Another country

Stéphane Duchêne | Lundi 24 juin 2013

Qui mieux que Lambchop, groupe de Nashville, pour représenter la dissidence alternative country ? Petite fille du folk, de l'"outlaw country" de Waylon Jennings ou de l'americana baroquo-barrée de Gram Parsons (Byrds, Flying Burrito Brothers), l'alt-country, autrement nommée "insurgent country", "cow punk"... est à la country ce que le punk fut au rock business des 70's.

 

Une manière de retour aux sources et de nettoyage menée par une génération spontanée de musiciens indé et rebelles poussés au son du punk et désireux de retrouver l'authenticité des racines musicales américaines. A contre-pied de la "mainstreamisation" de la country à partir des années 70 à l'origine de la transformation de Dolly Parton, ex-petite fille en guenille du Tennessee, en arbre de Noël, de la "truck-driving country" à écouter au kilomètre ou du countrock FM d'un Garth Brooks.

 

The Decline of Country & Western Civilization chante Lambchop comme pour justifier le "Do It Yourself" ré-appliqué à un genre séminal et artisanal, entre attachement aux totems traditionnels dans le sillage des grands-frères néo-traditionalistes (Wayfaring Stranger, Moonshiner... ces antiennes dont on a fini par perdre l'origine) et goût de la reprise en décalage (The Cars ou Kiss chez Red House Painters, R. Kelly chez Bonnie "Prince" Billy et même un tribute dédié aux Rolling Stones).

 

En réalité, si le terme "alt" naît au début des 90's, il recouvre bien trop de styles et de groupes pour qualifier un mouvement structuré et cohérent (de Lambchop à 16 Horsepower, de Ryan Adams à Vic Chesnutt, des Jayhawks à Jeffrey Lewis, combien de divisions ?). Comme le dit le magazine-bible du genre No Depression : «ici, on parle d'alt-country, peu importe ce que ça signifie». No Depression comme le titre de l'album fondateur du genre, signé Uncle Tupelo en 1990, lui-même écho du No Depression in Heaven de la Carter Family (1936). Voilà l'âme de l'alt-country, un état d'esprit à tout le moins : perpétuer la bande-son de la dépression (économique, personnelle...) en tâchant, à travers elle, de trouver un quelconque salut.

 

Stéphane Duchêne

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Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

SCENES | Après une édition 2014 riche en prises de risques, le festival phare de l'été lyonnais est revenu à ses fondamentaux bankable. On peut le déplorer. On peut, plus prosaïquement, se satisfaire de l'aubaine que constitue la venue d'artistes de haute stature dans un cadre aussi magistral que celui dessiné par les théâtres romains de Fourvière. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

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Timorée la programmation des Nuits de Fourvière 2015 ? Assurément. Mais ce ne serait un problème que si la perspective de revivre cet instant magique où les coussins à l'effigie du festival, propulsés en signe d'acclamation par les 4500 spectateurs du grand théâtre qui l'accueille chaque été depuis 70 ans, éclipsent les étoiles et les lumières de la ville en contrebas, ne valait pas blanc-seing. Qu'importe en effet, s'il honore son vœu de pluridisciplinarité jusqu'au non sens, en accueillant six représentations de Florence Foresti et s'il nous refait pour la énième fois le coup des phénomènes de foire médiatique (Lily Wood & the Prick, Christine & the Queens), de la variété propre sur elle (Charlie Winston, Calogero) et du rock'n'roll fossilisé (Iggy Pop, Patti Smith, Robert Plant). Là-haut, tout est forcément plus beau. Surtout ce qui l'est déjà à la base, évidemment : l'électro-pop givrée de Björk, les miniatures avant-gardistes de Pascale Comelade, l'indie rock patraque de

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M : les maux dits

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M : les maux dits

Il n'y avait sans doute pas plus différents que Kurt Wagner et feu Vic Chesnutt. Le type aux doigts de fées et le paralytique peinant à gratter sa guitare. Timbre de velours contre voix de bure. Arrangements chiadés contre écriture à la pointe sèche. Carpe et lapin, Kurt et Vic étaient pourtant intimes. Ils avaient même enregistré ensemble l'album le plus lumineux de Chesnutt : The Salesman and Bernadette. Une chose, parmi beaucoup d'autres sans doute, rapprochait ces deux génies : une mélancolie chevillée à l'âme, une vision de la vie parasitée par la mort que Chesnutt approcha de très près, volontairement ou pas, entre accident de voiture et tentatives de suicide. Suicide Lasts Forever énonce le titre du maxi Mr. N, appendice instrumental à Mr. M, dernier album en date de Lambchop. Manière de dire que dès la première tentative, il vous suit comme une ombre et vous rattrape toujours. Ce Mr. M, Kurt Wagner l'a donc écrit pour et dédié à Vic Chesnutt trois ans après sa mort le jour de Noël 2009, acte manqué de suicide avançant masqué

