Ça bouge chez les classiques

MUSIQUES | Signe d’une grande et belle vitalité artistique, cette saison encore les plus grands interprètes seront à Lyon. De Grame à l’Auditorium en passant par l’Opéra, Piano à Lyon et tant d’autres, tous s’y mettent pour proposer à public exigeant toujours plus, encore mieux. Petit tour d’horizon… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Quelle autre ville que Lyon peut s'enorgueillir d'abriter en son sein autant de propositions musicales généreuses et surprenantes ? Pour son 31e Festival de musique baroque, Eric Desnoues surprend encore et fait venir à Lyon les immenses Savall (le 12 octobre à la Chapelle de la Trinité), Jaroussky (le 12 décembre), Minkowski (le 15 avril) et Herrweghe (le 11 juin). Cerise sur le gâteau, il accueillera le 20 mars le chef d'orchestre japonais Masaaki Suzuki, qui dirigera des cantates de Bach. Suzuki à la baguette et le Kapellmeister renait de ses cendres.

Piano à Lyon, qui se délocalise pour une saison salle Rameau, offre de son côté dix concerts de haute volée, Jérôme Chabanne ayant tissé un programme où anciens et nouveaux se croisent. Gautier Capuçon et son complice Frank Braley reviendront ainsi ébouriffer le public lyonnais le 7 février tandis que l'hypnotique Alexandre Tharaud se frottera à l'Adagietto de la 5e symphonie de Mahler - qu'il a lui même transcrit pour piano - le 24 avril.

Les Percussions Claviers de Lyon, quant à eux, fêtent leurs 30 ans d'existence et nous suivrons de près comment ces touche-à-tout célèbreront l'événement, eux qui subliment depuis longtemps chaque œuvre à laquelle ils se frottent.

Sérénité retrouvée à l'ONL

L'Orchestre National de Lyon rattaque pour sa part avec un nouveau directeur général visionnaire et pertinent, Jean-Marc Bador. La saison, d'une étonnante richesse, veut rompre avec les habitudes anciennes. Son maître-mot sera à ce titre l'implication du public : «On va essayer d'imaginer de nouvelles expériences de concerts participatifs», se félicite le nouveau directeur, qui travaille en belle intelligence avec Léonard Slatkin. Deux grands parcours illustreront cette entente : un sur Berlioz et un autour de la musique russe.

Côté Opéra, malaise sociétal oblige, la saison est placée sous le signe des «vérités qui dérangent». Fil conducteur un peu vaste qui veut interroger, remettre en cause, bousculer les idées reçues comme l'ordre établi. Joie de départ, Dialogues des Carmélites ouvre le bal (du 12 au 26 octobre), avec Kazushi Ono à la direction et Christophe Honoré à la mise en scène. Un joyau de Poulenc quasi-mystique et peu connu à découvrir absolument. Le reste de la saison est équilibré, entre du déjà vu comme The Tender Land (du 1er au 9 février au Théâtre de la Croix-Rousse) ou Curlew River (du 12 au 25 avril) et de la création pure, notamment une œuvre du sublime compositeur Heiner Goebbels écrite pour les voix immatérielles du Hilliard Ensemble (I Went to the House But Did Not Enter, au TNP du 6 au 8 mars).

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

Continuer à lire

La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

Continuer à lire

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

Continuer à lire

Insomniaque : où danser ce week-end ?

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 26 septembre 2017

Insomniaque : où danser ce week-end ?

29.09.17 > LE SUCRE SHAKE YOUR CLASSICS Est-il possible de clubber avec votre maman voire de partager des gin-to avec votre grand-mère ? Grâce au Sucre, à l'Auditorium et au GRAME, c'est oui : le cycle de soirées mêlant musique classique et techno reprend, conviant-là l'Orchestre National de Lyon dirigé par le chef américain Leonard Slatkin avant un live de Birth Of Frequency, dont la techno est sous perfusion Détroit. Collision. 30.09.17 > NINKASI RAGGATEK NIGHT On a vu surgir avec un peu de surprise cet hybride costaud entre vocaux raggamuffin et techno dure, emmené en particulier par DJ Vandal... Puissance du beat, caresse du skank : le Ninkasi consacre une nuit à ce style très free party en conviant Guigoo (des Narcotek, qui a lui-même collaboré avec le suscité Vandal), l'Italien Pitch (de Mad Attack) en live, Astifleure et Asco (Total Reez).

Continuer à lire

Serge Dorny : « Il faut avoir la nostalgie de l'avenir »

Opéra de Lyon | Rencontre avec le directeur de l'Opéra de Lyon, Serge Dorny, pour évoquer cette saison de transition voyant son chef permanent, Kazushi Ono, s'envoler vers d'autres cieux, remplacé à la rentrée par le jeune espoir italien qu'est Daniele Rustioni.

Sébastien Broquet | Mardi 17 janvier 2017

Serge Dorny : « Il faut avoir la nostalgie de l'avenir »

C'est la dernière saison de votre chef permanent, qui s'en va en juin. Serge Dorny : Kazushi Ono est un chef extrêmement moderne. Normalement, un chef s'intéresse à la musique, à la partition. Mais le monde a changé : tout ce qui est action citoyenne, vis à vis des territoires en difficulté, des publics scolaires, des réseaux associatifs, l'Opéra de Lyon, étant un acteur citoyen, s'y investit énormément. Il n'est pas automatique qu'un directeur musical le fasse. Kazushi Ono y a participé de façon active, il était très enthousiaste, au point qu'il a importé cette démarche dans les projets qu'il porte au Japon. C'est vraiment quelqu'un avec qui j'ai pu construire ce projet et l'enraciner dans la maison. Il est moderne, car il a compris que ça se passe sur scène et dans la fosse, mais aussi hors les murs ; dans la cité, dans les banlieues éloignées. Cet accès au plus large public possible doit se gagner au quotidien. J'ai eu un partenaire, là-dessus. Un chef moderne, c'est aussi avoir une attention particulière envers les partitions d'aujourd'hui. Pas seulement célèbrer le passé en jouant le grand réperto

