Faites de beaux rêves

MUSIQUES | La 34ème édition du Festival d’Ambronay a un goût particulier. Et pour cause : elle voit le départ du directeur historique de cette magnifique machine à rêves, Alain Brunet. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Il a commencé presque seul à croire qu'un festival de musique baroque pouvait s'implanter là, à Ambronay, alors que toute la vie musicale s'auto-satisfaisait à Lyon. Alain Brunet aura été un visionnaire qui 34 ans plus tard peut être heureux : le Festival d'Ambronay est devenu un événement incontournable pour tous les amoureux du genre, le label Ambronay Editions grave de petites pépites rarement entendues, l'académie baroque européenne fête ses 20 ans, des résidences de jeunes ensembles ont vu le jour en 2010, la ville est un véritable lieu de recherche où universitaires et chercheurs confrontent leurs points de vue…

Le passage de relais se fait à un moment où le festival est à son apogée. Cette année, l'affiche est belle dans l'Abbatiale : Philippe Jaroussky, Jordi Savall, René Jacobs, des baroqueux qui font se déplacer les foules. Un peu au large, le chapiteau accueille les voix du monde, preuve si besoin était qu'Ambronay aime les esthétiques dans toute leur diversité, au point de prendre des chemins inattendus : de Monteverdi à Arandel, Alain Brunet a réussi un pari fou.

Mot de la fin

Il faut dire qu'il est un homme atypique dans le petit monde feutré des directeurs artistiques, lui qui a fait de l'humilité et de l'effacement sa marque de fabrique. Il s'en va avec un grand pincement au cœur : «J'ai été content de pouvoir faire venir ici les plus grands maîtres de la musique ancienne. Ravi aussi de la réussite du festival, qui a su coupler musique ancienne et musique contemporaine et s'ouvrir sur les musiques du monde. J'ai toujours veillé à une grande ouverture vers d'autres publics, vers d'autres répertoires. Je suis assez fier de ne pas avoir enfermé Ambronay dans un registre de musique ancienne pur et dur. J'aime l'idée des ponts et des passerelles. Je suis heureux que Daniel Bizeray (ancien directeur de l'Opéra-Théâtre de Saint-Etienne et grand connaisseur de la musique baroque, ndlR) me succède, je le connais depuis longtemps, j'ai un rapport très professionnel et amical avec lui. C'est un peu difficile pour moi malgré tout, je me suis investi, j'ai monté une boutique pendant 34 ans et je sens le besoin d'accompagner un peu la structure, qui est dans une phase de grande transition». Daniel Bizeray peut prendre la suite avec sérénité.

Festival d'Ambronay
Jusqu'au dimanche 6 octobre

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Service Haendel

Classique | Amateurs de Haendel (1685-1759), vous allez, cette semaine, être servis ! Le plus anglais des compositeurs allemands, qui créa nombre d'opéras en (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 septembre 2018

Service Haendel

Amateurs de Haendel (1685-1759), vous allez, cette semaine, être servis ! Le plus anglais des compositeurs allemands, qui créa nombre d'opéras en italien, le pape de l'apogée de la musique baroque, fait l'objet de deux récitals. À la Chapelle de la Trinité, le contre-ténor Philippe Jaroussky dirigera son ensemble Artaserse tout en chantant (aujourd'hui, en musique classique, on dirige d'un peu partout : comme soliste, comme pianiste...). Et sera accompagné de la soprano Emöke Barath pour un programme réunissant des airs et des duos issus d'Ariodante, Lotario, Almira, Rodelinda, Serse... Le lendemain, c'est la star soprano du baroque, Sandrine Piau (43 ans et déjà une discographie imposante aux titres parfois évocateurs : Chimère, Héroïnes désespérées...) qui interprétera un programme Haendel (Rodelinda, Scipione, Ariodante...) avec l'Orchestre de l'Opéra de Lyon, dirigé par un spécialiste du baroque, Stefano Montanari

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Deux monstres sacrés en osmose

Récital | Cécilia Bartoli et Philippe Jaroussky donnent un récital en commun consacré à la musique baroque italienne.

Pascale Clavel | Mardi 13 juin 2017

Deux monstres sacrés en osmose

On trépigne par avance : un récital Cécilia Bartoli / Philippe Jaroussky se profile à l’horizon. Ces deux-là fascinent et hypnotisent ! Chacun transgresse les genres, transfigure ce qu’il chante et ensemble, ils seront à la Chapelle de la Trinité pour un moment d’extase collective. Dans un programme consacré à cette musique baroque italienne tellement jouissive, Cécilia Bartoli et Philippe Jaroussky risquent fort de sublimer un répertoire qu’ils affectionnent tout particulièrement. Pour le dire plus abruptement, Cécilia Bartoli est la mezzo-soprano la plus célèbre au monde et Philippe Jaroussky, le contre-ténor le plus acclamé de la planète, alors réunis dans un même concert…. Avec l’Ensemble Artaserse (fondé par Jaroussky), les deux monstres sacrés vont s’attaquer à des musiques où tout est mouvement, démesure, ferveur, extase et extravagance. Mais voilà : il ne suffit jamais d’une technique irréprochable doublée d’un timbre saisissant pour émouvoir une salle. Cécilia Bartoli prend chaque air à bras le corps, elle le pétrit et joue sur toute la palette des nuances les plus subtiles. Puis, l

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D’un endroit à l’autre, la musique jaillit

Tour d'horizon | Au CNSMD, la saison publique d’Ombre et de lumière rend hommage au compositeur et chef d’orchestre Gilbert Amy, qui fut aussi directeur du lieu de 1984 à (...)