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MUSIQUES | Leader de Lambchop depuis 25 ans, Kurt Wagner porte sur lui l'ambivalence de sa musique. Celle d'un pur produit du Tennessee profond qui a réussi son émancipation, d'un ancien poseur de parquet devenu presque par hasard l'un des grands compositeurs de son temps. En livrant, depuis Nashville la réac', une country d'outsider raffinée et audacieuse. Stéphane Duchêne

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Un pompiste à lunettes, un redneck instruit, voilà de quoi a toujours eu l'air Kurt Wagner, leader de Lambchop. Casquette de bouseux sur la tête et bésicles de geek sur le nez : le look d'un type à cheval entre deux mondes. Un fils de biochimiste, doué de ses mains, un poseur de parquet érudit et artiste – longtemps après les premiers succès de son groupe, Wagner continuera de gagner sa vie en posant des lattes quand d'autres en tirent. Lorsqu'on en vient à sa musique, les repères sont encore davantage brouillés. Ce voudrait être de la country, Tennessee oblige, mais c'est beaucoup plus que ça et tout à fait autre chose : crooning, post-rock, jazz, soul 70's, baladés entre orchestrations ambitieuses et simplicité biblique. La voix même de Wagner est une énigme : on ne saurait dire si elle est aiguë ou grave, présente ou absente, se perdant parfois dans le murmure, dans l'inflexion, dans le claquement d'une consonne, un trémolo mourant. C'est que Kurt Wagner a toujours été à la fois là où on le croyait et déjà ailleurs, exactement – étrange coïncidence – comme son homonyme des X-Men, nom de code

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Ce n'est rien de dire que l'Epicerie Moderne est en train de réaliser une deuxième partie de saison digne des plus grandes remontées du sport. En réussissant le prodige d'une remontée en partant de très haut. A peine quelques jours après avoir dévoilé la venue du jurassique Dinosaur Jr. voici que la salle de Feyzin, qui a déjà accroché à son palmarès du Bonnie 'Prince' Billy et du Vic Chesnutt, nous annonce Lambchop pour le 30 juin. Une formation originaire de Nashville, on ne peut mieux positionnée au classement des "meilleurs groupes du monde que personne (ou pas grand monde) ne connaît", dans le sillage de son leader à casquette et lunettes Kurt Wagner. Au programme, une country déviante aux accents soul, une voix inimitable, des morceaux chavirants et incantatoires, bref, un génie insaisissable que l'Epicerie a su attraper au vol.

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Benjamin Mialot | Vendredi 23 septembre 2011

Tyler le créateur

C'est un motif récurrent du film d'épouvante. Tourmentés par un esprit plus frappeur que farceur, les protagonistes du film (famille en instance d'implosion, artisans du bâtiment trop curieux, baby-sitter malchanceuse, médecin traitant qui passait par là) se rendent compte, malheureusement trop tard pour la survie de tous, qu'une mystérieuse et inquiétante silhouette apparaît sur le moindre de leurs souvenirs photographiques. Flippant, le phénomène n'est cependant pas exclusif au septième art. Tenez, rassemblez vos disques de country alternative favoris, qu'on suppose estampillés Silver Jews, Bonnie "Prince" Billy et Lambchop. Maintenant, épluchez-en les crédits et constatez : il est un nom qui revient plus que régulièrement, celui de William Tyler. Qui est-il ? Un guitariste et producteur de Nashville qui, bien qu'il ait tout juste franchi le cap de la trentaine, a collaboré l'air de rien avec tout le gratin de la musique à stetson, fusse-t-elle le fruit de dinosaures en voie d'extinction comme Charlie Louvin ou de géniaux illuminés de la trempe de Jon Fahey, inventeur dans les années 50 de l'American Privitivism, sorte de rejeton expérimental du blues. Autant de « v

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