Continuer à lire

Aline Sam-Giao, nouvelle directrice générale de l’ONL et de l'Auditorium

Auditorium Maurice Ravel | C'est donc Aline Sam-Giao qui devient directrice générale de l’Orchestre national de Lyon et de l’Auditorium Maurice Ravel, en remplacement de Jean-Marc (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 29 décembre 2016

Aline Sam-Giao, nouvelle directrice générale de l’ONL et de l'Auditorium

C'est donc Aline Sam-Giao qui devient directrice générale de l’Orchestre national de Lyon et de l’Auditorium Maurice Ravel, en remplacement de Jean-Marc Bador, comme l'a annoncé ce jeudi Audrey Azoulay, la ministre de la Culture. Depuis 2008, Aline Sam-Giao était administratrice générale de l’Orchestre des Pays de Savoie, aux côtés du chef Nicolas Chalvin, après avoir accompagné l’ensemble baroque Le Poème Harmonique du côté de Paris. Âgée de 40 ans, chevalier des Arts et des Lettres, elle a également été partie prenante du Festival Berlioz. Selon le communiqué envoyé par le ministère conjointement avec la mairie de Lyon, « son projet est fondé sur la recherche de l’excellence artistique, de l’ouverture à la diversité des publics de la musique et des esthétiques les plus variées. Elle entend miser sur le dynamisme et l’innovation (...). Elle poursuivra ainsi le travail de diffusion et d’animation de la vie musicale aux côtés des autres institutions et festivals lyon

Continuer à lire

Le plus russe des Russes

Auditorium de Lyon | C’est un événement : en plein cœur du Festival Russe proposé par l’Auditorium, Leonard Slatkin dirige les six symphonies de Tchaïkovski.

Pascale Clavel | Mardi 15 novembre 2016

Le plus russe des Russes

À l’affiche, c’est un beau festival. L’âme slave révélée sous toutes les coutures : Borodin, Chostakovitch, et leur fantastique musique de chambre ; Moussorgski et ses Tableaux d’une exposition ; Grigori Sokolov, pianiste fascinant, aux interprétations quasi mystiques et profondément poétiques. Des festivités russes aussi, autour de musiques populaires où l’on comprend en trois mesures toute la mélancolie slave. En point d’orgue du festival, Tchaïkovski : compositeur éclectique, mélodiste hors pair. Son langage musical, fortement influencé par les romantiques allemands et par Berlioz pour l’orchestration, n’est pas vue d’un très bon œil par les compositeurs russes — en particulier ceux du Groupe des Cinq — parce que pour eux, le style doit être russe, uniquement, radicalement. L’âme humaine scrutée Entre symphonie classique et poème symphonique, les six symphonies de Tchaïkovski sont inclassables. Une dimension métaphysique pour chacune et une question en boucle pour toutes : quid

Continuer à lire

Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

Continuer à lire

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

MUSIQUES | On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables (...)

Philippe Yves | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables des mois à venir. Et ce sont les amoureux du piano qui seront les mieux servis tant les organisateurs de concerts ont convoqué à Lyon le gratin pianistique international. À l’Auditorium, on applaudira les padawans (l’Autrichien Till Fellner, de Beethoven à Berio le 11 mars, et Lang Lang, dont on vérifiera le 11 avril si la démesure sied au Concerto italien de Bach) comme le maître Murray Perahia, accompagné de l’Academy of Saint Martin-in-the-Fields le 4 juin. En attendant la réouverture de la Salle Molière, le piano s’écoute aussi Salle Rameau avec Ravel par Bertrand Chamayou le 5 février et un récital d’Alexandre Tharaud le 11 mai. À l’encre indélébile, vous noterez le double récital de Martha Argerich et Nicolas Angelich le 13 avril dans un monstrueux programme avec la version deux pianos du Sacre du Printemps. Ça ne se refuse pas. Et comme il n’y a pas que le piano dans la

Continuer à lire

La rentrée musique côté classique

MUSIQUES | Cette saison, tous les lieux lyonnais consacrés aux musiques dites savantes affichent un programme qui ose, qui revendique, qui dénonce une époque contemporaine en plein repli. De belles expériences en perspective.

Pascale Clavel | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté classique

Peter Pan, Jean-Sébastien Bach et Matrix sont dans un bateau. Rien d’halluciné dans ces propos, juste une lecture aiguë de la nouvelle saison de l’Auditorium. Depuis l’arrivée du très décomplexé Jean-Marc Bador à la tête de la maison, la programmation s’affole, s’emballe et le choix semble si vaste qu’on pourrait s’y perdre. Il faudrait tout tester, devenir un mélomane glouton. Certains diront qu’il y en a pour tous les goûts, d’autres que, franchement, c’est trop. Partons de l’idée que la proposition est alléchante. Les portes se sont ouvertes sur l’inoxydable Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par Léonard Slatkin. Cerise sur le gros gâteau, le public s'est vu investi d’une belle mission : chanter l’Hymne à la joie à tue-tête, avec ses tripes et ses convictions, acte quasi politique en ces temps où la fraternité entre les peuples est plutôt mise à mal – Jean-Marc Bador et Léonard Slatkin martèlent d'ailleurs d’une seule voix leur volonté d'«effacer les distances et gommer le temps» ; vaste ambition, utopie régalante. L’énigmatique pianiste Hélène Grimaud et l’indémodable Ton Koopman seront tous deux artist

