

Photographie | La photographe Delphine Balley présente au 1111 deux images inédites en dialogue avec des œuvres de Rodin, et ajoute quelques pages à son Album de famille...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

La famille nombreuse de Delphine Balley

Ne pas céder sur son désir, creuser un même sillon, s'entêter, poursuivre... C'est sans doute à cela qu'on reconnaît un artiste, une œuvre. Depuis ses premières expositions à la galerie Le Réverbère jusqu'à aujourd'hui, force est de constater l'opiniâtreté thématique créative de Delphine Balley (née en 1974 à Romans dans la Drôme). Son point de départ est pourtant très simple voire un peu casse-gueule : l'Album de famille qui débute en 2002 et où l'artiste met en scène sa propre famille, interrogeant à travers des images très picturales sa mémoire familiale. Une mémoire qui a priori ne nous intéresse guère, voire qui pourrait s'écraser contre le mur du nombrilisme narcissique de nombre d'artistes et d'écrivains français ! Mais Delphine Balley injecte tant de fantasmagories, d'humour, d'aspects incongrus et d'étrangeté dans ses images qu'elle tord le cou à Narcisse et fait écho à beaucoup d'autres dimensions... Famille brisée dans un grand éclat de rire

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Les boucles piquées de Xavier Veilhan

Glace | 1er défi : Rejoindre les Subsistances en pleine Fête des Lumières en passant barricades et contrôles. 2e défi : Croire que sur une (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 décembre 2019

Les boucles piquées de Xavier Veilhan

1er défi : Rejoindre les Subsistances en pleine Fête des Lumières en passant barricades et contrôles. 2e défi : Croire que sur une patinoire, l’art émerge. Après tout, des années à regarder les yeux écarquillés et le cœur battant les tours de passe-passe de Grishuk-Platov au mitan des 90’s nous ont prouvé que tout était possible sur glace, y compris le meilleur. Récemment, des repentis des plus importants championnats en la matière ont tenté une approche non codifiée : les Patins Libre passés deux fois par les Nuits de Fourvière. 3e défi : Oubliez tout cela car le plasticien Xavier Veilhan trouve-là un terrain de création après avoir notamment mis sur pieds Les Habitants, statues en marche mais fatalement figées, de la Cité Internationale de Lyon ou les chevaux devant le château de Versailles, à la suite de Jeff Koons. Intrigué par le mouvement, le Français va pouvoir explorer le geste rapide avec son acolyte canadien Stephen Thompson, ancien compét

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Les cinq expos à voir en décembre

Bons Plans | Les incontournables du mois, de l'événement autour du drapé au Musée des Beaux-Arts à une expo plus confidentielle à l'Estancot : sélection.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Les cinq expos à voir en décembre

Delphine Balley et Rodin Mi-réaliste mi-surréaliste, la photographe Delphine Balley a mis en scène sa propre famille, des scènes de crimes glanées dans les faits divers de journaux, et bien d'autres situations encore... Pour sa carte blanche au 1111, l'artiste présente deux photographies inédites en dialogue avec une petite sculpture de Rodin. Deux photographies qui font partie d'un nouveau volet de son Album de famille. Au 1111 jusqu'au 15 décembre Arte Povera Mouvement aussi hétérogène que mythique, l'Arte Povera ("art pauvre") a marqué les années 1960 et 1970 en Italie et au-delà. Le Musée de Saint-Étienne présente une rétrospective de l'Arte Povera réunissant une centaine d’œuvres en insistant sur la dimension performative du mouvement. Oeuvres signées Mario Merz, Luciano Fabro, Giovanni Anselmo... Au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienn

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Stephan Eicher : sans toit ni loi

Chanson | Attendu depuis sept ans, l'Eicher nouveau est arrivé, collection de chansons trop longtemps restées sans abri, que le Suisse vient présenter sur scène accompagné d'un ensemble à cordes.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 novembre 2019