Pascale Clavel | Mardi 20 septembre 2016

D’un endroit à l’autre, la musique jaillit

Au CNSMD, la saison publique d’Ombre et de lumière rend hommage au compositeur et chef d’orchestre Gilbert Amy, qui fut aussi directeur du lieu de 1984 à 2000. Créations en tous genres, bouillonnements artistiques, les concerts montrent à l’envie toute la richesse du lieu : trois nuits festives, des concerts électro, de la musique ancienne… de beaux défis en perspective. Côté musique baroque, coup de maître ! Éric Desnoues réunit à la Chapelle de la Trinité, pour un concert exceptionnel en juin, deux des plus grandes voix de la scène internationale : Cécilia Bartoli et Philippe Jaroussky. Pour ceux qui trépignent déjà, Jaroussky interprète des cantates sacrées baroques au mois de novembre. Cette saison fait la part belle aux ensembles vocaux lyonnais : Calliope et les petits chanteurs de Saint Marc seront à l’affiche. Côté Piano à Lyon, rien ne s’essouffle et pour cette 11e saison, Jérôme Chabannes invite

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À Ambronay, inspirations éclairées autour de Bach

Festival d'Ambronay | Le Festival d’Ambronay se pare et se farde, s’ouvre dans ses plus beaux atours : cette édition 2016 se veut toute en vibrations et en lumières. Notre (...)

Pascale Clavel | Mardi 13 septembre 2016

À Ambronay, inspirations éclairées autour de Bach

Le Festival d’Ambronay se pare et se farde, s’ouvre dans ses plus beaux atours : cette édition 2016 se veut toute en vibrations et en lumières. Notre curiosité attisée, peut-on craindre l’éblouissement ? Oui, tant les propositions artistiques nous font faire un grand écart joyeux entre deux mondes et nous convient au mélange des genres. L’Occident et l’Orient dans un même écrin : nous ferions bien de nous en inspirer. C’est là le pari d’Ambronay : que le public soit émerveillé à outrance par tant de musiques diverses. Avec Jean-Sébastien Bach en fil conducteur, ses cantates plutôt confidentielles étant révélées par le grand et baroqueux chef d’orchestre Philippe Herreweghe. Voilà pour l’ouverture. Autour de Bach, ensuite, une multitude de petits moments taillés sur mesure à dénicher au fil des jours. Moment rare, Jordi Savall, ce gambiste engagé, nous balade en compagnie de l’écrivain et poète arabe Ibn Battûta dans un 14e siècle détonnant. Le oud dialogue avec la vièle ; nous sommes conquis d'avance. D’autres bijoux s’enchainent, sous chapiteau : le duo improbable Las Hermanas Caron

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René Jacobs : et Pergolèse devint contemporain

MUSIQUES | Le premier est un chef d’orchestre reconnu pour ses interprétations à couper le souffle, l’autre est un compositeur baroque à l’écriture élégante. À la Chapelle de la Trinité, René Jacobs dirige deux oeuvres de Pergolèse dédiées à la mort du Christ.

Pascale Clavel | Mardi 8 mars 2016

René Jacobs : et Pergolèse devint contemporain

Entre grande érudition musicologique et étonnante fantaisie, René Jacobs parcourt le monde pour remettre en lumières des oeuvres baroques et classiques quasi oubliées. Aucun chef ne sait mieux que lui rendre une oeuvre sensuelle et spirituelle à la fois. Lui qui a décortiqué à la loupe tant de partitions baroques sait que la musique religieuse de cette époque était écrite avec un langage lyrique, que l’opéra et l’oratorio étaient fabriqués avec les mêmes essences musicales. Jacobs est un révélateur de partitions. Il a été l’un des contre-ténors les plus brillants de sa génération et a réussi sa mue en chef d’orchestre incontournable. Le chef belge bouleverse notre écoute, dépoussière la moindre note, remet le désir au centre de toute œuvre et surtout ne fait aucun compromis. Puissant et déchirant Pendant que les musicologues se battaient pour savoir si Les Sept dernières paroles du Christ en croix était bien composée par Pergolèse, Jacobs s’en est emparé à bras le corps, offrant en 2012 une création mondiale éblouissante. Il faut souligner la richesse de la partie instrumentale de l’œuvre. Tout y est symbole : le cor représente

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Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

MUSIQUES | On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables (...)

Philippe Yves | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables des mois à venir. Et ce sont les amoureux du piano qui seront les mieux servis tant les organisateurs de concerts ont convoqué à Lyon le gratin pianistique international. À l’Auditorium, on applaudira les padawans (l’Autrichien Till Fellner, de Beethoven à Berio le 11 mars, et Lang Lang, dont on vérifiera le 11 avril si la démesure sied au Concerto italien de Bach) comme le maître Murray Perahia, accompagné de l’Academy of Saint Martin-in-the-Fields le 4 juin. En attendant la réouverture de la Salle Molière, le piano s’écoute aussi Salle Rameau avec Ravel par Bertrand Chamayou le 5 février et un récital d’Alexandre Tharaud le 11 mai. À l’encre indélébile, vous noterez le double récital de Martha Argerich et Nicolas Angelich le 13 avril dans un monstrueux programme avec la version deux pianos du Sacre du Printemps. Ça ne se refuse pas. Et comme il n’y a pas que le piano dans la

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