Continuer à lire

Williams / Spielberg : terrain d’entente

ECRANS | Le cinéma regorge de duos fameux formés par un compositeur et un metteur en scène : Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, Philippe Sarde et Claude (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Williams / Spielberg : terrain d’entente

Le cinéma regorge de duos fameux formés par un compositeur et un metteur en scène : Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, Philippe Sarde et Claude Sautet, Georges Delerue et François Truffaut, Pino Donaggio et Brian De Palma, Howard Shore et David Cronenberg ou encore Carter Burwell et les frères Coen. De tous, le couple John Williams et Steven Spielberg est de loin le plus fidèle : Williams a orchestré toutes les bandes originales du cinéaste, à l’exception du futur Bridge of Spies pour des raisons de santé. Surtout, le musicien a écrit des scores qui ont participé à la popularité des films : le thème des Dents de la mer avec son crescendo inquiétant, les partitions symphoniques d’Indiana Jones, E.T., Jurassic Park, les cinq notes à la base de Rencontres du troisième type… Leurs collaborations récentes sont même parmi les plus surprenantes : la musique épurée et sombre de Munich, virevoltante et "mancinienne" des Aventures de Tintin, ambitieuse et complexe de

Continuer à lire

La saison 2015/2016 de l'Auditorium

ACTUS | L’Orchestre National de Lyon et l’Auditorium viennent de dévoiler une saison 2015/2016 monumentale et foisonnante dont les promesses vont ravir les mélomanes avertis comme ceux qui voudraient faire leurs premiers pas dans le répertoire symphonique. Philippe Yves

Benjamin Mialot | Mercredi 29 avril 2015

La saison 2015/2016 de l'Auditorium

Du côté des monuments symphoniques, Leonard Slatkin dirigera les épiques 5ème (les 12 et 14 novembre) et 9ème (le 12 septembre) Symphonies de Beethoven avant de s'attaquer, plus tard, à Ainsi Parlait Zarathoustra (le 4 février 2016), la plus kubrickienne des œuvres de Richard Strauss. Plus généralement, les pianistes tiendront le haut de l’affiche, en témoignent les invitations aux solistes Hélène Grimaud (les 17 et 19 septembre), Nikolaï Luganski (18 et 19 décembre), Lang Lang (le 11 janvier) ou encore Murray Perahia, qui se produira avec la Londonienne Academy of Saint Martin in the Fields (le 4 juin). Parmi les pépites de la saison, notons les Kindertotenlieder, le chef d’œuvre endeuillé de Mahler, sous la jeune baguette de Lionel Bringuier (19 et 21 mai) ou encore la venue du chef d’orchestre Charles Dutoit à la tête du Royal Philharmonic Orchestra de Londres (le 20 octobre) ainsi que le retour de T

Continuer à lire

L'Auditorium à la fête

MUSIQUES | A l'Auditorium cette saison, c’est champagne. Quarante bougies pour le lieu, soixante-dix pour son chef Leonard Slatkin, de nouveaux événements étonnants... De la musique comme s’il en pleuvait, de l’Amérique en découverte, de la danse, et même une intégrale des symphonies de Brahms. Une saison qui risque le trop ? Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 23 septembre 2014

L'Auditorium à la fête

Jean-Marc Bador, directeur de l’Auditorium, a posé son style et la maison doit suivre. Il dépoussière, a envie, pense vite... Trop selon certains. Pourtant, il offre au public un choix inouï, varié, éclectique, sans perdre pour autant de vue l’option symphonique. «Une saison toute en couleurs qui porte au plus haut l’exigence artistique tout en s’aventurant avec délectation hors des sentiers battus». C'est ainsi qu'il nous résume son programme. Le décor étant posé, regardons de plus près ce patchwork musical. A commencer par les dix jours de fête qui marqueront les quarante années d’existence de l’Auditorium et qui verront, comme un cadeau, Serge Baudo donner le 8 février La Symphonie fantastique, lui qui avait dirigé cette même œuvre le 14 février 1975 à l’ouverture de l’Auditorium. Séquence émotion donc. Plusieurs fils rouge traversent le reste de la programmation. Les compositeurs américains, chers à Slatkin, vont ainsi côtoyer leurs homologues français, explorant ensemble les univers musicaux particuliers des deux pays. On entendra notamment Porgy and Bess (le 11 décembre) et We

Continuer à lire

Léonard Slatkin, 70 ans de génie

MUSIQUES | Quand il ne mène pas son monde à la baguette, Leonard Slatkin, en bon Yankee, taquine un tout autre type de bout de bois, beaucoup plus robuste celui-ci : (...)

Benjamin Mialot | Mardi 16 septembre 2014

Léonard Slatkin, 70 ans de génie

Quand il ne mène pas son monde à la baguette, Leonard Slatkin, en bon Yankee, taquine un tout autre type de bout de bois, beaucoup plus robuste celui-ci : la batte de base-ball. Si bien qu'à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire, qui coïncide avec les Journées européennes du patrimoine, le chef de l'ONL animera ce week-end à l'Auditorium une initiation au plus abscons des sports américains – rappelons par exemple que les matchs se jouent en neuf manches, rien que ça, on dirait une règle de Kamoulox. Ce n'est pas la seule activité au programme de ces "Happy Days"(du 18 au 21 septembre) décalés et gratuits (et un rien égocentriques) : outre un pique-nique made in USA et des visites guidées du Saint des saints de la musique orchestrale, l'Auditorium proposera un prolongement sous forme d'exercices d'adresse de l'opération Fauteuil & tribune, initiée avec l'OL en 2005. Et bien sûr des concerts dirigés par le maître, dont un triple-programme au féminin (avec un concerto de Beethoven par la pianiste Olga Kern, la violoniste Baiba Skride et la violoncelliste Sol Gabetta, habituées des lieux) et un pot-pourri transatlantique avec l'Harmonie du Rhô