Stephan Eicher : sans toit ni loi

C'est un art que de savoir cultiver l'absence. Ces sept dernières années sans disque, Stephan Eicher les a comblées en faisant offrande de sa personne en une sorte de geste contre-voulzyenne. Rendu à l'impossibilité de donner un successeur à L'Envolée (2012), par quelque imbroglio avec sa maison de disques ayant viré à la querelle d'apothicaires, le Suisse a occupé le terrain de l'absence en vagabondant de scène en scène, tentant d'y d'épuiser les possibilités de revisite live de ses chansons : ici une formule à automates, là un orchestre balkanique et une beatboxeuse (expérience qui verra quand même naître un album d'auto-reprises fanfare-onnes baptisé Hüh). Rangé des querelles contractuelles, voici enfin que le barde bernois réussit le prodige de reparaître sans donc jamais avoir disparu. Le single Si tu v

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Lecture en 33 Morceaux

Lecture | Les éditions lyonnaises Trente-trois morceaux viennent de publier une œuvre théâtrale peu connue de l'écrivaine américaine expérimentale Gertrude (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 novembre 2019

Lecture en 33 Morceaux

Les éditions lyonnaises Trente-trois morceaux viennent de publier une œuvre théâtrale peu connue de l'écrivaine américaine expérimentale Gertrude Stein (1874-1946), Écoutez-moi, et un texte inédit de l'écrivain italien Giorgio Manganelli (1922-1990), La Crèche. Pour l'occasion une lecture est organisée au Lieues samedi 23 novembre à 19h, avec aussi une installation plastique autour de l'univers de Gertrude Stein, signée par l'artiste Laurence Cathala, dont nous apprécions beaucoup le travail oscillant entre textes et images.

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Estelle Pagès : « ne pas rester un lieu confidentiel »

École Nationale des Beaux-Arts | Nommée le 5 septembre dernier à la tête de l’École Nationale des Beaux-Arts de Lyon, Estelle Pagès a l'intention d'ouvrir l'ENSBA sur d'autres champs disciplinaires, sur la ville et sur la diversité des étudiants. Rencontre avec la nouvelle directrice.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 novembre 2019

Estelle Pagès : « ne pas rester un lieu confidentiel »

Quelle est la visée essentielle d'une école des beaux-arts ? Estelle Pagès : Sa priorité, selon moi, est de former des auteurs (artistes, designers, etc.). Je porte aussi une attention particulière au fait que l'ENSBA de Lyon comporte deux axes qui se nourrissent l'un et l'autre, le département des arts et le design. Et la question que l'on se pose toujours ici, c'est celle de l'après école, de l'accompagnement des diplômés et de leur insertion professionnelle. Votre prédécesseur, Emmanuel Tibloux, a impulsé des projets communs avec d'autres écoles que vous semblez vouloir poursuivre, voire accentuer ? Oui, c'est notamment la création il y a deux ans d'un post-diplôme "Recherche de Création Artistique", commun avec le CNSMD, l'ENSATT et CinéFabrique. Les étudiants doivent aujourd'hui se confronter à d'autres champs de formation. Les artistes travaillent de plus en plus de manière collaborative et en collectifs pluridisciplinaires. Les peintres,

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La petite horreur des boutiques : "In Fabric"

Horreur | Divorcée, tirant le diable par la queue, Sheila héberge chez elle son feignant de fils et son atroce petite amie. Un jour, elle succombe aux réclames d’une luxueuse échoppe de prêt-à-porter, Dentley & Soper’s, et se laisse persuader par la vendeuse d’acheter une robe. Elle le regrettera…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

La petite horreur des boutiques :