Continuer à lire

Espace-son

ARTS | Dans le cadre de l'exposition "Listen Profoundly" au Musée d'art contemporain, l'artiste allemand Heiner Goebbels présente une fort belle installation entremêlant sons et éléments visuels. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

Espace-son

Invité d'honneur de la biennale Musiques en scène, l'inclassable Heiner Goebbels (né en 1952 en Allemagne, il est à la fois compositeur, metteur en scène et musicien) nous aura pour le moins déçu à travers deux de ses pièces de théâtre musical présentées au TNP. La troisième partie de I went to the house but did not enter allait même jusqu'à "lyncher" l'un des plus beaux textes de Beckett, Cap au pire, en le faisant chanter par l'ensemble Hilliard, plus habitué aux partitions médiévales. Rendre Beckett lyrique relève pour le moins du contresens, voire du mauvais goût. Considérée comme l'une des œuvres-clés de Heiner Goebbels, Stifters Dinge et ses cinq pianos automatiques a fini elle aussi par nous lasser, malgré ses prouesses techniques et quelques passages esthétiquement séduisants à base de fumerolles à la surface de l'eau. On allait donc découvrir l'installation de l'artiste au Musée d'Art Contemporain un peu à reculons... A tort, tant Genko-An 69006 se révèle être une expérience sensorielle envoûtante et zen ! La quadrature du cercle

Continuer à lire

Pas la moindre des choses

MUSIQUES | A la fin de l'année dernière, la Familie Flöz, collectif berlinois passé maître dans l'art de la pantomime masquée, donnait à voir, dans une généreuse débauche (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 mars 2014

Pas la moindre des choses

A la fin de l'année dernière, la Familie Flöz, collectif berlinois passé maître dans l'art de la pantomime masquée, donnait à voir, dans une généreuse débauche d'énergie et de fantaisie, les querelles, délires et autres micro-événements plus ou moins cocasses qui, peut-être, à l'abri des regards, surviennent dans les coulisses d'un théâtre. Cette semaine, au TNP, leur compatriote Heiner Goebbels, compositeur et metteur en scène dont l’œuvre structure la septième édition de la très avant-gardiste biennale Musiques en Scène, met lui au centre du plateau les objets et phénomènes qui d'ordinaire participent de la magie d'un spectacle sans qu'on les remarque vraiment : projecteurs, instruments, bouts de décors, écrans, gouttes de pluie qui résonnent sur le toit... Autant d'éléments qui s'imbriquent dans Stifters Dinge («les choses de Stifter», du nom d'un écrivain autrichien romantique du XIXe siècle), atonale «œuvre pour piano sans pianiste mais avec cinq pianos» qu'interprète un assemblage assez monumental et motorisé desdits pianos, à mi-chemin de l'installation contemporaine et du bazar horrifique, de l'exposition de trophées de chasse et de la pièce de

Continuer à lire

Jean-Marc Bador, la force tranquille

MUSIQUES | Jean-Marc Bador, le discret et efficace directeur général de l’Orchestre national de Lyon, est en poste depuis fin 2012. Arrivé dans un contexte difficile après le mandat houleux de Laurent Langlois mais pleinement dans ses fonctions cette saison, ses partis pris rassurent. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 25 mars 2014

Jean-Marc Bador, la force tranquille

Jean-Marc Bador ne sort pas de nulle part : acteur des débuts de La Folle Journée de Nantes, il est passé par l’Orchestre de Bretagne puis l’Orchestre de Chambre de Paris, qu’il a su moderniser et singulariser. A quelques jours d'un beau programme maritime - on y entendra notamment La Mer de Debussy, symphonie impressionniste parmi les plus jouées du compositeur, et Towards the Sea II, sublime illustration pour flûte, harpe et cordes du Moby Dick de Melville imaginée par le Japonais Toru Takemitsu - c'est un homme passionné, visionnaire et généreux que nous rencontrons.  Vous êtes à Lyon depuis peu. Que diriez vous de l’ambiance de la ville ? De sa culture ?Jean-Marc Bador : Je suis content d’être à Lyon, c’est une ville dans laquelle je me sens bien. Une ville qui investit 20% de son budget dans sa culture et qui fait en sorte de porter des institutions culturelles de très haut niveau, ce n’est pas si courant. Pour être plus spécifique sur l’établissement, c’est aujourd’hui l’un des plus beaux à diriger en France. L’ONL est le seul orchestre symphonique de grande taille qui di

Continuer à lire

Des airs de saison

MUSIQUES | En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait (...)

Pascale Clavel | Vendredi 3 janvier 2014

Des airs de saison

En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait plus. Quelques pistes pour se frayer un chemin de traverse dans un paysage musical parfois brumeux : en mars des Cantates de Bach par le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, à entendre au Festival de musique baroque de Lyon ; en avril, au même endroit, Marc Minkowski s’emparera avec fougue de La Passion selon saint Jean, pur bonheur. Du côté de l'Orchestre National de Lyon, on peut se frotter les mains, l’orchestre renouant pour de bon avec la musique vocale avec, en février, Roméo et Juliette de Berlioz, en mars les incontournables mais captivantes Carmina Burana et en avril La Passion selon saint Matthieu, dirigée par un Ton Koopman au sommet. Le Concert de L’Hostel Dieu offrira quant à lui un moment musical atypique, dialogue envoutant autour de la nuit, durant lequel les leçons de Ténèbres de Couperin s’emmêleront aux ragas des indiens. Piano à Lyon poursuit sur sa lancé

Continuer à lire

Rencontre entre nos lecteurs et Christophe Honoré

MUSIQUES | Samedi 26 octobre, alors que le soleil tapait sur la baie vitrée du petit salon de l'opéra, onze lecteurs et lectrices du Petit Bulletin ont pu rencontrer (...)

Benjamin Mialot | Mardi 29 octobre 2013

Rencontre entre nos lecteurs et Christophe Honoré

Samedi 26 octobre, alors que le soleil tapait sur la baie vitrée du petit salon de l'opéra, onze lecteurs et lectrices du Petit Bulletin ont pu rencontrer Christophe Honoré le temps d'un "café" en petit comité. Le cinéaste, scénariste, metteur en scène de théâtre et écrivain y a abordé son travail sur le premier opéra auquel il a collaboré, Dialogues des Carmélites, présenté depuis le 12 octobre à l'Opéra de Lyon. Il a notamment fait part de son envie de réitérer cette aventure et annoncé que Serge Dorny, directeur de l'Opéra en partance pour Dresde, lui avait d'ores et déjà proposé de réitérer l'expérience avec lui en Allemagne. La prochaine actualité de Christophe Honoré sera toutefois cinématographique, avec la sortie en 2014 d’une adaptation des Métamorphoses d'Ovide. Il a pour l'occasion délaissé sa troupe habituelle (Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier...) et les chansons d'Alex Beaupain pour se tourner vers des comédiens non professionnels, repérés dans rue. Il avoue toutefois n'être pas contre l'idée de retrouver prochainement sa clique,

Continuer à lire

Home sweet home

MUSIQUES | Après quelques mois de travaux et autant de temps d’exil pour ses musiciens, l'Orchestre National de Lyon revient chez lui, à l'Auditorium. Pour fêter (...)

Pascale Clavel | Vendredi 11 octobre 2013

Home sweet home

Après quelques mois de travaux et autant de temps d’exil pour ses musiciens, l'Orchestre National de Lyon revient chez lui, à l'Auditorium. Pour fêter l’événement, Leonard Slatkin a concocté un moment de musique qui promet d'éclabousser plus d’un spectateur : deux soirées Tchaïkovski d’une grande et belle densité, l'une autour de son célèbre Concerto pour piano n°1, que magnifiera le  jeune et brillantissime pianiste russe Andeï Korobeïnikov, l'autre centrée sur son hypnotique Symphonie n° 5, sinistre et néanmoins d’une élégance absolue. Ce sont là deux œuvres déjà bien inscrites dans l’inconscient collectif que programme l'ONL, déroulant au passage l’un des fils rouges de sa saison, celui consacré aux compositeurs russes. Le concerto, pourtant méprisé dès l’origine par le pianiste Nikolaï Rubinstein - qui déclarait sans honte que cette musique était simplement mauvaise - est en effet devenu vite populaire. Leonard Slatkin ne pouvait en trouver meilleur interprète que le prodige Korobeïnikov. Vainqueur du concours Tchaïkovski en 2003, il est un musicien hors normes et hors conventions, un virtuos

Continuer à lire

Dialogues avec une jeune chanteuse

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon célèbre le 50e anniversaire de la disparition de Francis Poulenc avec "Dialogues des Carmélites", l'une de ses œuvres les plus mystique, sensuelle et profonde, ici mise en scène par le cinéaste Christophe Honoré. Pour l'évoquer, nous nous sommes mis à l’écoute d’Anaïk Morel, jeune et prometteuse interprète à la voix ronde et claire. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 4 octobre 2013

Dialogues avec une jeune chanteuse

Comment se met-on dans la peau de Mère Marie de l’incarnation, dans les habits d’une religieuse âgée, quand on est comme vous en tout début de carrière ? Anaïk Morel : Au départ, j’étais un peu anxieuse de jouer ce rôle. Mère Marie est une femme d’un certain âge, d’un certain rang, qui a beaucoup d’autorité. J’ai travaillé le personnage avec des idées assez précises mais lorsque j’ai commencé les répétitions avec Christophe Honoré, il nous a très vite dit à toutes, peut-être plus particulièrement à moi, qui suis la plus éloignée du personnage, de déconstruire nos idées et de ramener le personnage à quelque chose qui nous ressemblait plus. C’est à dire de ne pas essayer d’être une femme de soixante ans à l’autorité naturelle de par son expérience, mais de ramener tout cela à quelque chose de plus simple.   Comment avez-vous aborder le rôle ? Je me suis longuement renseignée, d’une manière personnelle d’abord, puis Christophe Honoré nous a montré des

Continuer à lire

"Blackmail" en ciné-concert au festival Lumière

ECRANS | Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, (...)

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, mettra en musique un chef-d'œuvre du muet. Pour l'édition 2013, ce sera donc Blackmail d'Alfred Hitchcock, fraîchement restauré par le British Film Institute grâce à son programme "Rescue the Hitchcock 9" — neuf films muets du cinéaste dont les copies étaient menacées de disparition — dans la partition composée en 2008 par Neil Brand et orchestrée par Timothy Brock. Le ciné-concert se déroulera le mercredi 16 octobre à 20h15, et Lumière programmera durant le festival le remake parlant de Blackmail, tourné quelques années plus tard par Hitchcock lui-même.

Continuer à lire

Une fête au diapason

MUSIQUES | Le 21 juin, à moins d'être complètement sourd, on sent bien qu’il se passe quelque chose, que la musique est partout, qu’elle remplit les moindres espaces (...)