Sans doute le plus vénéneux easter egg de l’édition 2019 du festival Hallucinations Collectives, ce conte noir de Peter Strickland ne dissimule pas un instant ses intentions horrifiques. Baignant dans une ambiance majoritairement nocturne et des lumières artificielles crues accentuant la dureté des traits ou des teints, In Fabric conditionne le public à vivre une situation cauchemardesque. Voire méphistophélique : magasin maudit peuplé d’une clientèle mesmérisée où trône une vendeuse obséquieusement raide et au parler désuet, Dentley & Soper’s exhale une délicieuse odeur de soufre. De bon aloi pour un film travaillant au corps jusqu’à l’os des motifs faustiens et faisant preuve d’une stylisation plastique extrême. Dans cette variation contemporaine sur le thème de la Tunique de Nessus, en plus gore, Strickland use d’un symbole de vanité pour, à la fois, montrer l’emprise séductrice opérée par la société ultra-consumériste et la complicité passive des clients et clientes ne résistant pas à la tentation. Leur f

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Quand Xavier Veilhan mêle dessins et patins

SCENES | C’est sur une patinoire, sous la verrière des Subsistances que l’artiste Xavier Veilhan va créer "Compulsory figures", du 5 au 8 décembre, avec son acolyte canadien Stephen Thompson. Entre art graphique et ré-émergence d’une pratique de patinage sur glace disparue, celle des figures imposées, le Français invente un spectacle hybride dont il nous détaille la conception.

Nadja Pobel | Jeudi 21 novembre 2019

Quand Xavier Veilhan mêle dessins et patins

Vous avez beaucoup travaillé sur le mouvement jusque là, vos sculptures monumentales de personnages (Les Habitants installés à la Cité Internationale de Lyon par exemple) sont souvent en train de marcher. Est-ce Compulsory figures est une nouvelle étape de cette recherche ? Xavier Veilhan : Oui on peut dire cela. C'est un leitmotiv de mon travail qui vient aussi du fait que, d'une manière générale, on a une perception dynamique de la réalité par rapport à ce qu'il y avait, par exemple, dans l'Antiquité où la réalité résidait dans ce qui était immobile et immuable. Ce projet atypique se passe sur glace, dans une patinoire de 13 mètres sur 13. Le mouvement peut y être limpide et rapide. Est-ce cet aspect qui vous a fait choisir cette surface particulière ? Avec la glisse, il y a quelque chose de l'ordre d'un domaine parallèle, comme la chute dans le vide ou l'apesanteur, une « apesanteur horizontale », comme j’aime à dire pour le projet de Compulsory figures. Tout le monde peut éprouver que, sur la glace, on peut déplacer un poids beaucoup plus facilement qu'autrement. Cela ouvre

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Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force : le mbalax vers l'abstraction

Sono Mondiale | Quand un mythique producteur de techno et de dub s'amourache du mbalax sénégalais : c'est l'histoire du Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force, qui fait halte cette semaine à l'Opéra Underground.

Sébastien Broquet | Mardi 12 novembre 2019

Mark Ernestus' Ndagga Rhythm Force : le mbalax vers l'abstraction

Mark Ernestus, on le connaissait comme pilier discret (il a longtemps gardé l'anonymat le plus total) de la scène berlinoise, maître de la techno minimale adoubé par Detroit, quasi co-inventeur d'une forme de dub digital ultra épuré et totalement hypnotique : avec son acolyte Moritz von Oswald, il est derrière les entités Basic Channel, Maurizio et Rhythm & Sound (qui révélera Tikiman). On lui doit aussi la création dès 1989 du mythique magasin de vinyles Hard Wax à Berlin. Autant le dire : une légende de la scène électronique s'avance-là. Sauf qu'entre-temps, le producteur allemand a découvert le mbalax, ce son sénégalais que Youssou N'Dour a imposé partout sur la planète. Et qu'il a succombé. La légende dit (ou du moins Wikipédia) que c'était lors d'un festival au Danemark en 2008. Dans la foulée, Ernestus s'est plongé intégralement dans cette musique, fondant son propre orchestre (et un nouveau label) baptisé un temps Jeri-Jeri (c'est sous ce nom qu'on les a découverts lors d'un incandescent concert à Nuits sonores), rebaptisé aujourd'hu

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