Pascale Clavel | Jeudi 13 juin 2013

Une fête au diapason

Le 21 juin, à moins d'être complètement sourd, on sent bien qu’il se passe quelque chose, que la musique est partout, qu’elle remplit les moindres espaces publics, qu’elle traverse les pores des peaux les plus imperméables, qu’elle se veut universelle, fraternelle voire conviviale. La musique dite classique, qui a longtemps boudé l’affaire, s’y colle depuis peu et quelques rares propositions valent le coup d’être écoutées cette année. Il faut d'abord chercher du côté de l’Auditorium pour tomber sur une programmation simple, drôle et décalée. En deux fois quarante-cinq minutes, le centre commercial de la Part-Dieu vibrera en effet, grâce à lui, aux sons du "cancan" de Jacques Offenbach, se pliera aux rythmes endiablés des suites d’orchestre de L’Arlésienne de Georges Bizet. Au beau milieu de ce temple de la consommation, Leonard Slatkin et l’Orchestre National de Lyon donnent rendez-vous à tous ceux qui passent par là, pour un vrai moment de joie musicale, à midi et à 18h, comme un petit moment d’apéritif en suspend. Si vous aimez l’orgue, rendez-vous plutôt au CNSMD, p

Continuer à lire

L’invention du tube

MUSIQUES | Leonard Slatkin a un rêve : enregistrer toute l’œuvre avec orchestre de Ravel. Ce pari fou est déjà bien avancé, l’intégrale se fabriquant chez Naxos au fil (...)

Pascale Clavel | Lundi 6 mai 2013

L’invention du tube

Leonard Slatkin a un rêve : enregistrer toute l’œuvre avec orchestre de Ravel. Ce pari fou est déjà bien avancé, l’intégrale se fabriquant chez Naxos au fil des saisons. En novembre, nous avons pu en entendre deux extraits, L’Heure espagnole et L’Enfant et les Sortilèges, deux délicieux opéras interprétés pour l'occasion en version concert. Pour les deux soirées à venir, tubes garantis avec le très (trop ?) connu Boléro de Ravel, La Mer de Debussy et quelques pages musicales plus intimes mais tout aussi exaltantes. Par exemple Pavane pour une infante défunte et Rapsodie espagnole, pièces dans lesquelles Ravel déploie tout son génie de coloriste, livrant le portrait d'une Espagne féérique. Quant au Boléro, Ravel disait de lui qu’il devrait porter en exergue : «Enfoncez-vous bien cela dans la tête». Et le compositeur d’expliquer : «en 1928, sur la demande de Mme Rubinstein, j'ai composé un boléro pour orchestre. C'est une danse d'un mouvement très modéré et constamment uniforme… Le seul élément

Continuer à lire

1 Ravel, 2 opéras

MUSIQUES | L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges, les deux opéras en un acte de Ravel, ne sont que très rarement donnés et encore plus rarement programmés (...)

Pascale Clavel | Jeudi 17 janvier 2013

1 Ravel, 2 opéras

L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges, les deux opéras en un acte de Ravel, ne sont que très rarement donnés et encore plus rarement programmés ensemble dans une même soirée. Précipitons-nous donc à l’Auditorium les 24 et 26 janvier prochains pour entendre ces deux petits bijoux bouffis de poésie et de drôlerie. L’Heure espagnole, comédie musicale enlevée, a été créée à l’opéra comique en 1911. L’intrigue en est simple : une Espagnole veut profiter de l’heure d’absence hebdomadaire de son mari pour inviter ses amants. L’Enfant et les sortilèges, sur un livret de Colette, est une fantaisie lyrique savoureuse et décalée. Ces deux opéras sont proposés en version concert, ce qui peut paraitre étonnant lorsqu’on sait que la mise en scène souvent magnifie une œuvre lyrique. Le procédé peut cependant se révéler très efficace si la distribution est parfaite, l’auditeur se concentrant alors sur l’essence même de la musique. Pour ce programme attendu (et qui s’exportera dès le 29 janvier à la salle Pleyel à Paris), celle imaginée par Leonard Slatkin s'avère très cohérente. Musicalement, les deux opéras montrent comment Ravel s’inspire

Continuer à lire

M@cbeth

MUSIQUES | L’opéra ouvre sa saison sur l’un des titres verdiens les plus difficiles à mettre en scène, à chanter et à diriger. Le pari était osé mais tout était réuni pour que spectacle soit total. La Première a cependant laissé un goût amer. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Dimanche 14 octobre 2012

M@cbeth

Côté fosse, le compte est bon ; Kazushi Ono à la baguette obtient de l’orchestre un jeu d’une souplesse et d’une élégance incomparables. Avec sa lecture toute enflammée, Ono appose le cachet de l’authentique grandeur verdienne : la musique est mise en valeur jusque dans les moindres recoins, dans les nuances les plus fines comme dans les explosions les plus folles. Les chœurs, un peu ridiculisés par des costumes à l’avenant, gris bleu, sévères et serrés (n’est pas Pina Bausch qui veut), ont été quant à eux d’une belle homogénéité et d’une précision toute remarquable. La distribution, qui fait appel à des artistes plutôt confidentiels pour les rôles titres, est assez hasardeuse : Evez Abdulla incarne un Macbeth honnête sans plus et Iano Zanellato campe une Lady Macbeth crédible sur le plan scénique, moins sur le plan vocal. Tous deux ont mis plus d’un quart d’heure à trouver leur voix et se sont régalés tour à tour dans ces vocalises dont seul Verdi a le secret.  Des écrans très plats Ivo van Hove voudrait nous faire croire qu’il adopte une véritable audace – qui n’en est vraiment plus une : celle de transposer l’intrigue de Macbeth dans une age

Continuer à lire

Slatkin trouve l’ouverture

MUSIQUES | Le nouveau directeur musical de l’Orchestre national de Lyon, Leonard Slatkin, a mijoté une saison qui tranche avec le passé. Pour l’ouverture, il a pris le pari audacieux de faire sonner le Requiem de Berlioz. Œuvre d’une puissance exceptionnelle et d’une religiosité toute singulière. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 24 août 2012

Slatkin trouve l’ouverture

On ne l’attendait pas là ce Requiem. Peut-être pouvions-nous l’imaginer quelque part dans la saison, entre une œuvre symphonique et un concerto pour piano... Mais c’est peut-être cela le style Slatkin : un langage direct, un geste musical vigoureux et subtil à la fois. On connait son amour pour la musique américaine contemporaine, son penchant pour la musique française du début du XXe siècle. Nous ne connaissions pas encore le chef d’orchestre amoureux d’oratorio, prenant à bras le corps l’un des monuments de la musique religieuse d’une époque romantique en pleine révolution orchestrale. Slatkin et Berlioz réunis, c’est 350 musiciens sur scène, une masse orchestrale imposante, une fanfare de cuivres et des choristes comme s’il en pleuvait : le Chœur de Lyon-Bernard Tétu, un ensemble de Washington, un chœur de Londres. Que connaissent les mélomanes de Berlioz ? Son extravagante chevelure, son tempérament volcanique, sa Symphonie fantastique, son Traité d’harmonie, mais son Requiem, beaucoup moins. En pleine époque romantique, là où les sentiments les plus exacerbés s’expriment, Berlioz apparait comme LE compositeur providentiel même s

Continuer à lire

L’opéra a du nez

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon ouvre sa saison avec un Nez d’anthologie, étonnant et déconcertant, celui de Dimitri Chostakovitch, compositeur russe plus connu pour sa musique de chambre sombre et bouleversante, que le quatuor Debussy fera entendre en parallèle de l'événement. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 29 septembre 2011

L’opéra a du nez

Le Nez, qui vient d’avoir un vif succès au Festival d’Aix cet été, arrive à Lyon et les mélomanes de tous poils vont être séduits, c’est certain. Le triomphe d’Aix n’est pas dû au hasard. Prenons un bon chef à la tête de l’orchestre de l’opéra — Kazushi Ono ; un plasticien-metteur en scène hors cadre, au regard décalé et amusé sur le monde de l’opéra — le Sud-africain William Kentridge ; et une œuvre peu connue d’un compositeur russe visible mais pas trop : vous obtiendrez un moment singulier, une expérience unique. Le Nez, c’est tout d’abord une nouvelle surréaliste de Nicolas Gogol, avant de devenir le premier opéra de Dimitri Chostakovitch, écrit lorsque le compositeur avait 24 ans. L’intrigue peut paraître simple : Platon Kovaliov découvre un matin que son nez a disparu. Passé un moment de stupeur, il part à sa recherche. Après de nombreuses et loufoques péripéties, le nez reviendra a sa place. Les audaces de cette œuvre ont vite été sanctionnées : le Nez fut interdit par le régime soviétique en 1930, juste après sa création. Sous la baguette de Kazushi Ono, l’orchestre se donne sans compter et offre avec générosité toute l’ironie et l’âpreté de la partition, montre toutes l

Continuer à lire

Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

Continuer à lire

La belle mue de L’ONL

MUSIQUES | À y regarder de près, l’histoire d’un orchestre peut être palpitante. Le public ne saisit pas toujours l’importance de la cohésion du groupe, de l’esprit (...)

Pascale Clavel | Vendredi 10 décembre 2010

La belle mue de L’ONL

À y regarder de près, l’histoire d’un orchestre peut être palpitante. Le public ne saisit pas toujours l’importance de la cohésion du groupe, de l’esprit d’équipe qui impérativement opérer au sein d'un orchestre, de l’adhésion quasi inconditionnel que chaque instrumentiste doit à son chef. L’affaire est souvent complexe : entre lutte d’égos, jalousies diverses, l’équilibre est difficile à trouver. L’ONL a eu la chance d’avoir toujours à sa tête des chefs d’une exceptionnelle qualité artistique. Petit tour d’horizon chronologique de ceux qui ont fait, à leur manière, un véritable son d’orchestre salué par la presse internationale. Serge Baudo de 1971 à 1986 : Pendant toute cette période à la tête de l’ONL, il a fabriqué, à la manière d’un artisan, un son français si particulier, reconnaissable dans le monde entier. Il a été un chef d’orchestre rempli d’humanité, et sa générosité a transcendé les musiciens de l’orchestre sur chaque œuvre interprétée. Emmanuel Krivine de 1987 à 2000 : Véritable sorcier, cet homme volcanique est un musicien hors norme, impatient comme les plus grands, agacé quand un son ne vient pas immédiatement de l’orchestre. Malgré toutes les polém

Continuer à lire

Homme au bain

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h12) avec François Sagat, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

Homme au bain

On ne voit que le scandaleux film de Valérie Donzelli "La Reine des pommes" pour égaler, au prix du foutage de gueule 2010, cet "Homme au bain" du multirécidiviste Christophe Honoré. Il détourne ici une commande de court-métrage du Théâtre de Gennevilliers (et de son directeur, le redoutable Pascal Rambert : association de malfaiteurs !) tournant autour de l’acteur porno gay François Sagat pour en tirer un long grossièrement cousu avec un home movie en DV de la présentation new-yorkaise de "Non ma fille tu n’iras pas danser" (d’où la présence de Chiara Mastroianni !). Dans "Homme au bain", il n’y a qu’une seule idée : faire du viril Sagat un amoureux fragile — ce qui ne l’empêche pas de rentrer dans tout ce qui bouge de sexe masculin, pendant que son ex jette son dévolu sur un soi-disant sosie d’Al Pacino. Le tous à poil général tient lieu de scénario, de mise en scène et de dialogue, agrémenté de deux moments politiques qui devraient logiquement faire rougir de honte l’auteur, en service commandé pour le PS. Ce cinéma français fier d’être vide, qui ne se regarde plus le nombril mais la bite, est pire que nul ; il est non avenu. CC

Continuer à lire

"L’opéra de Puccini le plus énergique"

MUSIQUES | Entretien / La tension monte sur le plateau, la ferveur grandit dans la fosse et, pendant ce temps, le chef d’orchestre Kazushi Ono reste imperturbablement zen. Rencontre.

Pascale Clavel | Jeudi 21 janvier 2010

Petit Bulletin : Au fil des répétitions, comment réussissez-vous à fédérer l’ensemble des artistes afin que la Première soit conforme à vos attentes ?Kazushi Ono : Je parle beaucoup de la pièce, du compositeur, de l’intrigue, de l’esprit de l’œuvre avec les chœurs, les solistes et l’ensemble de l’orchestre. Au début, personne ne sait ce que va être la construction intégrale de l’œuvre. Seul le chef d’orchestre peut imaginer et expliquer ce que Puccini a souhaité. Seul le chef peut transporter l’idée originelle de Puccini en le réinterprétant. Pendant les phases de répétitions, je suis rarement content mais là, pour "Manon Lescaut", j’ai beaucoup d’espoir parce que le casting est formidable, l’orchestre et le chœur se préparent très bien. Pour quelles raisons avez-vous choisi de faire entendre "Manon" au public lyonnais ?Lorsque je suis arrivé à l’opéra de Lyon la saison dernière, j’ai regardé le programme et j’ai vu que "Manon Lescaut" n’avait pas été joué depuis fort longtemps. Cet opéra est la source originelle de l’œuvre de Puccini. On peut voir dans cet opéra beaucoup d’éléments de "La Bohème", de "Tosca", des opéras qui viennent par la suite. "Ma

Continuer à lire

Interprétation des rêves

MUSIQUES | Entretien / Renaud Capuçon, violoniste. Malgré lui peut-être, il a réussi à starifier son instrument et la musique classique tout à la fois. Interprète brillant, il se produit à Lyon en trio avec son frère, le violoncelliste Gautier Capuçon, et le pianiste turc Hüseyin Sermet au jeu élégant et suave. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 4 décembre 2009

Interprétation des rêves

Petit Bulletin : Est-ce toujours une évidence de faire de la musique avec son frère ? La connivence est-elle vraiment toujours au rendez-vous ?Renaud Capuçon : Il n'est pas forcement évident de partager la musique avec un des membres de sa famille. Pourtant, mon frère, Gautier et moi avons eu cette chance. Nous jouons ensemble depuis 1997 et je dois dire que nous avons vécu de très beaux moments musicaux. La constante entre nous, c'est cette facilité à marier nos sonorités, à mettre en commun nos univers artistiques (si différents pourtant) et à unir nos énergies. Mais ça n'est pas toujours une évidence. Il faut travailler avec acharnement, s'écouter constamment, réfléchir et se remettre sans cesse en question. Sinon, l'intérêt ne serait que de courte durée. Dans ce duo fort que vous décrivez, comment peut s’inscrire le troisième instrumentiste ? Quelle place réelle peut-il prendre ?Souvent, lorsque nous jouons en trio, le pianiste (ou l'altiste, quand il s'agit d'un trio à cordes) doit dialoguer avec deux personnes et avec une vision personnelle, une sonorité bien à lui. Ce qui est à la fois séduisant pour un partenaire extérieur qui doit s’investir e

Continuer à lire

Non ma fille tu n'iras pas danser

ECRANS | Portrait de femme en mère, fille, épouse et amante contrainte, le nouveau Christophe Honoré confirme l’anachronisme du cinéaste dans le cinéma français contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 août 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser

Il y a deux belles scènes dans le dernier film de Christophe Honoré : celle où un père s’adosse à un arbre pour s’adresser au spectateur et raconter, sur un ton grave, le roman familial. Le texte est beau, le mouvement de caméra fluide, la mélancolie règne… L’autre séquence réussie du film est plus tardive et plus longue : c’est un vieux conte breton qu’Honoré met en images, interrompant avec audace le cours de son récit pour mieux l’éclairer de cette allégorie. Il y est question d’une fille promise à un mariage de raison et qui, le jour de ses noces, voit son mari puis tous les hommes du village mourir à ses pieds, foudroyés alors qu’ils dansaient avec elle. L’héroïne du film, Léna (Chiara Mastroianni), est elle aussi contrainte par les désirs qui l’entourent et lui dictent sa conduite : le clan familial, son futur ex-mari, son amant… De tout cela, elle va chercher maladroitement à s’échapper, pour assumer son statut de mère libre et de femme indépendante. Danse solitaire Certes, le discours d’Honoré est bien rodé. Le problème, énorme, de son film, c’est que ce discours est un spectre qui ne s’incarne jamais

Continuer à lire

La Belle Personne

ECRANS | de Christophe Honoré (Fr, 1h30) avec Léa Seydoux, Louis Garrel...

Dorotée Aznar | Jeudi 9 octobre 2008

La Belle Personne

Alors certes, l'intention ne manque pas d'un adorable panache quasi juvénile (démontrer que, contrairement à ce que prétend l'actuel chef de l'État, La Princesse de Clèves demeure un roman pertinent à l'heure d'aujourd'hui), mais force est d'admettre que Monsieur Honoré est en plein relâchement. En fait d'adaptation post-moderne du texte de Madame de Lafayette, Christophe Honoré nous livre ici un menu best-of assez indigeste de son cinéma (intermède chanté écrit par Alex Beaupain en option), ce qui ne nous aurait pas forcément déplu si le film avait moins donné l'impression d'avoir été bâclé, dans un souci assez cynique de capitalisation sur ses (maigres) acquis. Cadres foutraques, photo littéralement dégueulasse, dialogues à la limite de l'audible, confrontations à peine effleurées des niveaux de langage, inanité de la transposition contemporaine, le film nage dans un marasme artistique total. FC

Continuer à lire